Le voici enfin; ce chapitre sur Tobirama Senju, si difficile à écrire... Je suis vraiment désolée pour cette trèèès longue attente, je vous jure que j'ai fait de mon mieux.

Je suis à la fois fière d'avoir fini ce chapitre, et indéniablement insatisfaite du résultat. Tout ce temps de travail, juste pour...ça.

Bref, je vous souhaite tout de même une très bonne lecture ~


La virilité du premier baiser

Tobirama Senju x Kagami Uchiha

A la mort de Madara Uchiha, Tobirama Senju eut deux certitudes; que le village de Konoha se porterait mieux, et que son frère, Hashirama Senju, Premier Hokage, irait mal.

Il savait que son frère serait au plus mal, déprimé à souhait, et qu'il lui faudrait le ramasser à la petite cuillère. Mais le cadet Senju ne se privait pas d'être soulagé – heureux – pour autant. Après tout, il n'avait jamais caché sa haine des Uchiha à son frère ou à quiconque. Et, bien que celle-ci se soit davantage muée en profonde méfiance qu'en réelle colère avec le temps, il n'en était pas moins que Tobirama avait continué de nourrir une rancœur tenace envers Madara, leader du clan rival.

Oui, la haine de Tobirama Senju envers le clan Uchiha tout entier était presque légendaire. Tout comme son caractère glacial et inflexible – ou son vilain caractère de cochon comme le qualifiait affectueusement son frère.

Tobirama était indéniablement un shinobi de renom. A la puissance démesurée, connu pour sa maitrise du Suiton plus excellente encore que celle des Kiri-nins eux-mêmes. Très bon politicien, et fin diplomate. Excellent dans sa qualité de conseiller, parfait dans sa future fonction de Nidaime Hokage lorsqu'il serait temps de prendre la relève de son ainé. On ne pouvait cependant pas lui allouer de telles d'éloges en ce qui concernait ses habilités dans les relations proprement humaines. Il avait bien des amis et de profonds admirateurs, mais il se contentait de les laisser venir à lui. Jamais il n'aurait fait le premier pas.

Après, il y avait toujours les Uchiha. Forcé de cohabiter avec eux par son propre frère, au sein d'un même village, sous le sceau soi-disant de la fraternité et de la paix. Tobirama n'avait pas pour autant fait d'eux des amis, des alliés, ou ne serait-ce que de simples connaissances. C'étaient des gens à éviter, point.

Mais s'il y avait un Uchiha qui pouvait prétendre échapper aux convictions fermes et résolues de l'inflexible Tobirama, c'était bien Kagami. Un Uchiha pur souche avec ses cheveux noirs ondulés et ses yeux tout aussi sombres, qui portait fièrement la bannière de son clan sur ses vêtements. Pour autant, c'était un homme loyal, honnête et puissant – et Tobirama était loin de pouvoir étendre ces qualités à toute la famille.


Ce fut en participant à une mission de concert que le blanc dut réviser son jugement bien arrêté. En effet, par une machination sombre de son frère – parce que oui, définitivement, il l'avait fait exprès -, Tobirama Senju se trouva à devoir effectuer une quête à la frontière en partenariat avec Kagami Uchiha, shinobi du même âge et du même rang que lui.

Bien sûr, son sourire jovial ne le trompa point, et Tobirama éprouva de suite un profond dégoût envers cet homme si joyeux et insouciant. Malgré la réputation qui le précédait – éveillé au sharingan depuis ses cinq ans, démontrant des aptitudes inédites en matière d'illusion grâce à ses yeux, une maitrise parfaite de son élément Katon, indubitablement fort dans les compétences basiques d'un ninja -, Senju ne pourrait jamais lui faire confiance et lui confier sa vie comme un binôme de ninjas devrait pourtant pourvoir le faire.

