Disclaimer : Square Enix, Disney, etc, etc.
Rating : T, parce que pourquoi pas.
Autres : du love, du cliché, du Soriku, vous le vouliez, je l'ai fait. /bam/ J'espère que c'est pas trop mal écrit parce que c'est difficile de garder son esprit critique à deux heures du matin.
Il était assis sur un banc, nerveux, dans l'attente de la sonnerie qui indiquait la fin des cours de l'académie devant laquelle il patientait depuis une dizaine de minutes.
Il ne pouvait pas croire que Kairi l'avait obligé à venir jusqu'ici. Il avait terminé les cours depuis deux heures, comme chaque mercredi, et elle l'avait sommé de la rejoindre pour une sortie « entre amis ». Habituellement, il aurait refusé ; mais il se trouvait que, cette fois-là, elle avait décidé de lui tendre un piège en invitant une troisième personne, quelqu'un que, bien sûr, il ne pouvait pas refuser de revoir. Elle n'en doutait pas, pas après tout le temps qu'il avait passé à lui parler de lui.
Il lui avait fait jurer de ne pas s'en mêler, beaucoup trop certain qu'elle finirait par y mettre son grain de sel, comme à son habitude ; et, comme à son habitude, elle n'avait pas manqué de le faire. Voilà comment il se retrouvait à s'entortiller les doigts, l'estomac noué, sans savoir où elle comptait les emmener, ni ce qu'elle avait bien pu raconter sur lui pour que Sora accepte cette petite sortie. Il fallait s'attendre à tout, avec elle. Il espérait au moins qu'elle n'avait pas été trop directe.
Il trembla à cette pensée. Il se surprit à prier le ciel pour qu'elle ait soudainement été éclairée par la lumière de la subtilité. Il en doutait, mais mieux valait mettre toutes les chances de son côté.
Il entendit une lointaine sonnerie et son ventre se contracta à nouveau, lui rappelant qu'il allait devoir faire faire des efforts surhumains pour faire croire qu'il était parfaitement à l'aise et tout à fait normal. Il fallait que ça marche. Il inspira et expira longuement en essayant de se rassurer. Tout se passerait bien. Ce n'était qu'une petite sortie entre amis, après tout. Le fait que la personne à qui il passait ses soirées à penser était présente n'avait aucune raison de le rendre nerveux. Strictement aucune.
Il manqua cependant de s'évanouir lorsqu'il vit Kairi venir vers lui à travers la foule d'étudiants, un grand sourire qui en disait long aux lèvres, et Sora qui la suivait en riant d'il ne savait quoi.
Il tenta de se ragaillardir et d'avoir l'air le plus avenant possible. Ce n'était pas la mort, après tout. Tout se passerait très bien. Aucune raison de s'inquiéter, vraiment.
– Tiens, tiens, tiens, mais qui voilà ? dit Kairi en arrivant près de lui.
– Salut Riku ! s'exclama Sora avec un grand sourire.
Riku tâcha de garder contenance alors qu'il sentait toutes ses forces le quitter d'un coup. Sora le connaissait à peine, et il le saluait déjà comme un ami. C'en était trop pour son pauvre cœur.
– Salut, réussit-il à articuler avec toute la force de sa volonté.
– T'as pas l'air bien, Riku, se moqua Kairi. Quelque chose ne va pas ?
Il l'ignora et garda la tête haute en reprenant une expression faciale presque naturelle.
– Tu nous as attendu longtemps ? demanda Sora.
– Non, ça va.
De toute façon, même s'il avait dû attendre trois jours dans la neige, ça en aurait valu la peine. Il ne put empêcher un léger sourire niais de s'emparer de son visage et pria pour que personne ne le lui fasse remarquer. Heureusement pour lui, son souhait fut exaucé, et Sora changea de sujet.
– Où est-ce qu'on va, alors ?
Il s'adressait à Kairi plus qu'à lui, et celle-ci lui sourit.
– Salle d'arcade, révéla-t-elle. Riku se vante de pouvoir exploser n'importe qui sur Mario Kart Arcade je ne sais plus quoi.
Ce dernier blêmit. Il ne savait même pas de quoi elle parlait.
– Vraiment ? s'étonna Sora. C'est d'accord. Je n'y suis pas mauvais non plus.
Super. Vraiment parfait. Riku aurait voulu que le sol s'effondre à l'instant et le fasse disparaître à jamais.
Lorsqu'ils partirent pour la salle d'arcade, il attrapa Kairi et lui glissa discrètement :
– Je ne suis jamais entré là-dedans, t'es malade ou quoi ?
– Oh, c'est vrai ? Tu m'en vois désolée.
Elle en avait surtout l'air amusée, et il la soupçonnait d'être parfaitement au courant de la chose. C'était bien son genre, tiens.
– Comment tu veux que je tienne le niveau ?
– Je ne sais pas. Tu vas devoir improviser. Bon courage, Riku. J'étais ravie de te connaître.
