Bilbon revint le lendemain, un peu plus tôt dans la journée. Il assista au départ de Noxt et d'une bonne partie des gobelins. Pour les hobbit, c'était l'heure du second petit déjeuner, pour Noxt, c'était celle d'aller prendre quelques heures de sommeil. La plupart des gobelins le suivaient mais il en restait trop dans la grande caverne au gout de Bilbon.
Le hobbit slaloma rapidement entre les gobelins, les déchets et les poteaux en bois qui soutenaient la structure. Avec son anneau en or, il s'enhardissait : là où quelques heures auparavant il allait avec attention, il bondissait par-dessus de gobelins assis à terre et évitait à la dernière minutes d'autres qui venaient face à lui.
Cette fois ci, Thranduil l'entendit arriver. La respiration du hobbit et son allure légère, inaudibles sauf pour l'oreille fine d'un elfe, lui étaient devenues familières depuis les trois derniers jours de visite. Adossé à une marche de l'escalier, la tête reposant contre un pilier, le roi fixa le vide là où il savait que se tenait son visiteur.
De nouvelles blessures s'ajoutaient à sa collection chaque jour mais ses mains et les morsures l'inquiétaient le plus, même s'il faisait tout pour cacher leur gravité à Bilbon. Ses plaies s'étaient infectées.
Plus que tout, prisonnier des gobelins comme un chien, blessé et si fatigué qu'il était incapable de maintenir l'illusion sur la partie gauche de son visage, il tenait à ne pas paraître faible devant un petit cambrioleur. Ledit cambrioleur était trop intelligent pour se laisser avoir mais se prêtait à la mascarade de bonne grâce. Dès qu'il avait soupçonné l'arrivée du hobbit, Thranduil avait essuyé le sang qui lui coulait d'une nouvelle plaie au bras.
Comme la veille, Bilbon lui glissa une outre et du pain elfique fournis par Tauriel, plus au goût des elfes que la rustique pitance des nains. En difficulté matérielle, les gobelins éteignaient une partie des torches lorsqu'ils partaient, si bien que Thranduil ne risquait pas grand-chose quand il s'installait sur la partie obscure de l'escalier.
Bilbon se pencha sur le collier avec son sac rempli de multiples clefs de différentes formes pour tenter de l'ouvrir. Balin avait fait quelques recherches sur les différents colliers fabriqués par les nains puisque crocheter la serrure serait vain. Le hobbit essayait donc les clefs les unes après les autres. La tâche était délicate et certainement longue.
De son côté, Thranduil grignotait un biscuit. Il avait des difficultés à le tenir dans ses mains tremblantes. Il finit par abandonner le deuxième.
Au bruit d'une clef abandonnée dans le sac, Thranduil se tourna vers le hobbit et le fixa droit dans les yeux.
« Si vous ne pouvez l'ouvrir…laissez moi un couteau…
— Je vais y arriver, sire ! C'est juste une question de temps !
— Du temps ? souffla Thranduil. Je suis fatigué…Je n'ai plus la force…
— Ne dites pas de bêtise ! Je vais trouver la clef et nous partirons dès que nous le pourrons. Legolas vous attend. D'accord ? »
Thranduil ne répondit pas. Ses paupières s'étaient refermées. Inquiet, Bilbon arrêta d'essayer les clefs et secoua l'elfe.
« Tenez encore un peu ! lui ordonna Bilbon quand il vit le roi reprendre ses esprits. Je vais vous faire sortir de là. Legolas vous attend, vous n'allez pas le décevoir, n'est-ce-pas ?
— Je vais essayer.
— Non, vous allez survivre ! Donnez-moi votre parole que vous allez survivre et je vous donnerai la mienne que je sortirai de là. »
Thranduil hocha la tête pour marquer son assentiment. Il n'y croyait pas un mot mais la mention de son fils fut suffisante pour l'empêcher d'abandonner et se raccrocher à la vie encore un moment.
Un groupe de dix gobelins surgit d'un boyau. Ils portaient une torche et allumaient celles qui étaient encore éteintes sur leur chemin. L'obscurité repoussée et les gobelins de plus en plus nombreux accroissaient les risques. Bilbon récupéra en hâte les outres vides.
Bilbon retint sa respiration. Il saisit la dernière clef. C'était une clef toute simple en fer avec un rubis encastré dans la tige, éraflée sur toute la longueur. Elle était lourde et peu maniable dans sa petite main. Il faillit la laisser échapper à deux reprises : des gobelins gardaient leurs yeux rivés sur l'elfe. Invisible, le hobbit en devenait extrêmement nerveux. Bilbon enfonça la clef dans la serrure. Elle y entra. Un léger clic retentit et le collier s'ouvrit, relâchant la pression sur la gorge de l'elfe. Bilbon relâcha sa respiration. Il retint de justesse un hurlement de victoire.
Thranduil tressaillit mais ne donna pas d'autre signe de joie. Comme chaque fois que les gobelins l'observaient, il gardait la même immobilité forcée.
« Partez…, conseilla Thranduil. Il est trop tard pour aujourd'hui.
