Voici un petit one-shot fort étrange, qui est sorti tout droit de mon esprit sadique. Je voulais faire quelque chose de complètement opposé au début, mais comme toujours, mon cerveau s'en est mêlé, alors… ^^' C'est passé de « parodie de conte de fée » à... ça. Il n'y a pas beaucoup de dialogue, surtout de la description, mais j'espère que ça vous plaira quand même.
Conte de Cauchemar
Le froid. Qu'elle soit physique ou mentale, elle me glaçait le sang. Le froid était synonyme pour moi d'inconfort, de peur. Lorsqu'elle était physique, elle était encombrante, paralysante, mortelle. Lorsqu'elle était mentale, elle était tout autant dangereuse. Je détestais le froid. C'est pourquoi, lors de mon éveil, au moment où je ressentis cette désagréable froideur, j'en eux des frissons dans le dos. La douleur fut la deuxième chose que je perçus. Singulière, étourdissante, elle me donnait des envies de vomir. Un mal intense me martelait le crâne, ce qui m'empêchait de réfléchir logiquement. Je sentais un liquide chaud et poisseux glisser le long de mon cou, pour tâcher ma robe. Mère n'allait pas être contente.
La douleur était telle que je n'arrivais pas à simplement ouvrir les yeux. Alors je me rabattais sur mes autres sens pour découvrir l'endroit où je me trouvais, et peut-être pourquoi j'étais ici par la même occasion, et non pas en route pour voir mon futur époux. Je sentais toujours mes vêtements sur moi, et un froid mordant me brûlait la peau. Je sentais quelque chose se frotter sur mes poignets dès que je tentais de bouger les mains, j'en déduis donc qu'on m'avait attaché, avec de la corde s'y j'en croyais la texture. D'après l'odeur de renfermer qui flottait dans la pièce, je dirais que j'étais dans une pièce fermée, probablement sans fenêtre. J'étais à même le sol, je pouvais sentir sa froideur sur mes mollets dénudés. Le seul sens qui ne perçut rien fut mon ouïe. Je n'entendais pas le moindre son, autre que ma propre respiration qui, avec le temps, devenait de plus en plus saccadée. Sinon, si on prenait tous les sens, j'avais un goût pâteux dans la bouche, mais c'était sûrement dû au fait que j'étais inconsciente depuis un moment, et évidemment, je n'avais rien avalé depuis un bon moment.
Je commençais à paniquer, à ne pas me faire une idée claire de où j'étais. Je repoussai la douleur du mieux que je le pus et me forçai à ouvrir les yeux. Après plusieurs efforts, ils finirent enfin par s'ouvrir. Mais ça ne m'aida pas beaucoup, puisque la pièce était plongée dans la noirceur. Je n'y voyais que dalle. Je soupirai rageusement, puis tentai de me défaire de mes liens, mais mon mal de crâne m'empêcha de bouger trop brusquement. J'attendis plusieurs minutes, en boule par terre, à espérer que quelqu'un vienne, n'importe qui, mais pas la moindre âme ne se pointa. Alors j'eus tout le loisir de recoller les morceaux, histoire de trouver la raison de ma venue en ces lieux lugubres.
La seule chose dont j'étais certainement, c'est que j'avais quitté le château pour aller voir mon futur époux, le prince Luffion, frère du roi Feu. Le prince et moi étions des amis de longues dates, puisque nos familles avaient depuis des lustres conclu un pacte d'amitié, où les deux royaumes ne pouvaient s'attaquer, et qu'ils étaient des alliés en temps de guerre. Donc cela arrivait souvent que nos deux familles se rencontrent pour des assemblés amicaux, et nous jouions ensembles comme les deux gamins que nous étions. Mais nous étions toujours resté que des amis, rien de plus. Pourtant, depuis ma naissance pratiquement, nos parents avaient décidé que nous allions nous marier plus tard, pour qu'enfin, nos deux familles s'unissent et ne forment qu'un seul et grand royaume. Bien sûr, ça ne faisait pas l'affaire de tout le monde, surtout de nos ennemis de longue date, mais le peuple semblait s'en réjouir. J'aurais moi aussi voulu célébrer la nouvelle, puisqu'après tout, je le faisais pour un avenir meilleur, mais une petite voix me disait que tout cela allait très mal finir. Et compte tenu de la situation dans laquelle je me trouvais, je dirais que ma pensée sans fondement s'était révélée avérée. J'aurais aimé que ce ne soit pas le cas, par contre…
Si je me souviens bien, alors que je somnolais dans le carrosse, lorsque soudain, une secousse m'a réveillé brusquement. Le véhicule s'est subitement arrêté, et j'ai entendu des bruits d'agonie à l'extérieur. Inquiète pour ma suite, j'ai ouvert la porte, mais dès que je mis un pied par terre, j'ai senti un coup soudain sur mon crâne et j'ai sombré dans l'inconscience. C'est la dernière chose dont je me souvienne.
