Promesse

Carys resta sous le choc. Peter avait une mine horrible, ses yeux étaient veinés et sa mâchoire mal rasée. Il avait l'air d'avoir pris vingt ans d'un coup.

Mrs. Watson était morte. Comment ? Elle était certes âgée, elle ne pouvait plus tenir debout toute seule et elle avait un problème de cataracte, mais elle était en bonne forme physique. Elle prenait du Tue-Loup. Stephan ne lui avait jamais rien dit sur des possibles problèmes concernant l'état de santé de sa mère.

Stephan était porté disparu. Pourquoi ? Il n'allait jamais plus loin que le village moldu pour faire les courses à l'épicerie. Il n'avait jamais exprimé le désir de partir. Il n'avait aucun sens de l'orientation.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Mrs. Watson... Je suis navrée Peter...

Peter lui adressa un triste sourire et baissa les yeux sur le tapis.

- Et Stephan ? Il s'est enfui, n'est-ce pas ?

- Comment tu sais ça ? demanda Harry.

Carys soupira. La pleine lune était la veille, elle avait senti que quelque chose n'allait pas. Stephan était préoccupé. Lou et Eoghan n'avaient toujours pas éclairci les liens que Stephan et Carys partageaient en forme de loups. Ce soir-là, Carys avait définitivement senti quelque chose.

- Carys, si tu sais quelque chose il faut que tu nous le dises, dit McGonagall en s'approchant de son élève.

Il était agité, commença Carys. Ce n'était pas comme si la potion avait un problème mais c'était dans son comportement. Je n'ai rien dit à Eoghan, je pensais que c'était juste un saut d'humeur. Stephan était juste... Stephan. J'allais lui envoyer un hibou...

- As-tu une idée d'où il pourrait être ? demanda Peter.

- Non... sa voix s'étrangla étrangement, Carys sentit sa gorge se serrer.

- Hey, commença Harry doucement. Ce n'est pas grave. On va retrouver Stephan, Carys. Hum ?

Elle sentit sa main sur son épaule, le bout de ses doigts s'enfoncèrent doucement dans son épaule. Le geste lui paraissait tellement familier le réflexe était de s'en débarrasser. On toqua à la porte et McGonagall n'eut pas le temps de dire "entrez" que la personne ouvrit la porte.

- Bon sang, Spark ! Combien de fois vous ai-je dit d'attendre avant d'entrer dans mon bureau ? demanda McGonagall sévèrement.

- Navré ! Wow... Qu'est-ce qui se passe ici ? Mr. Potter ? Watson ? Lou ?

- Je suis M. Lupin, ajouta le jeune garçon aux cheveux turquoise.

Il souriait aimablement au professeur, Carys avait entendu quelques histoires sur le métamorphomage. Apparemment, c'était à cause de lui que les cachots avaient été inutilisables pendant trois semaines. Lupin baissa les yeux sur Carys et lui adressa un furtif clin d'œil.

C'était le dernier jeudi avant les grandes vacances d'été, Carys avait déjà sa valise prête. Elle avait reçu l'autorisation de McGonagall et d'Eoghan de suivre Lou chez les Watson et attendre le retour de Stephan. Elle donna une lettre à remettre à Rose, Albus et Scorpius. Ils pouvaient finir la semaine sans elle mais Stephan ne pouvait pas se passer d'elle. Exceptés Peter, Lou, Eoghan et elle, il n'avait plus personne.

Ils attendirent. Une équipe de recherche scannait les environs et on avait passé un avis de recherche à la radio. Les heures passaient, Peter songea à demander à Harry de faire revenir l'équipe. Ils avaient une famille, eux aussi.

Carys somnolait sur le canapé, l'horloge indiquait la même heure à chaque fois qu'elle la regardait.

- Je vais faire un tour, annonça-t-elle en se levant.

Carys alla dans le jardin. On ne voyait pas grand chose mais après un moment, ses yeux s'adaptèrent à l'obscurité. Il y avait une vieille balançoire pendue sur la plus grosse broche du hêtre. Stephan l'avait brisé quand il avait essayé de monter sur des cordes pour atteindre la cime de l'arbre.

Une motte de terre venait d'être retournée. Carys s'arrêta pour la regarder.

Parker Watson était morte. Il n'y avait ni petite plaque ou croix, les Watson ne croyaient pas en Dieu. Plus depuis qu'ils étaient loups-garous.

Carys n'eut jamais à parler à Mrs. Watson plus de trois minutes. Elle laissait Stephan faire ce qu'il voulait mais il n'en abusait jamais. Il était même très respectueux des règles. L'image que Carys gardait de Parker Watson était ce regard plein d'amour et de fierté qu'elle adressait à Stephan. Il avait été chanceux d'avoir une mère qui l'aimait autant.

