Bilbon était en train de lire quand on toqua à la porte de Cul-de-Sac. Il posa son livre et alla ouvrir. C'était un homme qu'il ne connaissait pas:

«-Bilbon Sacquet?

-Oui.

-J'ai le regret de vous annoncer que vos parents sont… enfin… ils ont eu un accident.

-Un accident?

-Oui. Alors qu'ils revenaient avec leur stock de tissu une horde de Wargs a attaqué leur charrette tuant le cheval et… vos parents. Je suis profondément désolé.»

La tête de Bilbon se mit à tourner, c'était impossible, ses parents ne pouvaient pas être morts. Le blondinet n'avait que 14 ans. Voldacir arriva:

«-Qu'y-a-t-il?»

Bilbon se blottit contre lui en pleurant. Le messager expliqua:

«-Monsieur et madame Sacquet ont été attaqués par des Wargs sur le retour.

-Oh…

-Ils avaient donné cela à votre intention avant de repartir de la ville.»

Il tendit un parchemin à Voldacir. Celui-ci le lu, caressant le dos de Bilbon d'une main pour le réconforter:

«Cher Voldacir,

nous écrivons ceci au cas où il nous arriverait malheur un de ces jours, car nous venons de réaliser que Bilbon a presque 15 ans et que pourtant nous n'avons toujours pas pensé à cette éventualité. Tu es notre plus cher ami, tu es même un membre de la famille maintenant. Nous te demandons de prendre soin de notre Bilbon si jamais nous devions mourir. Tu saura le rendre fort et lui apprendre à affronter le monde extérieur. Tu as vu naître notre fils, tu es l'être qui lui est le plus cher après nous. De plus tu es son héros, mais tu le sais déjà. Alors encore une fois, nous préférons prévoir le pire et te prévenir.

Si jamais il nous arrivait quelque chose nous te demandons de protéger Bilbon, de l'aider à surmonter son chagrin. Fais aussi bien attention à ce qu'il ne parte pas sur un coup de tête à cause de sa tristesse. Toutefois nous te faisons confiance, tu affrontera la situation avec courage et bon-sens comme tu l'as toujours fait depuis que nous te connaissons. Nous te laissons tout notre argent, vous devriez avoir une vie confortable malgré tout. Occupe toi de notre fils si nous ne pouvons plus le faire, c'est notre bien le plus précieux. Quant à toi, tu es notre ami le plus cher, nous te remercions pour tout, nous t'aimons comme un frère.

Bungon et Belladonna Sacquet.»

Une larme coula sur la joue de Voldacir, ses deux meilleurs amis étaient morts et ils avaient tout prévu pour si ça arrivait. Il regarda le messager:

«-Merci.

-Je suis désolé. Nous… n'avons retrouvé que ça avec la charrette et les tissus. Je me suis dit que vous aimeriez l'avoir.»

Il tendit la broche de Belladonna en forme de rose ainsi que la pipe de Bungon. Voldacir les prit avec émotion, il ne restait donc plus que cela de ses deux amis? Bilbon redressa la tête et regarda les objets. Il pleura encore plus, car ces objets lui rappelaient tant de souvenirs. Le messager partit et le Dùnedain ferma la porte.


Il souleva Bilbon et alla s'asseoir sur le canapé, prenant le Hobbit sur ses genoux. Il ferma ses grands bras autour du petit corps fragile.

Les deux hommes restèrent silencieux, ils ne pouvaient pas parler. Bilbon pleurait à chaudes larmes, et Voldacir, lui, souffrait beaucoup mais ne le montrait pas. Le mercenaire n'avait jamais pleuré depuis la mort de ses propres parents, et la larme qui avait coulé tout à l'heure était tout ce dont il était capable, pourtant il souffrait énormément lui aussi.


