Coucou,

Voici le dernier chapitre de cette histoire. J'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire. Si j'ai le temps et l'envie, il y aura peut-être un chapitre bonus pour clôturer...

Bonne lecture, j'espère que vous aurez pris du bon temps en ma compagnie ! Biz

Chapitre 12

Jour 5

Katniss

Je suis épuisée à force de marcher dans le noir. Je ne cesse de trébucher mes jambes ne me portent plus et mes blessures sont plus vives que jamais. Ma cheville n'est plus qu'une gangue de douleur. Mon dos saigne la plaie a dû se rouvrir lorsque mon geôlier m'a asséné un violent coup de crosse entre les omoplates la dernière fois que j'ai traîné à me relever après être tombée.

L'aube commence à poindre à l'horizon. Je ne sais pas où nous sommes ni où ils nous emmènent. Je n'ai pas revu Finnick ou Peeta depuis que nous avons été séparés. Les rebelles sont nombreux et puissamment armés. Je me demande ce qu'ils comptent faire de nous.

Savent-ils seulement qui nous sommes ?

— Avance ! me tance le soldat le plus proche avant de me frapper violemment au visage.

Ma pommette me donne l'impression qu'elle va exploser sous le coup. La douleur fuse et irradie jusque dans l'œil. Je vacille mais ne tombe pas. Si je me laisse aller, il va frapper encore et encore, jusqu'à ce que je ne puisse plus bouger. Plus avancer. Plus respirer.

Je serre les dents et mets un pied devant l'autre, en espérant un miracle.

Finalement, le groupe s'arrête, au milieu d'une clairière, dans la forêt. Je suis poussée dans le dos parmi les soldats des Frères de l'Hiver et j'atterris finalement au pied d'un arbre, dans un cercle de fusils. Finnick est là lui aussi. Il a la moitié du front couvert de sang coagulé, un œil fermé par l'hématome qui lui barre la joue et l'air bien mal en point mais, il est vivant.

— Kat… murmure-t-il en me voyant m'asseoir péniblement à ses côtés.

Il jette un regard attristé vers mon visage et je devine que je ne dois pas avoir meilleure mine que lui.

— Tu sais où est Peeta ? soufflé-je.

Il secoue la tête.

— Non, je ne l'ai pas vu.

Le soulagement qui m'a envahi lorsque j'ai retrouvé mon ami se mue en terreur glacée lorsque je réalise que Peeta n'est pas là.

J'interpelle un de nos gardes :

— Eh ! Où est l'autre homme qui était avec nous ? Qu'avez-vous fait de lui ?

Mais, l'homme ne répond pas. Il reste immobile, implacable, la main serrée sur son fusil, le doigt sur la détente. Les autres ne bougent pas non plus. Ils nous regardent, comme si nous n'étions que d'insignifiants insectes.

La colère et la peur se disputent en moi et je hurle :

— Où est-il ? Qu'est-ce que vous lui avez fait ? Mais répondez, bon sang !

Lorsque ma voix s'éteint, l'un des soldats, apparemment un chef, traverse la haie d'hommes qui nous entourent et, brusquement, me braque son pistolet en plein milieu du front.

— Tu vas la fermer maintenant ! Ça suffit comme ça, on t'a assez entendue ! Alors, tu restes tranquillement assise et tu te tais (il dévie son arme de mon front vers celui de Finnick et ajoute ) ou alors je fais sauter la tête de ton ami. Est-ce que je me suis bien fait comprendre ?

Mes lèvres tremblent tellement que je ne parviens pas à articuler un mot. Alors, il hurle à nouveau :

— Est-ce que c'est clair ?

Je hoche frénétiquement la tête. Oui, c'est très clair.

Je me renfonce contre l'arbre, comme si je pouvais espérer me glisser sous son écorce, sous sa protection et je ne dis plus un mot, ne fais plus un geste.