Ils surent néanmoins mener leur mission à bien. Ayant tous deux acquis la force de l'expérience durant leur déjà bien longue carrière de shinobi, ils purent accorder leurs attaques sans se concerter. Leurs ennemis ployèrent sous la force de leurs efforts combinés, et en moins de trois jours le duo fut de retour au village sans la moindre égratignure. Si Kagami félicita muettement d'un signe de tête son coéquipier quand fut venu le temps de se séparer aux portes de la Feuille, Tobirama lui n'en fit rien, ignorant avec superbe l'Uchiha – le nom claquait comme une insulte sur son palais.

Kagami partit donc rejoindre sa femme dans ses quartiers au fond du village, et Tobirama son frère dans les plus hautes étages du palais rouge flamboyant.


« Okaeri, Kagami », salua la douce femme du dit shinobi avec un sourire depuis la cuisine.

« Tadaima », rendit l'homme en enlevant ses sandales à l'entrée.

La maison sentait le propre; le bois était lustré, les murs immaculés. Une alléchante odeur de viande marinée flottait dans l'air. Tout était parfait, comme d'habitude.

Hansha Uchiha fit coulisser le panneau de bambou qui menait dans la pièce à vivre. Avec son incurable sourire tendre, elle s'installa à genoux derrière un coussin placé en face de la table basse. Elle savait que c'était là que son mari avait usage de s'installer après chacune de ses éreintantes missions. Sa femme était parfaite, comme d'habitude.

Kagami s'assit donc en tailleur sur le matériau confortable, une tasse de thé chaud déjà prête, posée sur la table. Son épouse posa alors ses frêles mains féminines sur les épaules développées avant de les masser avec lenteur et précision. L'attention était bienvenue, les gestes délicieux. Tout était parfait.

Comme d'habitude.

Quand fut venu le temps de se coucher, Hansha quémanda toujours aussi délicatement à son homme un baiser pour l'accompagner de sa chaleur toute la nuit. Ses lèvres étaient fines, douces, légèrement appuyées. Kagami se laissa faire sans rechigner. La sensation était agréable. Il n'aimait pas.

Comme d'habitude.

Cette nuit-là pourtant, Madame Uchiha fut plus demandeuse qu'à l'accoutumée, comme ça lui arrivait parfois d'être mutine. Avec sa grâce toute féminine, elle entraina son époux sous la couette de plumes pour des caresses et des baisers plus osés. Les étreintes se firent plus intimes, plus empressées tandis que les vêtements légers tombaient comme les feuilles d'un arbre mort. Le corps de l'homme réagissait, pas l'esprit. Kagami n'aimait pas.

Comme d'habitude.

Mais il lui donna tout. Tout ce qu'il pouvait lui offrir. Il la fit sienne dans la pénombre de la chambre conjugale malgré sa réticence.

Il lui devait au moins ça.


Les mois et les missions s'enchainèrent, le temps filant sans qu'ils ne puissent le voir passer. Sur les bases de ce partenariat, contre toute attente, une rivalité saine naquit entre l'Uchiha et le Senju – et cette émulation entre les deux hommes donna lieu à une amitié sincère. Kagami, admiratif des techniques et de l'esprit vif de son coéquipier, fut le premier à instaurer un climat de paix et de franche camaraderie entre eux. Tobirama, respectueux des qualités et de la puissance de son binôme forcé parvint – non sans quelque peine – à faire une entorse à ses principes et à sa morale.

Tobirama Senju consentit à fréquenter, à discuter, à rire, à s'entrainer avec Kagami Uchiha. Tobirama Senju accepta d'avoir un lien, une relation personnelle avec un Uchiha. Ce clan dévoré par la haine engendrée par un amour excessif. Ce clan possédé par le mal. Ce clan qui jadis fut le plus grand ennemi de sa propre famille. Ce clan qu'il détestait si fort d'être à l'origine du massacre de ses petits frères et du mal-être de son grand frère.

« Alors, raconte-moi, petit frère », commença Hashirama Senju avec un sourire trop long pour être complètement sincère. «Ton binôme avec Kagami Uchiha fonctionne toujours aussi bien ? »

« Je suppose que nos rapports de mission te le prouvent », soupira en réponse Tobirama, les bras croisés face au bureau de l'Hokage, pas dupe de l'expression forcée de son aîné.

