Comme Gandalf et Elrond l'avaient prédit, des nains arrivèrent alors que le matin n'était pas encore levé. Dain chevauchait un poney harnaché pour la guerre, lui-même armé jusqu'aux dents. Cent nains le suivaient, dont Balin, Dwalin, Gloin, Nori et Dori.
Tauriel les observa au loin sans se mêler à eux ni aller les saluer. La politesse était le cadet de ses soucis. Elle vivait depuis la veille dans la hantise d'informer Legolas qu'il était à présent Roi. Elle errait sans but sur le champ de bataille, espérant trouver quoi que ce soit de nouveau.
Le magicien s'avança à la rencontre des nains pour leur expliquer la situation. En retrait, Elrond étudia leurs réactions, s'attardant en particulier sur le roi sous la montagne. Ils ne décelèrent rien d'anormal chez eux, l'horreur peinte sur leurs figures semblait véritable. Ils se proposèrent spontanément pour monter la garde conjointement avec les elfes, voire de raccompagner Elrond et Bilbon chez eux.
« Avez-vous des nouvelles du roi Thranduil ? demanda Dain rapidement alors qu'avec Elrond et Gandalf il faisait le tour du champ de bataille.
— Nous ignorons toujours ce qu'il est advenu de lui, avoua Elrond. Les traces des assaillants ont été totalement masquées ici. Nous avons trouvé des empreintes d'une colonne au sud qui vont jusqu'au lac d'Esgaroth. J'ignore encore si la piste au-delà a donné des résultats. Mes gens ne sont pas encore revenus.
— Esgaroth ? Mais c'est impossible ! s'exclama Dain. Nous les aurions vus ! C'est le territoire des hommes de Bard. Son fils est Maître de Lacville-la-Nouvelle !
— De nuit ? La surveillance des hommes s'est relâchée en l'absence de Dragon et des orques, vous le savez, Dain ! »
Le reproche clair de Gandalf fit monter le rouge aux joues du nain.
« Peut-être un peu, admit-il de mauvaise grâce. Si c'est le cas, nous leur donnerons la chasse dès aujourd'hui !
— Ne soyez pas trop hâtif, Sire. Installez vos tentes, nous parlerons ensuite.
— Moi qui croyais qu'il voulait économiser un cadeau ! » bougonna le roi en coordonnant l'installation de son campement.
Une fois les tentes dressées, Gandalf, Dain, Dwalin, Gloin, Elrond et ses fils et Bilbon s'y installèrent. Tauriel fut priée de se joindre à eux. Devant l'insistance u magicien elle obtempéra de mauvaise grâce et resta silencieuse dans le fond de la tente. Les nouvelles allaient vites et les langues des elfes de Fondcombe étaient trop rapides : elle connaissait l'identité des coupables. Elle qui avait affronté Thranduil pour l'avenir de son peuple et l'amour d'un nain se retrouvait à présent tiraillée entre les siens et l'affection pour des ennemis.
En dépit du faste des tissus et des sièges, ils étaient à l'étroit. La hauteur réduite de la tente incommodait les elfes qui ne pouvaient y rester debout. Ils ne pouvaient pas non plus tous s'y asseoir et Elrond renvoya finalement ses fils, tandis que Gloin quittait l'assemblée.
« Je ne suis pas certain que ma présence est souhaitable, tenta Bilbon devant les mines sombres. Je peux partir si vous le désirez.
— Vous êtes une partie neutre qui n'appartient à aucune des races en cause, rétorqua Gandalf. Votre présence est souhaitable et nécessaire.
— Aucune des races en cause ? releva Dwalin.
— Il y a une chose que nous ne vous ayons pas encore dite… »
Pour toute réponse, Elrond déposa le mouchoir contenant la pointe de flèche sur la table basse. Les nains étudièrent le fragment avec attention, sans comprendre toutes les ramifications qu'il impliquait.
« Les seules flèches et épées que nous avons trouvées ici sont celles des elfes, révéla Gandalf. De même qu'il n'y avait que leurs cadavres. Aucune trace d'un ennemi quelconque hormis les ravages qu'il a causé. Mais ceci a été oublié dans le corps d'un elfe.
— Une flèche naine ! Ce n'est pas possible !
— La piste que mes gens suivent est celle de nains, précisa Elrond. Une troupe importante pour autant que nous puissions en juger. Ce n'est pas inhabituel dans ces régions mais compte tenu des circonstances, mes gens les ont suivies.
