Salut à tous,
Merci beaucoup à celles et ceux qui m'ont laissé un petit commentaire sur le dernier chapitre ; j'apprécie beaucoup d'avoir votre ressenti sur mon histoire. Merci !
Voici un nouveau chapitre, entièrement consacré à Prim, je me voyais mal couper l'action en plein milieu. Je vous laisse donc découvrir ! A très bientôt pour la suite (et bientôt fin) de ce 3e volet de ma trilogie.
Chapitre 11
Prim
— Laisse-moi, Prim ! Sauve-toi ! Cours ! m'ordonne Liam.
Le cri résonne si fort dans ma tête qu'il m'arrache à ma stupeur. Une vague d'adrénaline déferle dans mon corps, inonde mes muscles tendus, mes nerfs à vif. Chaque fibre de mon corps lutte et me hurle de lui obéir et de m'enfuir.
J'ai plus de chance que lui de m'en sortir. Je peux essayer de courir malgré mes blessures. J'essaie de m'en convaincre, le temps d'un battement de cœur, d'un frisson infime qui parcourt mon âme.
Mais, la réalité est toute autre. Je sais que je ne parviendrai qu'à faire quelques mètres avant que la créature ne me rattrape. Et soudain, dans le chaos d'émotions qui me déchirent et tempêtent en moi, une lueur se fait.
Et si je l'attirais vers moi, laisserait-elle Liam tranquille ?
Je jette un regard désespéré, fou, vers Liam. Le jeune homme est aussi immobile que moi, comme figé dans l'attente de cette mort, brutale et sanglante, qui va venir nous prendre et faucher nos existences en un instant. Il croise mon regard. J'y lis la peur, la même qui m'étreint moi, mais la différence c'est que lui semble avoir peur… pour moi.
Nous avons presque le même âge, pour un peu, nous aurions pu être assis côte à côte sur les bancs de l'école. C'est étrange de penser que nous aurions pu être appelés dans l'arène ensemble.
Alors, en une fraction de seconde, incompréhensible et viscérale, je fais mon choix.
Je décide de m'accrocher à l'espoir, ténu et dérisoire, que je peux faire quelque chose pour aider Liam. Mon dernier acte de bravoure.
Quitte à mourir, autant que j'essaie de le sauver lui il est important. S'il meurt, plus personne ne saura comment descendre dans la mine sans risque. Je dois le faire.
— Sauve-toi, Prim… me supplie-t-il à nouveau, d'une voix tremblante, comme s'il lisait en moi.
— Je suis désolée… murmuré-je en lâchant les poignées du fauteuil.
Liam sursaute, accroche mon regard avec panique et désespoir. Je crois qu'il a compris ce que je m'apprête à faire.
Il tend sa main pour attraper mon poignet, pour m'en empêcher mais, je m'esquive d'un geste souple, jouant sur le fait qu'effectivement, je suis un peu plus mobile que lui. Je lui adresse un sourire, comme pour me faire pardonner mon geste et je pars.
Je m'élance, courant à perdre haleine à l'opposée du bâtiment central, pour laisser à Liam une chance de l'atteindre avant que la créature ne revienne s'en prendre à lui.
J'ai les yeux voilés d'un brouillard de larmes à tel point que j'y vois à peine.
Et soudain, j'entends Liam hurler mon nom à nouveau.
Mais, je ne m'arrête pas. Ne me retourne pas.
J'ai pris ma décision.
Je cours, avalant les mètres de béton et de bitume, courant, sans autre but que d'entraîner l'insecte géant à mes trousses. Et c'est ce qu'il se passe. J'entends son sifflement et le claquement sinistre de ses mandibules qui se referment dans le vide tandis qu'elle essaie de me rattraper et de me mordre aux jambes.
En quelques secondes, ma chemise est trempée de sueur, mes cheveux collent à mon visage, ma gorge n'est qu'un brasier. Je franchis un trottoir et entre dans la gare. Je manque tomber en posant le pied sur une dalle glissant je me rattrape in extremis et repars de plus belle. Je me dis que je vais peut-être atteindre la sécurité d'un entrepôt… mais, ils sont si loin…
Alors, je repère un morceau de train à l'abandon sur la voie de réparation. Les trois wagons sont ouverts, à quelques centaines de mètres du quai où je me trouve à présent. Je peux peut-être les atteindre et m'y enfermer avant que la mutation ne me dévore.