« Oui, oui, bien sûr, vous êtes très talentueux. Mais je veux dire, ça ne te pèse pas trop ? »

Le blanc haussa un sourcil.

« Je sais que j'ai un peu arrangé ça derrière ton dos », hésita le plus âgé en jouant avec ses doigts.

« Tu as tout arrangé sans m'en parler, ani-chan. »

« Mais vous vous entendez bien ? », finit-il tout de même par demander d'une petite voix, oppressé par le regard noir de son cadet.

« Il doit sans doute être le moins pire des Uchiha », commenta simplement le blanc en haussant les épaules.

« Donc, vous vous entendez bien ! » s'exclama Hashirama, sa bonne humeur revenue.

« On peut dire ça comme ça, tu as réussi ton tour », marmonna le plus jeune entre ses dents, une veine palpitant à sa tempe.

« Ah, mais ne le prends pas comme ça ! », rit le brun en plaçant ses mains devant lui en signe d'apaisement – et de défense. « Je voulais juste que tu sortes un peu ton nez de la paperasse. »

« En m'assignant un Uchiha. »

« Eh bien, c'est un très bon shinobi… »

« Un Nara ou un Inuzuka auraient tout aussi bien fait l'affaire. »

« Mais vous êtes très efficaces ensembles et tu m'as dit que tu l'aimais bien, donc il n'y a pas de problèmes », conclut Hashirama en claquant ses mains pour mettre fin au débat.

« Je n'ai jamais dit que je l'aimais bien », rétorqua Tobirama, mauvais.

« Ce n'est pas moi qui vais te reprocher d'entretenir de bons liens avec un Uchiha », sourit l'ainé en s'adossant à son siège, les yeux dans le vague.

« Mais il y a tout de même un problème, non ? », demanda le blanc en constatant que son frère était à nouveau parti loin dans ses songes. « Je te connais bien, Hashirama, et tu as toujours été rêveur et dissipé. Mais tu es différent de d'habitude. Tu as l'air encore plus perturbé qu'au départ de Madara. »

Hashirama garda le silence, les yeux fermés.

« C'est encore cette histoire qui te travaille ? », insista son jeune frère en posant ses mains à plat sur le bureau, se rapprochant ainsi de son ainé.

« Non, je ne fais pas vraiment une rechute », ricana le brun, amer. « Au contraire, je crois que je commence à faire mon deuil. Ce n'est pas ça. C'est juste que je trouve que tu…t'éloignes. »

« Pardon ? », laissa échapper le blanc, ahuri.

« Je me sens seul. »

Tobirama l'incita à continuer du regard, la culpabilité commençant déjà à poindre dans sa poitrine.

« Avant, tu n'avais rien d'autre à faire que de t'occuper de ton pauvre Kage de frère, administrativement incompétent et ignare des convenances. Et je sais que je t'ai toujours reproché de faire la tête, d'être solitaire et trop méfiant envers les Uchiha. Mais maintenant que tu pars souvent en mission avec Kagami et que tu passes du temps avec lui, tu n'es plus autant là. »

Le plus jeune serra les poings sur le bois en baissant la tête.

« Je me suis en quelque sorte fait avoir à mon propre jeu », soupira Hashirama avec mélancolie.

« Je suis désolé, ani-chan. »

Voyant l'air dépité de son petit frère, le brun sourit avec douceur et posa sa main sur le dessus de la tête blanche.

« Ta voix autoritaire me manque, tu sais », il dit, secoué d'un léger rire. « Ta façon de m'appeler ani-chan, aussi », continua-t-il en frictionnant la chevelure comme il faisait quand Tobirama était petit et demandait encore à son frère de le réconforter dans ses moments de faiblesse.

Le blanc suivait attentivement le son grave de la voix de son « ani-chan », savourant le contact fraternel des doigts sur son crâne.

