Et si l'Amour était Docile, pour une Fois? Ou peut-être pas.

-Ça, ça va là.. Et hop!

En souriant, je m'éloignai du lecteur DVD et me laissai tomber sur le divan, au côté de Law, qui semblait franchement s'ennuyer. Je pris la télécommande dans mes mains et allumai la télévision. Je changeai de chaîne pour le mettre sur le DVD et vit l'écran des choix du film apparaître. Je souris et allai régler les options pendant que Law soupira à mes côtés.

-Dis-moi encore pourquoi je dois regarder ton film stupide?

J'agitai ma main pour le faire taire pendant que j'appuyais sur « Jouer ».

-D'abord, mon film n'est pas stupide! Ensuite, j'ai eu la gentillesse de faire le ménage de tout l'appartement parce que tu étais trop paresseux-

-J'avais du retard dans mes travaux.

-Pas mon problème. Donc j'ai bien voulu tout faire alors que d'habitude, on se partage les tâches, alors tu peux bien regarder un petit film avec moi!

Law rechigna, mais il ne réfuta pas mes paroles. Au contraire, il était finalement résigné à bien faire ce que je lui demandais. Il s'écrasa dans le divan et prit le boîtier du DVD qui traînait sur la petit table à côté du meuble.

-« Amour interdit »? Dit-il en plissant le nez. Tu vas me faire écouter une comédie romantique gnagna?

Je levai les yeux au plafond.

-Tu verras bien.. Maintenant, tais-toi et regarde!

La relation entre étudiant et professeur a toujours été tabou, et n'est certainement pas accepté par nos sociétés modernes. Alors en général, les deux tentent de ne pas tomber amoureux l'un de l'autre. Mais il arrive que parfois, le cour se laisse emporter par les émotions, ignorant complètement ce que la tête lui dit. Et c'est justement le problème d'un certain professeur et de son élève…

Un doigt agacé frappait frénétiquement un bureau, et le « toc toc toc » régulier résonnait dans les oreilles du professeur Cédric. Ses lèvres formaient une ligne droite, ses sourcils étaient froncés. Il n'était pas content. Ses élèves s'empressaient de sortir de la classe, voyant clairement que l'homme n'avait pas envie de discuter. De toute manière, la dernière cloche avait sonné, signifiant la fin des cours. Chacun s'empressait d'aller à leur casier pour rentrer chez lui. Tous quittaient la pièce, sauf une personne. Une jeune adolescente du nom de Flow. Elle attendait tranquillement que la pièce se vide, pour enfin être seule avec le professeur d'art plastique. Elle sourit malicieusement lorsque le dernier élève passa la porte, ce qui emplit la salle d'un profond silence. Seul le martellement du doigt de Cédric venait briser la tranquillité des lieux. La jeune femme respira profondément, replaça son uniforme, puis se dirigea lentement vers le bureau de son professeur. Celui-ci avait les yeux dans les capes et ne vit pas son élève s'approcher. Elle en profita pour contourner le meuble, se mettre à la gauche de l'homme et lui murmurer à l'oreille.

-Quelque chose ne va pas, professeur? Sussura-t-elle sensuellement.

Cédric sursauta sur sa chaise et se cogna le genou sous le bureau. Il jura tout bas en étouffant un cri de douleur. Flow rit en s'éloignant. Cédric, larme à l'oeil, lui envoya un regard noir puis, voyant qu'il n'avait aucun effet, soupira longuement.

-Combien de fois t'ai-je dit de ne pas arriver en douce, comme ça? Dit-il, agacé.

La brune lui sourit innocemment en joignant ses mains dans son dos. Le professeur secoua la tête, exaspéré, mais un petit sourire apparut sur ses lèvres. Puis, son regard se posa sur la feuille qui se trouvait sur son bureau, et ses sourcils se froncèrent de nouveau. Il prit le travail entre son index et son pouce et le leva devant le nez de son élève.

-C'est quoi, ça? Lui demanda-t-il.

Flow cligna plusieurs fois des yeux.

-Une feuille blanche.

Cédric acquiesça.

-Et tu peux me dire pourquoi cette feuille d'examen est totalement vide?

Elle haussa les épaules en signe d'indifférence. L'homme déposa l'objet sur la surface de son bureau puis se pinça la base de son nez, découragé.