Il se jura de le lui faire payer et tâcha d'ignorer le stress qui l'avait maintenant envahi. Pour sûr, Sora allait croire qu'il ne faisait que se vanter sans avoir la moindre raison de le faire et il se ridiculiserait devant tout le monde. Il maugréa quelque chose dans sa barbe et tenta de faire bonne figure.
– À quelle école tu vas, Riku ? lui demanda Sora en regardant derrière lui.
Riku se dépêcha de le rattraper.
– Dans un collège près de chez moi.
– Il est bien ?
– Ça va.
Il eut le fort sentiment qu'il aurait dû ajouter quelque chose, mais tout son sens de la conversation s'en était allé. Il y eut comme un silence embarrassant durant lequel il réfléchit activement à ce qu'il pourrait dire. Malheureusement, sa tête lui apparut soudain entièrement vide.
– Depuis quand tu connais Kairi ?
Heureusement que Sora était là pour penser à sa place. Kairi, elle, jouait sur son GSM et ne s'occupait même pas de ses deux amis.
– Depuis notre enfance, répondit Riku après un instant de réflexion. Ça doit faire dix ans, maintenant.
– Ça doit être bien d'être toujours en contact avec ses amis d'enfance. Je n'ai plus revu mes amis de l'école primaire depuis que je suis entré en secondaire.
– Oh. Ils te manquent ?
– Pas vraiment. J'aurais bien aimé avec un meilleur ami avec qui je m'entendrais toujours aussi bien aujourd'hui. Vous devez vous connaître par cœur, à force.
– Un peu.
– Ça doit être chouette.
Riku jeta un bref regard à Kairi et repensa à tous les sales coups qu'elle lui avait déjà fait, le dernier se déroulant à l'instant-même.
– Ça dépend des jours, marmonna-t-il.
Sora rit et Riku crut que son cœur allait lâcher et s'écraser quelque part au fond de sa cage thoracique. Il se sentit rougir. Il s'éclaircit la gorge en maudissant tout ce qui lui passait par la tête. Heureusement, Sora n'avait rien remarqué. L'honneur était sauf.
Ils arrivèrent devant la salle d'arcade et constatèrent, avec bonheur pour Kairi et avec dépit pour Riku, que les bornes d'arcade de Mario Kart étaient encore libres. La salle n'était d'ailleurs pas très peuplée, à dire vrai.
– Les gens arrivent plus tard, en général, dit soudain Sora en le voyant détailler la salle. Cette heure-ci est parfaite quand on veut être un peu plus au calme.
Évidemment, il s'y connaissait mieux que lui. Riku hocha vaguement la tête, inquiet à l'idée de ce qui n'allait pas manquer de se produire dans quelques minutes, c'est à dire la destruction pure et simple de sa fierté.
– J'espère que vous avez de la monnaie, fit remarquer Kairi en se dirigeant vers les machines.
Riku fouilla ses poches et découvrit avec soulagement qu'il en avait. Sora sortit ses propres pièces et s'installa sur un des sièges. Kairi et Riku échangèrent un regard.
– Après toi, sourit-elle en lui indiquant le siège libre.
Il l'insulta mentalement et s'assit en glissant une pièce dans la fente prévue pour.
Incapable de savoir quoi faire, il choisit un personnage au hasard, laissa la machine prendre une ridicule photo de lui et attendit que Sora ait fini ses propres réglages avant de commencer.
– Prêt ? s'informa celui-ci avec un sourire confiant.
Le dos de Riku se couvrit de sueurs froide. Derrière eux, Kairi affichait un sourire diabolique.
– Sois à la hauteur de ta réputation, Riku, dit-elle avec un petit rire. Je compte sur toi.
La course commença. Par chance, Riku n'eut pas beaucoup d'occasions de se ridiculiser le jeu était beaucoup plus facile que prévu et il n'eut pas trop de mal à comprendre comment il fonctionnait. Certes, il fonça une ou deux fois dans un mur et prit un chemin à contresens, mais rien de bien dramatique.
Il finit quatrième, ce qu'il estimait relativement raisonnable, pendant que Sora remportait haut la main la première place. Ce dernier lui adressa un grand sourire.
– Pas si mal, pour un débutant, déclara-t-il avec une lueur d'amusement dans le regard.
Riku était si embarrassé que le rouge lui monta à nouveau aux joues.
– Oh, pardon, Riku, dit Kairi en lui ébouriffant les cheveux. J'ai dû confondre avec House of the Dead.
Il la fusilla du regard et lui laissa gracieusement sa place en priant pour qu'elle fasse pire que lui. Malheureusement, elle semblait bien entraînée, et s'en sortit avec une seconde place qu'elle n'avait eu aucun mal à obtenir.
Ils restèrent là pendant une bonne heure. Riku, après quelques essais, eu le bonheur de pouvoir prendre sa revanche sur Kairi et ne se priva pas de le lui faire remarquer, ce à quoi elle répondit qu'il détenait le record de défaites et que, par là, il lui revenait de leur payer à chacun une glace sans protester.