« Et puis j'ai beaucoup de travail en retard, du coup », acheva l'ainé en partant cette fois-ci dans un grand rire maladroit comme il avait coutume de le faire quand il s'agissait de travail.

Tobirama secoua la tête de dépit, puis se redressa avec un sourire mi doux, mi moqueur aux lèvres. La main chaude de son frère glissa alors de ses cheveux à sa mâchoire en caressant sa tempe et sa joue au passage. Même s'il ne l'avouerait jamais y compris sous la torture, Tobirama Senju adorait ces petits instants de complicité avec son grand frère.

« Et Mito n'est-elle pas là pour consoler tes états d'âme ? », taquina-t-il alors, laissant filtrer dans le ton de sa voix un sous-entendu quelque peu graveleux.

« Si, si », confirma Hashirama en secouant la tête de haut en bas, l'air faussement innocent. « Mais Mito n'est pas toi », se plaignit-il avec un air de gamin de huit ans qui voudrait se rendre mignon. « Et elle risquerait de trouver ça bizarre si je lui demandais de m'appeler ani-chan. »

Le blanc secoua la tête en levant les yeux au ciel, un rictus au coin de la bouche. Au moins cette histoire d'Uchiha occupait assez l'esprit de son frère pour l'empêcher de s'appesantir sur la mort de Madara.


Les bustes s'entrechoquèrent, les fronts se cognèrent, les jambes se mêlèrent aux autres et les bras se rattrapèrent maladroitement avant que les bouches ne s'ouvrent dans des excuses de circonstance.

« Excuse-moi, Kagami », souffla le Senju.

« Oh, ce n'est rien », sourit l'autre en se massant tout de même le front. « C'est que les rumeurs sont fondées, tu as la tête dure ! »

Un rictus à la fois amusé et agacé naquit sur les lèvres du blanc, comprenant pour sûr le sous-entendu voilé derrière cette remarque espiègle. Un éloge commun au sujet du caractère inflexible de Tobirama Senju.

« Ton frère est occupé ? », demanda l'Uchiha après coup, voyant que son homologue venait tout juste de sortir de l'office du Premier Hokage.

« Non, tu peux y aller. Un rapport de mission ? »

« Eh oui, encore ! », soupira Kagami, faussement blasé. « Il va nous tuer à la tâche, un jour. »

« Ne va surtout pas lui dire ça, il risquerait d'en faire une dépression aigue », s'exaspéra le jeune frère.

Le noiraud partit dans un grand rire.

« Je ne voudrais pas te donner du travail en plus », plaisanta-t-il avec un clin d'œil.

« Sinon, tout va bien chez toi ? », demanda Tobirama plus pour la forme que par réel intérêt de savoir ce qu'il se tramait chez les Uchiha.

« Maintenant que je t'ai sous la main, j'ai une bonne nouvelle à t'annoncer », commença Kagami, enjoué.

Au vue de l'amorce, le blanc avait déjà une idée de quoi s'attendre.

« Hansha est enceinte ! »

Bingo.

« Félicitations à vous deux », s'amusa Tobirama avec son sourire en coin de mise.

Il lui serra la main en prime comme on le faisait entre hommes. Les deux poignes étaient fortes et assurées. Tandis qu'elles furent légères et amicales au premier instant, elles devinrent fermes et rivales par la suite. Les muscles étaient tendus, l'atmosphère électrique. Ils se testaient impunément, un sourire innocent aux lèvres. Les prunelles rouges se faisaient défiantes tandis que les orbes sombres brillaient de malice.

Kagami éclata de rire à nouveau et déclara : « Il n'y aura décidemment jamais de gagnant entre nous ! »

Leurs mains se séparèrent.

L'instant d'après, le regard du brun se fit plus éteint tandis que l'excitation retombait. Le sourire se fana, et l'expression se fit infiniment plus lasse.

Tobirama n'eut que le temps de l'entr'apercevoir, puisque son ami avait déjà toqué trois fois à la porte du bureau et s'y engouffrait rapidement.