Le soldat abaisse lentement son arme et s'éloigne, l'air satisfait. Je recommence lentement à respirer et jette un coup d'œil vers Finnick, comme pour m'excuser de ma folie passagère. Folie qui aurait pu lui coûter la vie.

Mais ce dernier inspire profondément et malgré les liens qui entravent ses poignets, il tend la main pour prendre la mienne. Les gardes le laissent faire tout en scrutant le moindre de ses faits et gestes. Il serre mes doigts tremblants mais ne dit pas un mot. Nous nous connaissons depuis longtemps nous avons traversé des situations bien pires… enfin, je crois. Finnick semble calme, résolu. Il économise ses forces pour être prêt le moment venu. Et je devrais en faire autant. Mais, je ne peux empêcher mon esprit de vagabonder.

Où est Peeta ?

Où l'ont-ils emmené ?

Est-il seulement encore en vie ?

Les questions tourbillonnent dans ma tête, au point de me donner la nausée. Les sens aux aguets, je guette le moindre bruit, la moindre parole qui pourrait me laisser croire que l'homme que j'aime est encore vivant. Nous avons souvent été séparés, dans les arènes comme dans la vraie vie, mais jamais je n'ai eu peur comme cela pour lui. Jamais je n'ai senti un tel vide, glacial, oppressant, tout au fond de moi. C'est comme si une énorme bulle gonflait dans ma poitrine et comprimait tous mes organes. Comme si elle pouvait s'enfler et écraser mon cœur et mes poumons contre les os de mes côtes. J'étouffe. Je ne peux plus respirer, plus parler, déglutir devient même douleur.

Et plus que tout, j'ai peur du moment où la bulle en moi éclatera. Parce que je pressens qu'elle sera comme une bombe qui m'anéantira de l'intérieur.

Je me débats avec mon angoisse lorsque ma montre connectée émet une légère vibration j'ai coupé le son avant de me coucher hier soir. Heureusement. Je tourne le poignet vers moi pour lire le message qui s'inscrit : appel entrant de Beetee.

Je jette un bref regard à Finnick qui fixe lui aussi discrètement mon bracelet. Il a vu. Il me fait un infime signe de tête pour m'indiquer de répondre. Même si je ne peux pas l'entendre, Beetee, lui devrait pouvoir nous voir et entendre ce qu'il se passe autour de nous.

J'effleure le cadran avec mon pouce, malgré mes entraves et le visage de Beetee apparaît. Je tourne l'écran vers moi, priant pour que personne ne remarque la légère clarté qui se dégage du cadran de ma montre.

Beetee nous fixe avec une stupeur que je perçois malgré l'image qui saute légèrement. Autour de nous, le chef des soldats donne des ordres d'une voix forte je baisse un peu plus l'écran vers le sol pour éviter de me faire repérer.

C'est peut-être notre seul espoir.

Il faut que je parvienne à indiquer à Beetee où nous nous trouvons. De ma main droite, j'ouvre et ferme plusieurs fois les doigts devant le cadran, jusqu'à compter jusqu'à 13. Puis, je jette un œil vers le visage de Beetee. Il me fait signe qu'il a compris. Je lis « courage » sur ses lèvres avant qu'il ne coupe la communication.

Je retiens avec peine un soupir de soulagement. Nous avons peut-être une chance de nous en sortir.

Mais, mon espoir est de courte durée, car j'entends le chef s'approcher, celui qui nous a braqués avec son arme un peu plus tôt. Il fend le groupe armé qui nous surveille. Il parle avec quelqu'un d'autre, sur un téléphone longue distance ultra-moderne.

Il nous scrute avec un sourire carnassier tout en discutant avec son interlocuteur :

— Oui, Commandant. Bien sûr… Je comprends. Nous vous les livrerons dès demain, Commandant. Oui. Je m'assurerai en personne du transfert de Katniss Everdeen et de Finnick Odair jusqu'au Nid, Commandant. Aigle 3, terminé.