Il obéit et tous trois se retrouvèrent assis sur l'herbe du parc à déguster leur cornet sous le soleil brûlant de l'après-midi. Riku était beaucoup moins nerveux, désormais, et il se sentait presque léger.
– T'as les cheveux vachement longs, remarqua Sora en le détaillant du regard. T'as pas trop chaud, avec ça ?
Riku attrapa une de ses mèches pour l'examiner et la laissa retomber.
– Pas vraiment, dit-il.
À vrai dire, il avait brièvement pensé à les couper, quelques semaines plus tôt, mais ça lui était sorti de la tête. Ça ne le dérangeait pas. Il les aimait bien comme ça.
– Ça te va bien, en tout cas.
Riku manqua de s'étrangler et mordit dans sa glace pour ne rien en laisser paraître. Il articula un vague « merci » et, commençant à trouver au sol un intérêt certain, l'observa pendant de longues secondes. Quand il releva les yeux, ce fut pour constater que Sora le fixait sans dire un mot. Leurs regards se croisèrent et Riku sentit son cœur battre la chamade. Il l'avait pris par surprise. Il expira discrètement en priant pour avoir l'air normal.
Kairi ne tarda pas à venir à sa rescousse sans le vouloir en démarrant une conversation sur le dernier film qu'elle avait vu au cinéma et que, par chance, Sora connaissait également. La discussion mena à leurs films préférés, et Riku put participer activement en oubliant presque la présence à côté de lui qui le mettait dans tous ses états.
Après un moment, Sora dut prendre congé pour rentrer chez lui.
– C'était sympa, leur dit-il en souriant. J'espère qu'on pourra refaire ça, un jour ou l'autre.
– Mais avec plaisir, Sora, répondit Kairi avec un regard entendu à Riku.
Celui-ci acquiesça vivement.
– Alors, à la prochaine !
Il s'éloigna après leur avoir adressé un signe de la main et rentra chez lui. Les deux autres ne tardèrent pas à l'imiter.
– T'étais vraiment obligée de raconter n'importe quoi, hein ? lui reprocha Riku sur le chemin.
Kairi haussa les épaules avec un sourire joyeux.
– C'était bien trop drôle. Mais tu as réussi à garder ton calme, aujourd'hui. Félicitations !
– Ha, ha, merci. Je me suis jamais senti aussi embarrassé de toute ma vie.
– Tu parles. T'es bien content d'avoir pu lui parler, non ? C'est toujours mieux que de passer tes soirées à te perdre dans des scénarios ridicules en espérant vainement qu'ils se produisent un jour. Il faut agir, dans la vie. Je t'ai rendu service.
Elle n'avait pas tort, mais il était hors de question qu'il l'admette. Il se contenta de garder un fier silence et allongea le pas, le dos bien droit.
– Oh, allez. Tu vas me râler dessus pour ça ? Je suis désolée. J'arrêterai d'inventer n'importe quoi sur toi, je le jure.
Il la laissa le rattraper et pinça les lèvres.
– Tu ne pourrais jamais t'en empêcher.
– Non. Tu m'as eue.
– Comment tu as réussi à le convaincre de venir ?
– Oh, c'était facile. Sora est le genre de personne à aimer tout le monde. Il a autant d'amis qu'il existe d'étudiants dans notre collège. Il n'est pas bien difficile à convaincre.
– C'est vrai ?
– Oui. Et puis, on est amis, alors...
Riku revit le sourire lumineux de Sora. Pas étonnant qu'il s'entende avec tout le monde. Il était avenant et gentil. Il ne devait avoir aucun mal à se faire des amis.
– Au fait, reprit Kairi, tu savais que Sora était le cousin de Vanitas ? Sacrée coïncidence.
Riku fut pris d'une toux sèche.
– Enfin, ils se ressemblent un peu, physiquement, dit-elle. Tu dois avoir un type.
– Ils n'ont pas tout à fait le même caractère, commenta-t-il en essayant de ne pas prendre un air dégoûté.
Repenser à Vanitas lui procurait des frissons d'horreur. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait pu avoir le béguin pour un type pareil. C'était le pire être humain qu'on pouvait imaginer. Une erreur qu'il ne commettrait plus jamais, de toute façon. Et puis, Sora n'avait rien en commun avec lui. Il avait l'air plus gentil, était plus chaleureux, dégageait comme une aura de lumière alors que Vanitas avait un don certain pour assombrir tout ce qui se trouvait autour de lui. Non, décidément, il n'avait rien à voir avec Sora, son sourire et ses beaux yeux bleus et brillants.
Il chassa cette pensée d'un geste. Cette histoire était loin derrière lui, désormais.
– Il n'avait pas l'air plus étonné que ça, cela dit, fit-elle en regardant au loin.
– Étonné de quoi ?
– Que tu sois sorti avec son cousin.
Sous le choc, Riku ouvrit grand la bouche, incapable de dire un mot.
– Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Kairi avec son plus bel air innocent.
Riku se reprit et ses yeux lancèrent des flammes tandis qu'une boule lui tombait au fond de l'estomac.