Alors, je cours encore mais, je ne suis plus que douleur. Mes hanches me font tellement mal que je pourrais hurler à chaque pas mon bras qui pend inerte le long de mon corps n'est plus qu'un lambeau de souffrance. Mes poumons aspirent un air de feu qui ne semble plus nourrir mes muscles. J'ai l'impression que tout mon corps va partir en morceaux, se disperser en éclats de douleur sur le bitume ou partir en flammes. Peut-être que je vais finir comme ça, en me consumant toute entière …
Je n'en peux plus.
Un instant, je souhaite presque que la créature m'attrape enfin et que ce calvaire cesse.
Puis, ma jambe droite me fait défaut et je tombe, face contre terre, lourdement, sans même avoir le temps de tenter de me rattraper à quelque chose ou d'amortir ma chute.
Du sang jaillit de mon visage il coule de mon nez, chaud et collant. J'y porte la main, cherchant à arrêter le saignement mais en vain.
Je ne cherche même pas à me relever. C'est inutile, la douleur est trop grande. Elle occulte tout autour de moi. Je n'entends plus rien qu'un brouhaha indistinct et flou.
Je me contente de fermer les yeux et j'attends l'agonie qui va suivre.
Je la sens qui s'approche, menaçante. Le cliquetis de la bête est là, tout près, au-dessus de moi. Ses longues pattes frappent sur le béton comme si elles sonnaient le glas. Elle s'avance en prenant son temps. Elle sait que je suis à sa merci. La traque prend fin mais elle semble se délecter de l'adrénaline de sa chasse.
Je prends conscience brutalement, amèrement, du fait que je vais mourir.
Je jette un dernier regard aux wagons qui auraient pu me sauver mais ils sont encore trop loin pour que j'espère les atteindre. Non. Dans quelques secondes, je ne serai plus.
Je pense à ma mère qui va m'attendre, à ma sœur si loin en cet instant. Le visage de mon amour s'impose à moi, si réel et si proche que mon cœur se serre et agonise plus encore.
« Pardonne-moi, mon amour, je vais te laisser seul… Je n'aurai pas eu le temps de te donner un enfant. Ni de partir en lune de miel avec toi, sur les rivages blancs du district 4, comme tu me l'avais promis… »
— Je suis désolée, Cinna… dis-je dans un souffle éteint, sans espoir qu'il entende mes paroles.
Un filet de bave coule dans mon cou et un crissement désagréable m'indique que l'insecte est au-dessus de moi. Je tourne légèrement la tête, dans un dernier baroud d'honneur, pour affronter mon bourreau en face à face. La créature me surplombe, du haut de ses longues pattes acérées comme des sabres. Elle doit faire plus de deux mètres. Ses yeux, ronds et verts, sans pupilles, me fixent en clignant rapidement, comme si elle m'analysait.
Un long frisson de dégoût et de peur me traverse. Un vieux réflexe de survie me pousse à reculer lentement, sur le dos, pour m'extraire d'entre ses pattes. Elle me regarde faire avec nonchalance avant de planter sa patte avant droite dans ma cuisse d'un geste sec.
La douleur me cloue littéralement au sol et un hurlement roque et profond s'échappe de ma gorge. Je porte la main à la blessure pour arrêter le flot de sang mais la créature n'a pas retiré sa patte. Elle me tient, à sa merci.
Et tout à coup, mon nom résonne à nouveau, mais prononcé par une voix de femme cette fois. Instinctivement, je tourne la tête en direction du cri et j'aperçois Annie, à une cinquantaine de mètres de là. Elle n'est pas seule. Il y a un tas de gens autour d'elle, des hommes et des femmes de tous âges. Ils sont armés de fusils, d'arcs, de fourches ou de pierres. Et avant que j'aie pu comprendre ce qu'il se passe, ils fondent en hurlant sur la créature qui m'attaque.
