Et comme promis, voici le premier chapitre. Le dernier chapitre est parti en bêta-lecture (merci encore à Neliia), les autres ne tarderont donc pas à être postés. N'hésitez pas à laisser des commentaires, même si ce n'est qu'un mot !


« - Je suis désolée Mademoiselle Rockbell mais nous n'avons plus besoin de vos services. Au revoir. »

Winry soupira et tourna les talons, sa dernière paye en main. Cela faisait maintenant plus de dix-huit mois qu'elle enchaînait petits boulots sur petits boulots pour subvenir à ses besoins. Il faudrait qu'elle trouve un autre travail et vite : les factures ne se payaient pas toutes seules.

Lorsqu'elle arriva dans sa chambre d'hôtel miteuse, Winry regarda le calendrier épinglé au mur : cela faisait maintenant deux ans jour pour jour que ses parents avaient été assassinés. Elle avait l'impression de revivre ce sombre jour, même plusieurs années après. Elle avait le cœur serré mais ne pleurait plus : Winry était devenue forte. Après le traumatisme de l'annonce, elle avait cherché à subvenir à ses besoins et avait obtenu une émancipation par le juge à l'âge de 16 ans. Depuis, elle entretenait des relations sans profondeur, de peur de s'attacher et de perdre à nouveau des êtres chers. Elle avait d'abord travaillé en tant que serveuse dans les bars mais les mains baladeuses étaient trop présentes à son goût. Elle avait alors fait des courses et du ménage chez des personnes âgées mais le salaire ne suffisait pas à payer toutes ses charges...

« - Encore un soir passé sans manger de viande, soupira Winry. »

En complément, la jeune femme avait décroché un boulot à la chaîne dans une usine de fabrication alimentaire. Les horaires étaient monstres pour un salaire minimal : Winry arrivait à peine à manger de la viande une fois par semaine. Lorsqu'elle passa devant « sa » banque, un souvenir lui revint en mémoire :

Elle était assise à un grand bureau en bois sombre. Un homme froid la toisait depuis un grand fauteuil : le banquier de ses parents.

« - Mademoiselle Rockbell. Enchanté, je m'appelle Monsieur Villa. J'ai appris pour vos parents. Je vous présente mes condoléances. »

Son banquier lui parut tout de suite plus affable.

« - Vous n'avez aucun compte ouvert dans notre banque, ni dans une autre, par conséquent, nous allons remédier au problème dès à présent. Comme vous êtes désormais considérée comme majeure, vous avez juste à signer en bas de ces formulaires. Je vous laisse quelques instants pour les lire. N'hésitez pas si vous avez des questions. »

Monsieur Villa se tourna pour pianoter sur son clavier d'ordinateur pendant que Winry essayait de décoder le jargon des banquiers. Après quelques longues minutes, elle signa au bas des nombreuses pages et put recevoir son premier carnet de chèque ainsi que sa première carte de crédit. Monsieur Villa lui demanda si elle avait une source de revenus. Winry répondit d'une voix timide :

« - Et l'héritage de mes parents ? »

Monsieur Villa toussota légèrement, visiblement gêné avant de répondre :

« - Hé bien, avant de donner suite à votre question, je vais d'abord vous donner ceci. »

Il tendit une enveloppe blanche, toute simple avec ces quelques mots inscrits : Pour notre très chère fille, Winry. Celle-ci la prit avec appréhension et l'ouvrit avec délicatesse. Il y avait marqué ces quelques lignes :

Chère Winry,

saches avant tout que nous t'aimons très fort, et ce, malgré tous les événements qui pourraient arriver.

Après la guerre où nous avons travaillé en temps que médecin, nous avons compris quelque chose : le monde est en danger mais ne risque pas de changer. Il a besoin d'aide. C'est ainsi que nous avons décidé de faire don de notre argent à des associations pour les victimes de guerre et leurs familles. Nous savons que tu comprendras. Il te restera de quoi t'offrir ta première voiture. Tu as toujours été généreuse et empathique. Poursuis la carrière que tu as choisis, tu as tout notre soutien.

A bientôt notre fille adorée,

Tes parents qui t'aiment.

Winry releva des yeux pleins de larmes vers Monsieur Villa qui lui tendit un mouchoir.

« - Merci. »

Après un instant de silence interrompu par quelques reniflements de la part de Winry, celle-ci posa la question suivante :

« - Je vais disposer de combien et quand ?

- Trois mille euros disponibles dans trois semaines.

- C'est peu..., murmura Winry, la tête baissée.

- Nous pouvons vous ouvrir un livret épargne pour... »

Après un entretien banquier pour ouvrir des comptes, des livrets et droits à des aides, Winry partit, épuisée tant par ce jargon commercial que par la vision de sa vie future.