— Je reviens vite. D'ici là, reposez-vous ! Balin mènera l'assaut demain. Vous devrez peut-être courir. »
Il lui vint après coup à l'esprit que la formulation n'était peut-être pas la plus adéquate. Les yeux gris furieux posés sur son visage suffisaient à eux seuls à la lui faire regretter. Bilbon déglutit et choisit de battre en retraite.
Thranduil n'était pas en colère contre le hobbit mais contre sa propre faiblesse. La chaîne, longue d'un mètre cinquante, était trop courte pour qu'il puisse se tenir debout ou faire quelques pas. Est-ce qu'il serait capable de courir si la situation l'exigeait ? Il l'ignorait lui-même.
Plutôt que d'anticiper ce qui se passerait le lendemain, l'elfe préféra dormir. Il appuya sa tête contre le pilier dur et ferma les yeux.
Son repos fut de courte durée.
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Thranduil inspira lentement pour calmer les battements de son cœur. Les gobelins s'étaient réunis autour de lui, l'eau à la bouche. Au fur et à mesure que les jours passaient, l'étincelle de folie dans leurs yeux croissait. Ils étaient affamés et Noxt gardait sous leurs yeux un elfe vivant et presque entier.
Les gobelins se rassemblèrent de plus en plus près de leur prisonnier. Ils n'étaient plus qu'à deux mètres de lui, formant un demi-cercle sur le chemin. La lumière des torches se reflétait dans leurs yeux sombres et sur les épées. Thranduil s'efforça de garder son calme. C'était la première fois que les créatures s'approchaient autant de lui et l'absence de Noxt, seul à pouvoir les contraindre à reculer, l'inquiétait davantage.
Tout à coup, sans crier gare, un gobelin plus hargneux que ses compatriotes se lança en avant. Thranduil lui décocha un coup de pied dans la mâchoire. Le gobelin fut projeté cinq mètres plus loin.
Le cercle recula d'un pas, sauf un jeune gobelin, obnubilé par la viande fraîche. Jeune et inexpérimenté, il n'arrivait pas à voler de nourriture à ses aînés. Il était cependant roublard et prudent. Il s'approcha du prisonnier en crabe. La corde empêchait Thranduil d'aller plus loin. Le pilier l'aidait mais restreignait ses mouvements.
Le gobelin renonça à attaquer Thranduil de front. Il attrapa une poulie, se laissa descendre à l'étage inférieur et rampa sur un mince cordage reliant deux plates-formes entre elles. Ses griffes s'enfoncèrent dans le bois. Il avança inexorablement, lent et agile comme une monstrueuse araignée.
En quelques secondes, il parvint au pilier de Thranduil, deux mètres en dessous de la plateforme. Le gobelin se pencha dans le vide et leva la tête. Aucune erreur possible, il voyait les cheveux blonds de l'elfe et un pan de sa tunique.
Le jeune gobelin bondit. Ses mains se refermèrent de chaque côté du ventre de Thranduil. Les longues griffes s'enfoncèrent dans le tissu déchiré puis dans la chair du prisonnier, perforant les organes internes. Autant à cause de la surprise qu'à cause de la douleur, Thranduil ne put retenir un hurlement.
Dès qu'il se fut assuré une prise stable et solide, le gobelin se hissa complètement sur la plateforme. Thranduil comprit instantanément qu'il ne pourrait pas s'en défaire. Il parvenait à peine à tenir tête aux gobelins qui l'affronter de face, se batte contre l'un d'eux dans son dos dépassait ses forces.
Subitement, l'elfe sentit le souffle chaud dans son cou. Il réprima un frisson, anticipant ce qui allait suivre. Ce fut peine perdue : la douleur était telle qu'il hurla à plein poumons quand les dents pointues du gobelin s'enfoncèrent dans ses côtes. Elles transpercèrent tout sur leur passage jusqu'à se ficher profondément dans ses os. Le gobelin ne parvint pas à les briser. Ses dents dérapèrent dessus, laissant des sillons profondément gravés dans les côtes, puis la mâchoire puissante du gobelin se referma. Les os de l'elfe étaient à vif dans un cercle d'une dizaine de centimètres de diamètre.
Le gobelin ne le relâchait toujours pas. Dans une faible tentative d'échapper à une nouvelle attaque, l'elfe se recroquevilla contre le pilier en bois. Le gobelin glapit lorsque ses doigts furent écrasés. Ce ne fut pas suffisant pour qu'il lâche prise mais il changea de position et s'agrippa plutôt au collier, ses griffes effleurant le cou de Thranduil.
Soudainement, un rugissement rauque figea les gobelins restants, prêts à se tailler une part d'elfe. Ils reculèrent précipitamment et dévoilèrent le grand gobelin furieux. Noxt agitait son bâton dans tous les sens et n'hésitait pas à frapper son propre peuple s'il restait sur son chemin. Seul le jeune gobelin resta immobile : il n'avait nulle part où fuir. Redescendre en quatrième vitesse serait hasardeux, il risquerait de tomber dans les ténèbres.