– Tu lui as parlé de ça ? dit-il d'une voix dangereusement basse.
– Au moins, ça t'épargne l'épreuve du coming out. Dis-toi qu'il ne t'a pas posé tout un tas de questions louches, c'est déjà ça.
– Sérieusement ? Tu lui as parlé de ça ? Par pitié, dis-moi que c'est juste une plaisanterie.
Elle s'arrêta, les mains sur les hanches.
– Voyons, Riku. Je ne plaisanterais pas sur un sujet aussi sérieux.
– Non !
– Eh si.
– Mais pourquoi ?
– Si je n'avais rien fait, ça aurait encore mis trois plombes. Tu sais ce qui est primordial pour que l'élu de ton cœur te remarque et envisage au moins la possibilité d'une relation avec toi ?
– Mais c'est...
– Il faut qu'il sache que t'es gay, voilà le principal, continua-t-elle sans se soucier de ce qu'il avait à dire. S'il ne sait rien, il va directement te classer dans la liste des futurs bons amis et tu vas te traîner au sol en pleurant pendant des mois et des mois. Je suis la dernière à avoir envie de voir ça.
– Kairi !
– Quoi ? Tu m'en veux ?
Il se posa contre un mur et prit une longue inspiration. Comment avait-elle osé ? Enfin, ça ne devrait pas l'étonner tant que ça. C'était son genre, après tout.
Évidemment, il aurait dû le savoir. Elle ne pouvait pas s'en empêcher. Il retint l'envie de se taper la tête contre le mur et plaqua une main contre ses yeux en espérant pouvoir remettre de l'ordre dans ses pensées.
– Il a quand même accepté de venir en étant au courant de ça. C'est bon signe, non ?
Certes, mais... oh, et puis non. Pourquoi lui avait-elle parlé de ça ? Et s'il voyait n'importe lequel de ses actes comme une tentative de drague mal placée, désormais ? C'était un cauchemar. Il ne voyait que ça.
– Arrête de flipper pour rien, soupira Kairi. Tu vois bien qu'il avait l'air de t'apprécier, non ? Si ça lui avait posé problème, il aurait été mal à l'aise. Mais il ne l'était pas. Tu l'as bien vu. Ressaisis-toi, au lieu, et essaye de tourner la situation à ton avantage, c'est tout !
Elle repartit et il se dépêcha de la rattraper, toujours dépité.
– Allez, Riku. Admets que ça aurait pu être pire.
– Je sais.
Ça pouvait toujours être pire, mais ça n'en restait pas moins terriblement gênant. Qu'il soit le cousin de Vanitas, en plus...
Mais comme l'avait dit Kairi, ça n'avait pas empêché Sora de l'accompagner aujourd'hui. Et il n'avait pas eu l'impression qu'il l'évitait, au contraire : il avait été aussi amical qu'il pouvait l'espérer. Et puis, ça lui épargnait les explications gênantes... à vrai dire, c'est comme si une partie du travail avait été prémâchée pour lui. Après avoir dit au revoir à Kairi, il décida de rester sur cette pensée. Ce n'était pas si terrible. Elle avait raison. Et puis, elle était sa meilleure amie ; elle n'aurait pas fait tout ça si elle pensait qu'il n'avait pas une chance.
Rasséréné, il rentra chez lui avec un sourire aux lèvres.
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Riku découvrit bien vite, durant les semaines qui suivirent, que ses inquiétudes étaient infondées. Il revit Sora et Kairi à plusieurs reprises, et jamais le garçon ne lui fit la moindre remarque. Mieux, il semblait l'apprécier de plus en plus, et après trois ou quatre après-midi passées à trois, ils avaient fini par être vraiment amis, tant et si bien qu'il arriva à Riku de traîner seul avec Sora, les fois où Kairi les plantait là à cause de mystérieuses « urgences » qui impliquaient, à n'en pas douter, une jeune fille aux cheveux noirs qui se promenait de plus en plus souvent dans le coin.
Ce jour-là, deux semaines après la fin des cours et alors qu'ils étaient supposés passer la journée ensemble, Kairi fila à nouveau rejoindre Xion sans un mot d'excuse, un sourire extatique sur le visage. Riku ne l'avait jamais vu aussi heureuse, d'autant qu'il puisse s'en souvenir. La voir ainsi lui tira lui-même un sourire.
– Tu crois qu'elles sont ensemble ? demanda Sora en les voyant se rejoindre au loin.
– Elle et Xion ? Oui.
Elle le lui avait annoncé une semaine plus tôt, excitée comme une puce. Depuis, elle ne pouvait pas s'empêcher d'en parler tout au long de la journée. Ça avait un petit coté attendrissant, pour le moment, mais il espérait que ça ne continuerait pas pendant des mois. Enfin, elle finirait par se calmer. Personne ne pouvait rester de marbre au début d'une histoire, surtout pas après l'avoir espérée pendant autant de temps.
