2.
- Et que crois-tu donc savoir ? interrogea doucement Kei. Et d'ailleurs comment pourrais-tu avoir cru découvrir quoi que ce soit ?
- J'ai piraté les archives de Technologia, répondit posément le jeune homme. Les mémoires de nos cités automatisées sont les plus phénoménales qui existent.
- Mais, nous t'avions révélé, il y a longtemps de cela que nous t'avions adopté, intervint Olya.
- Oui, mais j'ignorais pourquoi, vous avez toujours été tous les deux plus que diserts sur le sujet ! J'ai donc recherché cet autre Albator… Un Pirate, une légende, mais qui n'aura jamais eu son vingt-cinquième anniversaire ! Est-ce que les Illumidas te recherchent toujours, Kei ? Est-ce pour cela, pour brouiller les pistes, que tu m'as fait adopter ?
Kei inclina positivement la tête.
- Il ne fallait surtout pas que l'on puisse remonter ta piste !
Albator eut un petit ricanement.
- Si on ne me cherchait pas, on ne risquait pas de me trouver, remarqua-t-il avec bon sens. Et au vu des archives, il n'a jamais été fait mention d'un survivant à bord de l'Arcadia, et encore moins que cet Albator ait eu un descendant. Il était bien mon père ?
- Oh ça oui, tu es sa copie conforme ! J'en connais qui auront un sacré choc quand tu iras voler dans la mer d'étoiles !
- Je peux avoir à présent les détails que j'ignore ? s'enquit le jeune homme d'une voix émue.
- Ça n'a pas été un combat, cela a été une froide exécution…
Les explosions secouant l'Arcadia sous les coups de boutoir des croiseurs Illumidas, Albator avait sorti Kei d'une passerelle en proie aux flammes.
- Tu vas partir, il faut que l'un de nous survive à cet enfer. Et dans cette confusion une capsule de sauvetage a une chance de s'éloigner !
- Je refuse, se récria la jeune femme blonde. Mon père m'a déjà fait ce coup. J'ai vu sa station de communication être atomisée. Je ne veux pas revivre cela avec l'Arcadia !
- Il n'y a pas d'autre solution. Les Illumidas et les terriens de Zone seront sans pitié. Ils exécuteront les survivants, s'il y en a… Et je veux que tu vives, tu m'es devenue trop précieuse !
- Comment pourrais-je également poursuivre sans toi ? gémit Kei. Nous nous étions enfin trouvés après que tu sois venu me rechercher sur la station spatiale… ! Nous n'avons eu que quelques nuits…
- C'était déjà plus que nous pouvions en rêver, gronda Albator en faisant s'ouvrir une capsule d'évacuation en forme d'œuf. Pars, Kei et vis pour nous deux.
- Albator…
La vue brouillée par les larmes qui ruisselaient sur ses joues, Kei prit place dans la capsule dont les propulseurs de décollage s'étaient allumés.
Elle n'avait pas encore atteint le sas avant d'être lâchée dans l'espace qu'une nouvelle explosion ravageait le pont d'envol, faisant de l'homme de sa vie une torche humaine.
- Albator !
- Et il avait raison : aucun des bâtiments engagé dans les combats ne m'a aperçue. J'ai dérivé jusqu'à ce que le cargo où se trouvaient Olya et Kréan ne me récupère. Je n'ai cependant pas voyagé seule.
- Je n'étais pas plus grand qu'une crevette, mais j'étais là. Quelle horrible séparation, Kei !
- Je pensais plutôt aux copies de la mémoire de Toshiro. L'Ame de l'Arcadia a été sauvée en même temps que moi. Mais il fallait aussi impérativement te protéger. Les von Shurkelheim t'ont donné leur nom, et moi je me suis installée un peu à l'écart, avec mes souvenirs.
- Tout cela est tellement triste, soupira Albator en serrant Kei contre lui.
- Il m'est resté le plus beau : toi. Je ne pouvais que te donner le prénom de ton père ! Et le moment venu, tu reprendras le flambeau.
- Quoi, vous m'avez programmé pour prendre la relève ? tiqua le jeune homme.
- Tu as jusqu'à la balafre de ton père, tu ne peux que marcher sur ses traces. Vous êtes tous des guerriers. Tu es un militaire !
- Ce n'est pas faux… Mais on me confiera un cuirassé de Technologia pour la défendre, je ne m'éloignerai guère. J'aurai à veiller que les troupes de l'autoproclamé Imperator ne se dirigent pas par ici !
- Ne parlons plus de choses fâcheuses ou chagrines, pria Olya. C'est la soirée d'Albator et je vais faire apporter le gâteau !
