7.
Albator resserra sa prise sur la poignée de la barre.
- Voilà, je suis dans l'espace, avec un drapeau pirate qui flotte à la hampe de ma poupe ! La dernière fois que le Doyen de Technologia m'a vu, j'étais en uniforme. Là, il ne va jamais me reconnaître !
- Il est parfaitement au courant que tu prendrais le commandement de l'Arcadia le moment venu. La consigne est donnée à nos cuirassés, ils ne te feront aucun mal ! assura Maetel.
- Pourquoi tout le monde en sait plus que moi sur mon avenir ? grinça le jeune homme.
- Nous avons tous œuvré à sa préparation depuis vingt ans, reconnut Maetel. Ton père ayant laissé un héritier, et on ne pouvait rêver plus belle pièce que toi, on ne pouvait passer à côté de ce miracle ! Kei a été assez paranoïaque en te confiant à tes parents adoptifs, mais c'était là le réflexe élémentaire d'une pirate aguerrie qui devait mettre son petit en sécurité – après tout, Terriens traîtres et Illumidas pouvaient visionner à l'infini la destruction de l'Arcadia et trouver la capsule de sauvetage !
- Je ne lui ai jamais fait grief de son mensonge, remarqua doucement Albator. J'ai des parents formidables qui m'ont offert une vie équilibrée, saine, et merveilleuse. Il est juste regrettable que des fausses couches aient suivi, je crois que j'aurais aimé avoir des cadets ! Et, d'un autre point de vue, bien qu'ayant découvert la vérité, j'aurais aussi apprécié de connaître Kei, qu'elle ne se contente pas du rôle de la voisine discrète durant toutes ces années !
Maetel posa une main apaisante sur l'épaule du jeune homme qui tremblait légèrement sous les émotions.
- Elle avait ses propres peines, tu sais, Albator.
- Je ne l'ignore plus. Je suis surtout très triste qu'elle n'ait pas pu vivre son amour, avec celui qu'elle adorait !
La blonde voyageuse éternelle eut un sourire soudain.
- Détrompe-toi. Elle a souvent inondé son oreiller de larmes, mais elle t'avait ! Elle t'a vu grandir, devenir un adolescent au charme ravageur et enfin un homme qui est aujourd'hui le capitaine de ce cuirassé ! Sa vie est remplie, et elle est heureuse !
- Je l'espère pour elle. Et puis, quoi que vous disiez tous, je n'ai aucune idée de la façon dont combler les espoirs que vous placez tous en moi !
- Tu as déjà commencé, avec cette tentative d'éperonnage !
- Comment cela ? Je n'avais effectivement pas à la risquer, cela n'était pas dans les manuels ni l'instruction reçue !
Maetel eut alors un franc sourire.
- Tu es juste le fils de ton père, cela n'a au contraire rien de surprenant !
Albator inclina positivement la tête.
- Et puis il faut reconnaître que cet Arcadia dispose d'un Tranchoir de Proue cranté, contrairement à celui qui lui a servi de modèle ! Il se pourrait que j'aime m'en servir en situation réelle !
Les prunelles marron du jeune homme fulminèrent alors que ses poings se serraient.
- On a assassiné mon père au moment même où il avait une chance de battre les Illumidas et Zone avec ses nouvelles idées de conquêtes ! Oui, cette fois j'ai bien compris : je reprends sa bannière de la liberté ! Je tâcherai de ne pas faillir… J'ai tellement peur !
- Tu seras à la hauteur !
Et pour la première fois depuis leur rencontre, Albator et Maetel se sourirent, complices.
Une imposante navette sous bouclier d'invisibilité avait apponté à l'un des niveaux du vaisseau pirate.
- Kei !
- Je t'ai ramené tes premiers membres d'équipage. Il n'y a pas que pour toi que le cycle de la vie poursuit toujours sa ronde, et ce même si aucun de mes pauvres collègues pirates sur le cuirassé de ton père n'a eu l'occasion de fonder une famille, ou alors de laisser involontairement une trace au gré de nos pérégrinations !
- Je ne comprends pas…
- Voici celui qui sera ton premier lieutenant : Yattaran, poursuivit Kei, imperturbable, en désignant un colosse chaussé de lourdes bottes, pantalons baggy et t-shirt rayé, le bandana sur la tête. Et lui c'est Maji Takéra, il s'occupera de ta salle des machines, ajouta-t-elle en présentant une sorte de modèle réduit du premier cité. Et j'ai aussi quelques marins qui se sont déjà dispersés à bord !
Le jeune homme se recula de quelques pas et elle le rejoignit.
- Le port du bandana, c'est obligatoire ? chuchota-t-il, mi-figue mi-raisin. Je ne pense pas que ça m'irait !
Kei esquissa un léger sourire.
Toshiro ayant délégué quelques tâches aux marins qui avaient été briefés par Kei durant leur voyage de retour, le jeune capitaine du nouvel Arcadia était revenu sur sa passerelle.
- Arcadia en avant ! rugit Albator d'une voix déterminée.
