Chapitre deux :

« Je n'ai jamais eu une aussi jolie vue au réveil »

Amusée, je me se cambrais davantage pour le laisser jouir de la vue, attrapant un raisin sur le plateau pour justifier l'accentuation de ma position. Dans ces cas-là, j'étais sans cesse devant un dilemme : devais-je faire savoir que j'entendais ses pensées, ou garder l'effet de surprise pour plus tard ? Aujourd'hui, l'envie de le mettre mal-à-l'aise fut plus forte.

Je suis ravie d'avoir illuminé ton réveil, lançai-je avec amusement.

Pardon ? Le jeune homme sembla sincèrement surpris. Il lui fallut quelques secondes pour faire le lien entre ce qu'il avait pensé et ce que je venais de lui dire. Evidemment, il fallait que je tombe sur une télépathe, soupira-t-il théâtralement avant qu'apparaisse un sourire en coin.

Il cachait ainsi habilement son malaise, mais je savais que son apparente décontraction n'était qu'apparente, justement. Cela dit, il avait de quoi ne pas se sentir tout à fait dans ses baskets.

Je suis resté endormi combien de temps pour qu'il y ait enfin une fille potable dans cette école ?

Trois jours, répondis-je en m'approchant de lui. Je ne pus m'empêcher d'ajouter, moqueuse : tu as pris une sacrée mandale.

Mon attaque fit mouche, et John se renfrogna, mécontent qu'on lui rappelle l'humiliation qu'il avait subi.

Et c'est toi maintenant qui t'occupes des blessés ?

Est-ce que j'ai l'air de ressembler à une infirmière ? répliquai-je, de mauvaise humeur à cette idée.

Je t'imagine parfaitement avec la tenue pourtant, et elle t'irait à ravir répondit-il, avec un sourire goguenard.

Un petit rire s'échappa de ma bouche, puis je le rassurai :

Tu sais, je ne suis pas là pour m'occuper de toi, ni pour te surveiller, si c'est ce que tu te demandes. Je laisse la besogne à Bobby puisque c'est lui qui a imposé de te ramener et te soigner.

Dommage, la tenue de flic te serait allée encore mieux, répondit-il, pensif.

Sous cette plaisanterie, John assimilait l'information. Il allait devoir faire face à son ancien meilleur ami, et ignorait encore comment ça allait se passer, comment il allait réagir. Mais, en pesant le pour et le contre, il se rendait compte que Magnéto avait abandonné son bras droit lorsqu'elle s'était retrouvée simple humaine, touchée par « l'antidote ». Il l'aurait également sacrifié sans hésitation. Alors que Bobby, malgré sa trahison, n'avait pu se résoudre à le l'abandonner sur place à un destin incertain. Je lui laissai un instant de réflexion, tournant les talons et attrapant mon téléphone portable pour prévenir Bobby. J'étais à peu près sûre qu'il irait d'abord prévenir Tornade avant de venir mais qu'il serait là dans moins de dix minutes.

Je ne serais surement pas sortit de l'avion si y'avait eu une fille comme toi, murmura-t-il. Il se rendant compte qu'il allait devoir assumer ses actes et, qu'en tout état de cause, il regrettait de ne pas être resté tranquillement assis dans son siège à ce moment-là.

Tu es toujours aussi rentre-dedans quand tu vois une fille ? le questionnai-je, moqueuse, un sourcil levé de façon interrogatrice et un sourire désabusé.

Ma remarque eut le mérite de le faire sourire, et surtout, de lui faire oublier quelques instants les problèmes qui lui pesaient sur la conscience.

Ce n'est pas souvent que je tombe sur une fille qui sait ce que je pense. Alors, à quoi bon faire semblant ?

Je lui reconnus de bonne grâce cet argument. Plus encore, cette franchise assez rare pour être soulignée, me plaisait. Je jetai un coup d'œil à l'heure sur ma montre et décidai qu'il était temps de m'éclipser pour ne pas croiser Bobby ou Tornade et surtout, pour ne pas assister à ces retrouvailles chargées en tension. J'attrapai une pomme sur le plateau apporté un peu plus tôt et me dirigeai vers la porte.