Sora se coucha dans l'herbe et ferma les yeux en laissant le soleil réchauffer son visage. Le cœur battant, Riku s'autorisa un moment de contemplation discrète. Il connaissait Sora depuis un moment maintenant, mais curieusement, il ne parvenait pas à se lasser d'admirer son visage. Il se demanda un instant si son cœur cesserait un jour d'accélérer à chaque fois qu'il le voyait. Il en doutait.
Kairi insistait chaque jour pour qu'il déclare sa flamme, depuis quelque temps, mais il ne pouvait se résoudre à se laisser tenter. Ils étaient amis, désormais, et cette amitié le remplissait tant de joie et lui donnait tant d'occasions de le voir encore et encore qu'il n'osait la mettre en danger en avouant ce qu'il ressentait réellement. Sa voisine avait beau lui dire que Sora n'était pas du genre à l'ignorer pour autant, il s'interdisait le moindre sous-entendu. Il tenait trop à ce nouveau lien pour risquer de le briser.
Il laissa échapper un soupir. L'amour était quelque chose de vraiment trop compliqué.
– Et toi, Riku ? Tu ne parles jamais de ça. Tu as quelqu'un ?
À ces mots, l'adolescent sentit son cœur se décrocher de sa poitrine mais n'en montra rien. Il devenait habitué à cet exercice.
– Non, répondit-il avec franchise.
Sora ouvrit les yeux et les tourna vers lui avant de se relever sur un coude.
– Tu as quelqu'un en tête ?
Voilà une question à laquelle il ne s'était pas préparé à faire face. Il pria pour ne pas rougir lorsqu'il balbutia :
– Euh... ouais. Quelque chose comme ça.
Sora eut un sourire malicieux et Riku sut qu'il allait essayer de lui tirer les vers du nez par tous les moyens. Il pâlit.
– Je peux savoir qui c'est ?
Il resta silencieux un instant avant de répondre :
– Je... non.
– Pourquoi pas ?
Il n'avait pas de bonne réponse à cette question. Il se contenta de hausser les épaules. Ses joues commencèrent à brûler. Encore. Il jura intérieurement.
– Tu as peur que ça te porte malheur ? À quoi il ressemble ?
Il ne remarqua pas tout de suite qu'il avait dit « il » et pas « elle ». Il regarda ailleurs.
– D'accord, renonça Sora. Je ne t'embêterai plus avec ça. Tu me diras si ça mène à quelque chose, hein ? J'aime bien entendre les histoires des gens.
Soulagé, Riku lui sourit. Il n'aurait pas trouvé quoi dire, s'il avait insisté plus longuement. Pour sûr, voilà qui aurait mené à une situation bien délicate. Par chance, il n'avait pas à la subir. Il l'en remercia mentalement.
– Bon, je m'ennuie, déclara le brun en s'asseyant.
– Tu veux rentrer chez toi ?
– Sûrement pas. J'ai toute l'après-midi devant moi, je ne vais pas la passer enfermé dans ma chambre.
Riku ne voyait pas vraiment où était le problème, mais si ça lui donnait une excuse pour passer du temps avec Sora, il n'avait rien à y redire.
– Qu'est-ce que tu veux faire ? demanda-t-il.
Sora réfléchit un instant.
– Aucune idée. Cinéma ?
Riku vérifia l'heure sur son téléphone et fronça les sourcils.
– La prochaine séance est dans à peine un quart d'heure. On aura du mal à arriver à temps.
– Pas si on court.
– Tu veux courir ? Il fait au moins trente degrés.
– Et alors ?
Il lui fit un clin d'œil avec un sourire enfantin et Riku sut instantanément qu'il ne pourrait pas refuser. Il ne pouvait rien contre cette expression-là.
– Très bien.
Sora sauta sur ses pieds sans attendre.
– On fait la course ?
Il avait l'air malicieux de celui qui lance un défi, et Riku n'eut pas à y réfléchir à deux fois avant de l'accepter.
– Comme tu voudras, mais je suis bien entraîné, répondit-il avec toute la provocation dont il était capable.
– C'est ce qu'on va voir !
Ils se mirent en position et échangèrent un regard.
– Très bien, dit Sora. À nos marques, prêts... go !
Ils se mirent à courir à travers le parcs et rejoignirent le trottoir en évitant les passants et vagabonds qui passaient par là. Par chance, ils n'avaient qu'une ou deux rues à traverser pour atteindre le cinéma, et les passages pour piétons affichaient vert. Riku manqua de se prendre un pauvre homme dans la figure mais l'évita à la dernière seconde, pendant que Sora se retrouvait coincé derrière une petite vieille à la démarche effroyablement lente et sans possibilité de la dépasser. Quand il y parvint enfin, Riku l'avait devancé de plusieurs mètres.
Il n'abandonna pourtant pas et réduit la distance en quelques secondes à l'aide d'un sprint final ; malheureusement pas assez pour dépasser Riku qui atteignit les portes du bâtiment avec une expression triomphante.
Sora se laissa tomber au sol, à bout de souffle.
– C'est pas juste, articula-t-il en reprenant vaillamment sa respiration.
