Travail d'École
-Tout le monde a compris? Vous avez une semaine pour vous préparez à l'exposé, et je ne tolérerai aucun retard.
Je soupirai et rangeai mes affaires, comme tous mes camarades de classe. Ce devoir allait me donner du fil à retordre. Comment allais-je atteindre les exigences sans tomber dans le vulgaire? Je n,en avais aucune idée… Bon, déjà, il fallait me trouver un sujet. Un paysage ne fonctionnerait pas. Un contexte en particulier? Peut-être.. Et c'est certain que j'avais besoin d'un modèle. Mais qui pourrait bien remplir ce rôle? Ce serait un peu gênant de demander à quelqu'un… Un peu beaucoup même.. Il y avait toujours Law comme option. Mais allais-je oser…
-Alors, madame deuxième de classe, on ne sait toujours pas quoi faire pour l'exposé? Me nargua une voix venimeuse.
Je fis la grimace. Pas besoin de la voir pour reconnaître cette voix détestable. Félicia Storm, une fille dans le même programme que moi, passionnée elle aussi de photographie. On aurait pu devenir amies! Si elle n'était pas aussi arrogante, et prétentieuse, et énervante, et compétitrice. Elle excellait dans tous les sujets, que ce soit les cours de base ou les cours plus spécialisés. Elle était presque toujours première au classement. Et elle ne se gênait pas pour s'en vanter. Déjà avec ces caractéristiques, elle n'était pas dans ma liste des gens que je rêvais de côtoyer. Être bonne dans quelque chose est bien, le renvoyer à la figure de toute le monde et se prendre pour la meilleure l'est moins. Et c'est exactement comme ça qu'elle agissait. En temps normal, je m'aurais contenté de la regarder de loin, me disant qu'elle allait finir par se calmer, mais lorsqu'elle avait fait pleurer une fille parce qu'elle avait coulé un examen important, et qu'elle en profitait pour la rabaisser, je n'ai pas pu rester dans l'ombre à faire comme si je ne voyais rien. Alors je lui avais dit ma façon de penser. Elle n'avait pas aimé. Depuis, j'étais la cible de ses insultes, ce qui m'irritait grandement, mais je l'ignorais la plupart du temps. Je n'avais pas envie d'avoir des problèmes, après tout. Par contre, dès que j'avais un meilleur résultat qu'elle, surtout concernant les cours s'apparentant de près ou de loin à notre passion, je ne me gênais pas pour lui montrer, la faisant rager. Appelez ça ma douce vengeance.
Mais tous ces moments à voir son visage se transformer par la colère ne valaient pas un autre en particulier. Un autre, qui aurait toujours sa place dans mes souvenirs gratifiants et ô tellement satisfaisant. Ce n'était pas très longtemps après qu'elle ait commencé à me détester. Notre cours était terminé, je venais juste de sortir de l'établissement. Félicia se trouvait devant l'entrée, là où des automobiles embarquaient et débarquaient des étudiants. Là se trouvait une mercedes benz dernier cri, où la jeune femme se dirigeait. Oh, aurais-je oublié de mentionner que sa famille était riche? Bref, son chauffer (je présume) allait lui ouvrir la portière lorsqu'elle me vit. Évidemment, elle ne put s'empêcher de se moquer de moi, tout en se vantant des avoirs à ses parents. Puis, bizarrement, elle s'est tu, sa bouche grande ouverte, prête à avaler les mouches, et elle fixait un point derrière moi. Bien vite, elle s'est reprise, a replacé ses vêtements, remonté ses seins, et elle m'a déplacé pour se diriger dans mon dos. J'ai pivoté sur moi-même, et j'ai vu Law. Chose étrange, puisqu'il ne venait jamais à mon école. Peut-être qu'il y avait urgence, mais je ne saurais le dire à ce moment-là, puisqu'il m'avait envoyé un mail, que je n'avais toujours pas lu. Bref, elle se dirigeait droit sur lui, en balançant ses hanches pour faire plus d'effet, et lorsqu'elle arriva devant, elle l'arrêta en posant sa main sur son torse. Mes dents se serrèrent immédiatement. Là, elle allait trop loin! Mais juste au moment où j'allais lui remettre les pendules à l'heure, Law enleva sa main d'un geste brusque, la regarda froidement, puis la contourna pour poursuivre son chemin jusqu'à moi. La face qu'elle fit à ce moment-là valait un million. Et une fois à mes côtés, il me prit la main sans rien dire puis m'entraîna d'où il venait, le visage de la peste, empli d'incompréhension, me combla de bonheur. En passant à côté d'elle, je lui ai tiré la langue, et son expression exprimait clairement qu'elle aurait voulu me tuer.