Tu t'en vas ? demanda-t-il, visiblement déçu.

Oui, Bobby et Tornade vont bientôt débarquer et je ne tiens pas à assister aux retrouvailles. Bon courage joli cœur, lançai-je en disparaissant derrière la porte.

Le timing était bon, puisque quand je disparaissais à l'angle du couloir, j'entendis des bruits de pas s'approcher de la pièce que je venais de quitter. Qu'allais-je faire dans cette grande école que je ne connaissais pas ? J'avais envie de trouver un coin tranquille, où je pourrais être seule. Je m'aperçus assez vite que ce n'était pas dans les couloirs que j'aurais ma tranquillité tant désirée. Ni même dans la cuisine, selon toute probabilité. Et c'est en me disant ça que je trouvai une idée. Si je ne pouvais pas descendre dans la cuisine, je n'avais qu'à monter. J'ouvris la fenêtre devant moi, et en agrippai le rebord pour monter jusqu'au toit. Là, c'était sur, je ne risquais pas de croiser grand monde. Une fois ma montée achevée, épuisée par l'effort produit, je m'écroulais sur le toit, soupirant de plaisir d'être enfin arrivée et de pouvoir m'affaler sous les rayons du soleil qui produisaient une douce chaleur. Au bout de quelques minutes, mes pensées vagabondèrent sur des sujets très étonnants et superflus. J'aurais même pu finir par somnoler si un bruit d'aile puissant et une bourrasque de vent l'accompagnant n'étaient pas venus troubler mon repos. Pas plus curieuse que ça, je gardais mon bras posé sur mes yeux, espérant ainsi dissuader cet intrus d'engager la conversation.

C'est rare de voir quelqu'un ici, s'étonna le nouveau venu.

Visiblement, mon attitude corporelle n'était pas assez expressive pour décourager les gens de venir voir la bête de foire, la « fameuse fille inattendue » de Wolverine.

C'est sans doute parce que les gens qui viennent ici recherchent justement la solitude.

Loin de s'offusquer, l'inconnu s'en amusa. Je n'étais pas prête de le décourager et de lui faire renoncer à la conversation.

Et c'est en général ces personnes-là qu'il ne faut pas laisser seules, répliqua-t-il.

Mon dieu, ce que l'Enfer pouvait être pavé de bonnes intentions. J'avais l'air impassible, mais en réalité, j'étais en proie à une lutte intérieure pour empêcher mes pouvoirs de me rapporter toutes les pensées de l'homme qui s'était souplement posé à mes côtés. Chercher à paralyser mes pouvoirs étaient à la limite de la torture. Un peu comme l'effort que je ferais si j'essayais d'arrêter de respirer ou de penser. Un effort de chaque instant, épuisant.

Heureusement que je ne fais pas partit de la généralité, alors.

Tu sais, répondit-il d'une voix particulièrement douce et bienveillante, la plupart des mutants qui arrivent ici sont perdus. Ils viennent de prendre conscience de leur pouvoir, n'ont pas été soutenus par leur famille, et ont besoin d'aide pour reprendre confiance en eux. C'est très dur à vivre et il n'y a rien de honteux à le dire.