- Carys ! appela Eoghan. Il est là.

Carys se dépêcha de rentrer.

- Qu'est-ce que vous faites dans mon salon ?

Sa chemise et son pantalon étaient un peu sales et froissés, il tenait ses souliers à la main et marchait pied nus. Il avait une coupure sur son sourcil gauche, ses yeux étaient rougis de fatigue et ses lèvres sèches.

- Stephan.

Peter avait laissé tomber sa tasse de thé. Il serrait son neveu dans les bras. Mal à l'aise, Stephan retournait l'embrassade un peu gauchement.

- Tu vas bien ? As-tu mal quelque part ? demanda Peter.

Carys retint un sourire. Cela faisait du bien de voir un peu d'humanité dans Peter.

- J'ai un peu soif... avoua-t-il en grimaçant. Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Stephan qui ne comprenait toujours pas pourquoi il y avait tellement de monde chez lui. Pourquoi tout le monde est là ?

Stephan ne comprit pas pourquoi Harry Potter et un métamorphomage étaient chez lui et il doutait qu'Oncle Peter laisse entrer des sorciers sans raison.

- Où étais-tu passé ? demanda Lou soudainement en colère, Stephan recula par surprise. Tu as disparu pendant soixante-douze heures ! As-tu la moindre idée à quel point nous étions tous inquiets ?

- Je... J'avais besoin d'être un peu seul, se justifia Stephan.

- Où étais-tu ? Des Aurors sont allés te chercher, on est même partis à Poudlard pour chercher Carys, continua Peter.

- Je suis navré je ne pensais pas qu'on s'inquiéterait autant...

Lou soupira et se retourna pour essuyer une larme au coin de son œil. Harry fit signe à Teddy d'aller prévenir les autres que les recherches étaient terminées et le jeune homme sortit de la maison sans dire un mot. Par l'amour de Merlin, on aurait dit que Lou et Peter jouaient à papa et maman...

- Stephan, c'est très grave ce que tu viens de faire, tu sais ça ? demanda Peter.

- Je ne savais pas, Oncle Peter ! Je te jure, je suis juste parti marcher et j'ai perdu le sens du temps, dit-il. Je voulais juste... Être seul.

Peter posa sa main sur son épaule et soupira.

- D'accord mon garçon... Je suis désolé Mr. Potter pour les inconvenances, dit sincèrement Peter à Harry.

- C'est normal Mr. Watson, j'espère que le jeune homme restera sage dès à présent.

- Il le sera, affirma Peter.


Le temps était lourd. L'atmosphère humide et l'air chaud, les vêtements collaient à la peau. Stephan sentait les gouttes de sa rare transpiration. Un orage allait éclater dans quelques heures, il n'y avait pas besoin d'être devin pour savoir cela.

Cela faisait un moment qu'il marchait. Quelques heures peut-être, il ne savait pas. La piste qu'il suivait était fraîche. Ils se déplaçaient ensemble, les pas entre eux avaient moins de trois mètres d'écart. Ils chassaient ensemble, Stephan avait senti des carcasses d'oiseaux quelques kilomètres en arrière. Il n'en restait plus grand-chose mais il avait deviné cinq loups-garous.

Stephan n'avait pas pris sa potion pour laisser ses sens le guider. Il avait oublié les sensations à nu. Etait-ce une si mauvaise chose que de ne pas être drogué, pour une fois ? De ne pas faire semblant que tout allait bien ? Oui, ses muscles lui faisaient horriblement mal. Il avait l'impression que sa tête allait exploser et que sa colonne vertébrale allait se briser.

Mais cela rendait les choses réelles.

Il été devenu hypersensible aux bruits, à la lumière aveuglante du soleil, aux odeurs de la forêts et à l'atmosphère humide et épaisse autour de lui. C'était comme si l'effort pour traiter toutes les informations en même temps le drainaient de toute énergie. Même s'il avait voulu se défendre contre cet homme, Stephan doutait qu'il en aurait eu la capacité.

- Eh gamin. Qu'est-ce que tu fous là ?

Sa voix était rauque comme s'il fumait trop et qu'on l'avait diagnostiqué avec un cancer du larynx. Il pointait sous la gorge de Stephan un poignard tenu fermement dans sa main osseuse.

- Réponds !

Stephan ne montra aucun signe de riposte. Il continua à le regarder. L'homme était plutôt grand, considérant ses mauvaises conditions de vie. Ses vêtements étaient tâchés de sueur et de boue séchée, ils étaient trop grands et dégageaient une forte odeur de transpiration. Il avait des cheveux fins, blonds, presque blancs, le nez droit, des lèvres sèches et la barbe sale. Mais ce qui surprit et terrifia le plus Stephan, c'était ces grands yeux bleus qui trahissaient sa peur mais aussi son courage.