Alors que je repensais à tout ça, je l'ignorai royalement, pris mes affaires et sortis de la classe. Je l'entendis claquer sa langue de mécontentement et je souris.
Furtive comme un félin, je m'installai près du cadre de porte de notre chambre, m'appuyai contre le mur, et observai mon amoureux travailler à la préparation de son cours, mon appareil photo dans les mains. Le professeur se trouvait devant son petit bureau. Une feuille était posée devant lui, et il y gribouillait quelque chose. Ses lunettes sur le nez, légèrement inclinées, lui donnaient un air mystérieux. La seule source de lumière présente, la petite lampe à ses côtés, accentuait l'ambiance. Il leva son crayon, le tapota sur son menton, visiblement en pleine réflexion. Il s'humecta les lèvres, sa langue rose visible une fraction de seconde. Un flash de lumière apparut dans la pièce. Mon appareil était à mon oeil, et mon coeur cognait dans ma poitrine. Je pouvais sentir la chaleur monter.
-Qu'est-ce que tu fais? Me demanda-t-il, à la fois curieux et agacée par mon comportement.
Je sursautai. Je n'avais pas prévu de le prendre en photo, en tout cas pas tout de suite. Je voulais seulement l'observer longuement pour me faire une idée du genre de contexte où il pourrait poser, s'il acceptait d'être mon modèle. Mais je n'avais pas pu résister. Il collait tellement avec le sujet que ma main avait agi toute seule.
-R-rien du tout.. Dis-je du bout des lèvres, évitant son regard.
Il leva un sourcil et soupira. J'entendis sa chaise grincer. Il se leva et se retrouva juste devant moi. Je levai mes yeux vers les siens.
-Qu'est-ce qu'il y a? Me questionna-t-il doucement.
Bon, maitenant qu'on est là, autant se jeter à l'eau…
-Tu veux bien poser pour moi?
Plusieurs secondes s'écoulèrent, et pourtant, il ne dit pas un mot. Il avait simplement un tout petit sourire en coin. Il voulait que j'élabore. Je le fis à contrecoeur.
-Je dois présenter un diaporama la semaine prochaine pour un de mes cours, et je croyais que…
Je refusais de terminer ma phrase. Et je n'en eus pas besoin puisqu'il le fit à ma place.
-Que j'allais accepter de bon coeur de t'aider?
J'acquiesçai en faisant la moue. Le connaissant, il allait me demander quelque chose en échange. Que ce soit le ménage, ou bien un massage, il ne se gênait pas pour me demander n'importe quoi. La dernière fois, il avait besoin d'un manuel pour ses cours. Mais il n'y en avait plus dans sa librairie habituelle, et comme c'était une édition spéciale, il n'y en avait pas un seul exemplaire en ville. Et comme ça aurait pris trop de temps de le commander et d'attendre, il m'a demandé d'aller en chercher dans la ville voisine, là où il avait appelé et qu'il restait un volume. Problème? La ville se trouvait à une heure d'ici. Seulement pour l'allée. Mais puisque je lui devais un service, je n'ai pas eu le choix que d'aller chercher son maudit manuel.. Cet homme n'avait aucune morale.
-Je me sens généreux, alors je veux bien accepter gratuitement. Pour cette fois.
J'entendais bien à sa voix qu'il était à moitié sincère. Mais pour l'instant, ça m'arrangeait trop pour y penser. Je souris.
-Alors, qu'est-ce que tu veux que je fasse?
Je réfléchis. Il pourrait.. Non non, pas ça. Ou alors.. Mes joues se tintèrent de rouge. Je ne peux pas lui demander ça! Hmm…. Raah, mais c'est difficile de penser à quelque chose de potable!
Devant mon combat intérieur, des mimiques étranges que je faisais, et surtout de mon teint qui virait au cramoisie, Law sourit de plus belle.
-Qu'est-ce que tu as comme sujet, au juste? Il doit bien y en avoir un, non?
Je figeai. Oui, il y en avait un. Mais je n'avais pas envie de lui en parler. Mais d'un autre côté, je n'arriverais jamais à lui demander certaines poses sans qu'il ne me pose un million de questions du pourquoi je lui demandais de faire ça.. Je crachai le morceau.
-C'est… lasensualité, dis-je le plus rapidement et silencieusement possible.
Cela lui prit quelques secondes, mais il comprit enfin mes paroles. Un sourire carnassier illumina son visage.
