Salut à tous,

Voici la suite ! Merci pour vos commentaires ! Ils m'ont fait super plaisir. J'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire ce nouveau chapitre.

A très vite...

Chapitre 9

Des mutations…

Si j'avais pu imaginer me retrouver à nouveau confrontée à ces abominations, je serais sûrement restée chez moi. Je jette un œil vers l'animal furieux qui tourne comme un fauve en cage au pied de notre perchoir, dans l'espoir de trouver une solution pour nous en déloger.

Rien que la vue de son pelage gris zébré de noir, de ses yeux trop pâles, si clairs qu'ils paraissent taillés dans une vitre, de cette haine féroce qui se dégage de sa posture, je suis à nouveau replongée dans l'enfer des Jeux. Ces créatures démoniaques aux formes multiples et terrifiantes hantent encore quelques fois mes cauchemars les plus violents.

Mais, cela faisait quelques mois que je n'y avais pas pensé… Et je sais que c'est pareil pour Peeta. Ses nuits sont moins agitées ces derniers temps la peinture est un bon dérivatif pour lui. Les enfants aussi nous obligent à nous remettre en question et à étouffer nos peurs les plus profondes pour qu'ils ne les découvrent pas. Nous devons les protéger avant tout. Même de nous-même et de ceux que nous avons pu être dans l'arène.

Des tueurs.

Des victimes aussi mais, avant tout des tueurs. Nous avons pris des vies pour sauver les nôtres.

A l'école, la maîtresse leur en parlera sûrement un jour les Hunger games sont au programme d'histoire à présent. Et j'espère vraiment que ce jour-là, l'image qu'ils ont de nous ne changera pas qu'elle ne se voilera pas de peur ou de honte en réalisant ce que nous avons dû faire pour survivre.

Mais, pour l'instant, mon principal problème est de descendre de cet arbre et d'atteindre le tunnel de liaison avec le district 13. J'essaie de ne pas penser à ce qui pourrait arriver si ces monstres atteignaient les lisières de la ville et se mettaient à décimer tous ceux qu'elles rencontrent dans les rues. Je peux seulement espérer que celle qui trépigne sous nos pieds est la seule à avoir réussi à la franchir la clôture…

Sur la branche située au-dessus de nous, Finnick fait tourner son couteau dans sa main, tout en observant le manège de la mutation.

— Tu crois que tu vas pouvoir l'atteindre ? lui demandé-je. Mes flèches l'ont à peine blessée…

Il fait une moue dubitative et répond :

— Je ne sais pas… Peut-être qu'en la touchant à la tête…

— Vous devriez essayer de l'attaquer ensemble, propose Peeta. Kat, tu lui tires une flèche à la tête et lorsqu'elle va bondir pour s'en débarrasser, Fin lui décoche son couteau dans la gorge.

Finnick et moi échangeons un regard l'idée est assez séduisante.

— On peut toujours essayer… dis-je en saisissant une flèche dans mon carquois.

Je l'ajuste et fais signe à Finnick de se tenir prêt.

Au moment opportun, je décoche ma flèche et atteins l'animal en pleine tête. Un flot de sang jaillit immédiatement, tandis qu'un hurlement profond déchire l'air. La bête tangue, hurle encore puis aveuglée par le sang, se dresse sur ses pattes arrière pour se servir de ses pattes avant pour dégager son museau de mon arme. La lame du couteau de Finnick siffle en passant près de mon oreille et se plante violemment dans la carotide de la bête, plongeant dans sa gorge jusqu'à la garde. Le sang gicle de plus belle et cette fois, le monstre s'effondre. Un long soupir s'échappe de sa gueule béante alors que la vie déserte son corps.

Un cri de victoire échappe à Finnick et je ne peux m'empêcher de ressentir la même vague de soulagement qui déferle en moi.

— Bravo ! Bien joué ! s'exclame Peeta. Dépêchons-nous de descendre de là et de filer avant qu'il en arrive d'autres !

J'acquiesce et le suis en bas de l'arbre.