Cela me sembla des heures avant que je ne voie enfin de la lumière. Elle provenait de derrière, et c'est d'un effort surhumain que je réussis à me tourner, mon corps endolori par ma position inconfortable. D'après les reflets sur les murs, je dirais que ce qui se rapprochait se trouvait dans un couloir. Le feu au bout de la torche m'aveuglait, je ne pus voir qui la tenait. Enfin, il ou elle se rapprocha suffisamment pour m'éclairer, et je vis que j'étais couchée dans une toute petite pièce, dont le couloir débouchait. Ce mystérieux personnage fixa sa torche au mur, et je pus enfin distinguer sa silhouette. Il était plutôt grand pour une personne de mon royaume, donc j'en déduis qu'il ne venait pas d'ici. Il avait des cheveux noir cendre, des yeux gris ternes. En fait, tout en lui était ténébreux. Ses vêtements (noirs, évidemment), me donnaient la chair de poule. Ses yeux se posèrent sur moi, et c'est comme si un glaçon me transperçait le coeur. Je frissonnai, mes dents se mirent à claquer.
Sans dire une parole, il s'approcha, fasciné, comme si j'étais un curieux animal rarissime. Il tourna autour de moi, m'étudiant sous toutes mes coutures, un sourire malsain aux lèvres. Puis, quand il fut satisfait de son observation, il se pencha et prit violemment mon menton entre ses doigts. Le mouvement me fit grimacer, puisqu'il tirailla ma blessure. Mais j'en oubliais vite la douleur lorsque je vis son regard fou. Je tentais de me soustraire à son poigne, mais je n'avais évidemment pas la force pour réussir un tel exploit. Ses yeux s'illuminèrent, visiblement amusé et comblé de ma frayeur. Puis, aussi soudain que sa venue, il fit demi-tour, en laissant sa torche pendre au mur, et je vis sa silhouette disparaître au bout du couloir. Je tremblais de tout mon être, et observais la torche s'éteindre à petit feu, hypnotisée par ses flammes. Je restais ainsi pendant des heures.
Ce fut le premier contact que j'eus avec ce psychotique personnage. Je le vis plusieurs fois ensuite, mais seulement lorsque je mourrais de faim, ou que j'étais en pleine crise d'angoisse. Je crois que ses entrées étaient toujours calculées. Il attendait toujours que je sois à bout physiquement ou psychologique. Les premières fois où il me rendait « visite », j'étais tellement effrayée que je n'osais parler, sursautais dès qu'il s'approchait de moi (j'avais failli faire une crise cardiaque lorsqu'il m'avait touché le crâne, pour évaluer les dégâts de ma blessure, et ensuite entreprendre de la soigner), et soupirais de soulagement dès qu'il quittait la pièce. Mais peu à peu, sa présence était devenue normale, et je n'étais plus autant apeurée par sa présence. donc j'avais commencé à lui poser des questions, très prudemment puisqu'il m'avait enlevé après tout, mais ça m'arrivait, quand j'étais à bout (ce qui était souvent), que je lui crie après, lui réclamant des réponses. Dans ces cas-là, il me regardait, baillait presque, puis s'en allait, sans demander son reste. En fait, de toutes les fois où il est venu me voir, il n'avait pas ouvert la bouche. Pas une seule fois il ne prononça un mot. J'avais d'ailleurs cru qu'il était muet, après la dixième tentative à lui demander la raison de mon emprisonnement.
À chaque fois qu'il venait dans ma prison, il m'enlevait systématiquement mes liens. Je pouvais alors bouger à ma guise, me dégourdir les jambes. J'avais souvent songé à m'enfuir en courant, et tant pis s'il me rattrapait et me tuais, mais je n'avais jamais osé. En fait, il y avait une raison derrière tout ça, mais je ne l'avouerais jamais. J'aurais l'impression sinon de trahir ma famille, de leur faire honte. Je m'étais rendue compte, alors que j'étais captive, qu'une part de moi était soulagée de s'échapper de ma réalité. Je ne voulais pas épouser mon ami. Je ne voulais pas devenir simplement un instrument qui servirait à mes parents. Je voulais vivre pour moi-même, faire ce que je voulais. Mais je ne pouvais le dire. Ma destiné était de faire ce que mes parents me disaient de faire. Ne pas penser pas soi-même, faire ce que les autres attendent de toi. Voilà comment sera ponctué ma vie.
