Bonjour à tous et toutes !
J'espère que vous avez passé une bonne semaine et de bonnes vacances et que vous avez pris plaisir à lire le précédent chapitre. Voici la suite !
Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser un petit commentaire, ça ma fait toujours plaisir ! A très vite !
Chapitre 10
Jour 4
Le tunnel qui sépare les deux districts est long d'un kilomètre environ. Il traverse les deux clôtures désormais inutiles. Comme il est entièrement vitré dans sa première moitié, nous découvrons avec horreur que les mutations sont bien plus nombreuses que nous le pensions. Elles ont totalement colonisé la zone frontière.
Nous avançons sans parler, tous trois parfaitement conscients que chaque pas que nous faisons nous éloigne des nôtres alors que nous n'avons qu'une seule idée en tête à cet instant, c'est rentrer les protéger. Mais nous avons aussi une mission. Nous ne pouvons faire marche-arrière.
Alors, nous mettons un pied devant l'autre, en silence et bientôt nous pénétrons dans la partie sombre du tunnel. Là, le passage traverse la colline et ressort dans le district 13.
Finnick sort une lampe torche de sa poche et braque le faisceau droit devant nous. Un cylindre de lumière se forme et perce les ténèbres denses. Cette partie-là du passage est plus humide que l'autre et la noirceur qui y règne à quelque chose d'inquiétant. Comme si des bêtes pouvaient s'y tapir et nous attendre.
Je réprime un frisson et me force à penser à autre chose. Mais mes pensées tournent en rond sur des visions de mort et de sang qui n'ont rien de réjouissant.
De l'autre côté pourtant, une fois la porte ouverte, le soleil reparait et nous éblouit presque. Il est en train de descendre à l'horizon, derrière une lointaine montagne, boule écarlate sur un ciel zébré de rose et d'or.
Je respire tout à coup beaucoup plus librement. Nous avons laissé la forêt menaçante derrière nous ici ne reste que la prairie qui descend en pente douce vers la rivière. Une succession de vallons et de collines vertes et rases s'élance à perte de vue vers l'est. Je sais que l'entrée du bunker est dans le troisième vallon. Environ cinq ou six heures de marche, au mieux, si ma cheville tient le coup.
Côte à côte, nous restons quelques minutes immobiles, subjugués par la beauté sauvage et flamboyante du paysage qui s'étale sous nos yeux. Tout semble si paisible ici.
Peut-être que Beetee et Plutarch se trompent. Rien ne semble indiquer la moindre trace d'attaque ou de guérilla de ce côté-ci de la frontière.
— On devrait essayer de trouver un endroit où dormir, il fera bientôt nuit, propose Peeta.
— OK, je passe devant, réplique Finnick en commençant à descendre la colline d'un pas régulier.
Nous le suivons, moi traînant la patte, Peeta, me soutenant et me surveillant l'air de rien.
Je souffre mais la douleur est une vieille compagne… Je serre les dents et pose encore un pied devant l'autre, prudemment, dans la pente.
Nous longeons le cours de la rivière jusqu'à ce qu'il fasse trop nuit pour s'aventurer plus avant. En chemin, je me suis arrêtée pour ramasser les plantes médicinales dont j'ai besoin pour apaiser ma cheville.
Finnick choisit un petit bosquet de trois arbres parasols, non loin de la rivière. Dans l'obscurité naissante, on dirait trois vieux bonhommes, penchés les uns vers les autres, qui échangent des secrets. L'abri me semble acceptable. Aucune menace à l'horizon. L'eau de la rivière nous permettra de remplir nos gourdes et de nous rafraîchir. L'endroit est idéal.
Je hoche donc la tête et le soulagement doit se lire sur mon visage car Peeta me murmure :
— Allez, ma chérie, courage, tu vas pouvoir te reposer…
Il m'aide à m'allonger au pied du plus grand arbre, celui du milieu. J'appuie délicatement mon dos déchiqueté contre l'écorce fraîche. Je sens l'odeur du bois qui m'entoure et m'apaise. Je ferme les paupières une seconde.
Lorsque je les rouvre, je réalise qu'il a dû s'écouler un gros moment Peeta a fait un feu et Finnick est en train de vider deux belles truites de rivière. Je suis tentée de m'excuser de m'être si bêtement endormie mais, je réalise que je ne leur aurais pas été d'une grande utilité dans mon état. Mieux valait sûrement que je me repose.
