Troisième partie
Je m'éveille quand les oiseaux eux-mêmes se réveillent en chantant, comme j'en ai l'habitude, mais hésite à ouvrir les yeux. Je tâte autour de moi mais constate qu'Edward n'est plus là. Je le cherche en me demandant quand même si je n'ai pas rêvé nos baisers. Il est à plusieurs mètres de moi, il me tourne le dos. Sa chemise gît à côté de lui, il désinfecte la plaie de son bras. J'hésite à me manifester, mon corps choisit pour moi en grondant.
« Bonjour Miss Swan. » me dit Edward sans même me regarder dans les yeux, ses joues roses.
Il se souvient et regrette, c'est écrit sur son visage. Pourquoi je me sens si déçue, triste et même un peu honteuse. Je ne devrais pas être étonnée de l'attitude d'Edward, je connais pourtant les hommes. Combien de fois ai-je dû ramener un ivrogne chez lui et l'ai-je entendu s'excuser auprès de sa femme pour avoir perdu leurs économies ou avoir couché avec une prostituée.
« Shérif Cullen. » je réponds calmement.
Je pars me soulager dans les mêmes bosquets où il est tombé la veille avant de me souvenir qu'un cadavre de cheval y repose. J'opte pour un arbre plus au nord, la marche m'aide à réprimer mes larmes sans avoir à me cacher. Je dois absolument me ressaisir, je l'ai laissé piétiné mon cœur et il est tout simplement hors de question qu'il s'en tire à si bon compte. Je suis une revancharde, ça il ne le sait pas, la plus revancharde des demoiselles.
« J'enverrai ton père pour te chercher. » je lui annonce familièrement en sellant mon cheval et en installant mon sac.
« Vous… tu vas me laisser ici ? » me demande-t-il inquiet.
« Je n'en ai que pour trois heures. »
« Je pourrais chevaucher avec toi. » propose-il.
« Ça nous prendrait trop de temps. Ton père sera sûrement d'accord pour venir avec sa charrette. »
Il cherche une autre raison pour partir avec moi, je le toise et il se tait.
Même si je lui en veux, je galope sans m'arrêter jusqu'à Port Angeles. Je me rends tout d'abord chez moi, j'ai besoin de me laver et éviter ainsi pour un moment encore les questions de mon père. Il sort dans la cour arrière quand je me rhabille, les poings sur les hanches, il me dévisage.
« Tout va bien Bells ? »
« Oui, et toi ? »
« Pourquoi le gamin n'est pas avec toi ? »
Je souris du surnom, il n'appelle Edward ainsi qu'en ma présence. Mon père va me passer un savon, je le sais, j'espère juste qu'il ne me forcera pas à retourner avec le docteur pour récupérer le shérif.
« Il s'est blessé, je dois aller prévenir son père. »
« Comment va-t-il ? »
« Bien. »
« Le docteur Cullen est à son cabinet à cette heure-ci. Mais pourquoi tu l'as laissé seul ? »
Je suis déjà en selle, je lui fais un petit signe et m'élance.
Le médecin me remercie et me demande de prévenir aussi son épouse. Il part aussitôt rejoindre Edward. Esmé est plus longue à rassurer, pour me remercier d'avoir fait le déplacement, elle m'invite à déjeuner. J'accepte volontiers, je doute l'être encore quand le shérif sera de retour.
« Peux-tu aller quérir Alice ? Elle devrait être dans le champ derrière la maison. »
La jeune fille n'est pas en vue, je continue le long du chemin qui aboutit ensuite au front de mer. Je perçois près des rochers un rire cristallin, je m'approche et découvre Alice dans les bras d'un homme. Je m'éloigne en silence de dix mètres puis tousse et jette quelques cailloux avant de m'approcher de nouveau du couple. Alice surgit seule sur le chemin.
« Oh ! Miss Swan ! »
« Miss Cullen, justement je vous cherchais. Votre mère vous attend pour le déjeuner, et elle m'a invitée. »
« Alors ne perdons pas de temps ! » s'exclame-t-elle faussement enjouée, et me précède.
Je fouille longuement dans ma mémoire, je ne reconnais pas le jeune homme qui enlaçait Alice. Elle ne pense surement pas que je l'ai vue. Durant le déjeuner, elle est égale à elle-même, bavarde et futile, jusqu'à ce que je lui annonce que son frère a fait quelques emplettes pour elle. Je persiste dans le mutisme quand elle veut savoir exactement ce que Edward lui a acheté.