-La sensualité hein.. Dit-il malicieusement. J'ai deux-trois idées…
Il s'approcha dangereusement. Je reculai. Ce qui ne fit pas grand chose, puisque j'étais à deux centimètres du mur. Son sourire grandit, et il plaqua ses mains à côté de ma tête. Il approcha son visage à quelques centimètres du mien. Ses yeux reflétaient le désir. Hmm, c'était exactement ça, le sujet de mon exposé…
-Mais.. Sussura-t-il langoureusement. J'aurais besoin de ton aide..
Avant que je ne puisse parler, il captura mes lèvres pour un baiser enflammé. Je n'avais pas la volonté, et encore moins la force, de le repousser, alors je le laissai faire. Sans vouloir, mes membres devinrent mous, et je fis tomber mon appareil photo. J'ouvris aussitôt des yeux horrifiés, mais je ne pus faire grand chose. Je gémis contre ses lèvres, inquiète pour mon bébé (oui, c'est mon bébé, taisez-vous), mais il prit ma réaction pour du plaisir et ne fis pas attention à ma détresse. Au contraire, il sembla motivé, puisqu'il m'entraîna jusqu'au lit, où il me poussa légèrement pour que mon dos heurte doucement le matelas. À ce stade, je commençai moi-même à me prendre au jeu. Et avec Law qui se penchait vers moi en enlevant ses lunettes, il avait un aura de… sensualité.
À la porte, la petite Korra entra dans la pièce, sans se douter de la scène qui se déroulait à quelques mètres d'elle. Devant, elle vit un drôle d'objet que sa maîtresse avait toujours sur elle. Curieuse, elle s'en approcha. Elle le renifla. Ça sentait comme sa maîtresse. Prudente, elle avança une petite patte toute poilue et appuya sur l'appareil. À sa plus grande surprise, il émit un son étrange, une lumière aveuglante s'en échappa. Apeurée, la petite chatte prit la poudre d'escampette sans demander son reste, sans savoir qu'elle avait pris une photo des deux amoureux, Law par-dessus son amante, une main sous son chandail, leurs lèvres collées comme des aimants.
Je regardai nerveusement mon professeur. Après notre.. distraction, disons-le comme ça, Law avait enfin posé normalement pour moi, et j'avais pu prendre quelques clichés. Une où il enlevait d'une manière mystérieuse ses lunettes, une autre où il déboutonnait sa chemise, laissant apercevoir ses abdominaux et une partie de son tatouage. Il y en avait même une où il était trempé, les vêtements lui collant à la peau, mais celle-là, je l'avais gardé pour moi. Précieusement. Bref, j'avais réussi à faire un diaporama à peu près potable pour mon exposé. La surprise par contre, pendant mon triage, était de voir cette photo osée de Law et moi, en pleine action. Évidemment, je ne l'avais pas mis dans mon exposé, mais je n'ai pu me résigner à l'effacer non plus. Donc, je venais tout juste de finir ma présentation avec la dernière fois, et j'attendais avec appréhension la réaction du professeur, ou au moins de la classe, mais tout le monde était étrangement silencieux. En fait, maintenant que j'y pense, il n'y avait pas eu grands bruits pendant toute mon exposé. Je balayai la pièce du regard. La plupart des filles se mordaient les lèvres, et les garçons semblaient jaloux. Même le prof semblait mal à l'aise.
-Mademoiselle Cerys, j'avais demandé des photos sensuelles, pas de la pornographie.
Je devins rouge comme une pivoine. Mais ce n'était pas du tout ça! Bon, c'est vrai que Law était sculpté comme un dieu, et que le premier mot qui me venait à l'esprit en le regard sur ces photos était « sexy », pas loin devant « prends-moi », mais ce n'était que mon point de vue, pas du tout objectif à cause de mes sentiments, n'est-ce pas? Apparemment pas. Il faisait cet effet à tout le monde. Le désavantage, c'est que je n'avais pas du tout la certitude de passer cette exposé. L'avantage, c'est que Félicia était rouge de jalousie. Je souris légèrement. Puis, je cliquai sur la souris pour enlever mon diaporama, mais fut extrêmement surprise de découvrir une dernière photo. Celle de Law et moi, justement. À la vitesse, j'enlevai le plein écran et cliquai sur le « x » en haut de la page. Mais comment.. Law. C'était sûrement lui qui avait fouillé dans mon travail pour me faire cette blague de mauvais goût. Je jure, ce soir, lorsque je vais le voir, il est mort.
