Amour Passé
Chaque personne possède un endroit qui leur est à cœur. C'est différent pour chacun, mais je crois que le sentiment qui s'en dégage se ressemble d'une personne à l'autre. Bien sûr, le premier qui nous vient à l'esprit est la nostalgie. Mais pour moi, ce n'est pas la seule chose qui me vient en tête. Le bonheur, la tristesse, l'excitation, la surprise, la peur. Ce sont tous des sentiments qui me viennent d'un seul endroit. Un petit parc qui a se trouvait près de chez moi. Depuis mon enfance jusqu'à mon premier amour, il avait pour moi une signification particulière. Je n'avais qu'à fermer les yeux, et chaque petit détail me revenait. L'odeur des arbres au printemps, la sensation du gazon sous mes pieds nus, la caresse du vent sur mon visage, les petits écureuils qui gambadaient en sautillant, les oiseaux qui jacassaient en hauteur, le va-et-vient de la balançoire, alors que j'y étais assise. Non seulement mon esprit s'en souvenait, mais mon corps aussi.
Ce parc semblait être gravé dans ma mémoire, et il était là pour rester. Et je voulais me souvenir de tous ces moments. Bien sûr, il y en avait dont j'aurais voulu ne pas me souvenir, comme la « thérapie » que Law m'avait infligé pour combattre ma peur des insectes. Mais il y en avait d'autres que je voulais chérir jusqu'à la fin de mes jours.
Il y en avait qu'un seul qui m'était encore douloureux. Un seul dont le souvenir n'évoquait que culpabilité et tristesse.
-C'est ta faute!
-Pas du tout!
-Alors qui est-ce qui a fait un fouillis impossible dans la cuisine à ma sœur, et qui en voulant aider à ramasser, a complètement pulvérisé l'aspirateur? À cause de qui est-ce qu'on nous a puni et foutu dehors?!
Luffy se tut, et il était mieux de ne plus ouvrir la bouche. Je soupirai rageusement tout en donnant un coup de pied dans un rocher pour faire passer ma rage. À cause de mon imbécile d'ami, je me retrouvais dehors à arpenter les rues, au lieu d'être au chaud à la maison devant un bon film, ou tout au plus chez ma sœur, à jouer avec son fils d'à peine quelques mois. Au lieu de cela, je m'étais fait passer un savon pour quelque chose que je n'avais pas fait. En ce moment, je détestais mon ami, qui allait devenir mon ennemi s'il n'arrivait pas à se contenir dans une cuisine.
À force de maudire et de ruminer contre l'adolescent, je ne m'étais pas rendue compte que je me dirigeais sans le savoir vers le parc près de ma maison. Je me figeai aussitôt. Ce parc m'évoquait Law. Et la seule pensée de Law me donnait envie de vomir/hurler/mourir. Je tournai donc les talons pour m'éloigner, mais vis que Luffy n'était plus à mes côtés. Je me tournai de nouveau, cette fois vers l'entrée du parc, et y vis le brun qui courait à l'intérieur. Je fis claquer ma langue, rouspétai, mais le suivis quand même à contrecœur. Laisser Luffy tout seul n'était pas une bonne idée.
J'entrai à mon tour dans le parc, fouillai les environs du regard, amis ne vis pas âme qui vive. Après tout, c'était le soir, donc on ne voyait pas très bien aux alentours. Les longues ombres des arbres donnaient un air lugubre à l'endroit, et la lumière de la lune n'aidait en rien. J'entendis soudainement un oiseau au loin, et sursautai. À cette heure, il n'y avait plus personne dans les rues. Sauf des criminels, des voleurs, des assassins, des violeurs. Il faut vraiment que j'arrête d'écouter ma mère, moi…
Malgré la peur qui me tortillait le ventre, je continuai d'avancer et appelai doucement le nom de mon ami pour qu'il m'entende. Sans succès. Je pestai contre le garçon. Il ne pouvait pas être bruyant, comme d'habitude, pour que je puisse l'entendre?!
Soudain, un craquement retentit dans mon dos. Je me tournai vivement et ne vis rien. C'était peut-être le vent. Ou un petit animal. Ou je devenais folle. Le moindre bruit me faisait sursauter. Si ça continuait, j'allais avoir une crise cardiaque…
D'un pas tremblant, j'avançai de nouveau, plus lentement cette fois. J'écoutai attentivement les sons autour de moi, et à chaque fois qu'il y avait un son suspect, je m'arrêtai et observai les alentours. Ce n'était rien la plupart du temps. Je devenais complètement paranoïaque. Je fis ainsi le tour du parc, sans toutefois trouver l'objet de mes recherches. Frustrée, je m'immobilisai, mis mes mains de chaque côté de mon visage, et hurlai rageusement son nom. Alors que mon éco disparaissait, j'entendis du bruit derrière moi. Je me dis que c'était encore rien, que c'était le fruit de mon imagination. Seulement, cette fois, ce n'était pas le cas. C'était des bruits de pas. Qui se dirigeait vers moi. Au moment où ils s'immobilisèrent dans mon dos, une rafale de vent me glaça le corps. Et lorsque j'entendis une voix, je crus bien que mon cœur allait cesser de battre.
