Hello tout le monde !
J'espère que vous avez aimé le 2e chapitre, car voici la suite ! Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser un commentaire, ça me fait toujours super plaisir et ça m'aide à avancer !
Bizz
Chapitre 3
Jour 1
— Mais enfin, qu'est-ce qu'il se passe ? s'exclame ma mère, perdue.
Je ne sais pas quoi répondre face à son inquiétude. Et franchement, le visage sombre de Peeta n'aide en rien à calmer mes propres angoisses.
Bien sûr, il peut y avoir mille raisons pour que les chaînes du Capitole n'émettent plus. Cela peut être dû à la panne d'électricité, à un problème sur une des tours de transmission, à un orage…
Mais, dans le contexte actuel, cela ne fait qu'alimenter cette impression désagréable de catastrophe imminente qui nous habite tous.
Le bras de Peeta se glisse dans mon dos, machinalement. C'est presque un réflexe, un besoin de me sentir, bien vivante à ses côtés. Un moyen aussi peut-être de me rassurer, de me dire qu'il est là pour me protéger, comme toujours.
— Ecoute, je vais aller en ville. Quelqu'un saura peut-être quelque chose. Je reviens au plus vite, ne t'inquiète pas. Pendant ce temps, essaie d'appeler Plutarch au Capitole, il pourra peut-être nous en dire plus.
J'acquiesce, un peu déboussolée. Il m'embrasse sur la tempe et file sans attendre. Je reste seule avec ma mère, dans mon ancienne maison.
— Ça va toi ? lui demandé-je soudain, la trouvant plus pâle qu'à l'accoutumé.
— Oui… Je n'ai pas beaucoup dormi, c'est tout…
— Tu es rentrée tard de la fête ?
— Oh, non, une demi-heure après vous à peu près. Mais, j'ai eu du mal à trouver le sommeil.
Elle s'assoit mollement sur la chaise la plus proche.
Je lui trouve l'air fatigué tout à coup, comme si elle avait vieilli de dix ans en une nuit.
— Tu sais, c'est la première fois que je me retrouve toute seule dans une maison… Alors, c'est un peu dur, finit-elle par avouer d'une voix triste.
Mais, elle s'empresse d'ajouter, comme si je pouvais mal interpréter ses paroles :
— Bien sûr, c'est normal que notre petite Prim fasse sa vie je suis tellement heureuse qu'elle ait trouvé quelqu'un qui l'aime comme elle le mérite. Mais, tu vois, c'est juste que je n'ai pas l'habitude de tout ce silence… ça me fait bizarre. Même le chat est parti, alors…
Je hoche la tête. Oui, je comprends.
J'ai beau être une solitaire, j'ai déjà ressenti ce sentiment de vide, ce silence si profond qu'il en est assourdissant. Je l'ai connu pour la toute première fois lors de mon arrivée au Capitole après la moisson, dans ma chambre si belle et si luxueuse. Je crois que je ne me suis jamais sentie aussi seule et perdue que cette nuit-là.
Et à présent que j'ai des enfants, je la comprends avec encore plus de prégnance. Leurs cris, leurs rires, leurs jeux emplissent ma maison et j'imagine assez mal le jour, pourtant inévitable, où ils partiront à leur tour. Je réalise seulement à présent, en regardant ma pauvre maman triste et fatiguée, que moi non plus je n'ai pensé à rien d'autre qu'à moi en épousant Peeta. A aucun moment, je n'ai songé à elle, ni à ce qu'elle allait ressentir. Bien sûr, à l'époque, Prim était toujours là, et Cinna occupait le rez-de-chaussée de la maison. Elle n'était pas seule. Mais, quelque part, je m'en veux de n'y avoir simplement pas pensé.
Sans dire un mot, je m'approche d'elle et la prends dans mes bras. Elle a un bref mouvement de surprise car je suis rarement aussi démonstrative, puis elle s'abandonne au câlin que je lui offre.
— Ça va aller, Maman et puis, nous ne sommes pas loin, tu sais. Et si tu t'ennuies trop, tu sais que tu peux prendre les enfants quand tu veux ! Ajouté-je en plaisantant.
Son rire se mêle au mien et pour un instant, la lourdeur qui avait envahi la pièce s'évanouit.
— Allez, viens, essayons de joindre Plutarch. Ton téléphone devrait fonctionner, lui proposé-je enfin.
Nous nous dirigeons vers l'appareil, situé dans le hall d'entrée. Je saisis le combiné d'une main dont je m'efforce de contrôler le tremblement. Fébrile, je compose le numéro de notre ami, que je connais par cœur. Une succession ininterrompue de bips sonores m'indiquent que mon appel ne peut aboutir.
Je recommence une demi-douzaine de fois, agacée.