« C'est une surprise, attends le retour de ton frère. » la réprimande sa mère, peu ferme.
_oOo_
Le shérif a choisi de dire la vérité, il est un peu moqué le soir de son retour au saloon. J'y ai accompagné mon père pour son inspection. Victoria, la femme du patron, se croit obligée de m'offrir un verre. À son plus grand étonnement, pour une fois j'accepte et même je discute avec elle.
« Je n'ai pas vu Laurent depuis quelques jours. » je remarque.
« Il a disparu ! L'ingrat nous a volé une fille et ils sont partis ensemble ! »
Laurent est un esclave affranchi cinq ans plus tôt, je l'ai toujours connu au service des tenanciers. Il est aimable et plus d'une fois j'ai menacé ceux qui lui manquaient de respect à cause de la couleur de sa peau. Je suis plutôt heureuse pour lui, il sera bien mieux sans ces escrocs de James et Victoria.
« Quelle fille ? » j'enchaîne.
« Irina. »
« Vous voulez que je les retrouve ? » je lui propose.
« C'est qu'on n'a pas les moyens d'une récompense. » ment-elle.
« C'est vous qui voyez. »
J'ai peur pour les fuyards, si James leur met la main dessus, ils seront tous les deux condamnés. J'en parle à mon père ce soir-là en dînant. Il est d'accord avec moi mais me demande d'attendre quelques jours.
« Soit ils sont à l'autre bout du pays, soit ils se cachent dans les environs. Si ils ne sont pas loin, ils sont certainement prudents. Attends que leur vigilance se relâche, et en attendant, surveille James discrètement. »
« Tu as découvert quelque chose ? »
« Il a reçu sa livraison d'alcool il y a deux semaines et il lui en reste beaucoup, ce qui est suspect. »
Le saloon n'a pas le droit d'acheter plus de deux cent litres d'alcool, bière et whisky confondus. Il est souvent arrivé que la pénurie menace et que les clients grognent.
« La plage ? »
« Exactement ce que je pense. » me répond-il en souriant.
_oOo_
J'évite Edward avec succès les jours suivants, même si parfois je dois escalader le petit immeuble pour accéder à ma chambre. Il est devenu l'adjoint de mon père, qui a repris officiellement ses fonctions. Charlie le met à l'épreuve chaque jour, ce qui ne manque jamais de nous faire rire le soir venu quand mon père me raconte sa journée.
Je passe beaucoup de temps près de la réserve, Jacob me rejoint de temps à autre, je lui confie les soupçons de mon père et lui me dit qu'il a aperçu un homme une nuit fureter près de leurs frontières. Je doute qu'un homme de main de James se soit égaré, je repense à l'homme qu'Alice continue de voir en secret chaque jour. Je l'ai aperçue à la même heure, chaque jour, porter un panier jusqu'aux rochers et elle ne m'a jamais vue.
Quelques jours plus tard, mon père se joint à moi et nous allons dès la tombée de la nuit sur la grève. Dans la journée, le saloon a reçu sa livraison d'alcool, si James ne veut pas éveiller nos soupçons, il doit récupérer le jour-même sa contrebande.
« Bon sang mais il est où ?! » peste tout bas mon père.
« On en a pour des heures à mon avis, James est très prudent. »
« Je parle du gamin. Il devrait déjà être là. »
Je peste à mon tour, exige à mon cœur de se calmer, dispute mon ventre qui déjà se réchauffe. Je n'ai rien trouvé pour me venger, je me suis traitée mille fois de mauviettes parce que je ne veux pas lui faire de mal. Si seulement je ne ressentais pas ces émotions en sa présence ou simplement en pensant à lui, ma vie serait de nouveau simple.
« Shérif, miss Swan, nous salue tout bas l'adjoint une heure plus tard. J'ai du rester en poste car comme par hasard, James est venu et s'est plaint d'un client. Je suis allé au saloon, j'ai vite réglé l'affaire et ait prétendu devoir rentrer chez moi rapidement suite à une blessure. »
James ne se montre pas mais un bateau accoste plus tard, deux hommes débarquent six tonneaux. Mon père se montre malgré les règles de prudence, les contrebandiers sont armés et nous tirent dessus. Je dois forcer Charlie à se tapir. Nos balles les tuent, j'ai moi-même fais feu au niveau les jambes et je pense que mon père aussi ; l'adjoint du shérif sait-il seulement viser ?