Prostré sur le sol, un morceau arraché à sa tunique plaqué sur sa blessure pour arrêter le sang, livide et tremblant comme une feuille, Thranduil fut soulagé de voir Noxt pour la première fois de sa vie. Son ventre le faisait souffrir. Les griffes du jeune gobelin étaient comme autant de petits couteaux aiguisés plongés dans son ventre mais ce n'était rien en comparaison des morsures.
C'était la troisième fois qu'un gobelin le « goûtait » et chacune avait été pire encore que la précédente. Chaque respiration saccadée devint une torture, provoquant une douleur insupportable dans tout son corps.
« L'elfe est à moi ! » hurla Noxt.
De son grand bâton, il frappa à deux reprises le jeune gobelin qui avait défié ses ordres. Le premier lui défonça la boite crânienne, le second le jeta dans le vide.
« Si vous vouliez manger, fallait pas laisser les autres s'échapper ! »
Le grand gobelin donna un coup de pied à Thranduil. L'elfe ne lutta pas. Il parvenait à peine à rester conscient.
Thranduil se retrouva sur le dos, le pied de Noxt posé sur sa poitrine.
« Je veux le voir me supplier de le tuer ! Me supplier de le laisser mourir ! Se mettre à genoux devant moi et abandonner toute la fierté qui lui reste ! »
Thranduil fixa Noxt droit dans les yeux. S'il n'avait pas su que Bilbon reviendrait dans quelques heures et si la pensée de Legolas ne quittait pas son esprit, il aurait sérieusement pensé à en finir avec la souffrance.
« Cela n'arrivera pas ! » garantit le roi.
Sa voix était faible, à peine un murmure, mais Noxt sourit.
« Pas tout de suite, j'espère en tout cas, s'amusa le grand gobelin, autrement je m'ennuierais ! »
Noxt retira son pied de son torse. A la place, il abattit sa botte sur la jambe de l'elfe. Un craquement sonore retentit. Le bruit et les hurlements de souffrance de Thranduil résonnèrent le long des parois de la grande cave.
Thranduil se recroquevilla sur le sol mais Noxt redressa l'elfe en le prenant par le collier pour lui murmurer des paroles venimeuses.
Thranduil ne les distingua pas. Le sang cognait dans ses oreilles et il n'entendit plus aucun son. Son corps s'engourdit et il laissa avec soulagement les ténèbres l'envahir.
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Balin réajusta son casque. La teinture sur sa barbe et ses cheveux le démangeait. L'aube pointait, l'heure approchait. Il se servit une dernière pinte de bière. Les cent six nains désignés par Dain pour affronter les nains.
L'heure arriva. Balin mena cinquante guerriers vers la passe qu'ils avaient traversé dix ans plus tôt avec Thorin. Le temps lui manquait pour les épanchements nostalgiques. A vive allure, les nains gravirent les Monts Brumeux. Depuis la Moria, ils n'avaient nul besoin de prétexte pour attaquer les gobelins. Le faire pour une juste et noble cause les motivait davantage.
La seconde troupe se dirigea vers le sud et attaquerait plus tard les gobelins par une autre passe.
« Ils ne comprendront pas ce qui va leur tomber dessus ! se réjouit Balin.
— Prenez garde à vous, conseilla Tauriel. Il ne s'agit que d'une diversion. Ne perdez pas vos soldats !
— Si vous allez trop profondément dans les cavernes des gobelins, vous risquez de vous perdre et de ne pas pouvoir revenir, avertit gentiment Bilbon.
— Et si vous n'y allez pas vite, vous risquez de ne pas être prêt à temps ! lui répliqua Balin avec un sourire qui démentait la sécheresse de ses paroles.
— J'y vais, j'y vais ! Je reprenais juste des outres et de la nourriture. Ces saletés ne doivent rien lui donner. »
Bilbon, Aragorn et Tauriel quittèrent les nains peu de temps après. Le hobbit conservait la précieuse clef dans la poche de son veston. Il la tapotait aussi souvent que la poche dans laquelle il gardait précieusement son anneau d'or pour s'assurer qu'il ne les avait pas perdus.
Le hobbit prit la tête du chemin. L'esprit occupé par le plan échafaudé avec les elfes, les nains et l'homme, il ne fit guère attention à son vertige lors de la descente de l'étroit goulot quasiment vertical. Aragorn et Tauriel l'y suivirent et descendirent l'escalier avec lui. Ils se cachaient dans les ombres pour ne pas être découverts. Ils restèrent cependant en retrait et ne descendirent pas les deux derniers étages menant au niveau principal. Tauriel ardait près d'elle la sacoche contenant tout le nécessaire pour les premiers soins.
Bilbon les quitta, la main dans sa poche, prêt à passer son anneau magique. Il ne le mit que quand il franchit l'intersection : Gandalf avait été formel, personne d'autre ne devait connaitre l'existence de l'anneau.
La grande caverne était presque vide, seule une centaine de gobelins y restaient et la plupart vaquaient à d'autres occupations que la surveillance d'un elfe. Toutefois, deux gardes en armures se tenaient à dix mètres de Thranduil et gardaient la route. Personne de visible ne pouvait passer devant eux mais le hobbit se glissa dans le passage sans difficulté. La difficulté serait pour plus tard quand il devrait les tuer mais il y penserait en temps voulu, se dit-il.