— C'est de la folie !
— Il n'y a pas d'erreur possible, Balin. Je n'en étais pas certain moi-même jusqu'à ce qu'un elfe ramasse ceci, coincé dans des ronces près d'Esgaroth. Croyez bien que je suis aussi désolé que vous ! »
Gandalf tendit un morceau de tissu. Il passa entre les mains de chacun des nains présents qui l'examinèrent attentivement.
« Cela vient de chez nous, concéda Dain. Mais je vous assure que je ne suis au courant de rien. Esgaroth, cette flèche et ce bout de manteau de nain…Les elfes des bois vont en devenir fous !
— Si nous avions pensé que vous étiez impliqué, nous ne vous aurions rien dit, annonça sombrement Elrond. Votre colère contre Thranduil était sincère, comme votre proposition d'aide. Je ne pense pas que cette situation ait à voir avec vous.
— Moi non plus je ne l'ai jamais cru ! intervint Bilbon avec ferveur.
— Tous les nains savaient que Thranduil devait venir à Erebor, il est tombé dans une embuscade, ajouta Gandalf. Le terrain était idéal pour cela ! Qui remarquerait une troupe de nain près de leur royaume ? Néanmoins, vous aurez du mal à leur faire comprendre que vous n'y êtes pour rien. Les elfes des bois arriveront dans la matinée. Ils ne doivent plus être très loin d'ici, d'ailleurs.
— C'est une mauvaise affaire, une très mauvaise affaire ! gémit Dain. Avec Thranduil, nous étions en train de mettre au point une alliance commerciale et militaire pour garder nos frontières contre Sauron et Dol Guldur ! »
L'accablement des nains était réel. Dain fourra sa tête dans ses mains, de sorte que les autres ne voyaient plus que ses cheveux roux. Balin n'était pas en meilleur état. Le premier conseiller du roi ne savait pas comment se sortir de cette impasse. Il redoutait à juste titre le courroux des elfes. Tous ne seraient pas aussi conciliants qu'Elrond !
Un peu à l'écart et se demandant toujours ce qu'il faisait là, Bilbon Sacquet les observait les uns après les autres. L'angoisse lui étreignait le cœur à lui aussi. Il avait vu une guerre, il ne tenait pas à en voir une nouvelle. L'image des morts hantait son esprit. C'était une chose de voir des elfes tués en pleine bataille. C'en était une autre d'arriver ensuite et d'en découvrir les affreuses conséquences. Tous ces beaux visages vides d'expression, aux yeux ouverts, rouges de sangs, rongés par les larves et les asticots, dévorés par les bêtes sauvages…
« Pourrait-il y avoir des nains renégats ? tenta Bilbon. Beaucoup de nains vivent en dehors des royaumes, m'avez-vous dit. Thorin lui-même ne vivait pas dans les monts de fer, à l'époque. Si vous pouvez les trouver, je suis certain que les elfes seront plus cléments.
— Hélas, mon ami, pas après Esgaroth ! se désola Balin. Il n'y a que les nains des monts de Fer par là-bas. Notre peuple et celui de Dain !
— D'autant que pour tuer une cinquantaine d'elfes sylvains sans laisser de trace, il ne suffit pas de deux ou trois renégats ! renchérit Dain. Je suis le premier à reconnaitre leur bravoure et leurs compétences. Thranduil lui-même est un sacré morceau ! Je me souviens encore de son combat contre les gobelins d'il y a dix ans. Aucun d'eux n'a pu lui faire la moindre égratignure ! »
Il soupira et se redressa un peu. Il passa une main le long de sa barde et coinça son pouce dans sa large ceinture.
« Non, poursuivit-il, si j'avais eu à exécuter un tel plan, j'aurais au moins pris cent de mes guerriers : cinquante pour tuer les elfes, cinquante pour ramener les blessés et les morts.
— Ce n'est pas une petite troupe de renégat, appuya Balin, mais une véritable révolution ! Certaines factions en veulent encore aux elfes mais je ne croyais pas qu'ils iraient jusque-là !
— Mais enfin c'est de la folie –et arrêtez de parler comme si vous y étiez pour quelque chose ! s'écria Bilbon. Je veux dire…imaginez les risques ! Si cela échouait…si les nains étaient surpris, c'est une guerre qui les attendait ! Les elfes n'aurait jamais laissé passer ça ! Que pourraient-ils en retirer ? Et leurs traces de pas ! Les elfes sont en train de remonter leur piste !
