Chapitre 3

Je m'écroulai sur le canapé, j'avais mal, l'impression qu'une lame était à chaque mouvement délicatement enfoncée dans mon flan. James avait dû me casser une côte.

J'avais difficilement réussi à monter les marches grinçantes de l'escalier et à entrer dans ma sordide demeure. Titubant jusqu'à la cuisine, je fouillais dans l'armoire à pharmacie dans l'espoir de trouver un calmant pour atténuer ma douleur. Je trouvai alors à la hâte quelques cachets à avaler sans vraiment avoir pris la peine de regarder à quoi ils étaient destinés. Déjà, j'entendais les marches de l'escalier grincer, et des larmes me montèrent aux yeux. Je ne voulais pas voir James maintenant, prise d'un sentiment de panique inexpliqué, j'allai m'enfermer dans la salle de bain dans l'espoir de ne pas croiser son regard. Je le détestais, j'avais peur.

Face au lavabo, mon regard croisa mon reflet dans le miroir, les larmes ruisselaient sur mes joues rougies, j'avais beau tenter de reprendre mon souffle, ma poitrine se soulevait irrégulièrement. J'avais l'impression d'étouffer alors même que je respirais plus fort que jamais.

Mes jambes tremblaient, menaçant de me lâcher à tout moment. Je me laissai aller sur le mur derrière moi et glissait jusqu'au sol, attrapant ma tête entre mes mains, les coudes sur les genoux. Il fallait que je me calme.

- Bella ? Entendis-je derrière la porte.

- Vas t'en ! articulais-je entre deux sanglots.

Il me demanda d'ouvrir la porte, plusieurs fois, mais j'étais bien décidée à rester assise sur ce carrelage. A vrai dire, aucune des actions que j'aurais pu entreprendre au lieu de cela ne semblait être une option qui mènerait à une belle fin. J'étais destinée à vivre dans ce piteux endroit, maltraitée et misérable. Quelque soit les différentes voies s'offrant à moi, aucune ne me permettait de sortir d'ici.

Cette idée me pris à la poitrine, compressant mon thorax et me coupant le souffle. Je ne voulais plus me battre dans le vide, je n'avais plus de solution.

James continuai d'hurler derrière la petite porte en bois, et pour ne plus l'entendre, j'ouvrai le robinet de la baignoire, espérant que le bruit de l'eau atténue le son de sa voix. Doucement, je me déshabillai et entrais dans l'eau. Devant moi, posé sur le rebord en faux marbre de la baignoire, était posé la solution à mon cauchemar. Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt? La mort, elle m'avait frôlé tant de fois, m'avait appelée à elle tout au long de ma pauvre vie.

Face à moi, un simple rasoir. Outil de ma délivrance, mon passeport vers une certaine forme de liberté, la seule de ces forme qu'il me restait.

En quelques minutes, j'avais retiré la lame de son socle et je commençais à tailler ma peau en plusieurs endroit. Je voulais que ce soit rapide, j'avais passé assez de temps ici, et quoi qu'il y ait après, ce ne pourrais être que mieux. L'enfer, je connaissais déjà.

Mes cuisses et mes bras étaient remplis de lignes écarlates et bientôt l'eau tiède qui recouvrait mon corps se colora d'un rouge vif. Je fermai les yeux et attendait sereinement ma fin. Lentement, je m'endormis, et attendant mon dernier souffle, ce ne fut pas un résumé de ma vie qui défila sous mes yeux mais l'image apaisante du charmant inconnu qui m'avait sauvé quelques instants plus tôt. Le son de sa voix, l'aura qui l'entourait et qui m'avait temporairement tiré de mon taudis, la douceur de la peau que j'avais à peine effleuré. Je me sentais comme enveloppée dans un nuage, et la douleur qui traversai tout mon corps n'était plus rien.

Trois coups assourdissants vinrent me tirer de mon pseudo-sommeil. Trois coups, puis un craquement.

Je refusai de me réveiller, pas encore, cette fois, la mort m'aurait, je m'offrais à elle sans aucune résistance.

Mon cœur battait sur mes tempes, assourdissant les cris autour de moi, mon corps se souleva, semblant voler au dessus du sol. Je priai intérieurement pour être en train de quitter mon corps comme tout les films le montrait. Mais encore une fois, mon esprit embué ne mis que quelques minutes à comprendre que se soulèvement n'était dû à rien d'occulte, mais simplement aux bras qui entouraient mes épaules, me tirant vers l'extérieur de la baignoire.

- Laissez-moi mourir.. m'entendis-je supplier avant que tout ne devienne noir.