Au bout d'un moment Bilbon s'endormit épuisé d'avoir tant pleuré. Voldacir le coucha et alla préparer à manger. Il savait d'expérience que quand on apprenait la mort d'un être cher on mourait de faim, c'était très étrange. Il prépara donc beaucoup à manger et ne fût pas étonné de voir les bouclettes blondes de Bilbon apparaître dans le cadrant de la porte plusieurs minutes plus tard. L'adolescent lança:

«-Merci d'être là oncle Voldacir.

-Arrête tu n'as pas à me remercier. Je suis ta famille… je veillerai sur toi jusqu'à mon dernier souffle.

-Merci, est-ce que… non rien.

-Si parle je t'en prie. Qu'allais-tu dire?

-Je me demandais si nous allions nous entraîner après manger? J'ai grand besoin de me défouler.»

Voldacir regarda son fils de cœur et secoua la tête lentement:

«-Bien sûr, je pense que l'exercice sera une façon saine d'évacuer tout ce trop-plein d'émotions.

-Merci. Je sais que papa et maman adoraient que je sache manier l'épée.

-Je sais… je me rappel moi aussi.»

Le silence retomba, chacun étant plongé dans ses propres souvenirs. Bilbon mit la table et Voldacir finit de cuisiner avant qu'ils ne passent à table. Le jeune garçon avait d'abord dressé 4 couverts, puis, douloureusement, il en avait rangé deux, car maintenant ils n'étaient plus que deux. Le mercenaire n'avait rien dit car il n'était pas très éloquent, toutefois il avait posé sa main sur l'épaule de Bilbon en signe de soutien. C'était simple, mais c'était tout ce dont Bilbon avait besoin: une présence familière, du réconfort, de la compréhension.


Les deux hommes mangèrent puis partirent pour la clairière où ils s'entraînaient toujours. Bilbon prit fébrilement son épée, il avait réellement besoin de faire sortir tout ce chagrin. Dès que Voldacir eut tiré sa propre épée il attaqua comme un dément en hurlant de toutes ses forces. Il frappait avec une force incroyable, une vitesse pleine de désespoir. Voldacir avait presque du mal à parer les coups, il se dit qu'il était bien content que ce ne soit pas un vrai combat car sinon Bilbon aurait pu le tuer. Ils s'entraînèrent plusieurs heures avant que Bilbon n'arrête te taper, à bout de souffle et en larmes. Voldacir passa ses bras autour de lui et déposa un baiser sur ses boucles blondes trempées de sueur:

«-Je sais, c'est bien mon grand, laisse sortir.»

Ils rentrèrent à la maison et se lavèrent avant de se coucher.


Une fois seul dans sa chambre Voldacir ressortit la lettre de ses amis et la lu à nouveau. Il soupira et la rangea dans sa commode. Il avait du mal à se faire à l'idée que le couple ne reviendrait pas. Et dire qu'ils étaient partit pour leur anniversaire de mariage et qu'ils ne reviendraient jamais. Il passa une main dans ses cheveux longs et poussa un profond soupir. Cette perte l'affectait beaucoup, car depuis un peu plus de 15 ans les Sacquet étaient devenus sa famille, les êtres les plus chers qu'il avait. Ils lui avaient offert un toit, de la nourriture, leur confiance et une amitié sans limite. Il ne trouva que difficilement le sommeil cette nuit-là.


Le temps passa et Bilbon pleura un peu moins. Il avait arrêté de guetter à la fenêtre dans l'espoir de voir revenir ses parents. Il avait fini par accepter la dure réalité et il devait avouer que Voldacir l'avait beaucoup aidé. En effet le mercenaire l'avait aidé à se renforcer tout en étant patient et gentil avec lui. Ils s'entraînaient plus qu'avant, et Bilbon arborait un corps bien musclé pour un adolescent de seulement 15 ans. Il savait bien manier l'épée maintenant et il connaissait quasiment toutes les techniques. Bientôt ils passeraient aux épées réelles pour qu'il ait aussi l'expérience avec du vrai matériel.