-Hey.
Je me figeai complètement. Mon cœur s'accéléra jusqu'à devenir assourdissant dans mes oreilles. Lentement, très lentement, je tournai les talons, et vis une ombre menaçante qui me surplombait. Aussitôt, sans même regarder, je me mis à hurler à plein poumon. L'ombre paniqua et s'avança pour me clamer, ce qui me fit reculer. Il s'arrêta alors, et la lune éclaira son visage. Je pus voir que c'était un garçon de mon âge tout à fait normal. Je cessai de hurler. La grimace qui parcourait son visage disparut. J'avais dû lui faire mal aux tympans.
-Pourquoi tu hurlais comme ça? Demanda-t-il, abasourdi.
Je souris d'un air gêné. Je n'allais quand même pas lui dire que je l'avais pris pour un prédateur sexuel, un assassin ou autre. Je ne crois pas qu'il allait apprécier…
-Tu m'as fait peur… Dis-je en regardant le sol.
Il acquiesça, puis se tut. Ce qui me laissait amplement le temps de l'observer. Il mesurait quelques centimètres de plus que moi, si bien que je n'arrivais pas à regarder ses yeux sans lever les miens. Il était plutôt baraqué pour un gars de son âge, soit 14-15 ans. Il devait faire du sport. La chose qui m'intrigua le plus dans son apparence était ses cheveux. Il était d'un vert assez inusité. Ce devait être artificiel. Il n'y avait aucune chance pour que ce soit naturel.
Tout au long de mon observation, je ne remarquai pas que je l'étudiais ouvertement. Cela le gêna énormément et il se mit à gratter nerveusement sa nuque. Pour briser mon contact visuel, il parla.
-Tout à l'heure, je t'ai entendu crier le nom de Luffy. Est-ce que ce serait Monkey D. Luffy?
Mes yeux revinrent aux siens, teintés de surprise et de curiosité.
-Tu le connais?
Il acquiesça.
-Il est dans une de mes classes.
Rien d'étonnant alors qu'il le connaisse. En fait, même s'il n'était pas dans notre niveau, je suis certaine qu'il en aurait entendu parler dans l'école. Luffy savait se faire remarquer, là étant mon plus grand désespoir d'ailleurs. Le silence se fut de nouveau, et cette fois, c'est moi qui étais nerveuse. Je me promenai d'un pied à l'autre, puis pris mon courage à deux mains.
-A-alors, c'est quoi ton nom?
Il fut surpris par ma question, comme s'il ne s'attendait pas à ce que je lui pose cela.
-Z-
-Zoroooooo!
Une voix hurla si fort qu'elle me fit sursauter. Je me tournai, en même temps que « Zoro », et vis Luffy qui courait vers nous à toute allure. Ma surprise se transforma vite en colère. Il allait en voir de toutes les couleurs, c'est moi qui vous le dis… Et c'est ainsi que je hurlais sur le pauvre Luffy qui se faisait bien petit dans son pantalon, avec le vert qui nous observait.
S'il continuait ainsi, je vais lui arracher la tête. C'est ce que se disait Zoro. Sanji se trouvait à ses côtés (et on sait que c'est le parfait amour entre ces deux-là), et le blond n'arrêtait pas de râler. Par rapport à l'endroit qu'ils se trouvaient, soit un parc vide (de belles filles surtout), par rapport aux deux retardataires qui devaient être ici il y a plus de quinze minutes, mais surtout, son principal problème, c'était son voisin. Et c'était réciproque. Zoro détestait tellement Sanji qu'il aurait préféré se faire épiler chaque poil de son corps à la pince en plus de se faire hurler dans les oreilles au lieu d'être obligé de passer une seconde de plus en présence du tombeur.
Heureusement, son calvaire tirait à sa fin puisque les deux amis en retard arrivaient. Luffy, toujours aussi excité qu'une puce, courait vers eux en faisant de grands mouvements de bras. Cerys, plus calme derrière lui, avançait tranquillement en observant les environs. Lorsque son regard croisa celui du vert, elle lui offrit un énorme sourire tout en rougissant quelque peu. Zoro sentit la cadence de son cœur accélérer. Ça faisait un bout de temps qu'il s'était rendu compte de ses sentiments, et il avait décidé que c'était aujourd'hui qu'il lui avouait tous. Plus question de se cacher, il voulait que les choses changent. Il ne savait pas si ce sera en bien ou en mal, par contre.