Riku, adossé au mur, essayait de calmer les battements de son cœur et de récupérer autant d'oxygène qu'il en était capable. En voyant Sora se relever, il ne put retenir un rire, ce qui n'arrangea en rien sa respiration.
– Je gagnerai la prochaine fois, affirma Sora en souriant.
– C'est noté.
Sora appuya les mains sur ses genoux en inspirant et expirant longuement, puis se redressa et attrapa Riku par le bras.
– Allez, il nous reste cinq minutes.
Le garçon le suivit sans protester et ils entrèrent dans le sombre accueil du cinéma en regardant la liste des films à l'écran.
– Qu'est-ce que tu veux regarder ? demanda Riku en se passant une main sur le front.
Il suait encore et se promit d'acheter une grande bouteille d'eau pour se remettre de ses émotions.
– C'est toi le vainqueur, remarqua Sora. Tu choisis.
– J'ai déjà vu ceux qui m'intéressaient. Quant aux autres...
Le brun détailla la liste en plissant les yeux puis se tourna vers son ami avec un regard brillant.
– Ils repassent pas mal de trucs, pour le moment, dit-il. Pour les enfants.
– Oh.
– Je crois que c'est La Planète au trésor, aujourd'hui.
Il y eut un long silence durant lequel ils se défièrent des yeux.
– On va avoir une salle pleine de gosses, argumenta Riku.
– Et ?
– Ils vont crier. Et puis, on l'a déjà vu.
– Et ?
– ... puisque tu insistes, soupira-t-il.
Sora eut un sourire joyeux et demanda deux places pour le film qu'il paya avant même que Riku ait pu dire quoi que ce soit.
– Prends ça comme une récompense pour ta victoire, expliqua-t-il en lui tendant l'entrée. On prend quelque chose à manger ?
– J'aurais surtout besoin de quelque chose à boire, là.
– Moi aussi. Mais un film sans grignotage n'est pas un bon film. Prends-nous à boire, je vais chercher à manger.
Il jeta un œil au petit magasin et secoua la tête.
– À bien y réfléchir, se corrigea-t-il, autant que tu ailles nous réserver des places. Il y a plein de monde.
– Je les prends où ?
– Ni trop haut ni trop bas. Là où tu trouves, en fait. Tu veux quoi, à boire ?
– De l'eau, ça ira.
– Pas très original, mais d'accord.
Riku lui donna un billet de dix euros et entra dans la salle renseignée pour accomplir sa mission. Comme il l'avait prédit, des dizaines de gamins étaient installés partout. Il avait horreur de ça. Mais si c'était ce que voulait Sora... ce n'était jamais qu'une heure et demi de souffrance à supporter.
Il trouva une place vers le milieu, à côté d'une famille nombreuse qui, étonnamment, ne paraissait pas trop bruyante, et attendit qu'il revienne et tapotant l'accoudoir du bout de ses doigts. La salle s'éteignit quelques secondes plus tard, et Sora arriva à la fin des publicités, deux bouteilles d'eau et un immense paquet de bonbons à la main.
Il les plaça entre eux et s'installa confortablement dans son siège avec un soupir d'aise. Il sourit à Riku en attrapant quelques bonbons dans le paquet et reporta son attention sur le film qui venait de commencer.
Pendant toute la durée de la séance, il resta d'un silence presque religieux, ne détachant son regard de l'écran que pour vérifier où était sa bouteille ou ses friandises. Bizarrement, Riku finit happé, lui aussi, et cessa de faire attention aux personnes autour de lui – si on exceptait, bien sûr, celui qui l'avait emmené ici et dont il ne sentait que trop la présence. Il évitait toujours de lever la main en même temps que lui pour ne pas risquer de le toucher par inadvertance, ce qui aurait été, il le savait, un peu trop cliché dans cette situation.
Il n'y eut pourtant aucun incident à signaler, et la séance se termina dans le joyeux brouhaha des familles qui se levaient les unes après les autres pour sortir de la salle sans faire attention au générique. Sora, lui, ne marqua pas un seul mouvement avant que l'écran ne devienne complètement noir, et ils n'étaient plus qu'une petite dizaine dans la salle lorsqu'on les chassa sans ménagement.
Dehors, baignés par la lumière du soleil encore éclatant, Sora avait les yeux brillants d'émerveillement comme un enfant qu'on aurait emmené pour la première fois à Disneyland. C'était tellement attendrissant que Riku dut regarder ailleurs pour ne pas finir à nouveau rouge comme une pivoine. Il était beaucoup trop faible.
– C'est mon film préféré, dit soudain Sora.
– Il me semblait bien.
– Il est trop bien, hein ? Il est parfait. Depuis que je suis petit, c'est celui que j'aime le plus.
Riku sourit.
– C'est vrai, il est bien.
– Merveilleux, tu veux dire.
– Tout à fait.
– Arrête de te moquer de moi, bougonna Sora en le bousculant.
– Je ne me moque pas. Je n'oserais jamais.