-Je peux savoir pourquoi tu ne fournis jamais aucun effort dans mon cours? Je ne te demande pas de dessiner comme Picasso, seulement de faire ce que les consignes indiquent!

Flow se cura les ongles d'un air désintéressé. Il soupira rageusement, exaspéré par le comportement de son élève. Depuis le début de l'année, c'était toujours la même chose. Elle ne faisait aucun effort pour seulement avoir la note de passage, et ça rendait le professeur d'art plastique dingue. Il avait à coeur la réussite de ses élèves. Il pouvaiyt comprendre si l'un d'entre eux tentait quelque chose, même si le résultat n'était pas fabuleux. Par contre, il avait de la difficulté avec ceux qui abandonnaient avant même d'avoir essayer. Essayer, c'est mieux que de ne rien faire. C'était sa devise.

-Écoute, Flow, débuta-t-il doucement. Je veux bien faire tout en mon pouvoir pour t'aider à réussir mon cours, mais il faudrait que tu y mettes un peu du tien.

-Mais les arts, c'est aussi intéressant qu'un épisode des télétubbies.

-Et bien, c'est gentil… Marmonna-t-il, puis, il se reprit. Alors pourquoi n'as-tu pas pris le cours de musique, à la place?

Flow se mordit la lèvre inférieure. C'est certain qu'elle aimait autant l'art plastique que de se lever à 6h le matin pour aller à l'école, mais… Il faut dire que le professeur lui-même avait grandement influencé son choix. Elle l'aimait bien, enfin, un peu… Avec ses cheveux noirs en bataille, ses yeux verts pétillants qui s'émoustillaient à chaque fois qu'il parlait d'un sujet qu'il aimait, ses sourcils qui se fronçaient lorsqu'il réfléchissait, son doux sourire qui lui créait des fossettes dans les joues, son petit côté maladroit qui la faisait rire, son regard perçant qui faisait chavirer son coeur, et.. Bon, d'accord, elle était complètement folle de lui! Mais pas question qu'il le sache.

Flow s'obstina dans son silence en évitant soigneusement son regard. Le jeune adulte se frotta le visage, ne sachant plus quoi faire. Il y avait une limite à ce qu'il pouvait faire pour l'aider. Il ne pouvait quand même pas falsifier ses résultats. Il allait la sermonner de nouveau, mais se figea. Il tendit l'oreille, plissa les yeux, et son nez se retroussa. Il percevait une faible odeur de fumée, et il n'aimait pas ça. Flow avait à son tour sentit que quelque chose clochait et ses sens se mirent en alerte. Doucement, la porte qui était restée entrouverte laissa filtrer une fumée ocre et malodorante. Elle se propagea rapidement dans la pièce, de plus en plus présente et épaisse. Sans prendre une seconde, Cédric se leva et se dirigea vers Flow. Il lui prit l'avant-bras et l'entraîna derrière lui. La pièce ne comptait aucune fenêtre, donc c'était impossible de sortir ailleurs que par la porte. Aussitôt dans le couloir, ils furent accueilli sous une fumée homogène qui commença à s'infiltrer dans leur poumon, Des toux remontèrent du fond de leurs entrailles.

-Baisse-toi! Lui ordonna-t-il.

Du mieux qu'ils le purent, ils se dirigèrent vers la sortie la plus proche, qui se trouvait à gauche du long couloir qu'ils sillonnaient. Cédric protégea du mieux qu'il le pouvait la jeune femme en l'entourant de son bras et, à l'aide de la manche de sa chemise, il plaqua sa main sur son nez et sa bouche, pour ne pas qu'elle respire directement la fumée. Ils tournèrent le coin, et furent aussitôt envahis par une chaleur intense. Un feu proéminent bloquait complètement la sortie. Cédric jura et rebroussa rapidement chemin en se demandant pourquoi diable l'alarme de feu ne retentissait toujours pas. Il savait à quel point un feu pouvait se propager rapidement, et l'école était un vieux bâtiment. La structure était toujours composée de vois et elle prenait facilement feu. Les flammes léchaient le plafond au-dessus d'eux, et il commença à s'effriter. Si bien qu'un morceau complet se détacha et tomba directement sur le professeur et son élève. Cédric agit par instinct. Il entoura complètement Flow de ses bras et se servit de son corps comme d'un bouclier. Le bois encore brûlant vient se fracasser violemment sur son dos. Il perdit l'équilibre et tomba, entraînant la jeune femme dans sa chute. Elle hurla son nom.

