Souvenir d'un Malade

Voir Law se vider l'estomac dans la cuvette des toilettes n'était pas quelque chose à laquelle je m'attendais voir ce matin. Et pourtant, il était bien là, à même le sol, à côté des chiottes, à retapisser l'eau de son vomi dégueulasse et de petits bouts de nourriture à moitié digérés. Sans trop savoir quoi faire, je lui frottai doucement le dos pour.. le réconforter, j'imagine? C'est ce que faisait ma mère lorsque j'étais malade, et je me sentais toujours mieux à chaque fois. J'espérais que ce serait aussi son cas.

Après plusieurs minutes à l'entendre, il finit enfin par respirer difficilement, les membres tremblants. Son visage était tout rouge, dû à l'effort, ses cheveux, trempés par la sueur, lui collaient au front. Je crois qu'il faisait de la fièvre.

-Ça va? Lui demandais-je gentiment en continuant de lui frotter le dos.

Malgré la situation, il trouva l'énergie de me répondre d'un ton sarcastique.

-Mais oui, bien sûr, je pète la forme! Dit-il.

Sa voix ne représentait pas du tout ses propos.

-Je pourrais faire un marathon. Je vomirais sur tous les concurrents pour les faire fuir et je remporterais la course.

Je souris devant son sens de l'humour. Certes, c'était franchement dégueu, mais ça collait avec l'ironie de la scène.

-Plus jamais je ne mangerais au restaurant… Dit-il faiblement.

D'après les apparences, il faisait une intoxication alimentaire. Hier soir, nous étions sortis manger dans un restaurant chinois, et je crois que ses egg rolls n'ont pas très bien passés. Je me portai à merveille, mais il n'avait pas eu ma chance. En fait, soit c'était une intoxication alimentaire, soit il avait beaucoup trop mangé la veille. La quantité de nourriture qu'il avait ingurgité était assez impressionnante. Il aurait pu rivaliser avec Luffy.

Doucement, il tenta de se lever. Je l'aidai aussitôt, et vu comment il s'appuyait sur moi, je dirais qu'il avait de la misère à seulement se tenir debout. Avec un énorme effort, nous sortîmes des toilettes et nous dirigeâmes vers le salon. Une fois à l'intérieur, je l'aidais à se coucher sur le divan avec soulagement. C'est qu'il pesait une tonne!

Après m'avoir assurée qu'il était bien installé, je m'éclipsai pour aller chercher un oreiller, une légère couverture et une petite serviette humide ainsi qu'un verre d'eau. Je rassemblai le tout et retournai à son chevet. Je lui installai l'oreiller derrière la tête, le couvris du tissu, déposai le verre sur la table de chevet et lui épongeai le front avec la serviette. Déjà, ses traits relaxaient. Je souris et lui caressai les cheveux.

-Tu veux que je reste avec toi? Lui demandais-je doucement.

Il ferma les yeux en réponse à mes caresses.

-Pas besoin, Je vais m,en sortir. Et de toute manière, tu as des cours aujourd'hui.

Je souris.

-Des cours, ça se rattrape. Et puis, j'ai peur qu'en revenant, tu sois mort dans ton vomi.

Il fit un son qui ressemblait à une lamentation, mais je savais que c'était plus un grognement. Il n'aimait pas dépendre des autres, j'en était bien consciente. Et c'est pour ça que je me promis de m'occuper au maximum de lui.


