De son côté, Hermione mit plus de temps à rejoindre son lit. Elle préféra d'abord se calmer pour que Ginny ne sente pas son trouble dans le dortoir. Elle arpenta les couloirs pendant près d'une heure en repensant à cette voix. Elle avait l'impression qu'on venait de lui annoncer la fin du monde. Après tout, pour elle c'était presque le cas. La prophétie parlait d'un sacrifice, et jamais un être aussi égoïste que Malefoy ne ferait un geste aussi altruiste pour qui que se soit, et encore moins pour elle. Hermione sut donc immédiatement, que c'était elle qui se sacrifierait pour cet ignoble serpent. Parce que contrairement, à Malefoy, elle était prête à le faire si ça pouvait sauver le monde. Cette nuit là, elle eut beaucoup de mal à s'endormir, se voyant déjà presque morte.

Les jours suivants, Hermione évita au maximum de croiser Malefoy. Elle évita aussi de se trouver trop longtemps en présence de ses amis, craignant qu'ils ne remarquent son trouble et qu'ils ne lui posent des questions. Elle savait que si ses amis l'interrogeaient, elle craquerait, or, elle avait fait cette stupide promesse au Serpentard et ce qu'elle trouvait encore plus stupide, c'était que c'était son idée à elle. Pour occuper son esprit et tenter d'oublier tout cela, elle se plongea à corps perdu dans des recherches sur les prophéties et les auteurs. Elle ne se rappelait plus du nom de l'auteur qui était inscrit en dessous de la sphère et elle le regrettait bien car cela aurait pu lui être très utile pour en savoir plus sur la véracité des propos de ce prophète qui avait pondu une si horrible théorie sur elle et Drago.

Un soir, alors qu'elle continuait son incursion dans les livres à la lueur d'une bougie, elle entendit des bruits de pas dans la bibliothèque. Elle savait qu'elle était la seule à venir ici à cette heure. Aussi, elle décida d'aller surprendre son invité. Elle s'approcha à pas lents de la porte d'entrée de la bibliothèque mais fut surprise de constater qu'il n'y avait personne. Elle se retourna donc pour se diriger de nouveau à sa place, mais tomba nez à nez avec un grand blond aux yeux bleus, dont le visage aurait probablement été doux à regarder s'il n'avait pas appartenu à son pire ennemi. Elle sursauta en le voyant. Il sourit devant l'effet qu'il avait obtenu.

Hermione : Tu m'as fait peur abruti !

Elle retourna vers sa table. Il la suivit.

Drago : Je peux savoir ce que tu fais ?

Elle releva la tête vers lui en s'asseyant.

Hermione : Non…

Il lut la tranche d'un livre posée sur la table.

Drago : « Prophètes et prophéties : Peut-on y croire ? » Alors tu es encore hantée par cette… farce…

Elle le regarda avec des yeux qui l'auraient fait fondre sur place s'ils avaient été des lasers.

Hermione : Ce n'est pas une farce, je l'ai trouvé dans la salle des prophéties…

Drago : Et alors, n'importe qui peut se déclarer prophète…

Hermione : Ecoute, j'ai fait des recherches, et toutes les prophéties qui sont entreposées dans cette salle sont on ne peut plus sérieuses.

Drago : Et comment cela peut-il être vérifié puisque plus de la moitié ne sont pas entendues ? C'est là le tord du ministère d'ailleurs. Les gens ont le droit de connaître leur destin…

Hermione : Qu'importe, puisque tu n'y crois pas…

Drago : Et bien je ne fais que démontrer un exemple de plus de la cupidité des dirigeants du monde sorcier à vouloir tout contrôler…

Elle le regarda comme s'il avait parlé une autre langue. Non pas qu'elle ne comprenait pas ce qu'il disait, mais elle n'avait jamais pu imaginer des mots si intelligents dans la bouche de Malefoy. Il vit qu'elle le regardait bizarrement.

Drago : Quoi ?

La jeune fille sembla reprendre ses esprits.

Hermione : Rien… je… C'est un discours de Mangemort ça.

Elle n'avait trouvé que ça pour lui clouer le bec.

Drago : Alors si c'est ça la différence entre vous et les Mangemorts, je me déclare l'un d'eux immédiatement. C'est peut-être ça votre problème d'acceptation du maître des Ténèbres, vous avez peur qu'il ne dirige le monde mieux que l'actuel ministère composé d'idiots. Remarque, il n'est pas difficile de faire mieux qu'eux.

Hermione en resta bouche bée.

Hermione : Alors si je me sacrifie, c'est un être comme toi qui mènera le monde à son destin ? Je ne vois pas comment tu peux rendre ce monde meilleur avec un discours pareil !

Drago : La prophétie ne mentionne pas que le monde sera meilleur…

Hermione : Si je comprends bien, soit le monde reste tel qu'il est, soit tu le fais basculer vers le mal…

Drago : Non, il y a une autre solution…

Hermione : Laquelle ?

Drago : Tu tentes de le sauver…

Il se mit à rire.

Drago : Tu as raison en faite, ce monde est foutu !

Hermione : Tu ne me crois pas capable de vaincre le mal ?