Lorsque la jeune fille fut arrivée près du groupe, ils se mirent en chemin. La photographe en herbe avait proposé de faire une sortie cinéma pour aller voir le dernier film d'action qui était sorti. Évidemment, Luffy avait tout de suite obtempéré. Zoro n'avait pas pris beaucoup de temps avant de se décider, et Sanji avait accepté pour faire plaisir à son amie qu'il, pour une rare fois, ne considérait pas comme une conquête, mais plus une petite sœur. Ne manquait plus qu'Usopp, qui devait les rejoindre directement là-bas.
Les quatre amis avançaient, parlant joyeusement, à l'exception du vert qui restait à l'écart derrière les autres. Il essayait de guetter l'occasion de prendre Cerys à part et de lui parler, mais il n'en trouvait pas. Et le pire dans tout ça, c'est que son courage s'évaporait de plus en plus à chaque pas qu'il faisait. Il se pinça les lèvres, frustré par sa lâcheté.
Cerys avait remarqué le comportement étrange de son ami. C'est vrai qu'en temps normal, il n'était pas aussi bruyant que Luffy, mais elle le trouvait un peu trop silencieux. Et lorsqu'il commença à ralentir, s'éloignant de plus en plus du groupe, elle en fut convaincue. Il n'était pas dans son assiette.
Elle ralentit à son tour pour laisser le temps au jeune homme de la rejoindre. Lorsqu'il fut près d'elle, elle déposa délicatement sa main sur son bras, ce qui le fit sursauter, trop absorbé par ses pensées.
-Tu vas bien? S'inquiéta Cerys.
Zoro baissa les yeux. Il devait retrouver le courage pour lui avouer. C'était le moment idéal! Mais il avait beau creuser au plus profond de lui-même, il n'arrivait pas à trouver une seule petite étincelle de courage. Il n'arrivait pas à émettre le moindre son. Entre-temps, les deux jeunes hommes s'étaient arrêtés et regardaient dans leur dos.
-Vous venez? Leur hurla Luffy.
Cerys chercha dans les yeux du vert pour y voir une réponse, mais elle ne vit rien. Il restait toujours aussi muet. Elle soupira et baissa les yeux avant de faire demi-tour. Elle avait espéré quelque chose, qu'elle n'avouerait à personne, mais il faut croire que ses espoirs étaient faux.
Zoro la regardait partir, les poings serrés. Il ne voulait pas qu'elle s'en aille. Il voulait la prendre dans ses bras, lui dire à quel point elle comptait à ses yeux. Son corps réagit sans son consentement, ses lèvres bougèrent toutes seules. Son cœur cria ce qu'il voulait dire depuis longtemps.
-Je t'aime!
Cerys se figea, ses deux amis plus loin aussi. Ces derniers ne s'attendaient pas du tout à ce qu'il fasse sa déclaration. Pas ici, pas comme ça. Mais c'était fait. Il ne pouvait plus revenir en arrière. Il cessa de respirer, appréhendant la réponse de la jeune fille. Il crut que son cœur allait exploser lorsqu'elle tourna légèrement le visage, seules ses joues rouges visibles, ses yeux cachés par ses cheveux, et qu'elle murmura assez fort pour que seulement lui puisse entendre.
-Moi aussi…
Elle courut vers les deux garçons, son corps en feu. Zoro souriait bêtement.
Mon corps était en sueur à force de courir dans tous les sens. Mon haleine faisait de la brume devant moi. Croupie dans la neige, cachée derrière une bute, j'attendais que Zoro ait son attention rivée sur autre chose que ma direction. Dans une bataille (de boule de neige), il était important de rester furtif et de surprendre son adversaire. Au diable la méthode traditionnelle qui consistait à se jeter des boules de neige à l'infini, je préférais ma tactique de ninja.
Dès qu'il me tourna le dos, j'en profitai pour sortir de ma cachette et m'approcher à pas de loup. Je m'avançai furtivement, ce qui n'était pas facile puisque mes bottes faisaient un bruit d'enfer à chaque fois qu'elles touchaient la neige. Heureusement, il y avait assez de bruit ambiant pour que mon vacarme ne parvienne pas jusqu'à lui. Il me restait que quelques centimètres, quelques pauvres centimètres qui me séparaient de la victoire, mais à la dernière seconde, il se tourna et m'aperçut. Il jura tout bas et allait se retourner pour prendre la fuite, mais je ne lui laissai pas le choix. Sans réfléchir, je me cabrai et lui sautai carrément dessus pour le faire tomber.