Toute la journée, je n'avais fait rien d'autre que rester au chevet de mon amoureux. Il ne me demandait jamais rien, mais je l'aidais quand même. Il suait a grosses gouttes, je lui épongeais le front et enlevais ses couvertures pour que sa température baisse. Il tremblait, je lui remettais une couche. Il se passait souvent la langue sur les lèvres, je l'obligeais à boire une gorgée d'eau. À un moment donné, il était tellement exaspéré qu'il m'avait demandé si je me prenais pour son infirmière personnelle. J'avais ri. Il m'avait dit en souriant espièglement si j'allais porter un uniforme sexy. Je l'avais fait taire en le forçant à boire de l'eau, le rouge aux joues. La journée avait passé ainsi, avec moi qui m'occupait de lui, et lui qui me disait d'arrêter. Alors qu'il commençait à faire noir, il s'était levé, disant qu'il allait mieux. Je lui avais donc fait une petite soupe, puisqu'il n'avait rien avalé depuis ce matin. Mais… il semblerait qu'il n'était pas guéri. À peine avait-il pris quelques bouchées qu'il avait couru jusqu'aux toilettes pour se vider les tripes une nouvelle fois. C'est donc avec empathie que je l'avais suivi pour lui frotter le dos. Il proclamait qu'il allait mourir, et j'acquiesçais de manière méthodique, juste pour ne pas m'obstiner. Après sa « mort », il était retourné se coucher, le deuil dans l'âme. Il m'avait fait pitié, alors je m'étais couchée à ses côtés pour lui donner de ma chaleur réconfortante.

-Ça va passer, tu vas voir, lui dis-je en souriant.

Il soupira. Il n'avait pas la force de répondre. Par contre, il m'entoura de ses bras et me souleva pour que je sois sur lui. Je déposai ma tête sur son torse et écoutai sa respiration ainsi que les battements de son coeur. C'était rare que Law était malade comme ça. En fait, c'était à peine s'il attrapait des rhumes l'hiver. Par contre, dès qu'il en attrapait un, c'était une vraie tornade. C'était violent. Je me souviens que la dernière fois qu'il avait autant été malade, j'avais environ 9 ans.

-Oh, le petit Law est malade? Dit une femme, inquiète.

La tante de Law, une femme d'une grande beauté, acquiesça. La mère de Cerys fronça les sourcils. La petite fille qui se trouvait à ses côtés sourit. Bien fait pour lui! Pensa-t-elle. Pour une fois, il n'allait pas lui tirer les cheveux. Ou la faire trébucher. Ou tremper ses souliers dans du jus de pomme. Il avait beau avoir 15 ans, Law aimait toujours autant embêter la pauvre Cerys qui finissait à chaque fois par pleurer en sa présence.

Furtivement, la brune laissa les adultes pour monter les escaliers et se retrouver devant la chambre du jeune homme. Pour une fois, c'était son tour de l'embêter! Doucement, elle ouvrit la porte et se faufila à l'intérieur. La pièce était plongée dans l'obscurité, la seule lumière venant des stores à moitié fermés. Cerys se dirigea vers le lit, où une forme se dessinait sous les couvertures. Elle s'en approcha davantage et distingua enfin les traits familiers de son tyran. Seul son visage était découvert, et son front perlait de sueur. Une grimace était présente sur ses lèvres, et ses sourcils étaient froncés. Au début, la jeune fille prenait un malin plaisir à le voir souffrir, mais au bout d'un moment, l'inquiétude lui traversa l'esprit. Est-ce qu'il souffrait beaucoup? Allait-il aller mieux bientôt? ...Allait-il mourir?

Elle sursauta lorsqu'il laissa échapper un gémissement. La peur déferlant dans ses veines, la petite sortit de la pièce et dévala les escaliers tellement vite qu'elle faillit se casser la figure sur le plancher. Hors d'haleine, elle arriva devant sa mère, complètement paniquée.

-M-Maman, dit-elle difficilement. Va… Mou… La…

Ne comprenant pas ce que sa fille voulait lui dire, elle s'accroupit devant elle t lui prit le visage entre ses mains.

-Calme-toi, prend une grande inspiration, C'est ça, respire.

Elle fit comme demander, et expira longuement. Puis, elle explosa.

-Law, il va mourir! S'exclama-t-elle.

Confuse, sa mère cligna des yeux. Sans attendre, sa fille lui prit la main et l'entraîna derrière elle. En courant, elle se précipita à toute vitesse au chevet du futur professeur. Son état ne s'était pas amélioré depuis qu'elle était partie.