Amusée, j'enlevai enfin mon bras qui protégeait mes yeux du soleil et relevai mon torse, signe corporelle de mon ouverture à cette conversation et qui, j'en suis sure, ravi mon interlocuteur. Etait-ce possible d'être enfin tombée sur une personne qui ignorait qui j'étais, et pourquoi j'étais là ? Scrutant finalement ses pensées, j'en étais désormais intimement convaincue : cet homme pensait sincèrement s'adresser à un mutant fraichement débarqué qui passait une mauvaise période de sa vie. Je pense pouvoir affirmer qu'il était particulièrement sensible à ce sujet parce qu'il en avait lui-même bavé. Il avait grandis dans la peur d'être un mutant, de décevoir son père. Puis, quand il n'arriva plus à cacher son pouvoir, il était devenu un sujet d'expérience. Il n'avait jamais osé se confier à personne, et cet établissement avait été un véritable refuge. Mais malgré ça, il avait vécu vraiment des choses difficiles, même une fois arrivé ici, et il avait conscience que sa tendance à tout garder pour lui l'avait poussé à s'autodétruire plus qu'autre chose. Jusqu'au jour où il s'était accepté. Il était un mutant, il avait des ailes, il avait le droit au bonheur et avait profité de la chance d'avoir des ailes et de vivre des sensations incroyables. Maintenant, il voulait essayer d'aider à son tour. C'était louable comme intention. Mais il s'adressait à la mauvaise personne.

Et donc tu passes la plupart du temps les ailes repliées dans le dos et cachées parce que tu as réussi à t'assumer comme mutant ? répliquai-je sarcastique.

Non, ça c'est pour un côté pratique. Sinon je n'entre plus par aucune porte et je bouscule tout le monde, m'expliqua-t-il, prenant mon attaque avec humour et calme.

Comprenant que je n'arriverai pas à le faire sortir de ses gonds, j'acceptai enfin d'envisager une vraie conversation avec lui. Puisque de toute façon, il ne semblait pas décidé à me laisser en paix dans mon coin.

Je m'appelle Iseult, lançai-je, reprenant la conversation à son début.

Et moi Warren. Une adepte des histoires d'amours impossibles ?

J'éclatai de rire malgré moi. Les mutants avaient une telle manie de se cacher derrière leur pseudonyme qu'il pensait que c'était le nom de mutant que je m'étais choisi. Je n'étais pas du genre à me cacher derrière un nom d'emprunt comme la plupart des mutants qui, à l'origine, voulaient cacher ce qu'ils étaient et avaient besoin de faire une dissociation de leur adolescence humaine après s'être fait mettre au ban de la société. Je n'avais pas besoin de créer une dualité entre mes années humaines et mon pouvoir qui s'était montré à l'adolescence. Il faisait partit de moi, je l'avais toujours accepté, venant d'une famille mutante. C'était la norme.

Je ne me cache pas derrière un pseudonyme, répondis-je, des éclats de rire toujours perceptibles dans ma voix. C'est mon vrai prénom.

C'est… Peu banal, s'excusa indirectement Warren.

Ma mère adore les histoires, répondis-je avec une douceur étonnante qui ne me caractérisait guère.

C'était un fait. Si mon père se faisait appelé Wolverine, c'était depuis que ses talents de narratrice l'avaient envoûté. Et pas que ces talents, soit dit en passant. Alors autant dire que lorsqu'elle eut un enfant, elle n'avait que l'embarras du choix parmi tous les mythes qu'elle connaissait pour me prénommer. Je la soupçonnai, cependant, que choisir une histoire d'amour déçue et impossible n'était pas une coïncidence et en disait fort long sur ma naissance et sur les circonstances qui l'entouraient. Mais ça, je ne le su que lorsque, dans l'adolescence, je devins capable de lire dans ses pensées et, plus tard encore, de capter ses souvenirs. Petite, mon don me permettait seulement de savoir d'instinct ce qui ferait plaisir ou blesserait mon interlocuteur, de pressentir ce qu'on essayait de me dissimuler. J'étais très sensible aux humeurs des gens. Je sortis machinalement mon paquet de cigarette et, avec mon autre main, lui donnait un petit coup pour faire sortir une clope que je pris entre mes lèvres.

Tu en veux une ?

Non merci, je ne fume pas.