— Rien à faire. La ligne est en dérangement. Il a peut-être trop d'appels vers le Capitole.
— c'est sûrement ça. Nous réessayerons plus tard, me réplique ma mère, essayant de rester positive. Et de toute manière, je suis sûre que Peeta va revenir avec des nouvelles.
Je raccroche mollement le combiné, désespérée.
Et nous commençons à attendre.
Les secondes s'étirent, comme si elles voulaient devenir heures. Je piétine, de long en large, dans le salon tandis Maman fait chauffer du thé. Lorsqu'elle revient, la théière à la main, elle me propose :
— Et si nous allions plutôt nous installer chez toi. On ne sait jamais, si les petits se réveillent…
Je hoche la tête oui, nous serons mieux à la maison. Et puis Finnick et Annie se réveilleront bientôt aussi et ils auront peut-être une idée…
Prim
Des éclats de voix au-dehors m'arrachent au sommeil mais je lutte désespérément.
Je ne veux pas les entendre.
Je veux rester dans mon cocon de douceur. Je fais un rêve merveilleux j'ai épousé Cinna et je me suis endormie dans ses bras, au milieu d'un champ de fleurs. Il fait chaud. Je suis désespérément bien et je ne veux pas me réveiller. Jamais ! Mais, j'entends une voix familière chuchoter à mon oreille :
— Bonjour, ma femme…
Et tout à coup, je réalise que ce n'était pas qu'un rêve. J'ai bien épousé l'homme que j'aime et la chaleur que je ressens m'entoure réellement. Il est allongé contre moi et c'est sa peau qui rayonne et ses bras qui m'enlacent qui me procurent cette touffeur si agréable.
Ma joue est posée contre sa poitrine nue ma main repose sur ses côtes. Sous mes doigts, je sens le renflement d'une cicatrice, stigmate de son passage au Capitole. Je dépose un petit baiser timide sur son torse et je le sens sourire. Je lève les yeux pour croiser son regard, tendre et pourtant brûlant. Il me contemple, semble détailler le moindre centimètre de mon corps qui ne soit pas recouvert par les couvertures. Sa main se pose sur moi et, lentement, son pouce dessine des cercles parfaits sur la rondeur de mon épaule. Il est si tendre et cette nuit a été si parfaite, si merveilleuse qu'aucun mot ne saurait décrire ce que je ressens.
Les éclats de voix se font à nouveau entendre, plus proches cette fois, comme si des gens passaient devant la maison en parlant trop fort.
Cinna focalise son attention sur le bruit, essayant sans doute de comprendre ce qu'il se dit sous nos fenêtres. Son visage semble soucieux tout à coup. Il bouge, s'écarte de moi et fait mine de se lever. Je le retiens, comme une liane s'accroche à un rocher. Mes bras se nouent autour de sa taille et je m'enroule autour de lui, l'empêchant de quitter la douceur de notre lit. Assis au bord du matelas, il éclate de rire :
— Prim ! Qu'est-ce que tu fais, voyons ?
— Il est hors de question que tu m'échappes aussi facilement ! Tu es tout à moi maintenant, tu te rappelles ?
Il caresse mon visage avec tendresse et indulgence et murmure :
— Je ne m'en vais pas, tu sais. Je voulais seulement aller à la fenêtre voir ce qu'il se passe dehors…
Je le fixe intensément, plus mutine que jamais et réplique d'une voix basse :
— Je sais bien… mais tu ne vas nulle part…
Un sourire s'épanouit sur ses lèvres et, il abandonne toute idée de sortir du lit. Il se rallonge tandis que j'enroule mes jambes autour des siennes pour le garder captif.
— Mais où est passée la Prim timide et fragile que j'ai épousée hier ? Qui êtes-vous donc Madame ? S'exclame-t-il, taquin, apparemment ravi de ma soudaine audace.
Je glisse mes bras autour de son cou, passe mes doigts dans ses cheveux et réponds, avant de l'embrasser :
— Je suis ta femme, mon amour…
Il répond à mon baiser avec une fièvre nouvelle, m'enlace avant de murmurer contre mon cou :
— Tu es tellement belle. Décidément, je ne mérite pas un tel bonheur...
Je m'immobilise brusquement, comme brûlée par ces paroles. Je commence à connaître les vieux démons qui l'habitent. Je saisis son visage entre mes mains et l'oblige à me regarder droit dans les yeux. Je ne veux plus jamais qu'il pense ce genre d'horreur.
— Ne dis plus jamais ça, tu entends. Je te l'interdis. D'aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais voulu personne d'autre que toi. Je t'aime et je te défends de croire que quelqu'un d'autre pourrait me rendre plus heureuse que je ne le suis. Je suis comblée, mon amour, dis-je d'une voix douce et ferme à la fois.