Finnick saute au sol après nous, tandis que j'observe le cadavre de la mutation. Elle est encore plus grosse que ce que je pensais. Elle devait faire au garrot la taille d'un poney…

J'en frissonne encore. La flaque de sang autour du cadavre continue de s'étendre, elle court dans l'herbe et se répand jusqu'à mes pieds. Je recule, dégoûtée, pour échapper à cette marée écarlate qui me rappelle qu'une fois encore, j'ai pris une vie…

La main de Peeta s'empare de la mienne il m'attire loin du corps inerte. Loin de cette violence.

— Viens, me murmure-t-il.

J'ignore s'il comprend ce que je ressens en cet instant, ce dégoût de moi, ou s'il souhaite juste me mettre à l'abri.

Finnick se penche, récupère son couteau et le nettoie d'un geste vif sur sa cuisse, ce qui laisse une traînée brunâtre sur le tissu sombre de son pantalon.

Peeta s'est mis à courir, d'un rythme régulier et il m'entraîne avec lui dans sa course. Je le suis sans lui lâcher la main, l'esprit cotonneux et lourd. L'air circule dans ma gorge, emplit mes poumons, alimente mes muscles mais mon cerveau n'est pas vraiment là. Je suis perdue dans le brouillard et il me faut quelques minutes pour recouvrer mes esprits. Pour tout dire, c'est une brusque poussée d'adrénaline qui me permet de reprendre pied dans la réalité.

J'ai repéré un bruit qui nous suit.

— Peeta ! Fin ! Il y a quelque chose dans les buissons !

Finnick suit mon regard, fixé sur la gauche, vers les taillis.

— Tu es sûre ?

Je ne réponds pas car il ajoute immédiatement :

— Question stupide, désolé... Qu'est-ce qu'on fait ?

J'observe la forêt qui nous entoure et évalue la distance qui nous sépare encore du passage. Il me semble apercevoir le grillage de la clôture à travers la haute futaie.

— Nous ne sommes plus très loin. Il faut tenter notre chance. Si nous nous arrêtons maintenant, rien ne dit que nous parviendrons à leur échapper, dis-je.

— Leur ? s'étrangle Finnick. Tu crois qu'il y en a plusieurs ?

— Au bruit qu'ils font, au moins trois…

Nous allongeons la foulée tandis qu'autour de nous, l'étau se referme. Invisible et menaçant. Imprévisible.

Mortel.

La grille est plus distincte à mesure que nous nous en approchons mais, le danger se fait plus présent aussi. Les trois mutations surgissent alors brusquement des fourrés, nous pourchassant en groupe organisé et méthodique. Elles nous traquent, littéralement. Elles forment un triangle dont les bords se resserrent dangereusement autour de nous. Celle qui semble mener l'attaque est plus grosse que celle que nous avons abattue, plus haute sur pattes, plus féroce aussi. Elle a deux dents qui ressemblent à des sabres qui dépassent de chaque côté d'une mâchoire à la puissance d'acier. Je suis certaine que si elle nous rattrape, elle nous brisera les os d'un seul coup de dents.

Je cours, avec l'énergie du désespoir, poussée par une peur panique chevillée au corps. J'ai le souffle court, la gorge en feu, les jambes douloureuses mais, je sais que si je faiblis, si je ralentis, je meurs.

Et enfin, j'aperçois l'entrée du tunnel, fermée par une porte d'acier. Mon cœur accélère encore : et si elle était fermée ? Et si nous ne parvenons pas à l'ouvrir ? C'en serait fini de nous.

Mes pensées s'envolent comme de frêles papillons vers mes amours, mes enfants, mes anges. Les reverrai-je à l'issue de cette terrible journée ?

Et cette minuscule seconde d'inattention m'est fatale.

Mon pied s'accroche dans la racine proéminente d'un arbre j'entends un craquement sinistre. Ma cheville très certainement. Une douleur fulgurante me vrille la jambe et je me sens basculer en avant.

J'ai tout juste le temps d'amortir ma chute avec mes deux poignets. Mon corps s'écrase lourdement au sol. L'herbe adoucit un peu le choc mais, je suis trop sonnée pour me relever immédiatement. Et le temps que je réagisse, les fauves sont sur moi.

Je sens des griffes acérées s'enfoncer profondément dans mon dos, perforant ma chair et m'arrachant un hurlement de douleur. Je suis clouée au sol par le poids de mon ennemi, par la souffrance que m'infligent mes blessures. Par la peur qui me paralyse.