Les projectiles jaillissent autour de moi et, délaissant ma jambe blessée, je porte les mains à mon visage pour m'en protéger. L'insecte pousse un cri strident, recule, gesticule pour se défendre mais les hommes les plus rapides lui arrivent déjà dessus. Il recule et me libère la jambe. Les hommes bondissent pour lui attraper le cou, lui ligotent les pattes pour le faire tomber, le frappe de tous côtés jusqu'à ce que le monstre s'effondre, vaincu.
Un soupir de soulagement s'échappe malgré moi de ma poitrine tandis qu'Annie et Sae Boui Boui se précipitent pour me venir en aide. Annie enlève son pull et le pose fermement sur ma cuisse pour stopper l'hémorragie. Je gémis de douleur mais la laisse faire. J'ai déjà perdu beaucoup de sang je le sens aux papillons qui dansent devant mes yeux. Sae me soulève par les épaules et m'appuie contre sa poitrine pour me soutenir. Elle me tend un mouchoir en murmurant :
— Penche la tête en avant, Prim, tu saignes du nez…
Je m'exécute et murmure :
— Merci…
Annie appelle une autre femme à la rescousse :
— Sacha ! Les bandages s'il te plaît !
Sacha se précipite et ouvre son sac. Elle en sort deux rouleaux de bandes qu'elle lance à Annie. Toutes deux s'affairent à serrer un pansement sur ma jambe tandis que Sae me caresse doucement les cheveux, tendrement, en fredonnant pour moi-seule. Je lui en suis reconnaissante. J'ai encore le cœur qui bat et les mains qui tremblent. Mon nez a cessé de saigner mais je me sens endolorie de partout, comme lorsque le toit du bâtiment m'est tombé dessus et que je suis restée prisonnière des gravats dans les bunkers du 13.
— Comment as-tu su… ? demandé-je brusquement à Annie, en réalisant enfin que sans son intervention, je serais morte.
Annie écarte une mèche de son front d'un revers de manche et m'explique d'une voix posée :
— Des mutations ont franchi la clôture tôt ce matin. Je les ai vus passer près de la maison ce matin pendant que je donnai leur petit déjeuner aux enfants. J'ai compris qu'elles descendaient vers la ville. Avec la panne d'électricité, c'était un risque prévisible. Nous aurions dû être plus prévoyants et envoyer des gardes aux abords du Pré, m'explique-t-elle. Nous en avons rattrapé et tué une il y a une heure près de la mairie mais l'autre nous a échappée. Nous avons suivi ses traces jusqu'ici… Elle a laissé une traînée de cadavres sur sa route.
Annie jette un coup d'œil aux corps éparpillés aux alentours et ajoute :
— Ici aussi elle a fait un beau carnage… Heureusement que nous sommes arrivés à temps pour te sauver…
Tout à coup, je réalise que je ne sais pas si mon compagnon d'infortune s'en est aussi sorti. Peut-être qu'il y a d'autres bêtes…
— Et Liam ? Est-ce que vous l'avez vu ?
Annie me jette un regard interrogatif alors, je précise :
— Un garçon en fauteuil roulant qui était avec moi. Je l'ai laissé près du bâtiment central et j'ai entraîné la bête après moi…
Mais avant qu'elle me réponde, j'entends sa voix masculine derrière moi qui m'appelle :
—Prim !
Je fais volte-face et les sanglots me coupent la voix, m'empêchent de lui répondre. Il pousse vigoureusement sin fauteuil jusqu'à moi et prend sans hésiter la main pour tant ensanglantée que je lui tends.
— Tu es blessée ! s'exclame-t-il.
Il jette un coup d'œil inquiet vers Annie et Sacha et demande :
— C'est grave ?
— Je crois que nous avons pu arrêter l'hémorragie. On va la transporter d'urgence à l'hôpital mais ça devrait aller, lui répond Annie avec un sourire rassurant.
Il soupire et je demande à mon tour :
— Et toi ? Tu n'as rien ?