Être emprisonner dans un endroit pareil, on n'y pense pas nécessairement au début, mais à la longue, on s'ennuie, surtout lorsque je dois rester dans le noir total. Alors nos vieux fantômes viennent nous hanter, et on finit par devenir fou. C'est réellement ce que je croyais qui allait m'arriver. Les seules moments où je n'étais en prise avec mes pensées, c'était lorsqu'IL me rendait visite. Souvent, il ne faisait rien à part me regarder, mais après un certain temps, il apporta des feuilles de papier, une plume et de l'encre, et se mit à rédiger des lettres à même le sol. À chaque fois, c'était un papier vierge, une nouvelle feuille, et il écrivait pendant des heures. Je le regardais faire, intriguée par ce qu'il pouvait bien rédiger, puis un jour, ma curiosité prit le dessus sur ma peur et regardai par-dessus son épaule pour pouvoir lire. Étrangement, c'était écrit dans une langue que je pouvais lire, ce qui était étonnant puisque celle mon royaume, le celui de mon futur époux et un autre, qui nous haïssait tous les deux, avaient cette langue comme moyen de communiquer. Les nombreuses fois où je l'ai vu écrire, je me demandais ce qu'il pouvait bien mettre sur papier aussi longtemps. Des pensées peut-être? Ou bien il écrivait à quelqu'un en particulier. Une femme? Sa mère? Puis, lorsque je vis ce qu'il écrivait, je me rendis compte que c'était plutôt à mon ravisseur, ou plutôt celui qui avait commandité tout ça. Ce n'était autre qu'Erec, roi du royaume voisin, qui nous méprisait depuis des siècles, lui et sa famille, depuis que mes ancêtres les avaient chassés pour trahison. Bizarrement, il me laissait par-dessus son épaule, sans montrer la moindre gêne à ce que je regarde ce qu'il écrivait. Alors ainsi, j'avais appris que le roi m'avait fait enlevé pour une raison de vengeance, ou quelque chose comme ça. En fait, il espérait qu'ainsi, le royaume devienne sens dessus-dessous, à cause des recherches pour me retrouver, et d'éventuels soupçons envers nos alliés qui voudraient s'approprier le trône, et que lui, en sauveur, viendrait leur ramener leur fille chérie, pour mieux les manipuler ensuite et détruire mon royaume. Je crois par contre qu'il n'avait pas prévu que son homme de main me laisse découvrir ces « détails ».
Malgré toutes les choses que je découvris sur ma capture et sur mon emprisonnement, je n'eus aucune information sur le personnage en tant que tel. Ni d'où il venait, pourquoi il était là, qu'est-ce qu'il faisait dans la vie à part capturer des princesses, pas même son nom. Mais une curiosité maladive me poussait à vouloir savoir. Jusqu'au moindre détail. J'en perdais la notion du temps. Sa présence était devenue tellement naturelle que je l'attendais, éprouvant de plus en plus d'agacement lorsqu'il ne se pointait pas au moment où je l'espérais. Mon comportement me faisait peur.
Et enfin, le jour arriva où toutes les vérités allaient m'être dévoilées. J'allais enfin savoir. C'était comme n'importe quel jour. Il était venu, avec son papier, sa plume et son encre, par terre à écrire. Ça faisait combien de temps que j'étais enfermée ici? Des semaines? Des mois? Des années? Le temps m'était désormais inconnu. Comme d'habitude, je m'étais assise à ses côtés, à lire ce qu'il écrivait. Et plus je lis sa lettre anodin en apparence, plus la peur me tirailla le ventre.
Lorsque vous lirez cette lettre, sire Erec, il sera trop tard. La vie ne sera plus, comme cette journée d'automne, où mes proches ont perdu la vie. Ma soeur, la gorge tranchée, mon meilleur ami, les entrailles par terre, sa femme, le ventre transpercé, son bébé encore prisonnier de sa chair, qui ne put résister à la mort. Je sens encore leur pouls au bout de ma lame ensanglantée, leur cri alors qu'ils rendaient leur dernier souffle. La joie qui m'envie en voyant la vie quitter leur corps. J'en jubile encore. Et ELLE subira le même sort. Elle est à moi, et à personne d'autre.
Je me souviens encore de ce jour. Elle était si belle, dans sa robe de satin. Elle rayonnait parmi les villageois égoïstes et sans coeur. Les autres ont toujours peur de moi, il me fuit comme la peste. Mais elle, non. Elle s'est approchée de moi, m'a parlé, m'a souri. Et j'ai su ce jour-là qu'elle allait devenir mienne. Même si ce n'était qu'un instant, elle allait m'appartenir. Mais il a fallu que ce soit la princesse du royaume que vous détestez. Qu'elle soit fiancée à ce prince qui n'est qu'un bon à rien, et qui ne pourra même pas la rendre heureuse. Mais peu importe maintenant, puisqu'elle est là, juste à côté de moi. Et bientôt, nous serons unis à jamais. Il n'y a que la mort qui puisse nous réunir.