Depuis, Winry vivait dans un hôtel crasseux et mettait un maximum de côté pour reprendre ses études un jour. Malgré les maigres allocations qu'elles touchaient et ces salaires, son maigre pécule de départ ne faisait que décroître. Winry ouvrit l'enveloppe contenant sa paie et soupira : cela suffirait juste à payer son loyer. Lorsqu'elle arriva à l'hôtel, la gérante lui réclama effectivement son loyer et sa paie partit directement dans d'autres mains. La journée était vraiment mauvaise pour Winry.

Elle détailla sa chambre : à l'entrée, un petit couloir où des placards trônaient, ensuite venait une pièce de 9m² contenant un lit une place, une lampe et une table de chevet. Il y avait une petite salle de bain comportant une douche et un lavabo. Winry aurait pu croire vivre dans une chambre d'étudiante si ce n'est qu'il n'y avait aucune décoration personnelle sur les murs, pas de livres éparpillés par terre à la recherche d'une solution énigmatique d'un exercice compliqué et le papier peint ne cachait plus son âge.

Une housse blanche était pendue dans la penderie, la jeune blonde la prit délicatement et la posa sur son lit. Lorsqu'elle ouvrit la fermeture, les larmes lui montèrent aux yeux. Une des rares choses qu'elle avait conservé de son ancienne vie : la robe offerte pour le jour de son seizième anniversaire. Elle se dirigea vers la salle de bain, enleva promptement ses vêtements et pleura longuement sous une douche brûlante.

Lorsqu'elle ressortit de la salle de bain, sa peau était rougie par la chaleur de l'eau et les pleurs. Toutefois elle se sentait mieux, comme renouvelée, prête à affronter la nouvelle année en cours. Winry s'habilla prestement et descendit aux cuisines de l'hôtel. Elle s'était arrangée avec la gérante pour pouvoir se servir de la cuisine sans payer de frais supplémentaires, mais en échange, elle devait faire un peu de plonge, ce qui lui prenait une à deux heures de ses soirées. Cependant elle n'en avait cure : les soirées étaient bien longues dans cette chambre d'hôtel.

Après avoir mangé un plat de pâtes et fait la vaisselle, Winry prit un journal de la veille pour s'occuper avant de dormir. Les gros titres n'avaient rien d'exceptionnels : « Une décennie après la fin de la guerre, les victimes sont encore nombreuses », « Le salon des auto-mails aura lieu dans trois semaines à Briggs où le Strong Arm Alchemist sera notre invité d'honneur », « Un troc aux plantes se déroulera tous les week-ends du printemps dans l'enceinte de la capitale ». Pour Winry, qui lisait régulièrement les nouvelles, il n'y avait rien à apprendre de plus de ce journal-ci mais elle lut quand même les nombreuses pages, pour passer le temps. Arrivée aux pages sportives, elle les passa et atterrit sur les petites annonces. Winry était désespérée ce soir mais elle fit un effort pour trouver un travail au plus tôt, sinon ses économies ne feraient pas long feu... Elle alla chercher un stylo pour entourer les annonces qui lui convenaient. « Cherche jardinier(e) avec expérience pour les jardins et parcs municipaux » De l'expérience, de l'expérience... Et comment faisaient les personnes comme Winry pour commencer à travailler ? Elle chiffonna une page du journal, agacée. Elle chercha d'autres annonces, plus intéressantes : « Contrat de six mois en tant que vendeuse dans la mode. Tenue correcte exigée ». Winry se regarda dans le miroir : tee-shirt blanc sous une salopette en jean et rigola. Elle n'était vraiment pas apte pour ce job et ne comprenait rien à la mode. Elle lut l'annonce en dessous : « Cherche psychologue de courant psychanalytique pour CDI ». Psychanaly-quoi ? Winry ne comprenait pas l'annonce alors de là à faire le travail... Elle aurait plus besoin d'aller consulter avant de proposer son CV. La jeune femme sourit à cette pensée et continua ses recherches. « Cherche jeune adulte pour deux semaines d'hospitalisation, expériences pharmaceutiques rémunérés trois mille euros ». C'était plus que tentant pour Winry mais elle ne permettrait pas qu'on touche à son corps pour des expériences dont elle ignorait la raison et les finalités. Elle fut prise d'un fou rire quand elle lut cette annonce : « Cherche personne aux grands pieds pour chausser du clown, pas de nez en trompettes acceptés pour les faux nez ». Le recruteur avait réellement osé écrire ça dans le journal ?

Après deux pages de petites annonces infructueuses nécessitant expériences, permis ou niveau d'études trop supérieures, Winry retrouva le sourire :

« Cherche personne dynamique, courageuse et n'ayant pas peur du travail pour aide aux devoirs et tâches ménagères. Logement de fonction. Pour plus de renseignements, veuillez contacter le numéro suivant ».