A l'aube du renouveau, dans la nuit qui marquait le passage entre l'ancienne et la nouvelle année, Shisui Uchiha vit le jour sous les cris de douleur de sa mère et les yeux bouleversés de son père.

A la lumière aveuglante de la salle d'accouchement, Kagami versa quelques larmes sincères. La joie, l'émotion, le soulagement le submergeaient, se dirent les infirmiers et le médecin. L'incertitude et le déchirement, se maudit le jeune papa en laissant s'échapper une ultime perle salée.

Sa femme était là, essoufflée, suante, éreintée, allongée sur la table blanche à ses côtés. Ses yeux étaient à demi clos, et ses lèvres étirées en un sourire ému. Le fils qu'elle lui avait donné était magnifique, le teint déjà halé, une petite touffe de cheveux noirs sur la tête, un petit corps potelé comme on l'aimait chez les bébés. Le petit être s'époumonait dans les bras de son père en bougeant ses minuscules poings dans tous les sens. Déjà hyperactif, sourit Kagami avec tendresse.

Le tableau aurait pu être beau pour quiconque l'embrasserait de loin. Il l'était pour le personnel hospitalier. Pourtant, il y avait bien un bémol à cette scène idyllique. Parce qui si un regard avisé s'était davantage attardé, il aurait pu se rendre compte du fossé flagrant entre l'homme et sa femme. Il y avait Kagami d'un côté, debout, tenant sa progéniture dans ses bras forts. De l'autre, il y avait Hansha, épuisée après l'effort intense, qui regardait ses hommes sans plus intervenir. Il n'y avait pas de lien entre eux, pas de mains qui se tenaient pour partager le bonheur, pas de prunelles brillantes d'émotion qui se croisaient, pas de sourires tendres échangés.

Il y avait juste le moment où Kagami consentit à poser le bébé aux côtés de sa femme dans le lit, car après tout elle était sa mère et l'avait porté neuf mois durant. Après tout, il l'avait épousée quelques années auparavant. Après tout, il était censé l'aimer.


« Mais, tu sais… », commença maladroitement Kagami en s'affalant sur le bar, « j'ai jamais réussi à l'aimer, Hansha. »

« C'est ta femme, Kagami », soupira Tobirama. « Tu as choisi de l'épouser. »

« Faux ! », s'exclama alors le noiraud en pointant un doigt accusateur vers son ami. « C'était un mariage de raison. J'étais obligé de l'épouser. »

« Tu aurais très bien pu dire non », rétorqua le blanc en sirotant un verre de saké. « Et ne me parle pas de déshonneur ou je ne sais quoi », ajouta-t-il en voyant que l'Uchiha était sur le point d'ouvrir sa bouche avec véhémence.

Kagami eut alors l'air abattu. Il reposa son menton sur le bois brut du bar et fit tourner la bouteille d'alcool dans sa main droite, le regard perdu.

« C'est une cousine à moi, Hansha, tu sais ? », reprit-il avec un pli amer au coin des lèvres. « Enfin, une cousine au trente-sixième degré, sans doute. Mais un membre du clan, quoi. »

« Vous en êtes encore aux mariages consanguins ? », demanda Tobirama avec un soupçon de moquerie.

« Soi-disant pour préserver le sharingan dans son état le plus parfait. »

« Bien sûr », ricana le blanc en vidant son verre. « Vous êtes bien du genre à faire ça. »

« C'est vrai que j'aurais pu dire non », souffla Kagami avec lassitude. « Après tout, mes parents sont morts depuis longtemps, alors je n'ai personne à déshonorer à part moi-même. Et hormis mes compétences, je n'ai aucune importance particulière au sein du clan. Mais… »

Il conserva le silence, comme incapable de décrire ce qu'il ressentait.

« Mais… ? », l'incita à continuer son homologue en se resservant un verre.