Cinna scille devant la violence tempétueuse de mes sentiments et hoche lentement la tête, ému et bouleversé. J'attire son visage contre moi et il niche sa tête au creux de mon épaule. Je le sens respirer doucement tandis qu'il me serre fort contre lui.
Lorsque finalement, nous nous levons, l'agitation extérieure est à son comble.
Intriguée, je me décide finalement à ouvrir les volets du premier étage et me penche, en peignoir, pour voir ce qui justifie tant de bruit, si tôt le matin. J'avale aussitôt une gorgée d'air saturé de cendres et me mets à tousser.
Effarée, je vois des fumerolles qui tombent sur la ville en tourbillons incandescents.
Je referme précipitamment la fenêtre et hurle :
— Cinna ! Il a le feu dehors !
— Habille-toi ! m'ordonne-t-il en enfilant rapidement son pantalon.
Je choisis dans l'armoire des vêtements robustes, capables de me protéger des cendres et Cinna me tend un grand mouchoir humide.
— Mets ça sur ta bouche et ton nez pour respirer. Cela t'évitera de tousser.
Il fait de même et nous quittons la maison.
Dans la rue, c'est la cohue à présent. Les gens se ruent vers la place de l'Hôtel de ville. Cinna interpelle une famille qui passe près de nous sur le trottoir encombré:
— S'il vous plaît, que se passe-t-il ? Où allez-vous comme ça ?
— Tout le monde va à la mairie, il paraît que le maire doit faire une annonce. Il y en a qui disent qu'ils vont nous évacuer. Vous devriez venir !
L'homme s'éloigne avec sa compagne et ses enfants qui ne le lâchent pas d'une semelle.
Cinna me prend par la main avec force, comme dans les ruelles du Capitole lors de l'attaque. Il ne veut pas me perdre dans la foule dense et agitée.
— Viens, me dit-il. On doit savoir d'où ça vient.
Je le suis, un peu maladroitement, bousculée par les gens qui courent et me frôlent. Je plaque le mouchoir humide sur mon visage mais l'odeur âcre me pique quand même un peu la gorge. Les fumerolles touchent le sol et s'écrasent sur les toits environnants les cendres tombent du ciel comme de gros flocons de neige, gris et lourds. J'en ai plein les cheveux, certains se prennent même sur mes cils et m'aveuglent. Je secoue d'un geste mes vêtements et mon visage pour les enlever.
Je n'ai jamais rien vu de tel.
Et je commence franchement à avoir peur.
En débouchant sur la place de la mairie, nous nous retrouvons mêlés aux dizaines de personnes déjà rassemblées en une foule compacte et angoissée. Quelques femmes ont ouvert de grands parapluies et abritent leurs enfants dessous d'autres se sont réfugiés sous les arcades des commerces voisins. Je tire Cinna par le bras pour les imiter. J'essaie de me frayer un chemin jusqu'à l'auvent d'une boutique mais, il n'y a plus la moindre place.
Tout à coup, je sens Cinna me soulever de terre, aussi facilement que si je ne pesais rien. Il m'assoit sur un muret, à environ un mètre de haut, sous l'abri d'une pente de toit.
— Tu es bien installée ? me demande-t-il.
Je hoche la tête. Ainsi perchée, je domine toute la place et ai une vue imprenable sur l'estrade où le Maire vient de paraître. Même depuis mon perchoir éloigné, je peux voir combien il semble las. Il a les épaules voûtées, écrasées par le poids d'un fardeau trop lourd pour lui. Sa cape écarlate est grise de cendres. Faute de micro pour se faire entendre, il lève les bras pour demander le silence.
Les murmures et les voix s'éteignent et un calme effrayant tombe sur la place bondée de monde. Quelques toussotements discrets se font entendre de temps à autres, aux quatre coins de l'assemblée.
— Mes amis, commence-t-il d'une voix aussi forte qu'il le peut. Je sais que vous êtes inquiets et que vous voulez des réponses mais, celles que je peux vous donner sont pour l'instant bien minces. Ce que je sais à l'heure actuelle, c'est que l'électricité est coupée dans tout notre district ainsi que dans les districts voisins. Tout Panem est plongé dans le noir.
Un murmure parcourt l'assemblée et je frissonne.
— Quant à cette fumée, d'après nos dernières informations, elle proviendrait d'un incendie dans le district 6. Avant que le courant ne manque, j'ai eu le temps de recevoir un message d'alerte de mon homologue du 6 m'indiquant qu'une explosion venait de se produire sur l'une des cuves à carburant de leur principal entrepôt de stockage. Mais, au vu des cendres qui recouvrent à présent notre ville, je crains à présent que le feu ne se soit en plus propagé à la végétation environnante.