Thranduil gisait aux pieds de l'escalier, sur le dos, dans une mare de sang séché. Il n'avait plus que ses bottes et son pantalon. Sa tunique déchirée traînait sur le sol à quelques pas. Des hématomes couvraient son corps, quatre blessures pénétrantes de chaque côté de son ventre étaient enflées et Bilbon découvrit avec horreur une troisième morsure sur ses côtes à vif. Il les voyait se soulever et se rabaisser au gré de sa respiration saccadée. Les plaies s'étaient infectées. L'elfe était brûlant de fièvre.
Et ce n'étaient que les blessures que Bilbon voyait ! Il soupçonnait que le pantalon et les bottes de l'elfe dissimulaient de nombreuses autres.
Pour ne pas être entendu par les gobelins de garde, Bilbon se pencha sur le prisonnier et chuchota à son oreille, aussi fort qu'il l'osa :
« Sire Thranduil ? Est-ce que vous m'entendez ? Sire ! »
La voix de Bilbon chevrota. L'elfe ne régit pas.
Le hobbit versa toute l'eau de son outre sur le visage du roi des elfes. La fraîcheur de l'eau ne fit pas effet.
Bilbon commença à désespérer. Ils n'avaient pas le temps : l'attaque de Balin était programmée et il n'osait pas libérer Thranduil de son collier tant que l'elfe n'était pas réveillé. Il tapota la joue du prisonnier sans obtenir davantage de réaction. Il recommença à l'appeler, un peu plus fort cette fois.
Un cor rugit. Le son se répercuta dans la caverne, s'amplifia et finit par s'éteindre un long moment après. C'était un cor de guerre au son grave que les gobelins utilisaient pour sonner la charger. L'attaque de Balin était lancée !
Des gobelins surgirent des ombres et disparurent tout aussi vite. Ils bondissaient et grimpaient le long des parois en direction des sorties. La diversion de Balin draina les gobelins restant dans la caverne. Bientôt, il n'en resta plus que quelques-uns par ci par là, éloignés du trône et qui avaient mieux à faire que de surveiller un prisonnier affaibli. Du moins Bilbon l'espérait ! Thranduil était dans un bien plus mauvais état que la veille. Seuls restaient les deux gardes près de lui, qui lui tournaient le dos.
Dans un geste désespéré, Bilbon banda les côtes du blessé avec la cape grise qu'il avait amené pour les dissimuler dans leur fuite. Il serra le tissu autour des plaies aussi fort qu'il le put. Thranduil gémit. Encore à moitié inconscient, il leva la main dans un geste hésitant pour arrêter le hobbit. Pour le réveiller totalement, Bilbon versa sa seconde et dernière outre sur son visage.
Cette fois, Bilbon obtint le résultat escompté. Les paupières de l'elfe se soulevèrent. Le hobbit sortit la clef et ouvrit le collier qu'il lança dans le vide le plus loin possible.
« Sire Thranduil ! Pouvez-vous vous lever ? Je vous ai enlevé le collier.
— Sacquet ?
— Sire ! Nous devons y aller. Levez-vous ! Nous n'avons pas le temps, je vous en prie ! Il faut y aller ! »
C'était plus facile à dire qu'à faire, Bilbon en était conscient.
Bilbon soutint l'elfe du mieux que sa petite stature lui permit. Thranduil s'appuya lourdement sur lui et sur la palissade bordant le chemin pour se redresser. Ses articulations craquèrent sous l'effort et des gouttes de sueur coulèrent sur le sol et se mêlèrent à la flaque d'eau. Il resta debout, chancelant, luttant pour ne pas s'effondrer à nouveau. Pris de vertiges et submergé par la douleur lancinante, il serait tombé sans la rambarde.
Finalement, pressé par un hobbit de plus en plus inquiet, il effectua un premier pas. Sa jambe se déroba et le roi chuta sur le sol avec un gémissement. Il resta immobile de longues minutes, face contre terre, les yeux clos, incapable de bouger un muscle, terrassé par la douleur.
« Sire, nous devons y aller ! le pressa encore le hobbit terrorisé. Nous devons y aller maintenant ! Sire Thranduil ! »
Thranduil rassembla ses forces pour combattre la douleur. Dans un effort surhumain, il se redressa et se remit debout, toujours lourdement appuyé sur la rambarde.
La tête baissée, les yeux clos, la paume tout à tour glissant et s'appuyant sur la rampe, l'elfe meurtri et le hobbit invisible poursuivaient leur chemin. Bilbon le laissa quelques secondes. Il courut en avant, dégaina Dard et planta la lame dans le cœur des gobelins. La surprise d'être attaqués par derrière servit Bilbon. Ils moururent sans donner l'alerte.
L'elfe et le hobbit reprirent leur progression, désespérément lente pour le semi-homme et presque trop rapide pour le roi. Chaque fois que Thranduil vacillait, Bilbon le rattrapait du mieux qu'il pouvait. Chaque fois que l'elfe ralentissait, Bilbon l'encourageait ou le houspillait pour provoquer un sursaut.
