Note d'auteur : Bonne lecture de ce troisième chapitre :)


Chapitre 3

Ginny se réveilla le lendemain matin avec un mal de tête épouvantable. Elle avait rarement eu ça. A vrai dire, elle ne s'était jamais soulée à ce point. La journée de la veille avait vraiment été abominable… Elle se redressa et vit la couverture qui lui avait été mise sur les épaules. Où était-elle ? Elle regarda autour d'elle, et vit qu'elle se trouvait dans un salon pour le moins luxueux. Il y avait une cheminée de marbre blanc face à elle, où ronronnait à petit feu. Cette cheminée était encadrée par des trophées de chasse, des têtes de sangliers et de cerfs. Le canapé sur lequel elle avait dormi était fait d'un tissu finement brodé, et il y avait par terre une peau de blaireau en guise de tapis.

Elle sursauta en voyant une silhouette dans un fauteuil. Elle la fixa longtemps avant de s'apercevoir que c'était un jeune homme blond, qui dormait, la tête posée sur son poing. Sa tête rappelait vaguement quelque chose à Ginny… Ses souvenirs de la veille revinrent alors très vite et elle comprit : elle se trouvait dans la demeure de Drago Malefoy… Il ne se refusait rien, visiblement, il avait les moyens…

Elle se leva silencieusement et sortit du salon, en vérifiant qu'il dormait toujours. Malefoy avait peut-être été son ennemi juré pendant sept ans, il avait eu la gentillesse de l'accueillir chez lui alors qu'elle était complètement ivre. Elle pouvait au moins lui offrir une image convenable d'elle, et pas celle d'une alcoolique immodérée… Elle regarda autour d'elle et allait monter au premier quand un petit « crac » se fit entendre. Elle aperçut un elfe de maison, très semblable à ceux qu'elle avait pu côtoyer dans son enfance.

— Miss Weasley a bien dormi ? couina l'elfe. Miss voudrait peut-être manger quelque chose, ou prendre une douche ?

— Heu… Oui, une douche, ce serait bien, fit Ginny.

— Suivez-moi, miss !

Ginny obéit et l'elfe la conduisit jusqu'à une belle porte en chêne foncé.

— Vous trouverez tout ce dont vous avez besoin ici ! Il y a des serviettes de toilettes, et tout un tas de savons.

— Merci, heu… Comment tu t'appelles ?

— Ribby, miss !

Il disparut dans un petit « crac » et Ginny poussa la porte de la salle de bain. C'était une immense pièce, avec une grande baignoire au centre, des lavabos de marbre, de grands miroirs et des mosaïques d'une grande beauté sur plusieurs carreaux. Elle avait du mal à croire qu'après tout ce dont sa famille avait été inculpée, Malefoy eût encore les moyens de se payer un tel luxe. Finalement, s'il voulait mettre de l'argent dans le Chicaneur – si tant est que sa proposition fût telle – ce serait une bonne idée d'accepter.

Ginny se fit couler un bain d'eau fraîche, pour faire passer son mal de tête et se plongea dedans en frissonnant mais en sentant peu à peu son esprit devenir plus clair. Elle s'autorisa à prendre quelques savons, l'un d'eux en particulier, à la fleur d'oranger, sentait très bon. Lorsqu'elle eut terminé, elle s'enveloppa dans une robe de chambre qui sentait bon la lavande et sortit de la salle de bain. Ses vêtements de la veille n'étaient pas mettables, elle détestait porter des tenues déjà sales, dans lesquelles elle avait transpiré.

Elle sortit de la salle de bain, enveloppé dans son épaisse robe de chambre. Affairée à en faire le nœud, elle ne regarda pas devant elle et se cogna violemment à un obstacle qui manqua la faire choir au sol. Mais des mains la retinrent avec fermeté.

— Tu n'as pas encore dessoulé ? fit une voix moqueuse.

Ginny leva la tête et vit que Malefoy la regardait avec un air où se mêlaient mépris et amusement. Elle se sentit rougir et répondit d'une voix qu'elle voulait assurée :

— Si, je regardais juste ailleurs. Au fait, ta salle de bain est géniale, j'espère que ça ne t'ennuie pas que je l'aie utilisée…

— Au contraire, tu es quand même mieux comme ça que hier soir !

Pourquoi était-il si peu ironique ? En temps normal, il ne se serait pas privé de se moquer de sa conduite de la veille… Il l'aurait imitée, se serait arrangé pour qu'elle ne sache plus où se mettre… Là, rien. Il devait vraiment vouloir qu'elle acceptât sa proposition, pour être ainsi ! Elle décida de ne pas le laisser mariner plus longtemps :

— Alors, c'est quoi, cette fameuse proposition ? Ça doit être important, pour que tu m'aies empêchée de risquer de me faire passer dessus par un bus hier soir ! Et pour que tu m'aies accueillie dans ton… manoir.

— On sera mieux pour discuter dans la salle à manger.

Il lui offrit galamment son bras que Ginny prit, non sans hésitation. Mais en sept ans, Drago Malefoy avait l'air d'avoir légèrement évolué. Et même s'il avait toujours cette éternelle lueur moqueuse et narquoise dans le regard, son attitude avait heureusement changé. Ils descendirent au rez-de-chaussée et Malefoy poussa une lourde porte en bois noir. Elle débouchait sur une très grande pièce, lumineuse grâce aux deux immenses fenêtres qu'elle contenait. Il y avait encore une cheminée de marbre, des trophées de chasse, mais en prime, une grande table en bois ouvragé trônait en son milieu.