Je sais que je vais mourir.

D'un instant à l'autre, la mutation va m'arracher la tête. Je vais entendre mes cervicales craquer sous ses dents et ce sera fini.

Je ne verrai pas grandir mes enfants.

Je ne me réveillerai plus auprès de Peeta.

Le temps d'une terrible et interminable seconde, ma vie défile, au ralenti, me laissant l'amertume des regrets d'une vie trop courte, inachevée, fauchée.

Mais, la douleur finale ne vient pas. Et au lieu de ça, c'est la bête au-dessus de moi qui hurle et me lâche soudainement. La douleur est toujours là, brûlante mais moins violente.

Reprenant mes esprits, je me débats et finis par repousser le cadavre de la bête qui m'écrase. Je découvre que Peeta lui a tranché la gorge au moment où elle allait m'achever. Finnick est aux prises avec les deux autres. Il les a attirées pour laisser à Peeta le temps de m'aider. Son couteau tenu à deux mains, il tient en respect les deux créatures qui hésitent, désorientées par la mort de leur Alpha.

— Ça va ? me demande Peeta.

Je hoche rapidement la tête et réponds :

— Va aider Fin !

Dans le brouillard de ma douleur, je devine que les deux hommes parviennent à défaire une autre mutation à coups de couteau. La dernière finit par s'enfuir en gémissant, la queue entre les pattes. Elle disparaît dans les buissons et le calme retombe sur la forêt.

Quelques arbres plus loin, un geai moqueur se remet à chanter et ce chant me rassure.

J'essaie de me remettre debout mais, ma cheville refuse de soutenir mon poids. La douleur est si violente qu'elle me transperce de part en part, me vrille et me donne la nausée. Je me rassois prudemment et m'aperçois à cet instant seulement que je suis couverte de sang.

Mon sang. Chaud et poisseux, il coule dans mon cou et le long de mes bras, laissant des traînées sur le dos de mes mains.

Finnick et Peeta sont autour de moi ils me parlent sans cesse mais, mon cerveau refuse de comprendre. Je me contente de les regarder, impuissante. Finnick sort la trousse de soins de son sac à dos et l'envoie à Peeta. Mais, je secoue frénétiquement la tête, les yeux exorbités. Rien qu'à l'idée de rester là une seconde de plus, je suis prise de tremblements.

Ma panique est telle qu'ils me fixent sans comprendre, pensant peut-être que j'ai perdu la raison.

Avec peine, je finis par articuler :

— Clôture…

Et Peeta comprend :

— Tu veux qu'on se mette d'abord à l'abri c'est ça ?

Je hoche vigoureusement la tête.

— Aide-moi, tu veux ? demande-t-il à Finnick.

— OK, je me mets du côté gauche.

Ils m'attrapent chacun sous une aisselle et me soulèvent comme si je ne pesais rien.

Meurtrie, je serre les dents à chaque pas et me traîne lamentablement.

Une fois à la porte, Finnick me lâche pour aller basculer le verrou et ouvrir. Par chance, les gonds sont un peu rouillés mais la porte accepte de nous laisser le passage. Mes compagnons me traînent à l'intérieur du tunnel et referment derrière nous.

Un silence assourdissant s'abat sur nous. Les bruits de la forêt sont soudain étouffés par le verre épais du tunnel. Lorsque Peeta me fait asseoir, je laisse échapper un gémissement.

Finnick ressort la trousse de secours et me contemple en déclarant :

— Eh bien, tu es dans un bel état, Kat !

Peeta s'attaque immédiatement aux profondes plaies qui barrent mon dos. Il m'enlève avec peine la veste de ma tunique et déchire l'arrière de la chemise en coton que je porte dessous. Il nettoie les blessures et finit par dire :

— Tu remercieras Cinna… Les plaies sont relativement superficielles. Le cuir de ta tunique t'a bien protégée.

Après avoir soigneusement désinfecté, Peeta étale un peu de baume cicatrisant. Aussitôt, l'effet anesthésiant du produit endort la douleur et je soupire de soulagement.

— Je vais devoir t'enlever ta botte, me dit-il ensuite.