« Il va où, l'elfe ? »
Le gobelin surgit sans que Bilbon ne l'ai remarqué, tant il était préoccupé par l'état de l'elfe. Cette fois aussi, il sortit Dard, se glissa derrière la créature et lui trancha le dos. Un coup particulièrement déloyal mais c'était le cadet des soucis du hobbit. A l'allure à laquelle ils allaient, ils n'arriveraient jamais à l'escalier sans être repérés ! Deux autres gobelins voulurent arrêter l'elfe. Ils subirent le même sort que le précédent. Bilbon était couvert de sang, peu fier de la manière dont il tuait les gobelins mais il n'avait pas d'autre solution. Ils étaient encore sur la voie principale, dans la lumière des torches, et n'importe quel gobelin pouvait les voir et les tuer de loin. Ou en tout cas voir Thranduil et le tuer à distance.
« Allez sire ! Plus vite ! Nous sommes encore loin ! »
Si Thranduil avait pu savoir où était le hobbit, il l'aurait fusillé du regard. Marcher était une torture. Il rassembla ses dernières forces. Il lâcha la rambarde et reprit son chemin, le pas encore peu assuré mais plus rapide que jusqu'à présent.
Ils franchirent la moitié de la distance lorsqu'un groupe de gobelin en arme passa devant eux. Ils ne virent pas l'elfe mais l'un d'eux buta contre l'invisible Bilbon.
S'en suivit une bataille si désorganisée que le hobbit ne se rappela jamais s'il était parvenu à blesser l'un de ses ennemis avec Dard. Elle fut également extrêmement courte : cinq flèches furent tirées et Aragorn parvint à tuer les deux derniers gobelins avec un long couteau. Devant la longueur du sauvetage, ils avaient craint le pire : Tauriel et lui étaient descendu jusqu'à la cave. L'elfe était restée en renfort mais l'homme s'était aventuré plus loin.
Décidant que de toute manière, si les gobelins voyaient un grand homme et un elfe, ils pouvaient bien voir un hobbit, Bilbon retira son anneau et le rangea dans sa poche. Lorsqu'il reparut, Aragorn soutenait Thranduil. La tête du roi reposait contre l'épaule du rôdeur. Les yeux clos et la respiration imperceptible, il avait sombré dans l'inconscience.
« Nous serons bientôt dehors, Thranduil, chuchota rapidement le rôdeur. N'ayez crainte. Vous allez rentrer chez vous. »
Aragorn passa sa cape autour des épaules du roi. Thranduil n'était plus en état de faire un pas. Le rôdeur passa un bras derrière ses épaules et l'autre sous ses jambes. Il porta aisément l'elfe tant Thranduil avait perdu de poids au cours de sa captivité. La tête de l'elfe dodelina dangereusement et bascula en arrière.
En dépit de l'urgence de la situation, Aragorn ne courut pas, de peur que les chocs ne nuisent à la santé de sa précieuse charge. Il marchait de ses grandes enjambées rapides. Bilbon, à côté, trottinait rapidement. A chaque fois qu'il apercevait un gobelin, il fonçait l'attaquer avec Dard. A chaque fois, lorsqu'il arrivait au gobelin, celui-ci était déjà mort, transpercé par une flèche de Tauriel.
Enfin, après un temps qui leur avait paru une éternité, ils arrivèrent dans l'escalier. Aragorn déposa l'elfe sur une marche plus large que les autres.
« Tauriel, donnez-moi le sac de guérison, ordonna-t-il en écartant les vêtements de Thranduil.
— Nous avons le temps ? s'étonna Bilbon. Les nains doivent battre en retraite rapidement et si les gobelins reviennent…
— Nous allons le prendre ! »
Aragorn ne souffrit d'aucune contradiction. Avec l'aide de Tauriel, il soigna sommairement les plus inquiétantes des blessures de Thranduil. Ils les lavèrent, désinfectèrent et les bandèrent avec des linges propres fournis par le Seigneur Elrond. Vu l'état de faiblesse extrême du roi, sa fièvre et son importante perte de sang, c'était tout ce qu'ils pouvaient espérer.
Aragorn souleva à nouveau l'elfe inconscient. Le rôdeur n'appréciait pas cette situation. Sans douter des capacités de Tauriel –il l'avait vue à l'œuvre à plusieurs reprises- il aurait préféré être celui avec les mains libres pouvant se battre.
Fort heureusement, aucun gobelin ne les troubla plus. Leur progression se fit rapide et sûre au-delà de leurs espérances. Ils eurent cependant besoin de temps pour atteindre la cheminée où ils eurent à prendre une décision. Tauriel sortit en éclaireur. En contrebas, la bataille faisait encore rage. Dans le silence de la nuit, les bruits semblèrent assourdissants. Elle entendait comme si elle n'était qu'à quelques mètres les épées qui s'entrechoquaient, les hurlements et les insultes que se lançaient les adversaires.
