13.
- Vous pourriez éviter de me faire ce genre de mauvaise surprise ? Un mort à bord, c'est un monceau de paperasserie à compléter que vous n'imaginez même pas !
- Si, j'ai suivi la même formation que vous, je vous le rappelle ! Qu'est-ce que j'ai fait?
Warius s'assombrit, véritablement tracassé, et ne plaisantant plus du tout.
- Un arrêt cardiaque prolongé. A un fil près, vous vous en sortiez avec des séquelles irréversibles, ou vous ne vous réveilliez pas ! Je n'étais pas bien loin de tenter de contacter votre famille sur Technologia.
- Grossière erreur.
- Non, une impossibilité. Le bouclier protecteur que Technologia s'est construit dans le plus grand secret empêche toute communication de passer.
Albator fronça le sourcil, songeant soudain fugitivement que la douleur qu'il avait ressenti suite à sa balafre n'était rien en comparaison des souffrances fusant de son orbite éclatée.
- J'ai en effet l'impression que tout depuis ma venue au monde ne fut que secrets. Et je suis également certain que les von Shurkelheim ont participé à cette protection !
- Vos parents sont en effet des génies dont la renommée est connue dans bien des mondes, sauf qu'ils n'ont jamais voulu quitter bien longtemps leur Technologia, ainsi qu'un petit garçon alors que Olya von Shurkelheim n'a jamais consulté pour une quelconque future maternité !
- Comment le savez-vous ? tiqua Albator, qui bien qu'épuisé avait l'esprit affûté au possible, à sa propre surprise.
- Je me suis renseigné sur vous pendant que vous vous prélassiez dans un interminable roupillon ! rit Warius. Vous êtes le premier de votre promo, vous deviez recevoir un cuirassé militaire et vous avez fini sur un bâtiment pirate ! Et il semble désormais que vous soyiez en tous points le portrait craché de votre père !
Albator eut un grognement mais ne répliqua pas, ne sachant en réalité que dire !
- Fichu policier, et non commandant de bord !
Warius se plaça au pied du lit, les mains sur le montant.
- Avez-vous eu des sensations, des visions, pendant ces minutes où vous n'étiez plus de ce monde ? interrogea-t-il.
- Ça ne vous regarde pas ! glapit Albator en se refermant comme une huître. Si vous persistez à vouloir savoir, que me ferez-vous : torture, sérum de vérité, autre joyeuseté ?
- Je pensais à une méthode plus douce. Je vous laisse avec une bien jolie infirmière : mon officier aux armes, la lieutenante Jei Mori !
- J'ai une rousse fiancée à City 1, objecta le patient balafré à la tête ceinte de pansements couvrant son œil perdu. Bien qu'elle ait été fascinée par les galons d'officier, un pirate devrait lui paraître bien fade… Mais inutile de tenter de me faire céder par de la chair fraîche, je ne suis pas en manque à ce point-là !
Warius eut un petit rire en tournant les talons, croisant sur le seuil de la chambre une blonde jeune femme qu'il laissa seule avec son passager encombrant !
Dans son lit, Albator tressaillit violemment à la vue d'une blonde lieutenante qui était la réplique jeune de sa mère, Kei Yuki !
- Je suis donc Jei Mori, fit la seconde du commandant du Karyu. Je viens vous tenir compagnie, capitaine Albator !
Encore faible sur ses jambes, le moindre pas résonnant douloureusement jusqu'à son orbite explosée, Albator était revenu dans la salle du Grand Ordinateur de son Arcadia.
- On ne se débarrasse pas de moi aussi facilement ! En revanche, si tu as tout dit à Maji, quel besoin avais-tu que je m'escrime sur cette console manuelle, avec le résultat que l'on sait ?
- Tu étais le capitaine, le seul à connaître les codes d'accès. Je devais me sauver, je les ai donnés à ce Maji Takéra. Depuis, je les ai changés, apprends-les par cœur.
- Tu es sauf, c'est tout ce qui importe !
- Quels sont les ordres, mon jeune capitaine ?
Le jeune homme borgne et balafré soupira, s'appuya au bras d'un fauteuil avant de s'y asseoir, les bandages s'étant à nouveau taché de sang au niveau de son œil droit.
- Tu avais raison : il faut accepter l'humiliation de battre en retraite pour préparer le retour ! Nous quittons ces coordonnées, Toshiro.
- Et… ?
- Nous reviendrons, mais avant j'ai un message à laisser !
D'humeur rogue, Feydar Zone était venu dans son bureau, face à ses ordinateurs.
- De quoi ? !
- Un appel, à entrée uniquement, source cryptée et impossible à localiser, nous avons déjà essayé !
- Que dit-il ?
- Message visuel.
Le buste d'un capitaine pirate borgne et balafré, tout de noir, rouge et or vêtu apparut.
- Je suis de retour et je n'aurai plus de répit avant de finir ma tâche ! rugit Albator. Je dois m'absenter quelques temps, mais à mon retour sois assuré que tu mordras à ton tour la poussière, Mr Zone !
- Monsieur ? Je suis Imperator !
- Non, pour moi tu ne seras jamais que le larbin des Illumidas, le revanchard malveillant ! Oui, Monsieur - ce qui est déjà trop. Et vous serez à jamais un nain de dominant, et mon Toshiro est et sera toujours bien plus grand que vous ! A bientôt !
- Sale engeance de Junior ! hurla l'Imperator bien peu impressionnant au demeurant en chemise de nuit. Bien, merci de me prévenir. Je t'attendrai, et là on s'amusera !
Se frottant les mains, ce fut le cœur léger qu'il retourna se coucher, rejetant de tout son esprit que l'avenir pouvait être fait de sa propre défaite face à un tout jeune capitaine pirate !
FIN