Je grimace par avance.

— Tiens, mâche ça, me propose Finnick en me tendant quelques feuilles de pavot séchées.

Je les accepte avec reconnaissance. Peeta attend quelques minutes que l'antidouleur agisse puis, il détache ma bottine et me l'ôte. J'émets un petit cri plaintif.

Ma cheville est violette et gonflée mais, à première vue, l'os ne semble pas cassé. Je me suis sans doute fait une grosse foulure. Peeta en arrive à la même conclusion.

— Tu veux que je te pose une attèle ? Tu souffrirais moins ?

— Non, fais-moi juste un pansement bien serré. Il faut que je puisse marcher. La route est encore longue.

— Tu es sûre ? ajoute Finnick, perplexe.

— Oui. Je trouverai sûrement des plantes pour me faire un cataplasme cette nuit, une fois que nous serons au 13. Ne t'inquiète pas, ça va aller.

Peeta m'obéit sans protester il sait à quel point je suis dure à la souffrance.

Une fois les soins terminés, tous deux prétextent avoir faim pour prendre le temps de grignoter un morceau de pain et boire quelques gorgées d'eau. Je sais que c'est surtout pour le laisser le temps de récupérer et je leur en suis reconnaissante même si je fais semblant de ne pas comprendre.

Prim

Ma blessure à l'épaule m'handicapant plus que je ne veux bien le reconnaître, j'ai retrouvé avec soulagement la douceur de mon lit.

Cinna me rejoint très tard dans la nuit. Il a passé tout l'après-midi à la mine pour essayer de trouver une solution à notre problème de combustible.

Avant de monter me coucher, je lui ai laissé des sandwichs sur la table de la cuisine, avec un petit mot et un cœur dessiné au feutre rouge.

J'ai entendu la porte d'entrée se refermer vers 22h00 mais, il n'est pas monté me voir tout de suite ; je ne suis pas descendue et je n'ai pas posé de questions. Je sais que dans ces moments-là, il a besoin d'un peu de solitude. Nous avons traversé beaucoup d'épreuves et surmonté bien des souffrances tous les deux, bien assez pour que je sache quand je dois m'inquiéter. Là, il est seulement soucieux. Pour nous, pour Katniss et Peeta. Pour nos amis. Il me racontera sa journée quand il sera prêt à le faire.

Il se change dans le noir, sans prendre la peine d'allumer la bougie que j'ai laissée pour lui sur la commode. Il croit que je dors et ne veut sans doute pas me réveiller. Moi, je le regarde en ombre chinoise, faire passer sa chemise par-dessus sa tête, se défaire de ses vêtements et enfiler le bas de son pyjama. Il fait frais, presque froid dans la chambre. J'ai les pieds glacés mais, il ne semble pas le ressentir car il reste torse nu et vient se coucher.

J'entends le froissement des draps à côté de moi, le poids de son corps qui fait osciller doucement notre couche. Je me laisse aller au mouvement en prenant garde à mon bras et me retrouve contre lui. Je pose ma main froide sur sa peau nue et il étouffe un rire.

— Tu es glacée, mon amour…

Je ris aussi et enroule mes pieds autour de ses jambes. Il réprime un frisson et m'enlace.

— Viens par-là, toi… Je vais te réchauffer.

— Le lit est trop grand quand tu n'es pas là, je n'arrive pas à le chauffer toute seule… murmuré-je en blottissant mon visage contre son épaule.

Nous savons tous les deux que ce n'est qu'une excuse mais, il ne trouve rien à y redire.

— Je suis désolé, je ne suis pas venu plus tôt car je croyais que tu dormais… Et j'avais besoin de laisser redescendre la pression de la journée avant de m'endormir.

— Je suis comme toi, mon corps est épuisé mais mon cerveau refuse d'arrêter de tourner, réponds-je dans un souffle.

Un silence passe entre nous et je sens Cinna soupirer. Sa poitrine se soulève lentement et profondément sous ma tête. Alors, j'ose demander :

— Qu'est-ce que ça a donné à la mine cet après-midi ?

Nouveau soupir.

— Je crois qu'on a trouvé le moyen d'accéder à une galerie qui devrait être en état d'être exploitée. On va essayer demain matin.