Elle se cacha de justesse. Une troupe de gobelin sortit d'une fissure dans la montagne, prête à prendre à revers l'armée de Balin. Son œil vif saisit des mouvements sur la montagne qui n'étaient ni des animaux ni le mouvement d'arbres sous le vent.
« Nous ne pouvons sortir, la montagne grouille de gobelins, annonça-t-elle. Il nous faut attendre le matin.
— La nuit est déjà avancée, le repos sera bref, dit Aragorn. Dormez, monsieur Sacquet. Demain nous devrons aller vite pour atteindre la Forêt noire. Nous sommes très au nord. »
Ils prirent un repas frugal puis soignèrent encore Thranduil. Il n'avait pas repris connaissance et sa fièvre ne baissait pas en dépit des soins d'Aragorn et Tauriel. Aragorn parvint à lui faire avaler de l'eau mais pas davantage.
Comme l'avait pressenti le rôdeur, la nuit fut courte. Aragorn réveilla Bilbon bien trop tôt au goût du hobbit et ils repartirent en silence vers leur destination. Pour atteindre les premiers arbres, ils devaient descendre la montagne et aller vers le sud. C'était un trajet de huit heures si tout allait bien.
La pluie tombait en averses ce matin-là. Elle rendait le terrain glissant et dangereux. Tauriel allait en première, arc bandé, le carquois entamé. Par chance, ils ne croisèrent personne, ni gobelin ni nain et les bruits de bataille s'étaient tus. Aragorn la suivait. Il était plus lourd et devait choisir son chemin avec attention. Bilbon trottait derrière, Dard à la main.
Atteindre la lisière de la forêt leur prit dix heures à cause du mauvais temps. Ils n'étaient pas entrés dans la forêt depuis plus de vingt secondes que des dizaines d'elfes jaillirent de derrière les arbres non loin d'eux. Bilbon pensa à des guetteurs ou des soldats elfiques lorsqu'il identifia Legolas parmi eux.
Le prince s'approcha d'Aragorn. Il resta à un pas de son ami, son regard rivé sur le corps immobile de son père, incapable de s'approcher davantage.
« Est-il… ?
— Pas encore ! Mais son état est sérieux. Nous devons le mener au Seigneur Elrond au plus vite !
— Nous avons des chevaux. Venez ! »
Un soldat amena les chevaux du rôdeur et de Tauriel. Cette dernière fit monter Bilbon devant elle pour rentrer au plus vite dans les grandes cavernes des elfes.
L'allure fut aussi rapide que le permettait le terrain. A plusieurs reprises, les chevaux ralentirent. Ils ne suivaient aucune piste, zigzagant entre les arbres, menés par un cavalier de tête qui s'assurait régulièrement que les autres le suivaient. En deuxième position, Aragorn portait encore Thranduil. Sa science médicale apprise auprès d'Elrond dépassait celle des elfes de la Forêt Noire. Tout en chevauchant, il écrasait de la feuille des rois entre ses doigts. A côté de lui, Legolas ne quittait guère son père des yeux.
Ils atteignirent leur destination quatre heures plus tard. Une foule d'elfes inquiets les attendait autour d'une civière. Les conseillers du roi s'avancèrent avec une civière. Ils descendirent leur roi de cheval et l'y allongèrent avec moult précautions.
« Il est brûlant !
— Où est le Seigneur Elrond ? s'exclama Aragorn.
— A l'intérieur ! La Forêt nous a prévenus de votre arrivée. Il prépare ce dont il aura besoin.
— Suivez-moi ! »
Deux soldats soulevèrent la civière. La foule s'écarta pour leur laisser le passage. Leurs yeux rivés sur la figure blafarde de leur roi inconscient, ils fredonnaient des prières aux Valars et aux étoiles. Les elfes suivirent la procession jusqu'à la salle de soin où l'entrée leur fut interdite. Seuls y pénétrèrent Legolas et Aragorn. Ils refermèrent la porte au nez du hobbit qui les avait suivis.
Elrond se tenait au centre de la grande salle servant d'infirmerie au roi, à côté d'un grand lit. De nombreux pots en verre et en terre contenaient des herbes médicinales, alignés sur des dizaines d'étagères sur le mur opposé. Un feu dans la grande cheminée chauffait un récipient d'eau. Elle commençait à bouillir et l'elfe en versa une partie dans une cuve qu'il plaça près du lit. Il se redressa en entendant la porte claquer dans son dos.
Les soldats déposèrent la civière sur le lit. Elrond se pencha sur le blessé. Il écarta les pans de la cape et découvrit les bandages sur le torse de l'elfe teintés de sang. Il coupa les bandelettes ensanglantées observa les dommages infligés à son ami.
Son doigt traça légèrement le contour des plaies enflé, rouge et purulent. La surprise se peignit un instant sur les beaux visages des elfes avant d'être remplacée par la colère puis par la concentration pour Elrond. Tout comme Bilbon avant eux, ils identifièrent sans mal les morsures. Aragorn n'avait pas trouvé les mots pendant leur voyage pour prévenir son ami. Legolas maudit les gobelins et leur promit une vengeance.