Tandis que Finnick dépose le premier poisson à cuire sur une broche de fortune, je me relève péniblement et me traîne jusqu'à la rivière. Du coin de l'œil, je vois Peeta faire mine de venir à mon aide mais, je lui fais signe de ne pas bouger. Je me débrouille. Au ralenti et comme l'éclopée que je suis, mais, je parviens à m'asseoir au bord de l'eau. Je défais précautionneusement ma chaussure et l'enlève en gémissant. Mon pied est tout bleu et encore très gonflé. Je le trempe dans l'eau glacée de la rivière. Le froid vif me saisit et la douleur se fait brutale avant que le froid ne m'engourdisse et m'anesthésie un peu ma souffrance.
Pendant ce temps, je mâche consciencieusement les feuilles que j'ai ramassées plus tôt pour m'en faire un cataplasme. Leur jus est amer mais, je sais qu'il aura un effet calmant quasi immédiat. Et effectivement, au bout de quelques minutes, je sens mes muscles se détendre et le mal refluer. Je sèche soigneusement ma cheville avant de l'enrober de plantes et de refaire un pansement bien serré.
Si tout va bien, demain je devrais pouvoir remarcher presque normalement…
Je décide de ne pas remettre ma chaussure et c'est à cloche-pied, ma botte tenue par les lacets que je regagne le campement. Je me laisse tomber lourdement dans l'herbe à côté du feu pour me réchauffer. J'ai les doigts engourdis par l'eau froide de la rivière. Je tends mes paumes vers les flammes rougeoyantes durant quelques minutes, l'estomac gargouillant au fur et à mesure que l'odeur bienvenue du poisson cuit s'élève du foyer.
Finalement, Finnick retire le premier poisson du feu et s'exclame :
— C'est prêt !
Mon estomac émet un bruit profond qui fait rire mes deux compagnons. Du coup, Fin me sert en premier, un sourire aux lèvres.
Notre frayeur de l'après-midi est loin, presque oubliée. Seules mes blessures me la rappellent.
Notre repas avalé, Peeta vérifie les pansements de mon dos puis, je m'allonge contre lui, dans ses bras et je m'endors, sereine pour un instant.
C'est un claquement sec et trop familier qui m'arrache à un sommeil profond. J'ouvre brutalement les yeux et me redresse vivement pour me retrouver nez-à-nez avec le canon d'un fusil braqué.
Un regard autour de moi me fait réaliser la gravité de la situation : Finnick est à terre, la tête en sang, les mains attachées dans le dos et Peeta a les bras levés en signe de reddition. Des hommes armés grouillent autour de nous. J'en dénombre au moins huit, peut-être plus si je tiens compte de ceux que j'entends derrière moi. Je jette un rapide coup d'œil à leurs uniformes, malgré la nuit. Ils ne ressemblent pas à ceux que portent les militaires du 13. Le faisceau d'une torche glisse sur le macaron accroché à la manche de leur veste : l'aigle du Capitole.
Un frisson me parcourt l'échine : nous sommes tombés droit dans le piège. Ceux que nous devions traquer nous ont pris. Et je ne donne pas cher de notre peau.
— Debout ! nous ordonne l'un des hommes.
Je tente de me redresser mais ma cheville n'est pas encore guérie et je vacille. Peeta me rattrape pour m'éviter de tomber.
— J'ai dit : debout ! hurle à nouveau l'homme en m'assénant un violent coup de crosse dans les côtes.
Je laisse échapper un gémissement et porte les mains à ma poitrine pour me protéger. Je sens Peeta bondir près de moi. Il jaillit comme un fauve et saute sur notre ennemi, tente de lui arracher son arme. Mais avant que je puisse intervenir et l'aider, le garde le plus proche l'assomme d'un coup à l'arrière du crâne. Peeta retombe, inerte. Un hurlement s'échappe de mes lèvres.
Je fais mine de m'approcher de lui pour voir s'il va bien mais, le canon sombre d'un fusil m'arrête net.
— Toi ! Ne bouge pas !
Je sais qu'il est vain de protester. Je suis la dernière à être consciente si je résiste maintenant, je vais perdre et je ne serai plus d'aucune utilité à Peeta et à Finnick.