— C'est dangereux ?

— Oui, j'ai l'impression que les mineurs ne savent pas très bien à quoi s'attendre une fois à l'intérieur. L'éboulement qui a conduit à la fermeture totale de la mine a endommagé une grande partie des tunnels alors comment être sûr que celui-ci n'a pas été fragilisé aussi ? Il y a un risque d'effondrement plutôt important et je n'ai pas vraiment envie que ces hommes y laissent leur vie. Du coup, je ne sais pas trop quoi faire. Katniss a toujours l'air d'avoir la solution dans ce genre de situation. Quand on la voit agir, on a l'impression que c'est simple, que les décisions sont aisées à prendre mais, c'est loin d'être le cas. Si j'insiste pour que les gars descendent dans ce trou et qu'ils y restent, je ne pourrais plus jamais fermer l'œil… D'un autre côté, si nous ne faisons rien, la situation risque d'empirer et de devenir très vite incontrôlable. Et d'autres gens mourront sûrement… Je ne sais plus quoi faire…

Il a parlé d'une seule traite, comme sur une seule longue goulée d'air. Comme si ce poids qui lui écrasait la poitrine était sorti d'un seul coup.

Je comprends parfaitement son désarroi. Il m'arrive de connaître le même genre de dilemme sur une table d'opération lorsque deux choix d'intervention s'offrent à moi, avec chacun leur lot de risques pour le patient.

— Ecoute, lorsque je suis face à ce genre de questionnement, j'essaie de réfléchir en pensant à ce qui comportera le moins d'aléa, à ce que je peux le mieux contrôler, lui dis-je.

Il réfléchit un instant à mes paroles, caresse lentement mon épaule, machinalement, pour se donner le temps de la réflexion. Puis, il finit par murmurer :

— Je ne peux rien faire pour contrôler la foule en colère par contre, je peux aider les mineurs et m'assurer que toutes les mesures de protection seront mises avant que les hommes ne descendent dans les tunnels… Tu as raison…

Il tourne son visage vers le mien et dépose un baiser sur mes lèvres :

— Tu es géniale mon amour !

Je ris et réplique :

— Peut-être pas quand même mais, ravie d'avoir pu t'aider ! J'ai droit à un câlin comme récompense ?

Cinna sourit et m'embrasse à nouveau avant de répondre :

— Non, mon ange, tu dois te reposer. Sans quoi ton bras ne guérira jamais.

Je grogne, vexée d'être ainsi rabrouée comme une enfant.

Me tortillant, je pivote et grimpe sur lui, à califourchon sur ses cuisses.

Cette fois, il ne rit plus et je peux voir danser la flamme de désir dans ses yeux. Il pose ses mains sur ma taille, descends doucement sur mes hanches, soulève le bas de ma chemise de nuit pour effleurer la lisière de peau qui s'offre à ses doigts. Je me penche doucement, à la rencontre de ses lèvres mais, ne peux retenir un petit cri de douleur lorsque mon bras blessé glisse en avant et le percute.

Cinna grogne :

— Tu vois bien que tu as mal… Allez, sois raisonnable mon amour…

Vaincue, je me glisse à nouveau contre lui, sous les draps et soupire, frustrée.

Il caresse mes cheveux, très doucement et murmure :

— Je t'aime, Prim. Et je n'ai pas besoin de te faire l'amour pour te le prouver. Tu le sais, n'est-ce pas ?

Je hoche la tête. Oui, je sais.

Il l'a prouvé maintes fois mais j'aime assez l'idée qu'il me désire… J'aime voir cette lueur chaude et douce s'allumer dans ses yeux, rien que pour moi…

Mais, pour ce soir, je vais rester sage et obéir.

Nous passons quelques minutes encore à bavarder et à échanger, toujours à voix basse, comme si nous pouvions réveiller quelqu'un alors que nous sommes seuls dans la maison.

Puis, je sens la fatigue s'emparer de moi, engourdir mes paroles, faire battre mes paupières. Je sens les lèvres de Cinna caresser mon front et j'entends vaguement qu'il me murmure « bonne nuit ». Mais, je ne peux lui répondre.

Je suis déjà de l'autre côté du rêve.