Une fois encore, je laissai échapper un petit rire, des plus sarcastiques. Je m'attendais à cette réponse. Et pas parce que j'avais potentiellement lu dans ses pensées. Seulement parce qu'entre lui et Bobby, ils semblaient tellement.. Prudes. J'étais prête à parier que si je lui avais proposé de l'alcool, il l'aurait répondu la même chose. Des bons petits garçons bien éduqués. Et, pour le coup, je pouvais continuer la comparaison entre les deux hommes. Alors que j'allumai ma cigarette, j'observai sans la moindre gêne mon interlocuteur. Encore un blond aux yeux bleus. Sauf qu'avec ses ailes, et son visage bienveillant, impossible de renier son côté angélique. Un ange particulièrement bien bâti, avec le corps sculptural qui se devinait sous son tee-shirt. Il était plus proche d'un statut grecque que d'un vrai jeune homme, finalement.

L'inverse m'aurait étonné.

Pourquoi ?

Je tirais sur ma cigarette et pivotais pour être face à Warren.

Vous ne semblez pas être des marrants ici. On dirait qu'aucun de vous n'a jamais touché une cigarette, approché une bouteille ni même jamais séché une heure de cours.

C'est plutôt une bonne chose, non ?

Indéniablement, répondis-je, sarcastique.

J'évitai de lui envoyer de la fumée dans la figure en tournant la tête pour l'expirer. Le soleil sur ma peau était tellement agréable. Mais je savais que ma place n'était pas ici, et que si mon père ne s'y était pas trouvé, j'aurais pris la poudre d'escampette depuis la veille déjà malgré toutes ces bonnes âmes aimables. La seule personne qui n'était pas une bonne âme s'était enfuie et retournée contre ses amis. Pas glorieux de sortir du moule, ici. Une fois ma clope finie, je demandai :

Tu m'aides à redescendre ?

Quelque chose me disait que la descente serait plus délicate que la montée, allez savoir pourquoi. L'homme en face de moi m'adressa un sourire rempli de malice qui me plût assez.

Tu es sure que tu veux seulement redescendre ?

Emmène-moi au septième ciel, répondis-je en attrapant à deux mains la perche qu'il me tendait, souriant en entrant dans son jeu.

Je fus nettement moins fière en revanche lorsque Warren qui s'était relevé me tendit la main pour m'aider à faire de même. A peine remise debout, sa main gauche passa sur mon dos et de son puissant avant-bras droit, il souleva mes jambes. Et sans appui au sol, j'étais nettement moins à l'aise.

Ca fait très demoiselle en détresse, commentai-je, un sourcil moqueur arqué.

J'ai toujours su que le rôle de preux chevalier m'allait comme un gant.

Il ne plaisantait qu'à moitié. J'entends par là qu'il était vraiment le type de personne à aider son prochain. Et le type de mutant à se servir de ses pouvoirs pour secourir ceux qui en avaient besoin. D'un coup d'aile, ses pies à lui quittèrent également le toit, et je compris l'erreur que j'avais fait en laissant mon blouson en cuir dans l'infirmerie. Mon tee-shirt blanc allait être léger. Très léger pour affronter l'air. Mais cette pensée ne dura pas longtemps, ni aucune autre d'ailleurs, transportée par les sensations dès qu'il commença à s'éloigner du toit. Il monta haut dans les airs, et le paysage était magnifique. Après un temps de contemplation, Warren décida qu'il était surement temps de s'amuser et de m'impressionner car avec quelques coups d'ailes puissants, il gagna une vitesse impressionnante. Déjà grisée par cette expérience, je ne pus retenir un cri d'excitation lorsqu'il plongea de la hauteur à laquelle il était et ne s'arrêta, qu'à ce qui me parut, la limite avant que l'on heurte le sol. Me laissant me remettre de mes émotions, Warren me raccompagna doucement vers l'école, et me déposa près de la façade du bâtiment.

Tu crois que ça va aller ? me demanda-t-il, préoccupé.

Bien sur, tu peux me reposer !

J'étais un peu fière dans ma réponse, jusqu'à ce que, de manière effective, il ne laisse mes pieds retrouvés le sol. Les jambes flageolantes, je les sentais se dérober sous mon poids et m'appuyai sur le torse du blond qui, prévoyant, avait gardé ses bras autour de moi « au cas où ». Mon interlocuteur se moqua gentiment de moi, et je me promis intérieurement de ne plus mettre en doute son expérience en matière de vol et d'atterrissage notamment.