-Tu vois?! Paniqua-t-elle. Il va mourir!

Avec un sourire, la mère secoua la tête.

-Il ne va pas mourir, il a juste un peu de fièvre.

Elle se dirigea vers le petit bureau où était posé un bol contenant une serviette et de l'eau. Elle tordit le tissu et le donna à la brune.

-Tiens. Éponge-lui le front et veille sur lui, d'accord?

Elle sourit une dernière fois, puis tourna les talons. Perdue, Cerys regarda l'objet dans ses mains, puis la porte où sa mère avait disparu, puis finalement le malade. Hésitante, elle s'approcha. Sans trop savoir ce qu'elle faisait, elle déposa d'un ploc la serviette sur son front. Law ne broncha pas. Doucement, elle entreprit de lui enlever toute cette sueur. Progressivement, les traits tendus de son patient s'estompèrent et une expression sereine remplaça la précédente. Cerys déposa la serviette dans le bol et retourna à son chevet. Elle l'observa longuement. Il était… différent. Pas de sourire sarcastique, pas d'oeil qui brillait de malice, seulement… le calme. C'était bien le mot. Il semblait si calme. Et Cerys était quelque peu déroutée par cette transformation. Sans s'en rendre compte, elle approcha de plus en plus son visage du sien. À un tel point que leur nez se touchait presque. Law ouvrit les yeux. Cerys hurla.

-Mais-mais, tu ne dormais pas?! Cria-t-elle en reculant brusquement.

Law fit une grimace devant son cri.

-Tu vas perforer mes tympans, en hurlant comme ça.

Cerys ferma la bouche. Le silence s'installa. Elle se promena d'un pied à l'autre, se demandant si elle devait rester ou non. Elle opta pour la deuxième option lorsqu'il parla de nouveau.

-Qu'est-ce que tu fais là?

Cerys hésita à répondre. Puis, elle décida d'être honnête avec lui, comme toujours. Sauf que pour une fois, elle ne le traitait pas de nom.

-Maman m'a dit de veiller sur toi.

Law acquiesça. Puis, il eut une quinte de toux et se mit à cracher ses entrailles. Son impression d'auparavant revint et des larmes apparurent à ses yeux. Elle ne savait pas trop pourquoi, mais elle ne voulait pas le voir comme ça. Elle n'aurait jamais cru penser ça un jour, mais elle le préférait méchant.

-Ne meurt pas… Murmura-t-elle faiblement.

Law sourit doucement devant ses paroles. D'un geste qui était surprenant de sa part, il lui ébouriffa les cheveux affectueusement.

-Je ne vais pas mourir, idiote.

Puis, aussi soudain que son geste, il se tourna et s'endormit aussitôt. Confuse, Cerys mit une main sur le dessus de son crâne. Qu'est-ce qu'il venait de faire, là?

Je souris à ce souvenir. Il avait fait une chose étrange, ce jour-là.

-Dis, Law? Lui demandais-je doucement.

Il grogna pour me signaler qu'il m'écoutait.

-Tu te souviens d'i ans, alors que tu étais malade comme un chien?

Nouveau grognement.

-Tu avais agi de façon curieuse. Est-ce que c'était à cause de la fièvre et tu étais délirant?

Il fouilla dans ses souvenirs. Puis, je sentis qu'il souriait.

-Tu étais trop mignonne, je n'ai pas pu m'en empêcher.

Je ris en rougissant. C'était lui qui étais mignon, à avoir agi ainsi pour une telle raison. Je relevai la tête pour le regarder. Son sourire était en effet encré sur ses lèvres.

-C'est vraiment le cas? Demandais-je curieuse.

Il me répondit avec ses yeux et m'attira vers lui. À la dernière seconde, je mis mes doigts sur ses lèvres.

-Pas question que tu m'embrasses avant de t'avoir brossé les dents, dis-je dédaigneusement.

-Oh, vraiment?

Il tenta de nouveau de coller ses lèvres aux miennes. Je l'évitai en riant.