Petit à petit, alors que l'attaquant prenait compte de l'apparence de Stephan, les fins sourcils de l'homme remontèrent dans un geste de surprise. Il abaissa lentement son poignard puis étudia Stephan de plus près.

- Putain, ce salaud n'avait pas plaisanté...


- Stephan ?

Stephan abaissa rapidement son t-shirt pour couvrir sa toute nouvelle cicatrice. Il jeta un regard à la porte de sa chambre, la moitié du corps de Carys dépassait de la porte. Elle portait un pantalon qui remontait sur ses chevilles et un débardeur léger pour dormir.

- Tu ne dors pas encore ? s'étonna-t-elle.

- Apparemment non, grommela Stephan en remontant son t-shirt pour passer le désinfectant.

Carys ferma la porte derrière elle. Elle le rejoignit dans la salle de bain et s'assit sur le rebord de la baignoire. Elle ne proposa pas son aide pour le soigner, il détestait ça. Des traces de griffures profondes s'étendaient à travers son flanc. Carys se demanda comment il se les étaient faites étant donné que sa chemise était intacte.

- Je suis désolée pour ta mère.

Stephan arrêta de se soigner pendant quelques secondes avant de reprendre. Carys continua à le regarder, il coinça son t-shirt dans sa bouche et termina par un produit pour reconstruire l'épiderme.

- Elle n'a pas pris la potion, dit-il en jetant les cotons dans la poubelle. Son cœur a lâché pendant la Transformation. Je pensais qu'elle allait retourner sous forme humaine quand elle allait mourir, mais non. Elle est restée comme ça.

Carys se pencha et attrapa sa main. Il prit quelques secondes d'hésitation pour la serrer en retour.

- Elle l'a fait exprès.

- Comment tu peux le savoir ?

- Elle détestait sa vie d'humaine. Elle était libre en loup.

Stephan redevint silencieux. Une fine ligne s'était installée entre ses sourcils noirs. Carys n'entendait même pas sa respiration, il ne clignait pas des yeux et fixait le lavabo devant lui.

- Tu veux aller dormir ? demanda Carys dans un chuchotement.

Stephan accepta d'un hochement de tête et laissa tomber sa main pour sortir de la salle de bain. Carys éteignit la lumière et tira les rideaux de sa chambre pendant qu'il s'installait dans sa couverture froide.

Carys vint le rejoindre sur l'autre côté du lit. Elle fixa le plafond, incapable de fermer les yeux dans l'obscurité de la chambre. Elle pouvait voir chaque petit craquement de la vieille maison.

- Tu sais où je suis allé, murmura-t-il.

Effectivement, Carys songeait à un endroit. Elle n'avait pas osé le dire à Harry ni à Lou. Stephan lui accordait une confiance aveugle et Carys avait assez de foi en lui pour savoir qu'il savait ce qu'il faisait. Carys se tourna sous la couverture et fit face à Stephan qui ne la regardait pas.

- Et je trouve que tu as été très con, répondit-elle. As-tu au moins pensé aux conséquences ?

- Je ne suis pas allé les voir pour les rejoindre, dit-il avec une pointe de dégoût.

- Qu'est-ce qui s'est passé alors ?

Stephan soupira, se releva et disposa son oreiller pour qu'il soit confortablement installé, son dos lui faisait un mal de chien. Il avait pas dit à Lou qu'il n'avait pas pris sa potion post-pleine-lune. Elle l'aurait certainement tuer sur place, quoi-que... Ils n'étaient jamais forcés à prendre la potion.

- Je voulais qu'ils me parlent de mon père. Ma mère m'a dit qu'il a été l'un des leurs.

Carys resta muette, elle attendit qu'il développe son idée mais il n'en fit rien.

- Je croyais que ton père était sorcier pas un loup-garou... chuchota Carys dans le noir tout semblait plus silencieux

- Moi aussi, avoua Stephan. Il se pourrait qu'il soit les deux.

- Il est vivant alors ? demanda Carys avec curiosité contrite.

Stephan ne répondit pas pendant de longues minutes, trop absorbé dans ses pensées. Il était parti dans ce camp de loup-garous. Celui avec lequel sa mère s'était embrouillé avec quelques années auparavant et qui lui avait interdit d'aller à Poudlard. Ils vivaient sans Alpha, et bien qu'il fut difficile à l'imaginer vu l'état présent, leurs conditions s'étaient améliorées depuis.

Carys avait détourné la tête et ses yeux commençaient à s'alourdir quand il répondit.