On ne t'a jamais dit que tu faisais un effet renversant sur les femmes ? demandai-je en plaisantant pour cacher mon malaise.

Non, mais ça ne m'arrive pas souvent de faire partager ce genre de balade, répondit-il, souriant et un peu gêné par l'aveu.

Malgré moi, j'entendis dans ces pensées qu'à la vérité, j'étais la seule à avoir eu cette chance. Il avait passé son enfance et son adolescence renfermé sur lui-même, et seul. Ce n'était que depuis qu'il s'était assumé et avait sauvé son père qu'il avait décidé de vivre pleinement. C'est-à-dire très récemment.

Cela dit, ajouta-t-il en plaisantant, cet effet se voit.

Illustrant ses propos, il pris remis une mèche de cheveux derrière mon oreille. Je doutais de l'utilité de ce geste, car après un tel vol, ma queue de cheval devait être dans un état lamentable, et mes cheveux s'étaient considérablement emmêlés. Souriant à son humour, j'avais l'impression que mes jambes commençaient à retrouver leur capacité à me soutenir et décidai qu'il était temps de m'éclipser.

Merci pour la balade, lui dis-je avant de l'embrasser sur la joue et de me libérer de son étreinte.

Durant les quelques mètres qui me séparaient de l'entrée du manoir, j'essayai d'avoir la démarche la plus assurée possible, tout en ayant cruellement conscience que l'effet réellement donné devait être à mille lieux de l'effet désiré. J'ouvrai l'une des portes du manoir, pensant me rendre à l'infirmerie quand Tornade fit son apparition dans la pièce et m'interpella.

Iseulte, comment est-ce que tu vas ?

M'arrêtant, j'haussais un sourcil, me demandant ce que cachait cette question et même, ce qu'elle impliquait. Me demandait-elle vraiment comment ça allait alors que mon père était dans le comas ? Ou me demandait-elle si je m'intégrais relativement bien à l'école ? Ou encore, si je tenais le coup malgré la dure nouvelle d'apprendre l'état de santé de mon père que je n'avais jamais connu ?

Tu me cherchais ? répondis-je, évitant la question, prise d'une intuition.

Pas vraiment, mais je voulais te voir à un moment où un autre de la journée, c'est vrai, admit Tornade, quelque peu gênée par mon caractère direct, ignorant comment s'y prendre avec moi. Puisque tu vas rester ici le temps que Logan se réveille, j'ai pensé qu'il serait mieux de t'attribuer une chambre, histoire d'avoir un endroit convenable où dormir.

D'accord, mais je ne veux pas de coloc.

J'étais ferme, et prête à rajouter mesquinement que depuis les nombreuses pertes qu'avait subi l'école, trouver une chambre vide ne serait pas un problème. Heureusement, Tornade hocha la tête et me conduisit à une chambre inoccupée. En route, je me sentis mal d'avoir eu une telle pensée. Je remerciais intérieurement chaleureusement Tornade d'avoir accepté tout de suite. Dès que cette dernière fut partit, je me précipitai dans la douche. L'eau chaude me fit un bien fou, et j'ignore combien de temps j'y restais, mais surement durant un moment assez long. Lorsque je sortis, saisi par l'air froid contre ma peau, je m'enroulai dans une serviette puis je me séchai les cheveux avant de m'habiller et de maquiller mes yeux d'un smokey noir. Une fois ce minimum pour me sentir bien dans ma peau et fraîche, je quittai ma chambre pour retourner à l'infirmerie.