Votre plus vaillant serviteur, Trafal.
J'écarquillais les yeux dès que je vis sa plume s'arrêter sur le dernier mot. Il allait me tuer. J'allais mourir ici, dans cette endroit puant et immonde. S'il m'avait dévoilé la vérité sur mon enlèvement, c'était parce qu'il savait que je n'allais jamais sortir d'ici vivante. Que cette pièce serait la dernière chose que je verrais en ce monde. L'adrénaline pompa dans mes veines, me procura la force nécessaire de me lever et de courir vers le couloir. Mais ces jours à rester assise toute la journée m'avaient horriblement affaibli. Le souffle me manqua bien vite, mes membres fléchirent. Mais je continuais, poussée par le désespoir. C'était peine perdu. Je ne fis que quelques dizaines de mètres qu'il était déjà derrière moi. Il me plaqua au sol. Ma mâchoire cogna violemment contre le sol, me sonna par la même occasion. Je sentis son corps chaud contre mon dos, il haletait à mon oreille. Je frissonnai, et fermai les yeux. Je n'avais plus qu'à attendre ma mort. Mais elle ne vient pas. Au contraire, le poids s'allégea, pour finalement disparaître. Doucement, je me retournai, le vis au-dessus de ma tête. La lumière de la pièce était bien loin, je ne pouvais distinguer que son visage déformé par la folie, et la lame étincelante qu'il tenait dans la main. Je reculai. Il avança. Je reculai de nouveau, tout mon être tremblant. Mais il savait que je n'étais qu'un pauvre animal qui savait qu'il allait se faire manger. Alors il prit son temps, se pencha doucement, m'empoigna ensuite le bras pour m'empêcher de reculer davantage. Ma respiration cessa lorsqu'il approcha sa lame de mon visage. Il contourna mon oeil, fit glisser le tranchant sur ma joue, effleura mes lèvres, descendit jusqu'à mon cou. Les larmes s'échappèrent doucement et coulèrent, inondant mon visage. Son expression s'adoucit, et un minuscule sourire apparut. Un vrai, chaleureux, réconfortant, qui ne collait pas du tout à la situation.
-Lys…
Sa voix. Celle que j'avais si longtemps voulu entendre. Elle m'apporta mélancolie, et un tout petit peu de satisfaction. Elle était si douce, si… désirable. Je fermai les yeux. Non, je ne devais pas penser comme ça. Je ne devais pas ressentir de la sympathie pour l'homme qui allait me tuer. Mais tous ces jours passés en sa compagnie ne me laissait pas indifférente..
Doucement, comme un mirage, ses lèvres se posèrent sur les miennes. De la chaleur en émana. Puis sa lame me transperça.
Le froid. Ce fut la dernière chose que je ressentis. Ça, et une chaleur intense au coeur.
J'ai toujours détesté le froid. Mais la froideur de cette pièce allait me manquer.
Votre imagination est vraiment une chose terrifiante, mademoiselle Cerys. Toutefois, compte tenu du fait que vous avez respecté les consignes de rédaction, c'est-à-dire trouver un thème pour votre histoire (le froid), et incorporer une histoire d'amour tragique, je ne peux qu'obtempérer pour une note favorable à votre effort. 91%.
-Alors, qu'est-ce que tu en penses?
Je montrai mon texte de littérature à mon amoureux, toute fière de mon travail. Law regarda mon texte, puis mon visage, puis mon texte, puis encore mon visage. Ses yeux étaient gros comme des balles de golf.
-C'est toi qui a écrit ça? Me demanda-t-il, incrédule.
J'acquiesçai fièrement. Il ne dit rien. Mon sourire disparut.
-C'est trop glauque, c'est ça? Tu n'aimes pas?
-Je n'ai jamais dit ça. Je suis simplement.. surpris que tu ais écrit un truc pareil.
Je me grattai le crâne en riant.
-Je me suis inspirée de ton côté sadique.
Il ne releva pas mon commentaire.
-Mais quand même, ton personnage est vraiment étrange, de développer un syndrome de Stockholm pour une personne pareille. Un psychopathe aussi cinglé..
-Mais elle ne le sait qu'à la fin!
-Et elle en tombe quand même amoureuse.
Je soupirai. Puis, je souris.
-C'est un peu comme moi avec toi!
Il me regarda de ses gros yeux méchants.
-Je ne suis pas un psychopathe.
-Ça reste encore à prouver.