Une clameur d'affolement se répand parmi la foule des badauds et le Maire est obligé de faire de grands signes pour ramener le calme. Il hausse la voix pour ajouter :
— Je vous en prie, calmez-vous ! Pour l'instant, nous ne craignons rien. Je vous recommande de vous enfermer chez vous et d'attendre que ce nuage passe. Tout devrait s'arranger très vite ! Ne vous inquiétez pas.
Son discours s'éteint dans une quinte de toux. Sa femme le soutient et lui tend un mouchoir qu'il pose sur son visage. Il fait signe aux gens assemblés qu'il en a terminé avant de se retirer dans l'Hôtel de ville.
Les habitants du District demeurent un instant comme figés de stupeur puis, lentement, s'éparpillent pour rentrer chez eux en toussant.
Tandis que la cohue reflue, j'aperçois tout à coup un visage familier dans la foule.
— Peeta !
Il sursaute et cherche autour de lui l'origine du cri.
— Peeta ! crié-je de plus belle en agitant le bras pour qu'il me voit.
Il tourne enfin la tête dans ma direction et me découvre, perchée sur mon mur en train de m'agiter comme une folle. Il me renvoie un signe de la main et fend la foule dans ma direction.
— Cinna, aide-moi à descendre de là, veux-tu ? J'ai retrouvé Peeta !
Cinna m'attrape par la taille et me dépose aisément par terre. Peeta nous rejoint quelques secondes plus tard. Il me serre dans ses bras et échange une poignée de main avec mon mari.
— Où est ma sœur ? questionné-je en cherchant Katniss parmi les visages gris qui nous entourent.
— A la maison, avec ta mère et les enfants. Je suis parti en éclaireur, voir si je pouvais apprendre quelque chose mais, apparemment, nous n'en saurons pas plus aujourd'hui. Je vais me dépêcher de rentrer, je suis resté absent longtemps ils doivent s'inquiéter.
Je jette un regard en coin vers Cinna je ne sais pas bien quelle position je dois adopter. Autrefois, je n'aurais pas réfléchi, j'aurais couru chez ma sœur, mais à présent, tout est différent. Je suis mariée…
C'est alors que Cinna déclare :
— On va t'accompagner, je crois qu'il vaut mieux qu'on reste tous ensemble.
Ces mots… C'est comme s'il avait lu directement dans mon cœur et percé à jour le conflit qui m'agitait.
Il me couve d'un regard tendre et ajoute :
— Tu es d'accord, mon amour ?
Je hoche la tête, tellement heureuse que mes yeux s'embuent de larmes. Cinna glisse son mouchoir sur mes joues et essuie délicatement mes yeux.
— Hâtons-nous, cette cendre te fait mal aux yeux… murmure-t-il.
Je secoue la tête ne démentant pas, mon cœur cognant à tout rompre dans ma poitrine.
Je mêle mes doigts aux siens tandis qu'il discute avec Peeta tout en marchant.
Nous remontons la rue principale, passons à quelques ruelles de La Plaque et prenons l'allée pavée qui conduit au village des vainqueurs. Je contemple avec stupeur la cendre qui recouvre les pierres de la route d'une couche de poussière lourde et compacte qui se soulève à chacun de nos pas, comme une neige sale et laide. Les gens qui marchent autour de moi ont tous le même visage terne et gris. Je jette un coup d'œil à Peeta et à mon mari nous sommes tous pareils. Il n'y a plus ni blonds ni bruns, nous sommes aussi semblables que des statues de pierre.
Et je crains que cela ne s'arrête pas de sitôt, contrairement aux paroles réconfortantes de notre Maire. Au-dessus des montagnes, vers le District 6, la colonne de fumée s'élève en un immense champignon et s'étale, portée par le vent, cachant complètement le soleil.
En arrivant enfin à la maison, Peeta repère aussitôt Katniss qui trépigne sur le pas de la porte de leur demeure. Il lui adresse un petit signe et je la vois disparaître dans l'entrebâillement de la porte, pour avertir les autres de notre retour.
Nous allongeons le pas, pressés de nous mettre à l'abri et de nous débarrasser de toute cette cendre.
En ôtant ma veste, je répands de la poussière sur le plancher du hall et me mets à éternuer sans pouvoir m'arrêter. Peeta a été plus rapide que moi je l'entends dans le salon qui résume la situation au reste de la famille ainsi qu'à Finnick et Annie.
Je croise le regard de Cinna, posé sur moi, alors qu'il pensait mon attention attirée ailleurs. Il a l'air particulièrement soucieux. Dès que nos yeux se croisent, son visage change et l'inquiétude fait place à la tendresse. Comme toujours, il veut me protéger mais, je sais que cette fois, ça risque d'être difficile.
Le danger est chez nous.