— Précisément parce que le plan a échoué, rappela Elrond. Les groupes de nains ne sont pas suspects dans cette région. Ils sont courants près d'Esgaroth. Ils ont construit cette route et l'arpentent quotidiennement ! Une journée de plus et les dernières traces auraient été effacées par le mauvais temps ou par d'autres plus récentes.
— Le seigneur Elrond a raison, renchérit Gandalf. Les nains ont masqué leur présence ici pour ne pas être suspectés ils ne l'auront pas fait au-delà de la route. Sans la flèche brisée, nous ignorerions encore qui a fait cela et nous ignorerions qui rechercher ! Cela nous donne un avantage. Notre ennemi ignore qu'il est poursuivi. Nous devons agir avec discrétion.
— Cependant Bilbon a raison, nuança Elrond. Ce plan a été muri et froidement mis en place depuis longtemps, il ne laissait aucune part à l'improvisation. Dain, quand avez-vous rendu public l'annonce de votre mariage ?
— La date exacte ? Il y a six mois. Tous les nains et les hommes étaient au courant ! »
La discussion se poursuivit longtemps, jusqu'à ce que des exclamations surviennent à l'extérieur. Une colonne d'elfes de la Forêt Noire s'avançait au galop vers le campement improvisé, avec à leur tête, l'un des conseillers de Thranduil, Fariel. Comme les nains, ils étaient armés pour la guerre. Sachant ce qui les attendait, ils ne cillèrent pas devant les chevaux en décomposition et n'accordèrent qu'un bref coup d'œil aux linceuls blancs étendus dans les hautes-herbes.
Cependant, en dépit de toutes les précautions de Gandalf et Elrond, la rumeur s'était propagée trop loin et les elfes de la Forêt Noire connaissaient la vérité. Tauriel n'eut d'autres choix que de la confirmer de vive voix lorsque Fariel la convoqua devant lui.
Par chance, Dain ordonna aux siens de se retirer. Les tentes rapidement démontées et les chargements installés sur le dos des poneys, ils quittèrent la route pour rentrer chez eux. Ses craintes furent fondées : les elfes de la Forêt Noire auraient attaqués les nains de Dain si ces derniers n'avaient pas quitté l'endroit et si le magicien et le semi-elfe ne s'y étaient pas opposés de toutes leurs forces. Tauriel avait également essayé, sans succès. Son influence n'était plus ce qu'elle avait été. Ceux qui auparavant la suivaient aveuglément ne lui adressaient plus aucun crédit.
Bilbon observa de loin ces prémices de guerre entre les elfes et les nains.
La journée lui parut une éternité. Au soir, les carrioles elfiques emportèrent les morts vers la Forêt noire. Les nains quittèrent l'endroit, ne laissant que le conseiller Balin. Elrond prépara ses troupes pour un départ au petit matin. Il s'était déjà attardé trop longtemps, il lui fallait regagner Fondcombe.
« Le Prince Legolas est encore dans le Nord, révéla Gandalf devant le feu lors du dîner. Des cavaliers vont lui porter un message, mais il ne sera pas de retour avant plusieurs jours.
— Que pourrait-il faire de plus ? se lamenta Bilbon.
— Avec la disparition du roi Thranduil, il peut déclencher une guerre…ou la refuser. Les elfes de la forêt Noire n'ont pas trouvé d'autres traces des nains. Nous en restons au même point ! »
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A des milles de là, les nains conduits par Dain se séparèrent des poneys de bât et galopèrent à bride abattue vers Esgaroth aussitôt qu'ils prirent congé des elfes et de Gandalf. Ils chevauchèrent toute la journée et arrivèrent dans la nuit.
La ville du lac avait été reconstruite des années plus tôt. Dain savait y trouver Bard qui, bien qu'il n'y réside plus que rarement, avait été mandé par son fils.
Les poneys épuisés dérapaient sur des plaques de verglas. Les nains, frigorifiés par la gelée du petit matin, rajustaient sans cesse leurs manteaux par-dessus leurs armures. Ils n'avaient croisé pas âme qui vive tout le long de la route.