Le brun avala le fond de sa bouteille et la jeta dans la poubelle non loin d'eux.
– Et toi ? demanda-t-il. C'est lequel, ton préféré ?
– Film en général, ou animation ?
– Mmh... animation.
– Je ne sais pas trop... j'en regarde pas tant que ça. Dragons, peut-être ?
– D'accord, réponse acceptée. Tu n'es pas si nul que ça, en fin de compte.
L'intéressé prit un air indigné.
– Tu me pensais nul ?
– Non. Ou rien qu'un peu ?
Il affichait un air taquin et Riku sentit les battements de son cœur redoubler d'intensité. Il aurait abandonné tout ce qu'il avait pour pouvoir l'embrasser dans l'instant. Il refréna cette pulsion tant bien que mal et but une gorgée d'eau d'une main soudain tremblante. Il ne pouvait pas céder. Il allait se mettre dans une position inconfortable. Et cette journée se passait si bien...
Sora le dévisageait avec intensité et il s'éclaircit la gorge pour reprendre contenance.
– Quelle heure est-il ? demanda-t-il sans penser à regarder de lui-même.
Sora jeta un coup d'œil rapide à sa montre et soupira.
– Cinq heures.
– Le temps passe vite.
– Tu l'as dit. Je ne vais pas tarder à rentrer.
– Moi non plus, dit Riku. Je crois que j'ai des invités, ce soir.
– Tu crois ?
– Enfin, des amis de mes parents. Pas comme si je les connaissais vraiment.
– OK. À la prochaine, alors. On se tient au courant. Merci pour la journée.
– Merci à toi.
Le brun lui offrit un sourire si lumineux que Riku sentit son cœur s'arrêter de battre. Et il sut, sans rien pouvoir faire pour l'en empêcher, qu'il allait dire quelque chose de stupide, faire quelque chose de stupide, comme à chaque fois, et qu'il allait se condamner alors qu'il commençait enfin à toucher le bonheur du doigt.
Les mots partirent plus vite que ses pensées, et malgré l'avertissement que lui hurlait sa raison, il demanda :
– Tu veux sortir avec moi ?
Il se plaqua aussitôt une main sur la bouche, choqué de sa propre audace, et encore plus du ridicule de la demande qu'il venait de faire. Jamais il n'avait pensé à le formuler d'une manière aussi stupide. Il n'eut cependant pas le temps de s'inquiéter outre mesure de ce que le concerné allait penser de lui, car celui-ci répondit presque du tac au tac :
– D'accord.
Il fallut quelques secondes pour que Riku accepte ce qu'il venait d'entendre. Il resta figé sous le choc. Il ne pouvait pas avoir bien compris. Ou bien Sora avait mal interprété sa demande. Il devait y avoir une erreur, de toute façon. Ça ne se passait comme ça que dans ses rêves.
Rêvait-il ?
– Je... commença-t-il, mais il s'arrêta sans savoir quoi dire de plus.
Sora n'avait pas cessé de sourire. Comme s'il comprenait exactement les pensées de Riku, il s'approcha de lui, posa les mains sur ses joues et l'embrassa avant même que Riku ne réalise ce qui était en train de se produire.
Complètement subjugué, il fut incapable de réagir. Sora s'écarta de lui sans le lâcher et répéta :
– D'accord.
Plus de doutes, à présent. Il resta pourtant là, le cœur battant, avec dans la tête un silence total qui l'empêchait de prononcer le moindre mot.
Les mains de Sora glissèrent le long de ses joues et il le vit s'en aller sans faire un geste pour le retenir. Tout son corps avait cessé de lui obéir. Il resta immobile quelques minutes encore, un bourdonnement continu résonnant dans la tête.
Puis il passa un doigt sur ses lèvres et trembla en sentant à nouveau son souffle se mélanger au sien, la faible pression contre sa bouche, et le léger goût sucré qui s'y était déposé – qui y était encore.
S'il lui avait fallu choisir un moment pour mourir, ça aurait été cet instant-là.
Il rentra chez lui, le pas incertain, les pensées remplies de Sora, de sa voix, de son sourire, de ses lèvres sur les siennes.
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La semaine qui suivit lui sembla se dérouler comme dans un rêve. À chaque fois qu'il apercevait Sora, Riku plongeait dans un état second et n'en sortait qu'une fois seul, chez lui, couché sur son lit à penser au manque que son absence lui procurait déjà.
Pendant une semaine, il ne pensa à rien d'autre. Il se levait avec l'image de Sora, se couchait avec l'image de Sora, rêvait de l'image de Sora. Et chaque jour, quand il le voyait devant lui, en chair et en os, il lui paraissait plus beau qu'il ne l'était la veille, plus lumineux que dans ses souvenirs, et son sourire l'éblouissait mieux encore que le jour précédent.
Jamais, pensait-il lorsqu'il était à ses côtés, jamais il n'aurait pensé pouvoir être aussi heureux.