« Je la connaissais bien », lâcha l'Uchiha en fermant les yeux. « Il nous arrivait de jouer ensemble quand on était petit et je me souviens qu'elle était très gentille. Très douce. Et très belle, aussi. Elle l'est devenue encore plus en grandissant. Elle était amoureuse de moi. Quand elle a eu l'âge de se marier et que ses parents lui cherchaient un homme, elle les a persuadés de me choisir moi. Ils sont venus me voir à la maison, et quand j'ai su j'étais prêt à dire non le plus respectueusement du monde. C'était juste une amie à mes yeux. Mais quand j'ai vu son regard, triste et perdu, apeuré du futur mari qu'elle pourrait avoir, et surtout plein d'amour, je n'ai pas réussi à dire non. »

« Donc, c'est de ta faute », conclut Tobirama sans grand état d'âme en faisant tournoyer l'alcool dans son verre.

« Ah, tu ne m'aides pas là, Tobi ! », se plaignit Kagami en enfouissant son visage au creux de ses bras.

« Ne m'appelle pas Tobi », marmonna le blanc. « Et puis, tu as juste été trop faible. Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? »

« Qu'est-ce que tu aurais fait à ma place ? »

« J'aurais dit non sans hésitation. »

« Ouais, mais toi t'as pas de cœur, c'est pas pareil », baragouina le noiraud dans ses bras.

Tobirama sourit en coin, nullement outré. Il vida son deuxième verre de saké. Kagami but deux longues gorgées au goulot de la bouteille, toujours à demi-allongé sur le bar.

« Pourquoi maintenant ? », demanda soudainement le Senju en regardant sérieusement son ami. « Je veux dire, ça fait quelques années que vous êtes mariés, maintenant. »

« Quatre ans », précisa Kagami sans grande conviction.

« Et tu n'as jamais montré de signe, jusqu'à présent. Au contraire, tu as toujours eu l'air heureux. Je ne t'ai jamais vu te saouler comme ça. »

L'Uchiha conserva le silence en reprenant une lampée d'alcool.

« Qu'est-ce qui a changé ? »

Le noiraud continua d'ignorer le blanc en buvant.

« Kagami Uchiha ! », gronda Tobirama en lui prenant violemment la bouteille des mains.

« Tobi… ! », pleurnicha-t-il alors.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? », demanda sérieusement le Senju avec un brin de sollicitude – peut-être même une pointe d'inquiétude.

Kagami le regarda droit dans les yeux quelques instants. Malgré le voile qui embrumait ses iris - noirs brillantes à l'accoutumée -, son esprit avait l'air encore vif. Il semblait sonder Tobirama, chercher en lui la réponse à cette interrogation. Il amorça un mouvement de la main, mais la laissa vite retomber en détournant le regard. Il expira profondément avant de se lancer.

« Je crois que c'est la naissance de Shisui qui a réveillé des sentiments que je voulais oublier. »

« Qu'importe avec qui tu l'as eu, c'est ton fils », affirma Tobirama en dardant ses prunelles sur son homologue. « Tu ne comptes quand même pas négliger tes devoirs de père ? »

« Bien sûr que non ! », s'exclama Kagami. « Au contraire, même », il ajouta avec un petit rire presque tendre malgré son état déplorable. « Il est merveilleux. »

Une fine larme perla le long de sa joue. Tobirama laissa échapper un soupir, peu enclin à consoler un homme en pleurs, ami ou pas.

« C'est juste », poursuivit l'Uchiha d'une voix fatiguée, « que sa présence creuse encore plus le fossé qu'il y a entre Hansha et moi. Le fait que l'on ne partage que très peu de choses se voit de plus en plus. Elle se rend bien compte que tout va de travers et j'ai l'impression qu'elle dépérit autant que moi. C'est de l'auto destruction. Il n'y a que Shisui qui nous permette de tenir un tant soit peu. »

« Tu en as déjà parlé à Hansha ? », interrogea le blanc.

« Non, mais elle le sait tout autant que moi. C'est une suite de non-dits dont nous sommes tous deux complètements conscients. Mais on sait bien que le jour où en parlera, ça pourrait bien être la fin. »

Tobirama fixa encore un moment son ami prostré sur le bar, son âme torturée visible au fond de ses orbes noirs perdues dans le vide.