Drago : Personne ne vaincra le maître des ténèbres…

Hermione : Possible… en tout cas, c'est facile pour toi de le dire, en choisissant son côté, tu ne t'exposes pas au risque d'échouer dans un face à face avec lui. Tu vois, tu dis que les gens du ministère sont des idiots, mais ils ne sont pas des lâches au moins…

Les yeux de Drago lancèrent des éclairs.

Drago : Je ne suis pas un lâche… et je n'ai pas choisi son côté.

Hermione : Tu ne serais pas un Mangemort alors ? Laisse-moi rire…

Drago : Tu veux que je te le prouve c'est ça ?

Il releva sa manche et agita son poignet sous le nez de la jeune fille. Elle remarqua qu'effectivement, il n'y avait aucun tatouage.

Drago : Alors, si je suis un Mangemort, dis-moi où est la marque ?

Elle émit un rire ironique.

Hermione : C'est évident que tu n'en as pas encore, les Mangemorts ne sont pas assez bêtes pour te tatouer de leur sceau alors que tu te trouves dans l'école dirigée par le plus grand ennemi de votre maître…

Il baissa sa manche puis lui tourna le dos.

Drago : Crois ce que tu veux…

Il jeta un dernier regard à la jeune fille et partit. Malgré la pénombre qui les entourait, Hermione eut tout de même le temps de percevoir une lueur de tristesse dans les yeux du jeune Serpentard. Cette discussion la démoralisa plus encore. Hermione croyait dur comme fer à cette prophétie, mais elle ne voyait pas comment la réaliser sachant que jamais Drago ne se sacrifierait pour elle et qu'il était désormais hors de question qu'elle fasse elle aussi un sacrifice en sachant qu'il allait offrir à Voldemort le monde sur un plateau s'il en avait l'occasion.

L'hiver se durcit et Noël approcha. Comme chaque année, Ron, Harry, Hermione et Ginny restèrent à Poudlard pour les fêtes. Harry avait quelque peu retrouver le sourire, mais l'ombre de Sirius planait toujours dans son cœur et son esprit ce qui expliquait ses nombreux moments d'absence.

Au matin de Noël, Hermione, la mine morose, monta à la tour d'astronomie pour envoyer un hibou à ses parents. Elle accrocha une carte à la patte d'un des hiboux et le regarda s'envoler. Elle s'assit ensuite sur le rebord de la fenêtre et regarda le soleil se lever péniblement. Elle était tellement prise dans son admiration qu'elle n'entendit pas Drago, que son père, très occupé en mission avait décidé de laisser à Poudlard, approcher.

Drago : Tu as décidé de te suicider ?

Elle se retourna avec un léger sursaut.

Hermione : C'est une manie chez toi de me faire peur !

Il ne répondit que par un de ses sourires qu'Hermione détestait tant.

Hermione : Je suppose que si je me jetais de cette tour, tu n'en serais que plus ravie… Ca éviterait de choisir qui devra se sacrifier.

Il prit appui contre le mur tout en la regardant.

Drago : Alors tu en es toujours là ? A ressasser cette foutue prophétie ?

Elle le regarda.

Hermione : Ne me dis pas que tu n'y penses jamais ?

Il mit un temps à répondre.

Drago : Ok, ça m'arrive. Mais je crois qu'on n'en a pas la même interprétation toi et moi.

Elle lui jeta un regard interrogateur avant de se tourner dans l'autre sens, dos au vide.

Hermione : Vas-y ton interprétation m'intéresse.

Il fit quelques pas.

Drago : Et bien, tu as pris le sacrifice en son sens le plus fort : la mort. Mais il y a des tas de choses qui peuvent être des sacrifices… Des choses auxquelles tu tiens.

Hermione : Comme ?

Drago : Une personne, la famille, les amis, un objet, une partie de sa personnalité.

Elle hocha la tête tout en réfléchissant.

Hermione : Pourtant la prophétie dit bien que l'un devra se sacrifier pour l'autre…

Drago : Non, l'un devra se sacrifier pour que l'autre sauve le monde… Peut-être que l'un devra rejoindre le camp de l'autre…

Elle le fixa.

Hermione : Je ne deviendrai pas une Mangemort.

Il sourit.

Drago : Pourquoi dans tes propos c'est toujours toi qui te sacrifies ?

Hermione : Parce que tu es bien trop égoïste pour que ce soit toi…

Drago : Je crois plutôt que tu essayes de faire croire que tu fais ça à contre cœur, mais tu sais que si tu te sacrifiais, se serait toi la véritable héroïne…

Hermione : Tu crois vraiment que si je devais rejoindre ton camp, mes amis me considéreraient comme une héroïne ? Je préfère encore la mort à la trahison…

Drago : Tu sais Granger, le sacrifice signifie que tu le fais sans en avoir envie… On dirait pourtant que tu n'attends que la mort…

Elle le fixa trouvant cette affirmation osée.

Hermione : Non… je ne désire pas mourir.

Drago : Tu ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir, alors on n'en parle plus… Le monde n'aura qu'à être sauvé par quelqu'un d'autre… je suis sûre que des tas de prophéties annoncent la délivrance et la fin du monde de toute façon…

Elle sourit devant la façon que Drago avait d'envoyer tout ça balader. Il commença à s'en aller, quand les mots sortirent de la bouche d'Hermione sans qu'elle ne sache pourquoi.

Hermione : Joyeux Noël.

Il se retourna surpris. Il hésita puis lança à son tour un « toi aussi » quelque peu gêné.