« Il n'a pas repris connaissance depuis hier », précisa le rôdeur.
Elrond ne lui répondit pas. Les sourcils froncés et le visage tendu sous l'effort qu'exigeaient les soins, il posa une main sur le front de son patient et l'autre sur son cœur et murmura des paroles. De temps à autre, il versait une goutte d'une infusion d'herbes entre les lèvres de Thranduil.
Après six heures entières, Elrond se redressa. Il semblait tout à coup plus vieux et plus fatigué. L'inquiétude n'avait pas disparu de son visage fin.
« Legolas, vous pouvez vous approcher. »
La respiration de Thranduil était faible et sifflante mais régulière et le sang ne coulait plus de ses plaies. Cependant, les soins ne faisaient que commencer. Le roi avait perdu beaucoup de sang, tout son corps était couvert d'ecchymoses et de plaies, un de ses genoux était enflé et l'infection préoccupé beaucoup le semi-elfe. Elle s'était propagée dans le sang.
Le prince de la Forêt Noire s'installa aux côtés de son père, assis dans un large fauteuil. Legolas contemplait son père en silence. S'il mourait, les dernières paroles qu'ils auraient échangées seraient celles de la Bataille des Cinq Armées, dix ans plus tôt où, par colère et dépit, Legolas lui avait tenu tête devant tous ses soldats. Si seulement il avait su ! se reprochait-il injustement. Aragorn lui serra un instant l'épaule pour le réconforter.
Pour se rendre utile, Legolas humidifia un linge propre dans un bassin d'eau froide et l'appliqua délicatement sur le visage brûlant de fièvre de son père.
Près de lui, Aragorn assistait Elrond. Il débarrassait les bandages souillés, apportait de l'eau chaude et renouvelait la réserve de linges. Elrond pansa l'une après l'autre les nombreuses blessures du roi. Il purgea les chairs infectées et referma les plaies. Il répara autant qu'il put les muscles arrachés. Enfin, il posa de nouveaux bandages propres. Avec l'aide d'Aragorn, il parvint à faire avaler au blessé une infusion de baies et d'herbes. Ils verraient plus tard si Thranduil parviendrait à avaler un repas plus substantiel.
Incapable d'aller plus loin à cause de la fatigue, Elrond et Aragorn installèrent Thranduil plus confortablement et remontèrent la couverture jusqu'à ses épaules. S'il était toujours aussi pâle et immobile, Elrond l'avait débarrassé de la saleté de vingt jours de captivité. Comme d'autres soins l'attendaient le lendemain matin, Elrond et Aragorn ne lui avaient pas fait enfiler de robe. Des bandages lui couvraient presque la totalité du corps. Des hématomes bleus, noirs et jaunes apparaissaient sur la peau découverte.
Une dernière fois, Elrond contrôla la fièvre.
Soigner Thranduil lui avait pris toute la nuit et une partie de la matinée. Ce fut exténué qu'Elrond se redressa enfin, pour ensuite s'asseoir lourdement dans l'un des fauteuils bordant le lit du blessé. Aragorn lui apporta une cuvette d'eau propre et du linge pour se laver les mains. Il s'était également éclipsé quelques instants, une heure plus tôt, pour chercher aux cuisines de quoi rassasier Elrond une fois qu'il aurait terminé.
Legolas observait le guérisseur plein d'espoir.
« Je ne puis encore dire s'il survivra, annonça-t-il avec précaution. C'est tout ce que je puis faire ce soir. Je continuerai dans quelques heures.
— Mais vous pensez qu'il le peut, n'est-ce pas Seigneur Elrond ?
— Thranduil est fort, autrement il ne serait plus parmi nous. Sa fièvre m'inquiète et ses blessures sévères. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir. Legolas, allez-vous reposer. Je vous ferai appeler si nécessaire. »
Sans surprise, le prince refusa tout net. Elrond n'insista pas. Lui-même ne se retira pas pour se reposer. Il s'installa dans le plus grand fauteuil disponible et plongea dans le sommeil léger des elfes.
Legolas et Aragorn s'assirent de chaque côté du lit. Le silence s'installa entre eux. Ils n'entendaient plus que le crépitement des bûches dans le feu et la respiration profonde du roi. Après une hésitation, il demanda à ce que le rôdeur lui raconte dans les moindres détails ce qui s'était passé. Il fit mander Bilbon également pour compléter le récit et le hobbit reçut la permission de rester près du roi un moment.
Legolas remplaçait régulièrement le linge froid sur le front de son père. Il ne mangeait et buvait que lorsqu'Aragorn et Elrond l'y obligeaient sous la menace de lui interdire l'accès à la chambre.
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Tard dans la soirée, Legolas quitta finalement le chevet de son père pour traiter les affaires de son royaume. Il retrouva Dain et Balin, Elrond, Bilbon et ses conseillers dans la salle à ciel ouvert qu'il affectionnait. Tenus au courant par Aragorn, les nains ne s'enquirent pas de l'état de santé du roi des elfes.
« Comment vont vos nains, Sire Dain ? interrogea Legolas.