Les bruits de la ville commencèrent à leur parvenir lorsqu'ils s'engagèrent sur le gigantesque pont reliant la berge à Lacville-la-Nouvelle. L'ouvrage était un cadeau de Dain pour ses alliés après la guerre. Il avait nécessité le travail de cinquante nains pendant deux ans. Ses piliers en pierre portaient des inscriptions en langue naine et dans le langage commun. Une rampe délicatement ouvragée en fer garnies de lumière tous les cent mètres bordait une route large. Elle n'était pas vide à cette heure matinale, les pêcheurs revenant du port vers la ville pour écouler leurs marchandises et les paysans se rendant sur leurs terres.
Les nains remontèrent le long de la rue principale jusqu'au palais du roi. Dain entra dans le palais sans laisser le temps aux hommes de l'annoncer.
« Bard est ici ?
— Oui mais…Attendez ! Sire Dain ! »
Dain gravit les escaliers en marbre aussi rapidement qu'il le put jusqu'au dernier étage de l'imposante bâtisse. Le Maître avait installé ses quartiers et son bureau tout en haut d'une tour pour avoir sous les yeux la ville et la Montagne. Bard venait régulièrement et ne manquait pas de regarder par ces fenêtres son royaume entier et surtout le lac qu'il aimait toujours autant. Bard et son fils sursautèrent quand le nain surgit dans la pièce calme.
« Veuillez m'excuser de vous interrompre ainsi mais j'ai besoin de renseignements cruciaux. Si des nains désiraient traverser le lac ou le fleuve sans être vus, où iraient-ils ? Combien pourraient passer inaperçu ?
— Puis-je savoir ce que vous leur voulez, Sire Dain ? demanda Bard.
— Pour le moment, une réponse à mes questions ! Je vous presse car le temps m'est compté. Une guerre est peut-être sur nous et j'essaye de l'éviter.
— Alors je vais vous donner d'autres informations et peut-être gagnerez-vous du temps, annonça Bain. Quatre-vingt nains ont traversé le lac il y a trois jours, pendant la nuit. Ils ont payé les bateliers pour traverser vite et en silence. Ils n'ont pas révélé leurs identités alors je ne pourrais en dire beaucoup sur eux : ils s'étaient emmitouflés dans de grandes capes et leurs visages étaient dissimulés par leurs capuches. Ah, si ! Ils étaient lourdement chargés et visiblement exténués.
— Trois jours ! Mais ils auraient dû arriver bien plus tôt ! Êtes-vous certain de ce que vous avancez ?
— Absolument, Sire. Les bateliers ne sont pas revenus. Mes hommes ont cherché ces nains de l'autre côté du lac depuis lors, sans succès. J'ai demandé l'aide de mon père et nous allions vous envoyer un messager pour vous demander votre avis.
— De l'aide ! J'en voudrais moi-même ! s'exclama Dain. Cette affaire va de mal en pis ! Mais je puis au moins vous dire que vos bateliers ne reviendront pas. Je vais vous raconter mais d'abord je vais envoyer mes gens à la poursuite des renégats. Trois jours seulement ! Nous arriverons peut-être à les rattraper ! »
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Le royaume des elfes de la Forêt Noire se préparait à la guerre. Les patrouilles envoyées à la recherche du roi rentraient sans nouvelle information : la piste des nains était perdue après le lac d'Esgaroth. Les messagers de Dain et de Bard n'en avaient pas davantage. Dain menait une inspection dans Erebor et les monts de Fer, sans succès jusque-là.
Seule l'absence du Prince Legolas empêchait encore la bataille : les conseillers de Thranduil n'avaient pas l'autorité nécessaire pour ordonner aux troupes de prendre Erebor d'assaut. Pourtant, chaque elfe polissait son épée, constituait un stock de flèches et huilait son armure. Le soir venu, les chants funèbres s'élevaient entre les arbres. La disparition du Roi Thranduil et l'incertitude de son sort minait son peuple.
Les objections de Gandalf ne pesaient guère lourd, pas plus de celles de Tauriel, et il n'essayait plus que de gagner du temps en espérant que Dain réussirait à trouver les responsables. Chaque jour amenuisait son espoir, les oiseaux messagers n'apportaient rien de neuf.