La lumière frappa à travers mes paupières. Et je compris.

J'étais vivante. J'avais échoué, encore. Je n'avais même pas le droit de mourir. Je ne pouvais pas m'enfuir.

J'ouvrai les yeux sur le visage de James, les traits tirés, l'air torturé, il pris ma main et caressa ma joue.

- Ne fais plus jamais ça, tu m'entends ?

Qui était-il pour me donner des ordres ? La rage s'empara de mon corps encore trop faible pour bouger, je lui aurait hurlé aux visage si j'avais pu parler.

- Bella.. je suis désolé, articula t'il lentement. Je ne veux pas te faire de mal.. je.. tout les jours, je vois des gens se faire tuer, je peux pas me contrôler Bell, j'suis un violent, mais la dernière des choses que je souhaite c'est que tu sois malheureuse.

Il tentai de se trouver des excuses, il me regardait dans les yeux, tentant de retrouver ma part de bien, mais elle avait disparu, je voulais mourir, l'oublier, lui et la vie de merde qu'il m'avait offerte.

- Je suis pas un monstre, Bell.. du moins j'essaye. Je me bats contre ça, tu le sais, tu le vois. J'ai des crises, et te voir là avec lui, te voir saoule dans ce bar ça m'a rendu fou.. Je t'aime Bella, je pourrais pas survivre sans toi, t'es la seule belle chose que j'ai au monde, et si je m'en prends à toi c'est parce qu'au fond quelques fois je voudrais qu'il n'y ai plus rien de beau dans ma vie. Me laisses pas devenir comme eux, Bell. Me laisses pas sans lumière, me laisses pas devenir un monstre. Si je te perds j'suis perdu, si je te perds j'en deviens un pour de bon.

Les larmes me montèrent aux yeux. Il était fou, complètement perturbé, mais il avait raison sur un point, j'étais la seule personne à qui il osait, quelques fois, montrer la part de bien qu'il portait en lui. Sans moi, cette part de bien disparaîtrait.

Son regard se planta dans le mien, et ces yeux devinrent humides.

- Me laisses pas tout seul, s'il te plait.. supplia t-il à nouveau avant de poser son front contre le mien.

Je le pris dans mes bras, perdue, l'étreinte ne dura que quelques minutes avant qu'il me lâche et quitte la pièce.

- Dors maintenant. Murmura t'il avant de passer la porte.

Quelques minutes, ou peut être quelques heures plus tard, j'entrouvrais les yeux et vit deux silhouettes se dessiner derrière la barrière de mes paupières encore lourde.

- Comment va t-elle ? Entendis-je

- Ça peux aller. Elle s'en remettra Edward, rentres chez toi tu as perdu assez de temps comme ça, ton enveloppe est sur la table. Répondis la voix que je reconnaissais comme celle de James.

Je me forçai à ouvrir les yeux pour de bon, et distinguait alors la silhouette parfaite de mon bel inconnu, celui du bar. Edward, il s'appelait Edward, quel doux prénom.

- Ne me dis pas ce que j'ai à faire, pauvre con. Dit-il d'un ton tout sauf doux, son regard fusillant celui de James.

Puis il posa son regard sur moi, et, me voyant réveillée, s'approcha du lit. Il s'agenouilla à ma hauteur et replaça une mèche de mes cheveux derrière mon oreille.

- Écoutes moi bien, si cet abruti oses encore te toucher comme il l'a fait, appelles moi. Dit-il en me tendant une petite carte en papier où un numéro avait été griffonné. Je ne sais pas ce qui te fais rester, mais crois moi, tu ne mérites pas ça. Tiens.

Mon regard passa rapidement de la carte à James, qui depuis l'autre coté de la pièce serrait le poing, la mâchoire crispée en entendant Edward parler. Je fis vite un choix.

- Je n'en aurais pas besoin, merci. Articulais-je lentement, refusant l'aide de cet inconnu qui me voulait du bien.

- Tu n'as pas à avoir peur de lui. Insista t-il.

- Cela fait longtemps que je n'ai plus peur de rien. Affirmais-je alors en repoussant la main qui m'offrait le fameux papier.

James se détendit et avança vers nous.

- Maintenant si tu le veux, je peux t'indiquer la sortie, Edward.. A moins que tu n'ai d'autres choses à faire ici ? Dit-il en souriant fièrement.

Edward ne me quitta pas du regard, l'incompréhension se lisant dans ces yeux. Transi, il se retourna quelques instant plus tard et disparu derrière la porte.