— Bien. Nous avons infligé de nombreuses pertes aux gobelins. Ils ne repointeront pas leurs hideux museaux de sitôt ! Vous pourrez dire à votre père que Noxt a perdu la tête pendant la bataille.
— Littéralement perdu la tête, précisa Balin avec un sourire radieux. Je m'en suis chargé personnellement.
— Voilà qui me satisfait pleinement !
— Des nouvelles de Gandalf ? intervint Elrond.
— Il n'est pas encore revenu de Dol Guldur.
— Maudite forteresse ! »
Ni les elfes ni les nains n'avaient plus rien à faire avec les gobelins. Balin avait perdu dix des siens dans l'attaque –tués et non pas faits prisonniers- mais les gobelins avaient été amputés de centaines des leurs.
Les gobelins qui revenaient vers les Monts Brumeux avaient été entièrement anéantis par les elfes au sud de la Forêt Noire sans aucune perte. C'était une victoire à tout point de vue pour l'alliance et les elfes avaient obtenu leur vengeance.
La discussion s'orienta ensuite sur une alliance entre la Forêt Noire et Erebor. En tant que prince avait toute l'autorité nécessaire pour négocier avec les nains et Dain voulait un accord le plus rapidement possible. L'Ennemi était près d'eux et ils avaient failli tomber dans son piège. Plus vite ils s'allieraient, plus l'Ennemi y regarderait à deux fois avant de recommencer.
Les discussions prirent fin aux alentours de midi. Elles n'étaient pas totalement abouties mais c'était suffisant jusqu'à leur prochaine rencontre.
Legolas raccompagna les nains aux portes de son royaume. Il se tint droit sur le seuil des portes, face aux cent nains, Dain à ses côtés, dans la lueur naissante de l'aube. Les rayons du soleil transperçaient à peine les feuilles des hauts arbres et les lumières fabriquées par les elfes éclairaient l'endroit d'une douce lueur semblable à celle des étoiles.
Le prince se tourna vers son homologue nain. Il s'inclina profondément vers lui en signe de déférence.
« Sire Dain, je souhaiterais plus que tout pouvoir changer le cours de l'histoire et faire que mon père et les miens soient arrivés à Erebor sains et sauf pour votre mariage. Cependant c'est un pouvoir dont je ne dispose pas. Les cadeaux fabriqués par les miens pour vous et votre épouse ont été pris par les gobelins, aussi je vous prie de bien vouloir accepter ceux-ci en remplacement avec les sincères remerciements de mon peuple. »
Les deux conseillers de Thranduil s'avancèrent. Ils portaient chacun un grand coffre plat en bois sombre sculpté. Ils s'agenouillèrent devant le roi nain et lui tendirent les coffres.
Curieux, Dain ouvrit le premier. Ses yeux étincelèrent, tant de surprise que d'émerveillement. Il sortit une cape d'une couleur grise aux bordures d'argent. Elle fermait grâce à une broche de pierres précieuses. Plus que les bijoux, c'était la doublure intérieure en mithril qui émerveilla Dain. Faite pour la guerre et commandée aux nains par un Seigneur Elfe, cette cape était d'une valeur inestimable.
« Vous osez me donner un tel présent ? Sa valeur est inestimable ! s'exclama Dain avec stupéfaction.
— La vie de mon père est inestimable, lui répliqua Legolas. Tout le trésor de mon père n'est qu'une collection de babioles sans valeur en comparaison.
— Puis-je savoir pour quelle raison il ne la porte pas ?
— Cette cape appartenait à mon grand-père. Elle ne l'a pas sauvé à Dagorlad. »
Dain la replia avec déférence et la reposa dans son coffre. Il ouvrit ensuite l'autre et y découvrit une lame elfique de Gondolin, les meilleures épées qui soient. La lame parfaite portait une gravure délicate plus récente indiquant le nom de Dain et son titre de Roi sous la Montagne. Sur une face, elle était en elfique, sur l'autre en langue naine.
« J'ai également ceci pour les familles des nains tués, déclara Legolas en indiquant une multitude de coffres. Dites-leur qu'aucun trésor ne saurait remplacer un être cher mais qu'au moins ils seront à l'abri du besoin.
— Je le ferai. »
Rares sont les fois où un nain s'est retrouvé à court de mots. A son tour, Dain s'inclina devant Legolas avec un profond respect. Il accrocha le fourreau à sa ceinture et cala le coffre contenant la cape sur son poney. Ses artisans devraient la rajuster pour qu'elle lui aille mais le cadeau était somptueux.
Des nains prirent les coffres remplis de joyaux et de pièces et les fixèrent derrière leurs selles. Assis fièrement sur sa monture devant ses guerriers, Dain ne parvint pas à retenir une dernière pique :
« Thranduil va vous exiler quand il saura que vous avez amputé son trésor !
— Je pense que mon père comprendra.
— A bientôt, cher cambrioleur ! Repassez par Erebor lors de vos prochains voyages ! »
Dain fit volter son poney et donna le signal du départ. Legolas resta quelques instants seul dans la lumière. Il ne rentra que quand le dernier des nains eut disparu au détour des arbres.