Le matin du neuvième jour depuis l'attaque, Bilbon errait dans les cavernes, sans but ou presque. Gandalf l'avait chargé de menues tâches en lui ordonnant d'écouter ce qui se raconter entre les elfes. Il revint donc des cuisines avec un pot d'eau chaude destiné au thé, de diverses herbes à infuser et d'un casse-croute digne d'un hobbit affamé.
Bilbon entra sans frapper dans le petit salon alloué à Gandalf le gris et à lui : il ne s'attendait pas à y trouver le magicien qui ne faisait qu'y passer une minute ou deux et disparaissait ensuite jusqu'au dîner. Cependant Gandalf était en grande discussion avec un jeune homme, très grand aux cheveux noirs, assez jeune pour autant que Bilbon puisse en juger avec son air sévère et ses vieux habits boueux. Ils étaient tous les deux installés dans des fauteuils et en pleine discussion à l'arrivée impromptue du hobbit.
« Moi, je sais qui vous êtes ! s'exclama le magicien avant de s'arrêter et de dévisager le hobbit. Bilbon Sacquet, voici Aragorn, un rôdeur du Nord.
— Enchanté.
— Moi de même, Monsieur Sacquet. J'ai été très impressionné par le récit de vos aventures avec Thorin Ecu-de-Chêne. Gandalf… ?
— Nous pouvons parler devant lui. Il nous sera d'une grande aide. »
Bilbon n'était pas encore certain que l'aide dont parlait Gandalf lui plairait mais il s'assit pourtant avec eux, une tasse de thé à la main.
« Il faut trouver une solution à ce conflit autrement que par la guerre, je suis d'accord avec vous sur ce point, admit Aragorn. Mais comment comptez-vous faire ? Legolas n'aime pas l'idée d'une bataille mais il n'a pas le choix. Son peuple la fera, qu'il l'autorise ou non. Les elfes ne peuvent rester les bras croisés alors que des nains ont assassiné les leurs !
— C'est pourquoi il faut une solution alternative et j'en ai une ! Dain m'a écrit qu'il s'engageait à faire payer les nains responsables dès qu'il aura trouvé de qui il s'agit. Si nous parvenons à débusquer les coupables, les elfes auront leur vengeance !
— Nous ?
— Vous, Bilbon, un elfe et moi.
— Moi ? souffla Bilbon, effaré. Pourquoi moi ? Je ne suis pas un vrai guerrier ! A quoi vous servirai-je ?
— Les elfes n'accepteront jamais qu'un nain soit dans le groupe de recherche, révéla Gandalf. En revanche, ils vous accepteront vous et les nains vous estiment aussi digne de confiance qu'un des leurs.
— Mais… »
Toute discussion contre Gandalf était vaine et Bilbon céda de mauvaise grâce. Il ne connaissait pas l'homme en face de lui mais ce serait sa deuxième aventure et il aurait bien aimé avoir une dizaine de nains pour le seconder ! Aussi grand soit-il, cet Aragorn ne semblait pas aussi puissant qu'un nain.
« Cette quête demande de la discrétion et assez de talent pour trouver des empreintes vieilles de presque dix jours, continua le magicien. Vos talents de rôdeurs nous seront nécessaires, Aragorn ! Les elfes eux-mêmes ont perdu la piste des nains renégats.
— Je reconnais que cette solution est tentante, admit le rodeur, mais pensez-vous que les elfes l'accepteront ? Leurs préparatifs pour la guerre sont terminés ! Ils n'attendent que de se mettre en marche !
— Presque terminés. Personne n'est totalement prêt à déclencher une guerre. Quant à savoir s'ils vont l'accepter, je pense que oui. Tant que Thranduil ne sera pas retrouvé, mort ou vif, il y a une chance qu'il soit encore en vie.
— Je crois qu'il l'est encore, intervint Bilbon. Pourquoi se donner tant de mal pour l'emmener loin, sinon ? Il aurait été plus rapide de le tuer avec les autres.
— Pour plein de raison mon cher Bilbon et nombre d'entre elles sont effrayantes. Cependant nous devons garder espoir. Quant à l'endroit où il est détenu, je sais déjà où il n'est pas : Erebor et les Montagnes de Fer. Le risque est trop grand, les nains auront prévu une autre cachette. Assiéger leurs montagne mettra sa vie encore plus en danger qu'elle ne l'est déjà. Voilà ce que vous allez expliquer à Legolas et aux conseillers de Thranduil tout à l'heure. Vous saurez trouver les mots, j'en suis certain. »