Je sentis avant même d'entrer dans la pièce que quelqu'un s'y trouvait. Quelqu'un autre que mon père, bien entendu. Une fois le pas de la porte franchi, je vis une jeune femme brune au chevet de Wolverine dont la particularité la plus singulière était sans nul doute les deux mèches blanches qui encadraient son visage et qui tranchaient avec ses cheveux bruns. Mais de façon curieuse, ce n'est pas ça qui attira mon attention. C'était sa posture. De sa main gauche, elle tenait la main de mon père et, de la droite, lui caressait affectueusement le front. Les mouvements de va et vient de sa main s'arrêtèrent et son visage exprima malgré elle le dérangement que lui causait mon intrusion dans son intimité avec mon père. Elle me regarda de la tête aux pieds, me jugea.

C'est donc toi la fameuse fille de Logan.

Son ton était froid, comme si elle désapprouvait ma présence, ma personne, mon existence. Mais je me demandais surtout ce que je pouvais avoir de fameux. Comme en réponse, je vis un souvenir qui lui revenait en tête. Elle était à la cafétéria ce midi, et rejoignait Bobby qu'elle venait d'apercevoir, heureuse de l'avoir complètement ramené à elle, et décidée à le garder. Elle l'embrassa avant de s'asseoir en face de lui et lui pris la main. Depuis qu'elle n'avait plus de pouvoir, elle passait son temps à essayer de le toucher quand elle était en sa présence, savourant cette satisfaction qui semble si banale pour ceux qui n'ont jamais été privé de contact physique.

Alors, comment vont-ils ? demanda-t-elle en plantant sa fourchette avec envie dans son plat.

Il n'y a rien de nouveau de ce côté-là, répondit Bobby sans entrain. En revanche, il y a quelque chose de nouveau, ajouta-t-il, retrouvant son sourire habituel. Malicia lui rendit son sourire, et lui fit comprendre qu'elle était toute ouïe. Quand j'ai été voir comment ils allaient, j'ai rencontré la fille de Logan ! Tu te rends compte ?

Malicia perdit son sourire instantanément à cette nouvelle. Elle mis du temps à assimiler la nouvelle qui provoquait chez elle un trouble immense.

Malicia ? Tu vas bien ? demanda Bobby, perplexe devant l'air effaré de sa petite amie.

Oui, oui, avait-elle répondu distraitement. Mais, tu es sur qu'il s'agit bien de sa fille ? Logan ne nous a jamais dit qu'il avait un enfant..

Ce fut cette fois sur le visage de Bobby que ce lut l'incompréhension. Visiblement, cette idée ne lui était même pas venu à l'esprit. Face à cet impair, Malicia s'empressa d'ajouter :

Elle.. Elle est comment ?

Elle doit avoir notre âge, et elle est belle et très.. directe, répondit Bobby, hésitant sur la manière de définir la jeune fille qu'il avait rencontrée. Et il n'y a aucun doute à avoir, c'est bien la fille de Logan. C'est lui fait femme.

Malicia fut prise d'un pincement de jalousie. Elle avait l'impression, contre toute raison, que cet élément perturbateur allait remettre en cause sa relation si particulière avec Logan. Et par-dessus le marché, son petit ami l'a trouvait « belle » et ne se rendait même pas compte de ce qu'il venait de dire. Il l'avait déjà trompé une fois, et cela avait exacerbé sa jalousie. Elle allait répondre, lorsque le portable de Bobby vibra. Il le sortit immédiatement, lu le nom et sourit avant de lire le message.

C'est elle justement… Elle me prévient que John est réveillé !

Parce qu'elle a ton numéro ? s'étrangla Malicia.

Bobby la regarda avec de grands yeux remplis d'incompréhension. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre la jalousie latente de sa petite amie et soupira, secouant la tête.

Franchement Malicia… C'est ridicule de réagir comme ça. Je vais voir John, ajouta-il froidement en se levant.

Le souvenir de Malicia s'arrêta là, et je ne recherchais pas la suite. Je croisais les bras –probablement un signe corporel défensif- et la fixait, attendant qu'elle explique son hostilité. Contre toute attente, elle sourit, d'un sourire triste, et regarda mon père, lui effleurant tendrement le front.