Et alors qu'il l'embrassait pour la dixième fois, pour la première fois, il s'imaginait que cette fois, c'était différent, qu'il était enfin heureux, qu'il avait trouvé le bon, celui qu'il avait cru inexistant, mais qui était là, devant lui, contre lui, et dont les doigts s'entremêlaient au sien dans la chaleur de l'été.
Kairi avait été aussi abasourdie que lui en apprenant la nouvelle. Elle n'avait pas fait la moindre remarque. Elle souriait, comme eux, mais Riku ne tarda pas à comprendre que, si ça bouche reflétait le bonheur qu'elle avait de les voir ensemble, ce n'était pas le cas de ses yeux.
Mais il l'oublia vite, et décida de ne pas y faire attention. C'était son histoire, après tout, et tout se passait merveilleusement bien. Il comprit enfin ce que voulait dire « être amoureux ». Il ne pensait pas l'ignorer. Et pourtant, avant Sora, il n'en savait rien.
Et puis, alors que tout semblait parfait, le ciel se couvrit de nuages, et le soleil cessa peu à peu de darder sur eux ses rayons de lumière.
Il l'avait à peine remarqué. Ce n'était pas grand chose.
Une tête détournée au moment où il s'en approchait, une main qui se détachait de la sienne après quelques secondes, des sourires de moins en moins nombreux, un regard triste perdu au loin. Riku n'y faisait pas attention. Ça finirait par s'arranger. C'était la bonne, cette fois. Ça ne finirait pas dans les larmes.
Il ne laisserait pas cette histoire terminer comme les autres.
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Cela faisait trois semaines depuis leur sortie au cinéma.
Sora était assis sur un banc, dans le parc, le visage tourné vers le ciel parsemé d'éclaircies.
Riku, à côté de lui, chercha sa main, mais il ne trouva que du vide. Il haussa les épaules et resta immobile, incapable de trouver les mots. Il n'avait rien à dire. Manifestement, ça allait très bien à Sora. À part un vague bonjour, il ne lui avait pas dit grand chose.
Il se mordit la lèvre, conscient du malaise qui planait entre eux et du silence qui se faisait de plus en plus lourd. Il fallait qu'il arrange la situation. Qu'il propose quelque chose, qu'il raconte il ne savait quelle histoire stupide.
Aucune idée ne venait à lui. Il contempla Sora d'un œil inquiet. Il ne comprenait pas son attitude. Plus les jours passaient, et plus il l'ignorait. Malgré des heures de réflexion intense, Riku ne voyait aucune faute qu'il aurait pu commettre, rien qui ait pu changer le comportement de Sora aussi vite. Il laissa échapper un discret soupir.
Son regard fut alors attiré par une rougeur sur le bras du châtain, un bleu en formation, peut-être. Il esquissa un geste vers lui, mais Sora ouvrit les yeux et évita sa main comme si elle avait été une dangereuse arme.
– Qu'est-ce que c'est ?
Son petit-ami haussa les épaules et eut un pâle sourire.
– Rien de grave. Je ne suis pas très adroit.
Ce n'était pas très convainquant, mais il ne fit aucun commentaire et s'appuya contre le dossier en réfléchissant à un autre sujet de conversation. Ils pourraient aller à la salle d'arcade, pensa-t-il vaguement. Il s'était pas mal entraîné, depuis la fois où ils y avaient été tous les trois.
– Riku ?
Il se redressa et se tourna vers lui.
– Oui ?
Quelque part au fond du regard de Sora se mouvait une lueur étrange, triste, peut-être. Il sentit l'inquiétude l'envahir et son cœur se serra.
– On ne peut pas continuer comme ça, continua Sora en souriant.
Riku ne savait pas qui il pensait tromper avec ce sourire, mais certainement pas lui. Il ne dit rien. Il ne voulait surtout pas savoir de quoi il parlait. Surtout pas.
– J'en ai marre de faire semblant. Ça sert à rien, tout ça. Ça ne mène à rien.
Un goût étrange lui envahi la bouche, un goût qu'il connaissait déjà. La déception. Le désespoir.
– C'était juste un jeu. Il faut qu'on arrête de se leurrer comme ça. J'en peux plus.
Il ne devait pas laisser les larmes gagner ses yeux. Sa gorge se fit douloureuse, mais il l'ignora. Il garda bouche close, et son cœur resta désespérément silencieux.
– Arrêtons-nous là.
Jamais Riku n'aurait pu penser que ces trois mots puissent faire aussi mal. Il entrouvrit les lèvres pour murmurer :
– D'accord.
Dans un dernier élan d'affection, Sora l'embrassa sur la tempe avant de s'éloigner sans un mot.
Riku, lui, ne bougeait pas.
Il laissa les larmes couler le long de ses joues sans rien faire pour les retenir.
Jamais, au cours de son existence, il n'avait compris à ce point ce que signifiait l'expression « avoir le cœur brisé ».
Pardonne-moi, Midori. /o/
J'ai enfin trouvé un moyen de garder mes points virgules, bénie sois-je.
À la prochaine pour le prochain et dernier chapitre ! (+ l'épilogue. Lol.)