Je le regarde avec stupeur, puis ma surprise se change en terreur lorsque je réalise qu'il sait parfaitement qui nous sommes depuis le début. Et, visiblement, nous sommes une proie de choix.

— Quels sont vos ordres, mon Capitaine ? lui demande l'un des soldats qui nous encerclent.

— On se remet en route. Une navette nous attendra au point de rendez-vous. J'ai ordre de ramener les prisonniers au QG.

— A vos ordres Capitaine.

L'homme lève aussitôt le bras et crie à la volée aux autres de rassembler leurs affaires pour le départ.

Le Capitaine, pour sa part, fait un pas nonchalant vers nous. Il nous contemple comme si nous étions un simple butin de guerre.

— Notre chef a été ravi d'apprendre que nous avions mis la main sur deux Vainqueurs. Pour moi, vos misérables vies ne valent pas grand-chose mais, mon Commandant a l'air de penser le contraire. Il espère faire plier le Capitole en menaçant de vous faire exécuter devant les caméras. J'avoue que cela pourrait effectivement être… divertissant.

— Pourquoi faites-vous cela ? lâche Finnick entre ses dents.

— Pour rétablir l'ordre dans le chaos que votre petite rébellion a causé. Vous avez cru nous vaincre mais, notre idéologie n'est pas morte. Nous sommes toujours là et il est temps pour nous de reprendre ce que vous nous avez volé.

J'écoute ces mots emplis de haine et de colère mais j'ai du mal à y croire. Les Frères de l'Hiver n'étaient peut-être pas juste un petit groupe de jeunes idéalistes, menés par la petite-fille de Snow. Peut-être me suis-je méprise sur l'ampleur de leur mouvement, sur la force de leurs convictions. Car aujourd'hui, je me rends compte qu'ils ont la même foi en leur combat que celle que nous avions autrefois lorsque nous sommes élevés contre la dictature de Snow.

Sauf qu'à présent, nous sommes du mauvais côté de la barrière et que c'est nous et le régime que nous avons aidé à mettre en place qui passons pour des dictateurs.

Alors, certes, notre démocratie n'est peut-être pas idéale ni parfaite, mais, elle nous a apporté la paix et la prospérité. Plus aucun district ne connaît la famine nous sommes libres de circuler où bon nous semble. Je crois que ce que nous avons bâti mérite d'être préservé.

Je toise le Capitaine avec défi, mesurant combien dans cet uniforme blanc et noir il ressemble aux Pacificateurs de jadis.

— Vous ne vaincrez pas, lui dis-je soudain, d'une voix étonnamment calme.

Il éclate de rire, comme s'il s'était attendu à ma petite tirade.

Il s'agenouille près de moi et me braque le canon de son pistolet contre la tempe.

Finnick fait un mouvement brusque mais, le soldat le plus proche lui assène un violent coup de crosse dans l'épaule. Finnick réprime un gémissement de douleur mais, la rage se lit dans ses yeux. Il est fou furieux.

Je sens le canon glacé de l'arme contre ma peau, son doigt d'acier porteur de mort qui tient ma vie en joue. Mais, je défie l'homme qui la tient. Je le défie d'appuyer sur la détente, d'enfreindre les ordres de son chef, de me voler ma vie.

Le Capitaine fait glisser son arme contre ma tempe, descend le long de ma joue, comme pour une caresse morbide et écœurante.

— Ne sois donc pas si pressée de mourir, Geai Moqueur. Ton heure viendra bien assez vite… Ne t'en fais pas, tu le rejoindras bientôt ton garçon des pains.

L'ironie est mordante dans sa voix et je sursaute en entendant parler de Peeta.

— Où est-il ? Dites-moi où vous l'avez emmené !

L'homme appuie plus fort le canon de l'arme dans le creux de ma joue, si fort que j'ai l'impression qu'il va me déchirer la peau.