-Attends, fais pause deux minutes.

Je l'ignorai et continuai de regarder le film. Sans mon consentement, il passa son bras au-dessus de moi pour prendre la télécommande que je gardais précieusement à ma gauche. Je l'empêchai de la prendre, ou plutôt essayai, mais il avait déjà pesé sur pause. Je grognai et le regardai.

-Qu'est-ce qu'il y a? Demandais-je, agacée.

Je tentai subtilement de m'approcher et de récupérer la télécommande, mais il me vit faire et la déposa par terre, de l'autre côté du bras du divan.

-Ah!

-Il y a trois trucs que je ne comprends pas. D'abord, tu as déjà vu le film, non?

J'acquiesçai.

-Alors pourquoi tu veux le revoir une deuxième fois? Tu sais déjà toute l'histoire.

-Et alors! J'aime ce film, je n'ai pas le droit?!

Law soupira devant mon énergie trop débordante.

-Ensuite, tu ne trouves pas que l'action arrive trop vite? Ça fait littéralement 4 minutes que le prologue a commencé.

-C'est expliqué plus tard..

-Ok. Et pour l'alarme qui ne fonctionne même pas? Comme si une école ne vérifierait pas ce genre de chose régulièrement.

-Raah, ça va, pas besoin d'en rajouter, l'expert! Je t'ai dit que tu comprendras plus tard! Je ne te raconterais pas le film en entier, seulement parce que tu ne comprends pas tous tout de suite! Comme j'ai dit plus tôt, tais-toi et regarde!

Il ouvrit la bouche pour parler de nouveau. Je le coupai.

-Et sans chialer! Pour une fois que c'est moi qui choisis un film, au lieu de tes histoires d'horreur qui m'empêchent de dormir!

Il sourit. Lui qui aimait me voir morte de peur, ça devait lui rappeler de bons souvenirs.. Je grognai et me déplaçai pour qu'une partie de mon torse se retrouve sur lui. Ma tête alla par-dessus bord et je pus récupérer la télécommande qui traînait toujours par terre. Je me relevai et remis le film en marche en lui faisant une grimace.


Le générique défilait lentement alors qu'il montrait dans un coin de l'écran les bloopers du film. Je ris en les regardant alors que Law étira ses bras pour faire bouger son corps endolori. Puis, il tourna la tête vers moi et me fixa.

-Cerys, est-ce que tu as les larmes aux yeux?

Je fis un son qui ressembla étrangement à un chat qui se fait écraser par un ballon de basket et détournai aussitôt la tête en lui tournant le dos. Je m'essuyai « discrètement » les yeux.

-M-mais non voyons!

Je l'entendis rire dans mon dos. Je reniflai, espérai que mes yeux n'étaient pas rouges, puis me retournai pour faire comme si de rien n'était. Il ne crût pas à ma supercherie.

-J'ai toujours sû que tu étais une pleurnicharde, mais là, c'est un peu fort. La fin n'était même pas triste. Même que ça se finissait plutôt bien.

Je fis la moue.

-Je ne pleure pas! Et puis, même si ce serait le cas, je ne le ferais pas parce que c'est triste, mais plutôt parce que c'est beau!

Il leva un sourcil, visiblement perplexe. Je lui expliquai.

-À la base, leur relation n'a aucune chance, puisqu'ils sont élève et professeur. Pourtant, Flow s'en contrefiche comme de l'an 40, et même si Cédric est conscient de l'impact que leur relation aurait sur la perception des autres à leur égard, surtout sur Flow, il veut la protéger à tout prix! Même si elle est totalement capable de se protéger toute seule, faisant parti d'une société secrète. Même avec tous ces gens qui viennent pour la tuer, Cédric reste à ses côtés, en se chiant dans les pantalons au passage, mais bon.. Et puis, la fin! Elle lui propose de se marier, sans vraiment le dire, c'est tellement mignon!