- Je crois que oui.

Ils ne parlaient pas souvent de leurs parents. C'était plutôt par le manque de nécessité plutôt que par pudeur.

Pour Carys, son unique famille était Eoghan. Il était le père, le frère et le cousin en même temps. Lou était comme une tante, Eoghan la considérait comme sa sœur. Puis il y avait Stephan. Ils se disputaient, se chamaillaient mais s'aimaient au fond comme un frère et une sœur même s'ils ne se le disaient pas souvent ni le montraient.

- Qu'est-ce que tu veux faire ? questionna Carys.

- Le retrouver... Je n'en sais rien.

- Stephan...

- Lui parler, lui demander... Regarder si je lui ressemble autant que ma mère me le dit..

Pour la première fois, Stephan était à court de mots. Il baissa ses yeux sur ses mains et massa ses jointures un peu rouges comme les paumes de ses mains.

- Est-ce que le groupe, la meute, sait où il est ?

- Il n'est plus là, parti avant ma naissance, raconta-t-il avant de reprendre. Dans le noir, ses iris grises étaient si lumineuses. Ils ne sont que cinq, il y a un enfant...

- Un enfant ?

- Une fillette, quatre ans. Elle est adorable.

Stephan ne trouvait jamais rien d'adorable, les chiots, les chatons, les bébés phoques... Rien ne touchait son cœur, tout l'indifférait. La mini-humaine devait vraiment être misérable pour que Stephan lui adresse de l'apathie. Carys ne préféra pas imaginer comment elle était.

- Je comprends pas pourquoi ils l'obligent à vivre cette vie, c'est leur choix mais pas à la petite.

Et Stephan s'y connaissait dans le domaine parents tyranniques car même s'il n'avait vécu avec un père, sa mère était assez sévère pour faire peur à Voldemort. Sa protection était autant un cadeau qu'une malédiction. Stephan s'en rendait aujourd'hui compte avec la réaction disproportionnée de son oncle.

- Ne va plus chercher ton père tout seul Stephan, lui dit doucement Carys alors qu'il pensait qu'elle s'était endormie.

Stephan ne répondit pas, il ne voulait pas tenir une promesse qu'il n'était pas sûr de tenir.

- Tu viendrais avec moi ?

La question prit Carys par surprise. Il était sérieux ? Il voulait qu'elle...

- Tu es sûr ? redemanda Carys en se redressant dans l'espoir de le voir dans le noir.

- Il se pourrait qu'il ne soit même pas en Ecosse, ni même au Royaume-Uni...

- Evidemment que je serai avec toi mais, tu es sûr que tu veux y aller ?

Carys ne lui demandait pas s'il était sûr qu'il voulait qu'elle vienne. Carys lui demandait s'il était sûr de vouloir y aller. Et même si cela n'avait l'air de rien, cela faisait une grande différence.

- Oui, je veux y aller. Quand ?

- Après que j'ai fini Poudlard.

- Mais c'est dans...

- Deux ans. Stephan, attends deux ans et nous partirons. Il nous faut de l'argent et du temps, je ne peux pas abandonner mon éducation. Tu finis peut être cette année parce que tu es Super-Cerveau, mais pas moi. Tu ne peux pas y aller tout seul, regarde dans l'état dans lequel tu es rentré... Si ça se trouve il est dans un autre camp, plus dangereux.

Stephan resta un moment muet. Il voulait y aller dès le lendemain et partir à l'aurore mais Carys avait raison. Ils ne pouvaient pas utiliser la magie à leur âge et même si Stephan maîtrisait un peu près des sorts de bases sans incantations, il aurait besoin d'aide.

- D'accord, dit-il finalement. Après la septième année.

- Après la septième année, répéta Carys.

Stephan ne pouvait pas s'empêcher de sourire, il se glissa sur le lit. Tous les deux, allongés à côté de l'autre, ils songèrent à cette promesse qu'ils n'allaient, pour rien au monde, laisser tomber.


Guess who's back ? back again ? Et non, ce n'est toujours pas la Saison 4 de Sherlock, ni le 8ème tome d'Harry Potter mais on peut toujours rêver... Chapitre plus court que d'habitude, je sais que c'est pas cool après cette longue absence mais mieux vaut tard que jamais ! :)
Encore une fois, merci d'avoir lu ce chapitre, bêta-lu par Oxymore comme toujours,
Les reviews sont comme des bébés Weasley ; uniques et toujours les bienvenus

Dans le prochain chapitre : Carys présente enfin Stephan à Albus, Scorpius et Rose. On ne peut pas dire qu'ils sont prêts à danser et chanter la main dans la main sur les toits de Londres.

Votre tendre et chère,
Code bleu