Mes yeux écarquillés, hagards, se fixent sur lui lorsqu'il ajoute en riant :

— Nulle part il est mort en tentant de s'enfuir. Un de mes hommes l'a abattu, comme un chien qu'il était.

L'arme quitte mon visage et le Capitaine se redresse et s'éloigne, me laissant anéantie. Sonnée. Incapable de bouger, de parler, de respirer.

Mon cerveau refuse de comprendre, d'accepter. Mon cœur agonise, comme si cet homme, ce monstre, avait plongé sa main dans ma poitrine pour me l'arracher alors qu'il bat encore.

Mon cerveau est comme anesthésié. Incapable de penser. Je ne peux que ressentir cette douleur atroce qui me déchire de part en part.

Un hurlement déchirant s'élève.

Je l'entends mais je ne comprends pas immédiatement qu'il sort de ma gorge.

Puis, je sens les bras de Finnick se refermer autour de moi malgré les entraves qui nous lient. Il passe ses mains jointes par-dessus ma tête et m'attire contre lui avec force. Je voudrais me débattre, déchirer ses cordes qui me scient la peau, hurler, frapper, tuer ce chien de capitaine mais, je n'ai pas la force.

Je ne suis plus rien qu'une coquille vide.

Et je n'ai pas le temps de me ressaisir, pas le temps de comprendre ce qui vient de se passer car les soldats nous ordonnent déjà de nous remettre debout.

Ils nous poussent dans le dos pour nous faire avancer sur le sentier.

Finnick marche devant moi et il se retourne toutes les cinq minutes pour s'assurer que je suis toujours là. Que j'avance. Que je respire.

Mon corps met un pied devant l'autre, mécanisme automate tandis que mon cerveau tourne et retourne sans cesse les mots terribles, pour leur trouver un sens.

Peeta est mort.

Peeta a été fusillé.

Je ne parviens pas à le croire. Je pense à nos enfants, là-bas au 12. Comment vais-je pouvoir leur dire que leur père ne reviendra jamais qu'il ne les prendra plus jamais dans ses bras qu'il ne les verra pas grandir.

Et moi. Que vais-je devenir sans lui ?

J'ai déjà été confronté à cette pensée, autrefois, lorsque je me suis réveillée dans l'hovercraft du 13 et que j'ai découvert que Peeta avait été capturé par Snow. Et déjà à l'époque, j'en ai été anéantie, alors que notre relation n'était encore qu'un balbutiement. Qu'en sera-t-il aujourd'hui ? Aurais-je la force de survivre sans lui ?

Au trou béant qui dévaste ma poitrine, je n'en suis pas du tout sûre. J'ai l'impression que je vais me fracturer et tomber en miettes, m'éparpiller dans l'herbe et disparaître.

Mais, les gardes qui me donnent régulièrement des coups de crosse dans le dos pour m'obliger à avancer me confirment que pour le moment, je suis encore vivante. Malheureusement.

Nous marchons longtemps, jusqu'à atteindre une clairière abritée assez vaste pour accueillir un hovercraft. C'est là que se termine notre route. Ils vont venir nous chercher ici.

Et effectivement, le groupe de soldat se regroupe en bordure de la forêt et attend.

Finnick glisse sa main dans la mienne et nous patientons, épaule contre épaule, silencieux et unis, inquiets. Nous savons tous deux ce qui nous attend si nous tombons aux mains des Frères de l'Hiver. Ils vont se servir de nous contre le Capitole ils vont essayer de négocier mais, le gouvernement actuel ne négociera pas et nous mourrons, sans pouvoir nous défendre.

Le bruit des moteurs de l'hovercraft est la première chose que je perçois, avant même d'entrevoir l'appareil entre les arbres. Puis, il y a le vent, le souffle brûlant des réacteurs qui balaye la clairière et fait se coucher les hautes herbes. Nous protégeons notre visage de nos mains, tandis que les soldats nous crient d'avancer.