— Non, grâce à toi…
Il me serre la main si fort que mes articulations m'en font presque mal. Mais c'est une bonne douleur cette fois, une douleur de vie. Il secoue la tête et ajoute, les sanglots dans la voix:
— Si jamais tu me refais un truc pareil, je te tue ! me lance-t-il. Qu'est-ce que j'aurais pu dire à Cinna moi…
Je lui souris.
Que pour une fois, j'ai fait ce qu'il fallait faire, que je ne me suis pas dérobée, pensai-je.
Mais, je secoue la tête, pour le rassurer. Non, je n'ai pas l'intention de me jeter à nouveau dans la gueule d'un monstre avant un certain temps….
Il ajoute :
— Toi alors, tu es vraiment un numéro !
Je ris tandis qu'Annie me dit :
— Allez, Prim, tu vas me faire le plaisir de me laisser t'emmener à l'hôpital maintenant…
Je sais qu'elle a raison. Mais, je ne peux m'empêcher de regarder encore autour de moi. Les hommes ont achevé la créature et ils s'occupent à présent de rassembler les corps mutilés de ses victimes pour les ramener chez eux, les remettre à leurs familles.
C'est une scène de mort et de destruction, pire encore peut-être que tout ce que nous avons déjà vécu ces derniers jours mais, quelque chose a changé, que je mets plusieurs secondes à percevoir et à comprendre.
Le chaos qui régnait en ville il y a encore quelques heures semblent d'être soudain dissipé. Plus de pillages, plus de casse, plus d'égoïsme.
Ne subsiste qu'une solidarité nouvelle, née de la lutte contre un ennemi commun.
— Continuez les rondes j'emmène Prim à l'hôpital et je reviens, ordonne Annie à deux des hommes les plus proches. Sacha, tu peux aller me chercher un brancard ?
Ils hochent la tête et obéissent, répétant les ordres à mesure qu'ils rejoignent les autres membres du groupe. Sacha s'éloigne en courant.
— Je suis impressionnée… murmuré-je à Annie.
Elle sourit et répond d'un ton léger :
— Oh, tu sais… Comme dit toujours Fin, vainqueur un jour, vainqueur toujours. Il faut croire qu'il avait raison.
Sacha reparaît avec un brancard de fortune : une planche de bois et une paire de sangle trouvées dans un entrepôt.
— Allez, on te ramène à l'hôpital ! s'exclame Annie en m'attrapant sous les épaules pour me faire glisser sur la planche.
Je l'arrête de ma main valide :
— Attends ! Il faut prévenir Cinna de ce qu'il se passe !
— Je passerai lui dire où tu es après, Prim. L'important pour l'instant, c'est de te faire soigner.
Je lui agrippe fermement le bras pour l'obliger à m'écouter :
— Non, tu ne comprends pas ! Il est à l'ancienne usine électrique. Il faut lui dire de remettre le courant dans la clôture en priorité, sinon d'autres mutations vont venir, encore et encore ! C'est plus important que tout le reste désormais !
— Je m'en charge, Prim, déclare alors Liam. J'y vais tout de suite. Et je lui dirais ce qu'il t'est arrivé. Sois tranquille !
J'acquiesce, apaisée et j'accepte enfin de suivre Annie.
Lorsque j'ouvre les yeux, je suis désorientée et perdue. Il me faut quelques secondes pour me souvenir que je suis à l'hôpital. A peine arrivée, j'ai été transférée en salle de soins, ma blessure à la cuisse devant être nettoyée et suturée. Il y avait beaucoup de monde dans la salle d'attente, beaucoup de blessés graves.
Mes confrères ne chôment pas ce moment, avec tout ce qu'il se passe. Avec tout un pan de l'hôpital fermé à cause de l'incendie, c'est un peu surpeuplé dans le reste des étages. Mais, mes amies infirmières m'ont installé dans la salle de garde, le temps que je récupère un peu de l'anesthésie et que Cinna puisse venir me chercher. La pièce est silencieuse, à demie obscure. Je devine les silhouettes des médecins et des infirmiers qui vont et viennent dans le couloir, de l'autre côté de la porte semi-opaque. J'essaie de me redresser mais, ma jambe et mon bras rechignent un peu. Je serre les dents pour empêcher les larmes de monter. Je me sens tellement inutile ainsi blessée…
Une silhouette sombre se découpe soudain derrière la vitre opaque et quelqu'un toque doucement.