J'avais presque des étoiles dans les yeux. Étant une grande romantique qui ne s'assume pas, je me surpris à dire des choses pareilles. Pourtant, Law ne se moqua pas de moi. Il mit simplement son index et son pouce sur son menton, un faible sourire en coin.

-Eeh.. Alors si j'ai bien compris, tu aimes le romantisme qu'il y a dans leur histoire, puisqu'ils s'aiment, même si la société ne veut pas?

J'acquiesçai, gênée. Son sourire s'accentua.

-Donc, tu aimes parce que leur relation ressemble à la nôtre?

-Non! Peut-être.. Je sais pas..

Les yeux de Law brillèrent de malice.

-C'est vrai qu'il y a plusieurs aspects qui nous ressemblent, sauf…

Il fit une pause. Intriguée, je levai un sourcil et le regardai.

-Le mariage.

Aussitôt, je sentis mes joues se teinter de rouge. Ce sujet était presqu'aussi gênant que celui des enfants! Enfin, pour moi. Je suis certaine que j'étais l'exception à la règle, en matière de mariage. Je ne rêvais pas de me marier un jour, et je me disais que ça ne changerait pas vraiment notre relation actuelle. Mais tout de même, je me demande…

-Dis, Law?

-Hmm?

Il mit ses mains derrière sa tête et l'appuya sur le divan. J'ouvris la bouche, la fermai, me mordis une lèvre, jouai nerveusement avec mes doigts.

-Qu'est-ce que ça ferait, si nous étions m.. mariés..

Il me fixa, en pleine réflexion. Puis, il sourit malicieusement.

-Je nous imagine comme ça..

Law avait passé une longue journée au boulot. Plus que d'habitude, ses élèves avaient été une vraie plaie, et il n'avait qu'une idée en tête: retourner à la maison et prendre un bon bain et un succulent repas. Mais ces deux choses n'étaient pas sa seule motivation à monter les marches plus vite. Une personne l'attendait à l'appartement. Sa petite femme, qui devait déjà être rentré de l'université, et qui l'attendait sûrement avec impatience.

Il franchit enfin les innombrables marches, se retrouva à l'étage qu'il convoitait. Il se dirigea vers son propre appartement, et y entra.

-Je suis rentré.

-B-bienvenue à la maison.

Toute gênée, mais un sourire aux lèvres, Cerys se trouvait dans le couloir qui menait aux différentes pièces de l'appartement. Elle ne portait qu'un simple tablier de cuisine. Elle n'avait aucun autre vêtement sur elle. Law se passa la langue sur les lèvres, ses yeux brillant d'un aura de prédateur. Cerys ravala sa salive et fixa le sol, rouge comme une pivoine.

-Tu as faim? Tu veux prendre un bain? Ou bien..

Elle releva le regard, ses lèvres humides, une main se faufilant sous son tablier.

-Tu me veux, moi?

-Ça n'arrivera jamais, crétin! Hurlais-je à Law en lui balançant un coussin.

Law rit comme une baleine en évitant mon projectile pendant que j'avais envie de lui arracher les yeux. Comment peut-il dire des choses aussi gênantes?! J'avais l'impression d'avoir les oreilles en feu, tellement j'étais embarrassée parce qu'il venait de dire! C'était presque pire d'entendre ce genre de chose que de les dire soi-même.

-Il ne faut jamais dire jamais, peut-être que tu changeras d'idée… Sussura-t-il subjectivement.

Je grinçai des dents et lui tirai la langue. Il rit de nouveau.

-Et toi, comment tu nous imagines?

Hmm…

-Je ne crois pas que ça changerait vraiment quoi que ce soit. Après tout, on vit déjà ensemble, on ressemble à un couple marié, sans l'être. Alors avoir l'anneau qui vient avec ou non est la même chose pour moi.

-Vraiment? Donc, ça ne te dérangerait pas de te marier, alors?

J'haussai les épaules, l'air indifférente.

-P-pas vraiment..

-Je.. vois.

Il devint anormalement silencieux. Je le regardai du coin de l'oeil et vit qu'il était en pleine méditation. Est-ce qu'il considérait réellement la chose? Je sentis mon coeur tressauter dans ma poitrine.

« Et si Law était une femme et Cerys un homme? », proposé par Jujulamiss

« Et si Law était marié avec Cerys? », proposé par Hikaru Chesire