Et tandis que des mains m'attirent et me ligotent, je vois d'autres hommes en uniformes soulever les corps inconscients de Peeta et Finnick et les emporter dans la nuit.
— Où les emmenez-vous ! Laissez-les ! Arrêtez !
En les voyant s'éloigner, je me débats avec l'énergie du désespoir mais mes liens sont si serrés qu'ils me coupent la peau, me lacèrent les poignets et m'interdisent tout échappatoire. Je suis bousculée et emmenée sans ménagement, dans la nuit, vers une destination inconnue.
Prim
J'ai obtenu de Cinna qu'il m'emmène avec lui à la mine aujourd'hui. On ne sait jamais ce qu'il peut arriver, mieux vaut qu'un médecin soit sur place.
Il a fini par accepter après maintes négociations. Je sais que c'est dangereux étant donné la situation actuelle, mais je n'ai pas envie de rester cloîtrer toute la journée à me morfondre en l'attendant.
Nous partons donc de bonne heure direction la mine.
L'incendie des réservoirs de pétrole sévit toujours le district voisin car la fumée noire forme toujours une large bande opaque à l'horizon. Néanmoins, le vent ayant légèrement tourné hier, les cendres ne parviennent plus jusqu'à nous que de manière sporadique. L'air redevient plus respirable même si l'odeur âcre demeure présente, comme si elle imprégnait tout.
En ville, les émeutes ont été violentes cette nuit encore ; les cris et les bruits de vitres cassées se sont fait entendre jusque sous nos fenêtres. Je suis heureuse que notre maison ait des grilles aux fenêtres du bas, cela les a dissuadé de les casser puisque de toutes manières, ils n'auraient pas pu entrer.
Cinna marche devant, m'obligeant à rester en retrait derrière lui, au cas où nous serions attaqués. Je trouve terrible de ne même plus me sentir en sécurité dans la ville où j'ai grandi… Mais, en cette heure matinale, le calme est provisoirement retombé sur la ville.
Nous atteignons sans encombre le boyau minier où Liam et Tucker nous attendent. Ils ont dressé une tente à proximité de l'entrée du puits. Les pans de toile beige, sales et déchirés, battent dans le vent et claquent comme des voiles. Liam est en train d'expliquer quelque chose à Shani en traçant des traits de crayon sur un grand plan, déroulé sur une table de fortune. Cinna doit s'incliner légèrement pour entrer sous le toit de toile moi, je n'ai pas ce problème. Je le suis, restant discrètement en retrait pour ne pas les gêner.
— Salut Cinna ! lui lance Liam en lui serrant la main.
Puis il m'aperçoit et ajoute :
— Bonjour Primerose…
Je rougis, surprise qu'il sache qui je suis. J'oublie toujours que tout le monde me connait ici depuis la Moisson.
— C'est Prim… Juste Prim… dis-je en m'avançant pour lui serrer la main à mon tour.
Il hoche la tête et m'octroie un grand sourire. Je salue également sa sœur. Je n'ai aucun mal à les reconnaître, Cinna m'a beaucoup parlé d'eux ce matin, au petit déjeuner. Peut-être pour éviter que je ne sois surprise à la vue du fauteuil roulant de Liam.
Douggy et Tucker pénètrent à leur tour sous la tente, en grande discussion. Tucker paraît assez agité.
En nous découvrant, ils s'interrompent et nous saluent.
— Où en sommes-nous ? demande alors Cinna, en entrant dans le vif du sujet.
— On est prêt, répond Douggy. Les gars sont en place et harnachés, ils attendent le signal pour entrer dans le tunnel.
Cinna jette un coup d'œil à Liam qui ajoute :
— J'ai tout vérifié. Je suis sûr que ça va tenir. On peut y aller. Faites-moi confiance !
— Oh mais, nous, on te fait confiance, c'est dans cette saleté de mine qu'on a plus confiance ! s'exclame Tucker.
Shani se rembrunit et je devine qu'elle partage la même opinion. Elle suit néanmoins son frère et les autres vers le puits. Cinna me prend la main pour m'aider à marcher sur le terrain accidenté qui conduit au bord de l'entrée escarpée du tunnel. Je croise les doigts mentalement lorsque la nacelle contenant deux mineurs descend lentement dans le puits. Douggy manœuvre le treuil, lentement, précautionneusement.