« Allez, viens », dit-il en constatant l'heure avancée. « Je te ramène chez toi. »

« Je peux y aller tout seul », protesta Kagami tandis que le Senju avait déjà agrippé son bras pour le faire descendre du tabouret sur lequel il était assis.

« J'en doute », marmonna Tobirama en passant le bras de l'Uchiha sur ses épaules.

La molle résistance que lui imposa ce dernier le fit rouler des yeux. Une vraie loque.

Titubant sur le chemin du retour, Kagami marmonnait tantôt des inepties, tantôt les hurlait à la face du monde. Parfois même il éclatait de rire et se mettait à sangloter dans l'instant qui suivait. Tobirama supportait tout cela sans trop broncher.

« Tu sais, avec toi, tout est simple. Alors tu resteras toujours avec moi, hein ? »

Après tout, c'était ce que lui avait dit Kagami avant que l'alcool n'ait définitivement raison de lui.


Oui, Kagami Uchiha était un homme loyal, honnête et puissant. C'était ainsi que le percevait Tobirama. C'était ainsi que Kagami voulait être perçu par Tobirama. Avant que le masque ne tombe et que le saké ne fasse s'effondrer l'homme. Lamentablement, misérablement, Kagami avait tout déballé de ce qu'était réellement sa vie, de ce que lui était réellement malgré les apparences. Un homme faible et malheureux, éminemment pitoyable, qui se raccrochait désespérément au seul véritable ami qu'il pouvait se vanter d'avoir.

Ce fut sans doute pour cette raison que l'Uchiha fit la chose la plus insensée – et paradoxalement la meilleure chose de sa vie – au jour suivant sa débauche.

Il savait que son ami Senju devait partir en mission de longue durée – sans doute plusieurs mois. Il s'agissait d'espionnage, de politique et de guerre. Dans les grandes lignes. Plutôt délicat, pas très réjouissant. Aussi glacial puisse être Tobirama Senju, cette tâche s'avérerait sans doute éprouvante – surtout en étant seul.

Kagami se leva donc aux aurores malgré sa gueule de bois carabiné, prêt à intercepter le blanc avant que celui-ci ne quitte le village. Au moment où il fut prêt à bondir, nimbé par les tout premiers rayons du soleil levant, le noiraud le héla. Alors que Tobirama tournait sa tête dans sa direction par reflexe, l'Uchiha plaqua ses lèvres contre les siennes.

Parce qu'il aimait bien plus l'inflexible Tobirama Senju qui détestait son clan qu'il n'aimait la douce Hansha Uchiha à qui il avait promis fidélité.

Ce fut un baiser viril, un baiser d'homme. Pas de chichis, pas de romantique. Juste du désir. Juste le besoin d'écraser ses lèvres sur celles d'un autre. Juste de quoi se sentir aimer avant de plonger chacun de son côté dans la solitude.

Tobirama Senju n'avait jamais pensé à son ami en ses termes. Jamais cela ne lui était passé par la tête. Il ne se serait jamais permis.

Mais en même temps, il y eut ce regard après l'acte. Ce regard profond, intense et lumineux tout à la fois. Ce regard qui semblait vouloir dire : « Je t'attends. Ce n'est pas fini. Il y aura une suite après ça. »


Hmm, verdict ?

Haha, je susi vraiment curieuse de savoir comment vous avez trouvé cette chose x)

Je ne fais pas vraiment dans le yaoi génralement, bien que j'en lise de temps à autres, et je n'avais pas prévu ça à la base. Mais plus j'écrivais, plus la manière dont je décrivais Tobirama et Kagami et leur relation appelait à cette fin. J'espère qu'elle vous a plu :-)

Sur ce, je vous laisse (pour moins longtemps que la dernière fois, je l'espère) et nous nous retrouverons donc la prochaine fois en compagnie de Tsunade et de Dan ~