Le seul inconvénient pour Winry, c'était d'appeler : elle n'avait pas de téléphone et ne payait pas l'hôtel pour avoir une ligne fixe. Mais il n'y avait pas d'adresse où aller et c'était la seule annonce où elle répondait aux critères. Elle regarda l'heure : vingt-trois heures trente. Une journée de plus ou de moins sans salaire, elle n'était plus à ça près. Elle se leva, laissa le journal ouvert à la page de l'annonce et partit se laver les dents avant de se coucher. Elle n'imaginait pas que sa vie venait de prendre un tout autre tournant en lisant ces quelques mots.

Winry se coucha sans une pensée pour son anniversaire, mais bien pour celui de la mort de ses parents.

Lorsque Winry se présenta à l'accueil le lendemain à huit heures tapantes, la gérante poussa un énorme soupir. Dès qu'elle voyait la jeune femme blonde arriver à son bureau, cela signifiait qu'il fallait qu'elle lui rende un service. Et elle n'aimait pas rendre service. Mais cette petite avait quelque chose dans le regard et dans sa force de vivre qui l'empêchait de lui dire non. La gérante prit un ton coupant pour ne pas montrer son affection à « la petiote » :

« - Qu'est-ce que tu veux encore ?

- Bonjour Madame, j'aurais besoin de vous emprunter votre téléphone pour répondre à une annonce de travail.

- Quand est-ce que tu vas aller t'en acheter un de téléphone toi hein ? Tsss.

- Je suis désolée de vous déranger Madame Pinako mais j'en ai vraiment besoin vous savez.

- Trente minutes pas plus. C'est pas toi qui paye la facture.

- Merci madame, dit la blonde avec un grand sourire. »

La gérante se détourna vers la cuisine afin que Winry ne voit pas son visage. Il n'y avait donc pas que des feignants chez les jeunes...

Winry ne savait pas comment s'habiller. Elle avait rendez-vous à quatorze heures pour un entretien suite à la petite annonce lue la veille. Devait-elle s'habiller strict pour faire voir son côté « super nanny » ou plutôt cool pour avoir les enfants dans sa poche ? Un tailleur ou un jean large ? Une jupe droite ou une robe d'été ? Unie ou à fleurs ? Finalement, Winry se jeta sous la douche, trop énervée et angoissée pour réfléchir correctement à sa tenue. L'eau chaude sur sa peau lui fit du bien et lui remit les idées au clair. Ainsi, lorsqu'elle se retrouva face à son lit où se trouvait toutes ses affaires, elle savait quoi mettre : une jupe noire plissée un peu « écolière » avec un simple débardeur blanc par dessus. Winry ne voulait pas mentir sur son âge en s'habillant avec un tailleur trop strict ni paraître irresponsable en s'habillant en jean. La blonde n'y croyait plus trop de toute façon, c'est pourquoi sa tenue était très simple, non conforme aux entretiens d'embauche. Toutefois, la chaleur qui régnait sur Amestris lui permettait ce genre de légèreté. A midi, elle avait le ventre noué et ne désirait pas manger. Mais elle se dit que s'évanouir devant un employeur du fait d'un « saut de repas » ne ferait pas très professionnel. Elle se força alors à manger une tranche de jambon et une rondelle de pain avant de foncer prendre le métro. En voiture, cela n'aurait pris que quinze minutes sur voie rapide mais Winry, fautes de moyens, n'avait ni permis ni moyen de transport. Elle prenait alors le bus ou le métro et cela rajoutait du temps aux trajets, surtout lorsqu'il y avait des correspondances. Elle avait pratiquement le double de temps de trajet et ne comptait pas arriver en retard à son entretien. Arrivée à l'abribus, chaque seconde passée à attendre le bus était un supplice. Elle se tordait nerveusement les mains et espérait que ce jour soit enfin signe d'un renouveau.

Arrivée à sa station, Winry était armée d'un plan et n'avait plus qu'un quart d'heure pour trouver le bon chemin. Elle tourna plusieurs fois à la mauvaise intersection et dû faire demi-tour régulièrement, ce qui lui faisait perdre un temps fou. Qu'est-ce qu'elle n'aurait pas donné pour avoir un smartphone équipé d'un GPS... A l'approche de quatorze heure, elle sentait son cœur s'emballer et ses yeux papillonner sans cesse entre la rue et le plan de la ville. Elle passa devant une somptueuse bâtisse sans la voir et arriva au bout du trottoir. Winry regarda le plan, l'adresse qu'elle avait écrite sur un bout de papier et remarqua qu'elle avait dépassé le lieu du rendez-vous. Elle fit demi-tour, passa devant une magnifique grille en fer forgé et s'arrêta de nouveau, quelques mètres plus loin. Lorsqu'elle leva les yeux, elle remarqua que l'adresse indiquait que son entretien se passait ici, après ces barrières ouvragées. Elle avala sa salive difficilement et regarda sa tenue : elle ferait vraiment tâche auprès de l'employeur. Elle hésita à partir et rentrer à l'hôtel mais elle prit son courage à deux mains et appuya sur le visiophone. Une voix masculine lui répondit :

« - Résidence Elric.