— Oui, entrez… dis-je d'une voix assez forte pour être entendue de l'autre côté.
La porte s'ouvre lentement et un visage familier apparaît : Cinna.
Il sourit en me découvrant, entre rapidement et referme derrière lui.
Il me contemple, couverte de pansements et secoue lentement la tête, en écho à des pensées dont je peux sans peine deviner la teneur.
Il n'est pas content… Je vais passer un mauvais quart d'heure…
Mais au lieu de ça, toute sa colère et sa frayeur se muent en un sentiment à la fois doux et dévorant, qui envahit ses traits, transfigure son regard et me surprends au plus haut point.
Il s'agenouille près de mon lit de fortune et se saisit de ma main valide entre ses doigts. Il soupire profondément, comme s'il s'était retenu de respirer puis pose son front contre le dos de ma main. Il ne dit rien mais je comprends. Je sais à quel point il a eu peur pour moi.
Son front est légèrement humide de sueur, sa respiration un peu erratique il a dû courir jusqu'ici pour me rejoindre.
Plusieurs minutes passent, durant lesquelles nous restons immobiles et silencieux, profitant juste du bonheur d'être dans les bras de l'autre. Puis, Cinna murmure enfin :
— Nous avons réussi… La clôture est à nouveau alimentée. Annie et son équipe ont traqué les dernières créatures qui avaient pu passer. C'est fini mon amour… Elles ne reviendront plus.
— Tant mieux… dis-je, avec un soulagement dans la voix.
Il lève les yeux vers moi et je vois le tumulte de ses émotions. Mais, je lui suis reconnaissant de ne pas me dire les mots que je crains tant qu'il prononce : « tu aurais pu mourir » « tu es folle d'avoir agi de la sorte » « est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ».
Je vois qu'il le pense mais, il ne le dit pas. Au lieu de quoi, il dépose un baiser sur chacun de mes doigts, meurtris et écorchés et murmure :
— Ton ami médecin a dit que je pouvais te ramener à la maison. Tu te sens de rentrer ?
Je hoche la tête, retrouvant tout à coup mes forces à l'idée de rentrer chez moi. Chez nous.
— Tu peux m'aider à me lever, s'il te plaît ? lui demandé-je doucement.
Il glisse son bras dans mon dos et m'assiste tandis que je me redresse. Une fois que je suis stable, il me tend ma chemise et mon pantalon. J'ôte ma blouse d'hôpital et me retrouve en sous-vêtements devant lui. Je suis gênée tout à coup, parce que je me sens laide avec tous ces pansements et tous les bleus qui constellent mon corps. Mais, je réalise qu'il me regarde avec tendresse et amour. Ses yeux vont d'un bleu à l'autre, d'une cicatrice à l'autre, comme si son regard pouvait soigner et enlever ma douleur. Avec une infinie douceur, il m'aide à enfiler ma chemise et la boutonne pour moi, d'une main un peu tremblante. Nous sommes mariés pourtant mais, cette situation nous projette loin en arrière, dans d'autres souvenirs de souffrance et de blessures, à une époque où nos sentiments n'étaient pas aussi affirmés et clairs qu'aujourd'hui. Puis, il glisse avec précaution mon pantalon par-dessus mon pansement et me prend dans ses bras pour me relever. Je m'abandonne à ses mains qui m'habillent comme un enfant. Lorsqu'il remonte le haut de mon jean et ferme la fermeture éclair, mon corps prend feu. Son regard est rivé au mien lui aussi l'a sentie, cette vague de désir brute et sauvage qui m'a traversée. Il sourit et m'embrasse. Je glisse mon bras valide autour de son cou pour le plaquer contre moi et prolonger ce baiser volé. Je sens un sourire se former sur ses lèvres tandis qu'il me laisse faire. Puis, il s'écarte lentement et chuchote :
— Allez, ma douce, on rentre chez nous.