Les premiers rangs courent déjà vers l'appareil lorsque, brusquement, je vois briller quelque chose sur ma droite. Le temps que je tourne la tête, les premières détonations se font entendre.

Puis, tout va très vite.

Des rafales de tirs automatiques touchent l'hovercraft. Elles ricochent sur la carlingue en acier, la perforent par endroits et laissent des étincelles sur les surfaces arrondies. Les balles soulèvent la poussière à quelques mètres de nous en heurtant le sol. Les hommes crient, certains tombent, fauchés sans avoir eu le temps de voir venir l'attaque.

Une panique imprévue s'empare des troupes des Frères de l'Hiver. L'hovercraft bat en retraite et reprend de l'altitude, nous abandonnant aux tirs nourris d'un assaillant invisible.

Dans l'affolement, nos gardes sont trop occupés à sauver leurs peaux pour se soucier de nous. Finnick m'attrape par la main et me tire. Il a raison c'est peut-être notre seule chance de survie.

Nous nous mettons à courir, sous le feu des balles. Et je me surprends à sentir encore l'adrénaline couler dans mes veines, alimenter mes jambes et me pousser à avancer. Je suis vivante et je me bats encore pour le rester.

Une rafale de mitrailleuse passe si près de nous que les balles sifflent à mon oreille. Finnick m'attire sur la droite et nous cache derrière un arbre. Il me serre contre lui, me faisant un écran de son corps. Je lève les yeux vers son visage il est tendu, aux aguets. Il veille sur moi parce qu'il sent que je ne suis plus vraiment en état de le faire moi-même. Et je lui en suis reconnaissante.

— Tu as une idée de ce qu'il se passe ? me demande-t-il.

Je secoue la tête, perplexe. J'essaie de deviner qui nous attaque mais les tirs proviennent du bois et je ne distingue rien.

Les minutes passent, irréelles, tandis que les Frères de l'Hiver tombent comme des mouches sous les balles ennemies. Lorsque les mitrailleuses se taisent enfin, la clairière est jonchée de cadavres et de blessés qui se tordent et hurlent de douleur.

Nous ne bougeons pas nous attendons.

Les assaillants émergent lentement des profondeurs de la forêt, armes aux poings et je reconnais avec soulagement les uniformes du 13.

Finnick respire aussi plus librement nous sommes sauvés. Nous osons sortir de notre cachette et nous montrer. Aussitôt, quelques soldats accourent vers nous. Voyant notre état, le capitaine demande aussitôt des renforts médicaux.

— Je suis le Capitaine Thomas. Comment allez-vous ? nous demande-t-il en m'aidant à marcher jusqu'au brancard.

— Mieux maintenant que vous êtes là. Heureusement que vous êtes venus à notre secours !

— C'est un heureux hasard en effet ! s'exclame l'officier. Que faisiez-vous de ce côté de la frontière ? Vous êtes bien loin de chez vous tous les deux ?

Je réalise qu'il a effectivement l'air plutôt surpris de nous voir.

— Vous n'avez pas reçu de message du district 5 nous concernant ? demande Finnick.

— Non, toutes nos communications sont brouillées depuis des jours. Nous avons découvert des explosifs disséminés autour de deux des entrées de la base ce matin. Nous avons pu les désamorcer mais, pour plus de précaution, nous avons décidé de faire une ronde plus générale des environs. C'est comme ça que nous sommes tombés sur vos traces. Et vu le nombre d'empreintes, nous avons compris que la menace était bien réelle.

Il jette un coup d'œil aux corps éparpillés et demande :

— Encore un coup des Frères de l'Hiver, on dirait ?

— Oui. Un nouveau groupe sème la terreur dans tout Panem depuis cinq jours. Ils ont mis des bombes dans les districts périphériques et leur leader assiège le Capitole pour s'emparer du pouvoir. Le capitaine de ce groupe-ci voulait nous livrer à son chef pour négocier la reddition du Président, explique Finnick.