Le petit blond avait toujours été différent des Hobbits de son âge, et cette différence s'était accentuée depuis la mort de ses parents. Personne ne comprenait qu'il reste ami avec ce Dùnedain, ni qu'il apprenne à se battre alors que les Hobbits étaient un peuple calme et qui évitait les ennuis plus que n'importe quoi d'autre. Cependant Bilbon se moquait de l'avis de ses compatriotes, Voldacir était sa famille et il ne l'abandonnerait pas. De plus le jeune homme savait qu'il était fait pour accomplir de grandes choses contrairement à tous ces Hobbits trouillards et ennuyeux de la Comté.


Les années passèrent et Bilbon avait désormais 20 ans. La maladie de Voldacir l'avait rattrapé et le Dùnedain était mourant. Bilbon était assit à son chevet et le regardait d'un air triste. Le mercenaire lui sourit:

«-Ne sois pas triste Bilbon, je m'en vais rejoindre tes parents.

-Oui oncle Voldacir.

-Tu sais, tu as été le fils que je n'ai jamais eu et que j'aurais aimé avoir, si j'avais eu une femme.

-Merci.

-J'aimerai te donner mon épée, Katzbalger. Elle ne rate jamais sa cible.

-Je sais oncle Voldacir.

-Je pense que tu mérite de l'avoir car tu es un guerrier redoutable maintenant. Je t'ai apprit tout ce que je savais, et tu as parfaitement assimilé l'entraînement que tu as reçu.

-C'est grâce à toi que je connais tout ça.»

Voldacir sourit et donna son épée à Bilbon. Elle était peut-être un peu grande, mais c'était aussi pour une valeur sentimentale plus que pour qu'il s'en serve, car Voldacir avait déjà fait forgé une épée conçue spécialement pour Bilbon qu'il lui avait offert pour son seizième anniversaire. Le jeune Hobbit n'avait pas encore baptisé son épée car elle ne lui avait pas servit pour l'instant, mais il avait promis de le faire aussi tôt que possible. Bilbon regarda donc la grande épée de son mentor et écouta la suite:

«-Je voulais aussi te parler de quelque chose. Je ne sais pas si tu te rappel d'un mage du nom de Gandalf?

-Euh… non oncle Voldacir.

-Ce n'est rien, quoi qu'il en soit il viendra te voir un jour. Il te proposera une quête. Tu devra l'accepter car je pense que tu es largement prêt à affronter le monde extérieur et partir à l'aventure.

-Bien oncle Voldacir.

-J'avais rencontré ce mage avant d'arriver à Hobbitbourg il y a 21 ans, c'est lui qui m'avait conseillé de venir voir ta mère pour qu'elle me soigne. Il m'avait aussi dit qu'il cherchait quelqu'un pour une quête et qu'il sentait que Belladonna et Bungon Sacquet en seraient la cause. Puis, quand tu n'étais encore qu'un enfant il était venu à l'anniversaire du Vieux Touque.

-Oh… est-ce le vieillard qui faisait les feux d'artifices?

-En effet. Quoi qu'il en soit ce soir là, lorsqu'il t'avait vu il était persuadé que tu étais bel et bien celui qu'il cherchait pour la quête, qu'il n'avait qu'à attendre que tu sois prêt.

-Le suis-je?

-Oui, je pense qu'il viendra sous peu. C'est aussi à cause des paroles de ce mage que tes parents m'ont demandé de t'entraîner. Car même si tu ne faisais pas la quête, ils voulaient que tu sache te défendre. Bilbon…

-Oui oncle Voldacir?

-Je t'aime et je suis fier de toi mon grand. Tu es devenu un Hobbit incroyable, intelligent, courageux, fier et fort. N'oublie jamais nos entraînements et reste toujours toi-même.

-Promis.»

Voldacir sourit et partit sur cette promesse. Bilbon pleura et s'occupa de l'enterrement, il se retrouvait maintenant seul face à son destin, attendant qu'un mage vienne le voir pour lui proposer une quête.