4.
Leur fils en voyage final avec les autres aspirants de sa promotion, Olya et Kréan von Surkelheim avaient invité Kei à partager leur soirée.
Après le dîner, ils étaient demeurés dans le salon près de la cheminée où, au vu de la saison douce, c'étaient encore des flammes holographiques qui dansaient.
- Comment est-ce que notre petit a réagi à sa visite au chantier-naval ?
- En fait, Kréan, il n'a pas vraiment eu de réaction particulière, avoua Kei. Il a observé l'Arcadia sans réelle émotion, ce qui peut se comprendre vu que ce vaisseau ne signifie encore rien pour lui. Pour le moment, il ne vit pour qu'au travers des récents récits que j'ai pu lui faire.
- Il en ira autrement quand Toshiro lui ouvrira ses archives, glissa Olya. Là, il pourra voir et entendre son père en action ! A propos, Kei, j'aurai fini de coudre sa tenue pour son prochain retour !
- Ainsi, il marchera enfin complètement dans les traces de son père, fit Kei, une infinie nostalgie dans le regard. Il va recevoir ses galons de capitaine, mais ce ne sera pas sur un cuirassé militaire qu'il en fera usage – je crois qu'il a commencé à le réaliser !
Kei but quelques gorgées de son thé aux baies.
- Est-ce que les rumeurs se confirment ? reprit-elle après un long moment de silence.
Olya et Kréan inclinèrent positivement la tête.
- Nous travaillons en urgence sur de nouvelles lentilles, plus puissantes, pour les observatoires spatiaux en bordure de nos frontières, expliqua ce dernier. Ils captent effectivement l'approche d'une flotte de bâtiments divers : des Stalzarts ouvrent le chemin, suivis par les Commands and Battleships. Et tous doivent transporter des Fighters Yago ainsi que des Tanks d'assauts.
- Zone a mis le paquet… Son Dasmolk Impérial ?
- Nous ne l'avons pas encore localisé, les nouvelles lentilles le permettront du moins nous l'espérons ! ajouta Olya.
- Feydar Zone ne se privera pas du spectacle de voir tomber de nouveaux mondes, gronda Kei, poings serrés.
- Et si les mondes voisins ne nous apportent pas l'aide promise, nous ne tiendrons pas longtemps… Est-ce vraiment important que Zone soit aux premières loges, Kei ?
- Oui, ne serait-ce que pour qu'il en perde son dentier quand l'Arcadia aura pris son envol ! rugit-elle.
- Depuis le temps qu'il s'est autoproclamé et règne, cette vision ne le déstabilisera guère de temps, remarqua Kréan. Je ne nie pas le choc, mais ça ne l'arrêtera certainement pas.
- Et notre Albator a beau être le portrait craché de son père, il n'en a absolument pas l'expérience au combat ! s'attrista Olya d'une voix tremblante.
- Et son père a fini par avoir le dessous, compléta son époux.
- C'était un guet-apens ! rappela Kei. Ils nous attendaient tous à la sortie du vol spatio-temporel dopé par le feu du ciel ! Nous avons été pilonnés, presque sans pouvoir riposter face à ces dizaines de vaisseaux. Zone a fait viser les centres névralgiques de l'Arcadia, décimant l'équipage. Il n'y a pas vraiment eu de temps pour la panique, d'ailleurs nous avions tous juré de nous battre jusqu'au dernier souffle ! Tout le monde est resté à son poste jusqu'au dernier instant ! J'aurais fait la même chose si l'homme de ma vie ne m'en avait pas arrachée ! Il a sauvé la vie à deux personnes ce jour-là, trois avec les copies mémorielles de Toshiro ! Et aujourd'hui tout est prêt pour la renaissance.
- Le cycle peut se perpétrer, approuva Olya. Notre Albator prend la relève de son père. Espérons qu'il connaîtra un meilleur sort que lui…
- Je ne l'ai pas regardé à distance grandir durant toutes ces années pour le perdre aujourd'hui ! Vous lui avez donné un cuirassé, moi je lui trouverai un équipage. Je partirai dès demain matin pour les Cités Pirates et les tavernes du Marché de Torguèse.
- Albator aura de la peine que tu ne sois pas là quand il reviendra tout galonné ! Taiseux quand il s'agit de ses sentiments profond, notre gamin, mais il tient à toi, Kei !
- Je pars demain à l'aube, répéta Kei en se levant pour prendre congé.
Même si les cuirassés étaient chargés de missiles à blanc, les phases de combat étaient bien réelles.
Bien installé au poste de commandement sur la passerelle, Albator ne trouvait absolument pas la position confortable, aboyant ses ordres sur un rythme de mitrailleuse, suivant à la fois les évolutions de son adversaire et celle de l'état de son bâtiment.
- On va les avoir, siffla-t-il entre ses dents. Je vais leur sortir ma tactique préférée !
- Laquelle.
- Je vais les éperonner !
- Ca ne figure pas dans le manuel !
- Je m'en fous ! Pleine puissance des réacteurs !