Nous brisons les tonneaux dans les rochers, l'alcool cascade vers l'océan, mon père se permet d'en boire quelques gorgées en souhaitant une bonne santé aux poissons. Je le trouve de plus en plus étrange, je me demande si il est vraiment rétabli et si vraiment il ne prend plus de morphine.
Le temps a filé et le ciel s'éclaircit quand nous regagnons la ville. Charlie et Edward discutent encore au seuil de l'office et j'en profite pour monter chez nous et inspecter. J'ai senti l'odeur de la morphine chez le barbier, je sais aussi qu'il ne devrait pas en posséder, surtout depuis que la ville a un vrai médecin. Je renifle les bouteilles que mon père garde chez nous, aucune trace de morphine chez nous, c'est bon signe mais pour autant je vais continuer mon investigation.
Je réalise au bout de deux jours que je ne peux pas enquêter seule, ça me frustre mais je n'ai pas le choix que de demander l'assistance d'Edward. Il se montre très concerné et me dit qu'il a déjà une liste des consommateurs de cette substance. Il me convainc d'en informer Carlisle et ce dernier me pousse à jouer cartes sur table avec Charlie.
« Tu comprends, tu es si joyeux ces derniers temps. » je me justifie un soir, après avoir avoué mes soupçons à mon père.
« J'ai échappé à la mort, évidemment que je suis heureux. »
« Tu as échappé à la mort au moins une douzaine de fois. » je rétoque.
« Vrai… Écoute Bells, ne t'en fais pas pour moi. »
Je hausse les épaules, il a encore plus piqué ma curiosité mais je sais qu'il ne me ment pas quant à la morphine. Je sais quand mon père ment, c'est pour ça que j'ai trop jeune été confrontée à la dure réalité de la vie. La mort, la souffrance, la violence, la perversion, mon père n'a pas su me les cacher.
« Le docteur Cullen et ton adjoint pense qu'il y a un trafic de morphine dans la ville. Tu n'as rien remarqué au saloon ? » je lui demande.
« Non… tu sais, les gens d'ici ne font pas encore complètement confiance en Carlisle. M. Stanley continue à 'soigner'… Je crois que je vais aller faire un tour chez lui. »
« Papa, la morphine est en vente libre de toute façon, que Stanley en administre n'est pas illégal. Et si dès demain tu interdis au barbier de s'en servir, on va accuser l'adjoint de favoriser son père. »
« Pas faux… Que suggères-tu ? » me questionne-t-il.
« Tu devrais passer par le maire. »
Mon père grimace, M. Newton en veut toujours à mon père, il a été réélu de justesse l'année dernière, Charlie a découvert la fraude mais le maire s'est caché derrière un sous fifre et n'a pas été sanctionné. Et quelques années auparavant, j'ai forcé mon père à refuser la demande en mariage du fils du maire.
_oOo_
M. Newton a compris l'importance du problème et après le sermon du pasteur le dimanche suivant, il interpelle la communauté. Il invite même Carlisle Cullen à exposer plus en détails les dangers d'une prise abusive de la morphine.
À la sortie de l'église, je rejoins Rosalie, je la trouve rayonnante et elle rougit de mon compliment.
« Dis-lui. » lui souffle son mari.
Au même moment, Alice Cullen et d'autres jeunes filles s'approchent de nous, la mine moqueuse.
« J'attends un enfant ! » s'exclame Rosalie, les yeux humides.
« Félicitations ! »
Je la prends dans mes bras et lui murmure que j'ai eu raison, elle a enfin la vie qu'elle voulait.
« Merci Bella. »
« Je dois rejoindre mon père, je passerai demain te voir. »
Rosalie n'a personne avec qui fêter cette nouvelle à part sa belle-famille. Son passé de prostituée la met aux bancs des indésirables. Si il n'y avait pas Emmett, elle serait rejetée de tous, il ne se passe pas une semaine sans qu'un quidam jette à Rosalie une remarque salace et Emmett, invariablement, va venger l'honneur de sa femme avec ses poings. Mon père le laisse faire, le colosse sait qu'il ne doit pas y aller trop fort non plus.