Un lieutenant du capitaine Thomas l'interpelle soudain :

— Capitaine, on a capturé des survivants qui tentaient de s'enfuir.

— Très bien. Ramenez-les au bunker et mettez-les en cellule. Nous allons les interroger.

Il se tourne vers nous et ajoute :

— Si ce que vous dites est vrai, nous allons avoir besoin de savoir où se trouve leur QG si nous voulons mettre un terme à leurs agissements.

— Nous avons un moyen de communication vers le District 5 et le Capitole. Nous pourrions tenter de coordonner nos forces pour les attaquer, dit Finnick.

— Oui, excellente idée.

— J'aimerais en être si nous attaquons, ajoute Fin d'un air résolu à en découdre.

Je dégrafe la montre de mon poignet et la lui tend. Finnick me jette un regard incompréhensif alors, je murmure :

— Prends-la, vous en aurez besoin pour tout organiser avec Beetee.

— Mais, et toi ? Qu'est-ce que tu comptes faire ? me souffle-t-il sans comprendre.

— Je dois retrouver Peeta… Je dois le ramener chez nous.

L'officier me fixe et demande à son tour :

— Votre mari a disparu ?

— Il a été fait prisonnier avec nous mais, il…

Ma voix se brise et c'est Finnick qui termine à ma place :

— Ils nous ont dit qu'ils l'ont abattu la nuit dernière.

— Je dois le ramener chez nous… répété-je.

Le Capitaine Thomas me pose une main compatissante sur l'épaule et déclare :

— Une fois vos blessures soignées, je mettrai une escouade à votre disposition pour ratisser la forêt et le retrouver.

Pour un peu, je l'aurais embrassé…

— Je viens avec toi dans ce cas, ajoute Finnick.

Mais, je lui pose la main sur le bras et réplique :

— Non, tu en as assez fait. Ils ont besoin de toi pour coordonner l'attaque. La priorité est d'arrêter les Frères de l'Hiver. Moi, je n'en suis plus capable mais toi, tu peux encore les aider. Vas-y. Je vais me débrouiller. Je vais tenir le coup, ne t'inquiète pas pour moi…

Finnick hésite mais, il finit par céder. Il lit dans mes yeux que je ne cèderai pas et il sait comme moi que c'est la seule chose à faire.

Pour une fois, le Geai moqueur ne conduira pas la bataille je suis trop lasse, trop anéantie pour prendre encore les armes. Ils m'ont tout volé je n'ai plus la force de me battre.

Et c'est ainsi que ma route quitte celle de Finnick. Il suit les soldats et les blessés pour participer aux interrogatoires tandis que moi, je repars en sens inverse dans la forêt, à la recherche du corps de mon mari. La dizaine d'hommes qui m'accompagnent m'est d'un grand secours. Ils sont tous natifs du 13 ils connaissent cette forêt comme leur poche. Nous progressons en ligne, espacés de quelques centaines de mètres, tâchant de rester en visuel les uns des autres.

Nous marchons jusqu'à ce que le soleil soit au zénith dans le ciel et chaque heure qui passe m'ôte un peu plus de forces, un peu plus d'espoir de le retrouver.

Comment trouver la paix si je ne peux même pas l'enterrer ?

Et c'est alors qu'un cri me fait sursauter :

— Ici ! Je crois que j'ai trouvé quelque chose !

Un des soldats agite le bras.

Je le rejoins aussi vite que me le permettent mes blessures. Il se tient au bord d'une pente assez raide au fond de laquelle coule un ruisseau.

— Qu'avez-vous trouvé, soldat ? dis-je en m'approchant.

— Là ! Il y a des traces de sang dans l'herbe ! On dirait que quelqu'un est tombé à cet endroit et a dévalé la pente en roulant.