-Attaque de l'ours sumo!
Je le plaquai violement en l'entourant de mes bras et en mettant tout mon poids pour le faire chavirer. Ça fonctionna et bientôt, il se retrouva sur le dos. Il poussa un « ouf! » à moitié étouffé à cause de mon poids sur lui et il grogna de douleur.
-Haha, j'ai gagné! M'exclamais-je, triomphante.
Soudain, le vert me pinça fortement la joue avec un air réprobateur. Des larmes de douleur apparurent au coin de mes yeux.
-Aieaieaie!
-Tu aurais pu me faire mal, idiote! Me reprocha-t-il.
Je fis la moue.
-Meuh non…
Il soupira, exaspéré. Je souris, toujours heureuse de ma victoire, et lui fit un baiser d'esquimau en riant.
-Ton nez est tout rouge et tout froid!
Il sourit faiblement.
-Le tien aussi.
-Tes lèvres aussi, elles sont rouges.
Cette fois, il sourit malicieusement.
-Tu pourrais me les réchauffer.
Je devins écarlate, mais ne dit rien. À la place, j'approchai doucement mes lèvres glacées vers les siennes. C'était une sensation étrange, d'embrasser quelque chose de si froid, mais ce n'était pas désagréable. Nos lèvres se réchauffèrent mutuellement. Mon cœur aussi se réchauffa. Il frôla mes lèvres avec sa langue, et alors que j'allais lui donner l'accès, je sentis quelque chose d'extrêmement froid se retrouver brusquement dans mon dos. Je me cabrai aussitôt et Zoro sous moi souriait de toutes ses dents. Il venait de me mettre une poignée complète de neige sous le manteau, directement dans le dos.
-La vengeance est douce… Susurra-t-il.
Je sentis la colère bouillir en moi. Un cri remonta depuis mes entrailles.
-Zoro! Hurlais-je.
-Qu… Qu'est-ce que tu viens de dire?
Zoro était perdu. La situation lui semblait si irréelle. Il avait l'impression de faire un affreux cauchemar. Ça ne pouvait être vrai. Ce qui se déroulait devant ses yeux devaient forcément être son esprit qui lui jouait des tours. Et pourtant, une Cerys en larme et tremblante se trouvait bien devant lui. En sanglotant, la jeune fille parla de nouveau.
-Je veux rompre… Dit-elle, ses mots coupés par ses soubresauts.
Zoro avait bien entendu. En un instant, il eut l'impression que son cœur se brisait en mille morceaux. Son corps se raidit, ses poings se serrèrent. Ses yeux se voilèrent.
-Pourquoi?
Cerys sanglota de plus belle. Elle détestait la peine qu'elle causait au vert. Pourtant, elle ne pouvait lui mentir. Ce serait bien plus cruel que de lui dire la vérité. Bien que cette vérité lui arrachait le cœur.
-Je ne ressens plus rien, avoua-t-elle, ses joues inondées de larme. Tes baisers, tes caresses, ils ne me font plus rien. Pas la moindre étincelle, pas de papillon dans le ventre, rien…
Zoro pinça tellement fort ses lèvres qu'une goutte de sang s'en échappa.
-Je… vois.
Sa voix ne reflétait plus aucune émotion. Son visage se ferma. Ses yeux ne reflétait plus aucune lumière. Son esprit le protégeait de la tristesse, de la douleur.
Sans un autre moi, il tourna les talons, laissant seule derrière lui Cerys, le cœur brisé, la culpabilité lui rongeant l'âme.
Oui, cet endroit regorgeait de souvenir. Mon histoire d'amour avec Zoro avait débuté et s'était terminé ici. Notre rupture m'attristait toujours autant, mais j'étais heures que nous avions pu redevenir amis. Notre relation ne serait plus jamais la même, mais au moins, un nouveau line pouvait se former.
Je ne voulais plus vivre de tristesse pareille. Cesser d'aimer quelqu'un était presqu'aussi douloureux que de tomber amoureux. Malheureusement, les sentiments ne se contrôlaient pas sur commande. On ne pouvait choisir qui et quand on aimera quelqu'un, et encore moins si ce sentiment s'évaporera un jour. Mais une chose est sûre. J'allais m'accrocher à ce sentiment d'amour jusqu'à ce qu'il disparaisse complètement. Et avec un peu de chance, il restera dans mon cœur jusqu'à la fin de mes jours.
-Qu'est-ce que tu regardes?
Law jeta un coup d'œil par-dessus mon épaule. Je souris et rangeai mes vieilles photos, là où on pouvait me voir en compagnie d'un certain vert, dans un parc précieux à mon cœur.