Dans l'après-midi, j'entends les commérages des jeunes filles, Alice Cullen s'est vite faite adopter de ces pimbêches et s'est même hissée à la tête du groupe. Je range mon frein en l'entendant se moquer de mes amis, elle ne manque pas de rappeler que la moitié de la ville pourrait être le père du bébé.
Je vais me venger d'elle, c'est décidé, Alice n'est qu'une hypocrite qui joue les saintes-nitouches. Je la surprends une nouvelle fois le lundi qui suit. Cachée dans les rochers, elle embrasse fiévreusement l'homme blond, elle reste avec lui plus d'une demi-heure avant de rentrer chez elle déjeuner. Son prétendant quitte l'endroit ensuite et s'enfonce dans la forêt, vers le territoire des Quileute.
Je vais les dénoncer à Edward, je devrais le faire auprès des parents Cullen mais je les apprécie trop pour leur mentir. Car même si je vais révéler les manies indécentes d'Alice, je vais faire comme si je suis inquiète pour elle, choquée mais bienveillante.
« Edward, je dois te dire quelque chose de difficile. Promets-moi de ne pas te mettre en colère. »
Il me dévisage comme si j'ai deux têtes ou un troisième œil. C'est la première fois que je lui parle ainsi depuis cette soirée en mission. Je n'ai pas eu le choix depuis que de m'entretenir avec lui mais alors j'ai limité au maximum le nombre de mes mots et j'ai été très froide avec lui. Rien à voir avec maintenant, nous sommes seuls au bureau du shérif, je me penche vers lui et le regarde dans les yeux.
« Je t'écoute. »
« Ta sœur retrouve un homme chaque jour et aujourd'hui… je les ai vus s'embrasser. »
« Décris-le moi. »
« Grand et blond, je ne l'ai pas vu de près depuis la route, il- »
« C'est Jasper. » me coupe-t-il pas pour autant rassuré.
« Tu le connais ? »
« Oui, mais ne dis rien à mes parents, il veut faire fortune avant de demander la main de ma sœur. Il est de passage et retourne vers la Californie dans quelques jours. »
« Comment peux-tu cautionner un tel comportement ? » je m'offusque.
« Ils ne font rien de mal, ils se connaissent depuis longtemps. »
« Tu lui fais confiance ? » j'insiste.
« Oui, il sait que je les surveille aussi. Il est un parfait gentleman. »
« Comme toi ? » j'ironise.
De ce que j'ai vu, Jasper n'est pas si respectueux. La façon dont il a d'enlacer sa fiancée secrète est scandaleuse, pareil pour leurs baisers qui les laissent essoufflés et de ma récente expérience, les poussent à vouloir plus l'un de l'autre.
« Je dirai à ma sœur d'être plus prudente. » déclare-t-il.
« Dis-lui bien qu'elle a eu de la chance que ce soit moi qui les ai vus. Si ça avait été une de ses amies (et je marque le mot d'un petit ricanement), la ville toute entière serait déjà au courant et sa réputation serait ruinée. »
Edward ne comprend sûrement pas mon attitude, j'ai du mal à tenir mon rôle.
« Et tu es bien placée pour savoir qu'une réputation est importante. »
Le mufle ose faire référence à cette nuit quand je suis rentrée de mission et que je me suis déshabillée alors qu'il était dans mon lit. Je sors comme une furie, je cligne des yeux en montant à cheval, mes larmes ne couleront pas.
Je débusque mon père peu après et lui annonce que je pars sur le champ à Hoquiam pour une mission. On ne m'y attend que dans deux jours mais peu importe. Je n'emporte rien d'autre que mon arme qui ne me quitte pas de toute façon.
_oOo_
Une semaine après, je suis de retour à Port Angeles. Rien n'a changé en ce court laps de temps, je retourne chez moi fatiguée et l'esprit toujours aussi confus. Il me faut trouver une solution à mon problème, je n'arrive pas à me sortir de l'esprit l'adjoint de mon père.
L'après-midi, profitant d'une éclaircie, je sors en jupon derrière chez moi et lave mes deux pantalons et mes trois chemises. Dès que je touche ma prime, je me rachète quelques vêtements, je décide. Et par malchance, Edward me surprend. Il me salue et s'en va rapidement mais il m'a vue, cette fois-ci en plein jour, les bras nues, ma poitrine serrée dans un corset, mon jupon remonté sur mes cuisses pour ne pas le salir.