Il a raison, le sang est en train de sécher mais, les traces sont bien visibles. Mon cœur toque trop fort dans ma poitrine. J'ai peur de regarder en bas je suis carrément pétrifiée.

— On va descendre attache-moi cette corde à l'arbre, là-bas ! ordonne un des soldats à l'un de ses frères d'arme.

Le gars s'exécute immédiatement et alors que le premier homme commence sa descente, je demande :

— Je peux avoir une corde moi aussi ? Je voudrais y aller…

L'homme m'offre un petit sourire compréhensif et murmure :

— Vous êtes certaine ? Vous savez, on peut s'en charger…

Je secoue la tête j'ai les larmes qui montent aux yeux devant sa gentillesse mais, je sais au fond de moi que je dois descendre. Je dois y aller.

— Bon, comme vous voulez, se résigne-t-il en m'harnachant.

Le temps que j'arrive en bas, le premier homme commence à soulever les fougères et à écarter les branches des arbustes, à la recherche du corps qui n'est pas visible.

Je l'imite, m'approchant du ruisseau à la recherche d'autres traces de sang.

Et c'est là que je le découvre, à demi recouvert de boue et d'herbes, dissimulé par une touffe de joncs sauvages.

Je me précipite et tombe à genoux dans la terre détrempée. Je le contemple, couvert de sang, les yeux clos. J'attrape d'abord sa main qui pend inerte le long de sa cuisse. Elle est glacée.

Un sanglot profond me broie la gorge tandis que les soldats se massent autour de moi, en silence, respectant ma peine.

Je me penche sur mon amour, pose ma joue tiède contre la sienne si froide et je pleure. Je hoquette de désespoir et de chagrin à tel point que je mets plusieurs minutes avant de réaliser qu'un souffle chaud, faible mais présent caresse mon oreille. Un râle à peine audible s'échappe des lèvres de Peeta et je sursaute.

— Il respire !

Mon hurlement ne semble pas m'appartenir tellement il est aigu.

Le soldat qui est descendu le premier et semble avoir des notions de secourisme accourt et s'agenouille à son tour. Je m'écarte pour le laisser prendre le pouls de Peeta.

A bout d'une interminable minute, le soldat relève la tête et crie à un de ses collègues :

— Appelle les secours ! Il nous faut une évacuation d'urgence, il est en vie !

Pendant que son collègue retransmet les ordres à la base, il déchire la chemise ensanglantée de Peeta. Je découvre que ce n'est pas pour rien que nous l'avons trouvé dans le lit du ruisseau. Avant de perdre connaissance, Peeta a tenté de se faire un cataplasme de boue et d'herbes pour stopper l'hémorragie. Il a deux balles dans la poitrine. L'une présente une plaie de sortie sous l'omoplate, l'autre non. La balle est logée quelque part dans sa poitrine. Si elle est trop près d'un organe vital et que nous le déplaçons, il peut mourir…

Le soldat enlève avec précaution le cataplasme et le remplace par des compresses. Il me regarde, impressionné :

— La plaie ne saigne presque plus sans ce pansement de fortune, il se serait vidé de son sang avant l'aube. C'est un miracle !

Je saisis la main de Peeta entre mes doigts tremblants et acquiesce.

Oui, c'est un miracle. Combien de fois allons-nous passer ainsi entre les balles et flirter avec la mort ?

J'aimerai vraiment que ça s'arrête un jour et que nous puissions simplement reprendre une vie paisible…

Est-ce trop demandé ?

— Ils nous envoient une navette médicalisée, annonce le second soldat en rangeant sa radio dans sa poche pour nous aider. Ils devraient être là d'ici dix minutes.

Je lui souris pour le remercier et reporte toute mon attention sur Peeta. J'ai peur de le lâcher des yeux un instant. Je ne veux pas. Le froid terrible qui occupait ma poitrine depuis l'annonce de sa mort s'est dissipé en un éclair lorsque j'ai compris qu'il était toujours en vie et pour rien au monde, je ne veux revivre ça.