— Pas mal, hein ? fit Malefoy en claquant des doigts.

Un elfe apparut, ce n'était pas le même qui avait servi Ginny. Malefoy lui ordonna d'apporter tout le nécessaire pour un petit déjeuner. Sa voix était nettement plus sèche et autoritaire que lorsqu'il s'était adressé à Ginny. Si Hermione avait été là, elle n'aurait jamais laissé passer cela. Mais Ginny ne fit aucun commentaire, elle n'était pas en position de critiquer son hôte, puisque jusque là, il avait tout fait pour être amical et la contenter. L'elfe revint très vite, avec la nourriture demandée. Il installa tout sur la table et repartit en s'inclinant respectueusement devant son maître et Ginny.

— Ce sont des esclaves ? demanda Ginny, l'air de rien.

— Évidemment ! répondit Malefoy. Je ne vais pas les payer, ce sont des elfes de maison ! Tu te prends pour ta copine Granger ?

Voilà qu'il redevait agressif. Ginny se maudit d'avoir posé cette question et se tut. Malefoy ne s'excusa pas pour sa conduite, Ginny n'en attendait pas moins de lui. Elle n'avait jamais vu Malefoy s'excuser pour quoique ce soit, et ça, ça ne changerait jamais, visiblement. Elle se contenta de prendre son petit déjeuner en silence, observant tout de même qu'il ne mangeait rien. Pourtant, c'était tout simplement délicieux. Mais Malefoy semblait avoir la tête ailleurs. Soudain, lui dit :

— Je veux racheter ton journal, là, le Chicaneur.

Ginny manqua s'étouffer avec son toast.

— Pardon ? s'étrangla-t-elle.

— Tu as parfaitement entendu. Je veux racheter ton journal. Je garderai tous les employés, sauf ceux que je jugerai inutiles, comme ta copine Lovegood. Vu les tirages qu'il fait, je me dis que c'est un bon investissement.

— Heu… Non, je ne crois pas que ça va être possible, Malefoy.

— Weasley, regarde ce manoir : j'ai ici assez d'argent pour permettre à toute ta famille de vivre confortablement pendant toute sa vie.

— Arrête de faire allusion à nos moyens financiers sans arrêt ! cracha Ginny. Non, tout le monde n'est pas aussi riche que toi, mais qu'est-ce que ça peut faire ? Qu'est-ce que tu as fait de ta vie ? Tu as collaboré avec Voldemort, tu t'es installé ici, et tu attends que le temps passe en profitant de ton whisky à mille Gallions, de tes cigares et que sais-je encore !

— Détrompe-toi, Weasley, je ne fume pas. Et je ne bois que très peu… contrairement à toi, on dirait !

Voilà, on y était, elle savait qu'elle n'y couperait pas. Ginny poussa un soupir de rage, se leva de table et sortit de la salle à manger.

— Eh ! cria Malefoy. Où tu vas ?

— Je m'en vais ! Je reprends mes affaires, je sors de chez toi, je claque la porte et je ne te revois jamais ! Ça me paraît un excellent programme !

Elle monta en trombe à la salle de bain, ferma la porte à clef, se rhabilla en quatrième vitesse sans s'apercevoir que ses vêtements avaient été lavés et repassés par les elfes de maison, descendit les escaliers et se dirigea vers la porte. Malefoy lui barrait le passage, les bras croisés, adossé à la grande porte. Ginny sortit sa baguette magique mais il fit de même avec le plus grand calme et ils restèrent ainsi quelques secondes, à s'affronter du regard, leurs baguettes braquées sur l'autre.

— Réfléchis à mon offre, Weasley, fit soudain Malefoy en rangeant sa baguette dans sa robe de sorcier et en lui dégageant le passage.

— C'est tout réfléchi. C'est non. Tu ne m'as amenée ici que pour ça, c'était du cinéma !

— Évidemment, tu ne croyais quand même pas que j'étais naturellement gentil avec les gens de ton espèce, si ?

— Quoi ? s'étrangla Ginny. Ça veut dire quoi, ça ?

— Les traitres à leur sang, ça te rappelle quelque chose ?

— Mais pour qui tu te prends ? cria Ginny. Tu t'imagines que c'est comme ça que tu vas me faire changer d'avis ? Tu sais quoi, Malefoy, j'ai vraiment cru pendant un moment que tu avais changé, mais tu es toujours le même petit serpent méprisable, la même petite fouine

Elle appuya bien sur le dernier mot et vit les doigts de Malefoy trembler à l'évocation de ce souvenir ô combien humiliant. Il saisit sa baguette, mais Ginny n'avait pas lâché la sienne et cria :

Expelliarmus !

La baguette de Malefoy vola à travers le couloir et Ginny ouvrit la porte en se précipitant dehors, craignant que même dépourvu de son arme la plus redoutable, Malefoy ne décide de l'étrangler de ses mains. Elle courut jusqu'au grand portail qui clôturait l'immense parc, l'ouvrit – par chance, il n'était pas fermé – et transplana chez elle dès qu'elle fut dehors.


Note de fin : Voilà, Drago n'est pas un gentil bisounours pour autant, à voir comment ça va évoluer ;) A mercredi pour la suite et merci d'avoir lu !