Je pense que ta venue est une erreur, dit-elle avec un calme qui contrastait la dureté de ses propos. Il a déjà tellement souffert, à quoi bon remuer le couteau dans la plaie avec un passé dont il ne se souvient pas alors qu'il a refait sa vie et qu'il a enfin trouvé un équilibre avec nous ?

Je sentais la colère monter, ce qui, chez moi, arrivait quand j'étais blessée. C'était ma façon de me défendre face à ce qui me touchait. Faisant de gros efforts sur moi-même, un sourire en coin se dessina sur mes lèvres et je répondis, plus froide qu'énervée :

Pourtant, j'ai davantage ma place ici que toi.

Le fait d'être sa fille ne veut rien dire par rapport à la relation qu'on a, répliqua-t-elle, les yeux révolver.

Je n'entendais pas par-là la place au chevet de mon père. Je parlais de cette école pour mutant. C'est curieux de voir que tu y es encore alors que tu n'as aucun pouvoir. Tu n'es pas une des nôtres.

Tu ne sais pas de quoi tu parles, répliqua-t-elle les dents serrées, son expression emprunte de mépris.

Tu as sans doute raison, répondis-je en haussant les épaules. Je te laisse seule avec mon père puisqu'il ne fait aucun doute que tu y as davantage ta place. Et puis j'ai rencontré un beau blond aux yeux bleus avec lequel j'aimerais beaucoup partager un pot de glace. A nouveau.

Je tournai les talons, satisfaite de ma mesquinerie qui avait touché la jeune femme en plein cœur. Chacune son tour. J'allais franchir la porte quand j'entendis :

Sale garc..

Elle ne l'avait que murmuré, c'était à peine audible pour une personne lambda. Mais pas pour moi. Et, folle de colère, Malicia n'eut même pas le temps de finir son insulte que je m'étais déjà jetée sur elle. A une vitesse bien trop importante pour qu'elle voit le coup venir, elle s'était retrouvée poussée contre le mur. Et alors que mon bras droit la retenait au cou, je lui fis perdre l'équilibre avec un coup de pied qui vint happer ses propres pieds et lui faire perdre l'équilibre. Mon poing gauche était quant à lui serré, prêt à partir au premier commentaire déplaisant.

Répète un peu, pour voir, j'ai mal entendu.

La peur se lisait sur le visage de Malicia qui était sans défense. Une flopée de pensées s'agitèrent en elle, ce qui détourna mon attention. J'allais afficher un sourire triomphant lorsque quelqu'un me saisit par les épaules et me poussa plusieurs mètres plus loin. Malicia tomba, et alors que je retrouvais mon équilibre juste avant de tomber, je sentis mes canines pousser et mes poils se dresser. Tout en moi était alerte, prêt à se battre. Adoptant une position défensive, et prenant enfin le temps de voir celui qui m'avait poussé, je tombais des nues. Wolverine avait, apparemment, repris connaissance pendant notre petite altercation, et voyant son amie en danger, m'avait poussé. Il l'aidait à se relever en lui tendant une main, sans cesser de me lâcher du regard, conscient que j'étais le danger dans cette pièce.

Est-ce que ça va Malicia ?

Les griffes en acier de Wolverine étaient sorties, prêtes au combat.

Logan ! s'écria Malicia, sincèrement heureuse.

Abandonnant toute position défensive, je me relevai de toute ma hauteur et quittai la pièce, sans un mot de plus. Je sortis du manoir comme dans un état second et je jetai mon poing contre les briques de l'école, exprimant ainsi toute ma frustration, ma colère, ma blessure. La douleur se fit sentir aussitôt, vive et aiguë. Elle était tellement forte que pliée en deux, je failli tomber sur mes genoux. Mais toujours en colère, je luttai de toutes mes forces pour rester debout. Après quelques minutes qui me parurent épouvantablement longues, je décidai de prendre ma voiture et de rouler dans la ville. Je vis un bar et m'y arrêtai. Je commençai à me dire, amère, que Malicia avait peut-être raison, je n'aurais jamais dû venir.