Pour couronner le tout, mon père invite son adjoint à dîner chez nous. Je ne mets pas beaucoup d'effort dans les préparatifs du repas, Charlie grimace quand je pose sous son nez une assiette de soupe claire avec des morceaux de poulet.
« Raconte-nous ta mission, Bells, me presse mon père. Tu es restée là-bas presque dix jours. »
« La ville se développe peu à peu mais tu te doutes qu'il y a déjà un saloon et déjà des criminels. J'ai du débusquer deux hommes accusés de viols sur des indiennes, je les ai pris en flagrant délit avec le shérif de Hoquiam. Sans sa présence, ces salauds n'auraient pas été emprisonnés. C'est malheureux à dire mais si ils ne s'étaient pas attaqués le mois dernier à une fille de chez nous, rien n'aurait été fait pour les stopper. »
« Tu as pu quand même les punir ? » m'interroge mon père gravement.
« Ouais. »
Edward se permet de nous demander le sens de ces dernières paroles. J'ai adopté la méthode de mon père depuis le début de ma carrière. Un homme qui s'en prend à une femme ou pire à un enfant n'arrive pas en bon état en prison.
« Vous n'avez jamais eu d'ennuis ? » nous questionne Edward.
Charlie et moi précisons que le flagrant délit est la condition pour administrer une punition au coupable, si on a un doute, on laisse la justice faire. En tant que chasseuse de primes, j'ai rarement à me poser la question, je peux supposer que les fuyards sont bel et bien coupables.
« Des nouvelles de Laurent ? » je lance pour changer de sujet.
« Aucune. »
« Je crois que je vais fouiner ces prochains jours, j'ai peur que James ait agi. »
_oOo_
Le lendemain matin, mon père me propose de l'accompagner à la réserve et je découvre enfin la raison de son nouveau comportement. Il se croit discret, en fait si je ne le connaissais pas aussi bien, je n'aurais rien remarqué. Il a parlé à Sue, une veuve de la réserve, et elle lui a souri. C'est bref mais inédit et je me fais la réflexion que Charlie est de plus en plus souvent chez les Quileute.
Alors que je dis au revoir à Jake et Billy, je crois bien que mon père jubile car je vais le laisser seul. Hélas Edward arrive à son tour et Charlie est déçu. Espérait-il un tête-à-tête avec Sue ? Son visage s'illumine après quelques secondes à conspirer, il est si facile à lire.
« Pourquoi tu n'accompagnerais pas Bella aujourd'hui ? » propose-t-il à son adjoint.
« Je ne sais pas si- »
« Je ne suis pas tranquille à l'idée de la savoir seule à la recherche de ces fugitifs. » explique Charlie.
Il ment, il sait parfaitement que je ne cours aucun danger, il doit même se douter qu'avec Edward dans les pattes, je risque de faire chou blanc. L'adjoint accepte volontiers, durant nos recherches, il suit parfaitement mes instructions, il se tait et observe.
J'ai déjà quadrillé les environs des dizaines de fois, il ne me reste plus beaucoup de territoires proches à inspecter. Je découvre au bout d'une heure leur petite cabane dans les bois. J'ordonne en silence à Edward de descendre de cheval et de me suivre. Nous atteignons le logis improvisé sans être repérés, je n'entends pas bien leurs voix, comme si ils murmurent. Je me dis trop tard qu'ils sont peut-être en train de faire l'amour, Edward a déjà le nez collé à une fenêtre et son visage vire au rouge.
« Ce sont eux. » chuchote-t-il en reculant.
Une fois que nous nous sommes en selle, je laisse enfin éclater mon hilarité. L'adjoint me toise, il n'a pas cessé de rougir.
« C'est la première fois ? » j'arrive à articuler.
« Oui. » grogne-t-il.
« Même pas au saloon ? » je persiste un peu méchante.
« Non. »
« Bon sang ! Tu es pire qu'une pucelle le soir de sa nuit de noces ! »
Edward s'est approché de moi et me fait chuter de mon cheval. Je n'ai pas le temps de réagir qu'il saute à terre et me plaque au sol.
« Comment tu peux le savoir ? Tu n'es plus pucelle ? »
C'est à mon tour de rougir, mais de colère, d'indignation. Il n'a pas le droit de me toucher, encore moins de me soumettre.