Alors, je ne lâche pas un seul instant. Je lui tiens la main lorsque les médecins du 13 le déposent avec précautions sur un brancard, puis lorsqu'ils l'emmènent au bunker.

Lorsqu'ils le font entrer dans la salle d'opération, je m'assois contre le mur, à même le sol et j'attends. Je me fiche que les carrelages soient glacés ou qu'il y ait des chaises à un mètre de moi, pas plus que je ne porte attention aux gens qui passent devant moi et me jettent des regards curieux.

J'attends.

Je sais que la balle est logée tout près de son cœur je sais qu'il peut ne pas se réveiller.

Alors, j'attends et je supplie en silence qu'on me le rende.

Je dois sommeiller quelques minutes vers trois heures du matin, emportée par la fatigue de deux nuits de veille car c'est une infirmière qui vient me réveiller, doucement, en m'apportant un café bien chaud.

Elle me sourit tandis que j'ouvre des yeux perdus, désorientés et avant que j'aie le temps de m'angoisser, elle murmure :

— Il va bien je viens de l'amener en chambre de réveil. Tout s'est bien passé. Ils ont pu retirer la balle sans dommage. Bien sûr, il faut encore attendre qu'il reprenne connaissance mais…

Je lui attrape les mains avec ferveur et reconnaissance et dis simplement :

— Je peux le voir ?

Elle sourit et hoche la tête.

— Oui, venez avec moi.

La chambre de réveil est toute blanche. Peeta est allongé dans des draps propres. Il dort encore mais il a l'air serein. Il ne semble pas souffrir. Il est couvert de bandages et des fils le relient à des poches de liquide suspendues à la tête de son lit.

Je m'assois à ses côtés et j'attends.

C'est que je fais de mieux depuis ces dix dernières heures.

C'est là que je passe les trois jours suivants. Ne bougeant que lorsque les infirmières me jettent dehors et m'obligent à aller manger un morceau et faire quelques pas dans le couloir.

Pour passer le temps, j'ai mis la télévision en mode silence et je suis les informations en direct. J'assiste depuis mon bunker souterrain à l'attaque surprise du quartier général des frères de l'Hiver. Je suis les événements comme si j'y étais.

L'assaut durera finalement vingt-deux heures et fera dix-sept morts parmi les terroristes, dont leur chef.

Finnick et Beetee sont chargés de donner une interview au nom du groupe d'intervention depuis la pelouse du Capitole une fois l'assaut terminé.

Ils indiquent que de nombreuses bombes ont été trouvées et désamorcées dans des quartiers du Capitole et que désormais, tous les membres survivants du groupe terroriste sont derrière les barreaux. La police du Capitole est encore sur le terrain pour sécuriser tout le périmètre mais, selon les dernières informations, tout devrait rentrer dans l'ordre dans les prochaines quarante-huit heures.

Je souris en songeant que cette crise est désormais derrière nous. J'espère seulement que cette fois-ci, nous les avons vraiment tous arrêtés…

— Eh bien, on dirait que j'ai manqué le meilleur…

La voix de Peeta me fait sursauter et je fais volte-face si vite que je manque en tomber de mon siège.

Il a les yeux ouverts, il fixe l'écran puis moi avant de rajouter :

— Salut toi…

Je lui saute dans les bras, un peu trop vivement car je lui arrache un gémissement.

Je recule :

— Désolée !

— Non, ce n'est rien… ça me fait du bien de te voir… Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Je soupire et manque éclater d'un fou-rire nerveux.

Comment lui dire, par quoi commencer ?

Je ne sais pas, je ne sais plus.

Tout ce dont je suis sûre, c'est qu'il est vivant et que nous allons bientôt pouvoir rentrer chez nous.

FIN