- Bonjour, je m'appelle Winry Rockbell et j'ai rendez-vous pour un entretien d'embauche à propos de...

- Entrez. »

Le cœur de Winry s'emballa lorsque les grilles s'ouvrirent, dévoilant un chemin de graviers bordés de chênes majestueux menant à la bâtisse. Aux portes du manoir, un loquet en forme de tête de lion permettait d'avertir de son arrivée. Winry toucha les courbes de l'animal quelques secondes avant de frapper le socle, annonçant sa venue. Un majordome - lui sembla-t-il - vînt lui ouvrir. Impeccable dans son costume queue de pie, il ne cilla pas à la vue de la tenue de Winry.

« - Bonjour Monsieur, je suis Winry Rockbell, je viens pour...

- Nous savons. Suivez-moi s'il vous plaît. »

Winry était intimidée par la beauté et la majesté des lieux. Le plafond était haut, l'escalier en marbre et le carrelage étincelait. Tout ceci respirait l'argent. C'était une débauche de luxe et de prestance. Le majordome dut remarquer son étonnement car il ralentit quelque peu la marche pour la laisser admirer les lieux. La jeune femme se trouvait bien décalée par rapport à cet étalage de richesse. Elle ouvrit la bouche pour renoncer au travail, ne voulant pas se ridiculiser mais le majordome l'en empêcha en ouvrant grand une porte :

« - Si Madame veut bien se donner la peine, je vais prévenir le maître de votre arrivée.

- Bien sûr. Merci beaucoup. »

Le majordome tiqua lorsque Winry lui dit merci mais ne pipa mot. Elle s'installa sur un fauteuil luxueux mais absolument inconfortable. Elle se trémoussait encore pour trouver la bonne position quand le majordome revînt la voir pour l'emmener voir « le maître ».

Lorsque la porte s'ouvrit pour la laisser passer, elle ne put que contempler la magnificence des lieux avant de remarquer toute autre chose. Elle se rendit compte de son impolitesse lorsque le maître des lieux toussota avant de prendre la parole :

« - Asseyez-vous je vous en prie.

- Je suis désolée, merci. Je m'appelle Winry Rockbell, enchantée.

- Mon nom est Van Hohenheim. Je suis le père de deux enfants, Edward et Alphonse Elric. Je ne suis pas très présent en raison de mon travail et j'aurais besoin d'une surveillance accrue par rapport à eux. Le plus grand, Edward, doit avoir à peu près le même âge que vous, mais il n'en fait qu'à sa tête. En revanche, Alphonse est beaucoup plus posé mais commence à être influencé par son grand frère. J'aimerais quelqu'un qui s'occupe de lui et de ses devoirs. C'est encore un jeune enfant, il n'a que quatorze ans mais il ne faudrait pas qu'il rate ses études à cause de son frère. Enfin, je ne vous apprends rien n'est-ce pas ?

- Heu... je ne comprends pas, pourquoi me dîtes-vous ça ?

- Vous avez du entendre parler des fameux « frères Elric » dans la presse à scandales non ?

- Hé bien à vrai dire, ce nom m'est totalement étranger. »

En effet, la jeune femme ne lisait pas les pages people, ne considérant pas ça comme de la littérature, préférant l'actualité politique et les petites annonces. Van Hohenheim regarda Winry avec les yeux écarquillés et c'est le majordome, placé derrière « le maître » qui prit alors la parole :

« - Les frères Elric sont les descendants du maître ici présents et sont, à ce jour, les héritiers les plus riches et les plus populaires d'Amestris, mademoiselle. »

Winry rougit, signe de sa confusion. Elle s'excusa la tête baissée. Lorsque la stupeur de Van Hohenheim s'envola, il reprit la parole :

« - Hé bien, au moins vous ne serez pas influencés par ce que vous avez lu, vu et entendu dans les médias. Votre contrat commence cet après-midi. Je vous prends. Mais sachez qu'avant vous, beaucoup ont renoncé. Mes fils ne sont pas ici, ils vivent dans une autre de mes demeures. C'est là-bas que vous logerez. Nous allons nous occuper de faire livrer vos affaires là-bas. Mademoiselle Rockbell, je vous souhaite bon courage. »

La jeune fille se leva et suivit le majordome qui l'amena dans la cour et lui ouvrit la portière d'une voiture... luxueuse comme tout ce qui était dans cette demeure. Elle attacha sa ceinture et le chauffeur démarra.

A cet instant, sa vie venait de prendre un tout autre tournant.