« Lâche-moi. » je peste.
« Tu n'as donc aucune innocence ?! » s'entête-il.
« Tu n'es qu'un petit bourgeois de la ville qui ne connaît rien à la vie. J'ai vu bien plus que toi, je le nargue. J'en ai vu des couples dans cette posture, plus d'une fois ! Il n'y pas de quoi avoir peur. »
« Mais tu es vierge. » contre-t-il gravement.
Son visage n'est plus qu'à quelques centimètres du mien, nos yeux ne se détournent pas, ses doigts enlacent les miens, ils ne me retiennent plus captive. Je pourrais me dégager facilement, je devrais le repousser mais le souvenir de nos baisers me hante sans répit et mon cœur refuse toute échappée.
« Pardonne-moi. » lâche Edward.
Il se relève, me tend la main pour m'aider à faire de même, je l'ignore et remonte à cheval. Je me lance au galop sans un regard en arrière.
_oOo_
Un nouveau bal est organisé en l'honneur de l'anniversaire de cette ville qui suinte l'ennui. Je n'ai aucune envie d'y participer mais Alice se met en tête de devenir mon amie et me harcèle pour que je la laisse m'offrir une robe. Mon père m'a traîné le dimanche midi chez les Cullen pour le déjeuner, il a fait vite de s'éclipser une fois son ventre plein et je me retrouve coincée avec Alice dans le petit salon, une tasse de thé fumante devant moi et à laquelle je ne toucherai pas.
Elle ne me parle pas de Jasper, j'ignore si Edward lui a dit que je l'avais surprise avec cet homme. Et comme je n'apprécie pas ce changement d'attitude de la part de cette pimbêche, je profite de l'occasion pour lui demander si son prétendant sera présent.
« Non, il est reparti et je ne sais pas quand il sera de retour. »
Sa voix s'est brisée, je me sens un peu honteuse. Elle en profite pour défaire ma queue de cheval et pour me brosser les cheveux.
« Je n'irai pas au bal, Alice, ne t'entête pas. »
« Ton père a dit que tu irais. »
Je proteste avec véhémence d'abord, quand un quart d'heure plus tard, Carlisle et Edward arrivent, ils n'osent pas intervenir. Je suis à deux doigts de gifler cette gamine et d'aller passer un savon à mon père. Elle ne veut rien entendre, même si je n'irai pas, ma décision est irrévocable, je suis enragée.
« Elle prétend que mon père va me forcer ! » je me justifie auprès du docteur qui tout de même me regarde, choqué.
Il rigole franchement puis pince la joue de sa fille affectueusement.
« Tu aurais du rester en dehors de ça, mon Alice. »
« Mais elle aurait eu l'air de quoi au bras d'Edward ? pépie-t-elle. Je sais qu'elle ne possède que deux robes. »
« Au bras d'Edward ?! » je répète en manquant de m'étrangler.
Celui-ci oscille sur ses pieds, son chapeau maltraité par ses doigts nerveux.
« J'ai demandé à ton père l'autorisation de t'emmener au bal, Bella. » annonce-t-il.
Alice a en fait déjà fait faire une robe pour moi et Esmé me dit que c'est un cadeau et que je ne peux pas refuser. Je fuis de la demeure des Cullen, chevauche à toute allure pour retourner chez moi et Charlie comprend aussitôt pourquoi je ne le salue pas.
« Comment as-tu pu me faire ça ?! » j'enrage.
« Ne t'emballe pas ! J'ai besoin de toi samedi soir. » prétend-il.
« Pourquoi ? Il n'y a que quelques ivrognes pour jouer les trouble-fêtes. Tu t'en sors bien à chaque fois. »
« Avec cette contrebande d'alcool, je préfère être prudent. »
James a réussi à se procurer plus d'alcool autrement, mon père est sur les dents à cause de ça, il se creuse la tête matin, midi et soir pour démanteler ce réseau.
« Alice est une jeune fille très sympathique, ne sois pas si revêche avec elle. » me sermonne-t-il.
« Mais je l'apprécie beaucoup ! » je m'exclame, faussement vexée.
_oOo_
La veille du bal, je parviens à éviter un nouvel essayage de ma robe. Je rentre directement après dîner, épuisée, un visiteur m'attend. Jacob vient très rarement en ville et depuis l'accusation de tentative de meurtre sur mon père, il n'a jamais remis les pieds à Port Angeles.