Nous guettons les bruits de la mine, retenant notre souffle durant d'interminables minutes jusqu'à ce qu'enfin, une voix s'élève du communicateur à piles que Liam tient dans sa main :
— C'est bon, on y est !
Liam fait immédiatement signe à Douggy qui arrête le treuil.
— Quelle est la situation en bas ? demande Liam.
— C'est bon, le boyau est stable. On va étayer tout ça avant de commencer à creuser.
Des bruits de pelle et de pioche commencent à se faire entendre dans le tunnel et deux heures plus tard, le premier chargement remonte en surface.
Pendant que les mineurs travaillent, nous avons mis au point de gros paniers attachés au treuil que Douggy remontent au fur et à mesure. Une fois le charbon extrait, il est versé dans un chariot puis conduit par l'ancienne voie ferrée jusqu'à l'usine électrique.
— Je devrais me rendre à l'usine, voir si Tobias et Rank arrivent à faire redémarrer les machines… je peux te laisser ici ? me demande Cinna lorsque le premier chargement, conduit par Shani prend la direction de l'usine.
Je hoche la tête je me sens en sécurité ici.
Cinna grimpe donc dans le second wagon avec Tucker et je reste là. Je m'approche de Liam pour lui demander comment je peux aider. J'ai envie de me rendre utile, malgré mon bras cassé. Le jeune homme est à peine plus âgé que moi. Il me regarde des pieds à la tête et me sourit, sans paraître me juger. Il me dit simplement :
— Tu pourrais peut-être m'aider, je dois retourner aux bureaux chercher des cartes qu'il me manque. Shani ne veut pas me laisser m'y rendre seul mais, le temps qu'elle revienne…
— Oui, bien sûr !
— Super ! Allons-y dans ce cas !
Il fait rouler son fauteuil hors de la tente en direction du bâtiment, situé à un kilomètre de là. Nous suivons le chemin en terre battue et, de temps à autre, la roue se prend dans une ornière. Discrètement, je le pousse un peu de ma main valide pour l'aider à s'en sortir et à continuer. Liam finit par murmurer :
— Je te remercie…
Et tout à coup, j'ai peur qu'il ait mal interprété mon geste, je ne veux pas qu'il croit que j'ai pitié de lui ou que je le méprise… Mais, il tourne la tête vers moi presque aussitôt et m'adresse un sourire un peu timide en ajoutant :
— J'ai su que tu avais connu ça, toi aussi, il y a quelques années…
Sa remarque me prend au dépourvu. Je suis stupéfaite qu'il s'en souvienne.
— Oui, en effet…
— C'est dur, n'est-ce pas ? Le regard des autres sur nous qui nous rappelle sans cesse qu'on est différent, je crois que c'est pire encore que de ne plus pouvoir marcher…
Je soupire il a raison. Tellement raison. Je n'en pouvais plus de me sentir prisonnière de mon corps brisé et le regard de ma mère, de mes amis, si patients, si bienveillants, si plein de pitié… J'en devenais folle ! Il n'y avait que le regard de Cinna qui m'apaisait, parce qu'il ne jugeait pas. Il m'aimait, simplement. Sans mot, sans tristesse, sans exigence. Juste un amour plus profond que tout, qui transcendait mes blessures et mon mal-être.
Alors, oui, je comprends ce qu'il veut dire.
J'acquiesce doucement.
— Tu as de la chance que cela soit derrière toi… Moi aussi, un jour je remarcherai ! dit-il d'une voix résolue.
Et tout à coup, la curiosité du médecin en moi l'emporte sur ma discrétion et ma timidité habituelle et je demande :
— Qu'est-ce qu'ils t'ont dit exactement à l'hôpital ?
— Oh… le baratin habituel… Colonne vertébrale touchée, moelle épinière écrasée… mais, comme je n'avais pas l'argent pour payer, ils m'ont mis dehors au bout d'une semaine…
— Sans rééducation ?
Il secoue la tête. J'hésite puis j'ajoute :
— Lorsque tout ça sera terminé, j'aimerais bien que tu viennes me voir à l'hôpital, pour faire quelques examens complémentaires… Enfin, si tu veux bien…
Son sourire est la plus belle chose au monde en cet instant. Il me prend la main et la serre entre ses doigts. Je le sens qui tremble un peu tant l'émotion le bouleverse.
— Je te remercie, Prim… Vraiment…
— Je ne te promets rien quand aux résultats, m'empressé-je d'ajouter par crainte qu'il ne se fasse de faux espoirs.
— Je sais. Ne t'inquiète pas.
Des cris se font entendre dans le lointain, nous interrompant. Liam donne un tour de roue à son fauteuil et ajoute :
— Viens, dépêchons-nous !
A mesure que nous approchons de la gare et du bâtiment où nous serons à l'abri, les cris s'intensifient et se rapprochent. Pourtant, ils ne ressemblent pas à ceux que nous avons pu entendre ces derniers jours en ville lors des pillages. Là, les hurlements glacent le sang et je ne demande soudain ce qui peut bien les occasionner. Des hommes sont-ils devenus fous tout à coup ?
Nous débouchons dans la gare. Plus que quelques mètres et nous serons dans l'enceinte du centre de contrôle derrière les grilles.
Et là, l'horreur nous frappe et nous immobilise. Les quais de gare sont jonchés de cadavres. Au moins trois corps gisent sur le béton, au milieu de mares de sang. Une trainée sanglante montre que quelqu'un a pu s'échapper, ou a essayé au moins….
Tout à coup, je regrette de ne pas avoir d'arme.
J'ai peur.
Loin de Cinna, je ne sens soudain vulnérable et fragile. Incapable de me défendre s'il survenait un danger.
Liam doit avoir la même pensée car il sort un couteau de sa poche et le déplie. La lame fait vingt bons centimètres, de quoi nous donner une illusion de sécurité. Mais, si je regarde la réalité en face, nous ne faisons pas le poids. Je m'approche du corps le plus proche, un homme d'une cinquantaine d'années, fort comme un taureau. Avec peine, je le retourne pour essayer de comprendre comment il est mort. Et je comprends immédiatement. Il a l'abdomen lacéré, les viscères béants, le visage figé sur un cri silencieux. Je le lâche et recule précipitamment.
Devant mon visage blême, Liam murmure :
— Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
— Ce n'est pas un être humain qui a fait ça… dis-je en retenant un haut-le-cœur. C'est une vraie boucherie…
Au même instant, de nouveaux hurlements, tout proches cette fois, déchirent le silence.
Nous échangeons un regard tendu, terrifié puis Liam me crie :
— Cours ! Cours jusqu'au bâtiment et enferme-toi !
Mais, je ne peux l'abandonner. Alors, je libère mon bras de son écharpe et malgré la douleur, j'attrape des deux mains les bras de son fauteuil et je me mets à courir, en le poussant. De toutes mes forces. Aussi vite que je peux. Il proteste mais, il n'a pas le choix.
Je cours comme si ma vie en dépendait jusqu'à ce que je réalise que c'est vraiment le cas. Et brusquement, à quelques mètres entre nous et la sécurité des barrières qui entourent le centre administratif, je la vois. Une créature immense, avec de longues pattes effilées comme des rasoirs. Sa peau est verte et dorée. De fines ailes translucides vibrent dans son dos tandis qu'elle s'acharne sur un homme agonisant qui hurle de douleur. On dirait une espèce d'insecte géant, plus grand que deux hommes et doté d'une force incroyable, quelque chose qui se rapprocherait d'une mante-religieuse. J'ai cessé de courir, brutalement, espérant qu'elle ne va pas nous voir.
Mais, elle tourne se tête vers nous et ses yeux globuleux nous fixent à présent. Elle penche la tête selon un angle étrange, improbable, comme pour nous évaluer et fait claquer ses énormes mandibules. Mon cœur bat à cents à l'heure et mon cerveau terrifié répète en boucle : « ça va aller, ça va aller, ça va aller… ».
Mais, l'insecte a pris sa décision.
D'un geste sec, la créature plante sa patte avant dans le torse de son prisonnier. Le corps a un dernier soubresaut puis s'immobilise. Elle vient de l'achever froidement après avoir joué avec lui.
Et c'est à présent vers nous qu'elle s'avance.
Nous sommes la proie suivante.
— Laisse-moi, Prim ! Sauve-toi ! Cours ! m'ordonne Liam.