« Bonsoir Bella. »
« Jacob, il s'est passé quelque chose ? C'est Charlie ? » je m'inquiète aussitôt.
Mon père passe presque chaque soir à la réserve, a-t-il été blessé ?
« Rien… J'ai vu ton père, il dit que toi, tu as un euh cavalier pour le bal. »
Je me détends et l'invite à s'asseoir, je ne peux pas le faire monter chez nous mais je ferme la porte du bureau derrière nous.
« Il me force à y aller. » j'explique.
« Je sais que je peux, Bella. »
« De quoi parles-tu ? »
Il se lève et s'approche de moi, ses yeux noirs sont étrangement fixés sur mes lèvres.
« Mon père ne peut pas me dire non encore et encore. » ajoute-t-il.
Moi qui pensais que ça lui était passé, Jacob est toujours décidé à faire de moi sa femme. Même si ces dernières semaines, l'idée d'être à un homme me révulse moins qu'avant, ce n'est pas le visage de mon ami que j'aimerais voir en me réveillant le matin.
« Je ne peux pas t'épouser. »
« Mais avec moi ça sera bien. » argue-t-il maladroitement.
« Sans doute, mais je ne t'aime pas. »
Il s'en va, la mine défaite, son regard fixé au sol. Je décide de ne plus aller à la réserve, si j'avais su qu'il avait toujours envie de se marier avec moi, je n'y serais pas retournée d'ailleurs. Je ne veux pas lui faire du mal, mon cœur ne lui appartient pas.
Il n'appartient à personne, je me dis en m'endormant plusieurs heures plus tard.
_oOo_
Le jour du bal, je passe l'après-midi avec Alice et Esmé. Toutes deux prennent très à cœur cette parodie d'événement mondain. Elles sortent des robes bien trop somptueuses pour que quiconque en ville puisse rivaliser. Je les écoute s'agiter, elles pensent que je suis intéressée par leurs souvenirs des bals de Chicago. Quand j'entends le prénom Edward, je me fais plus attentive.
« Tanya l'avait monopolisé toute la soirée, grand-père a commencé à prévoir le mariage dès le lendemain ! » rigole Alice.
« Edward est fiancé ? » je questionne en cachant mon malaise derrière de la nonchalance.
« Bien sûr que non, sinon il ne t'aurait pas invitée. » me répond Esmé, d'un ton qui se veut rassurant.
« Nous y allons pour seconder le shérif. » je rétorque.
Esmé sourit mais je la sens déçue, Alice se renfrogne et soupire.
« Il n'a jamais était amoureux, d'elle, tu sais. »
« Pourquoi fait-il construire une maison pour lui si il n'est pas fiancé ? » j'enchaîne, ignorant le sous-entendu.
« Cette maison sera un atout pour conquérir l'élue de son cœur, tu ne penses pas ? » réplique Esmé.
Je ne veux pas répondre, je suppose qu'elle a raison mais qu'est-ce que ça peut bien me faire ? Il ne voudra jamais se marier avec une femme telle que moi. Il a eu plus d'une fois la preuve de mon manque d'intérêt dans les travaux ménagers, je ne suis pas coquette, je lui ferais honte.
Edward et son père reviennent à la demeure des Cullen, ils singent eux aussi un cérémonial. Esmé descend la première dans l'escalier, du palier j'entends son mari la complimenter. Elle appelle Alice qui les rejoint en dansant presque tant elle est gracieuse, puis c'est à moi. J'ai peur de tomber dans les marches, de buter sur le tapis ou encore de m'emmêler les jambes dans tous ces fichus jupons. J'inspire profondément, Esmé répète mon prénom, je me lance. J'arrive au rez-de-chaussée rapidement et sans encombres, mes yeux baissés pour surveiller mes pas. Mais finalement, je dois relever la tête.
Edward m'emprisonne dans son regard vert, j'oublie mes rancœurs, mes peurs, je prends le bras qu'il me tend et je le suis. Quand sa mère lui parle, il met fin à notre connexion, et heureusement je me persuade pour ne pas le regretter.
Les gens sont déjà là, les enfants relégués dans un coin de la salle avec quelques vieilles filles, ils ne dérangeront pas leurs parents dans ce simulacre de bal. Les couples mariés virevoltent déjà, c'est la tradition municipale. J'aperçois Rosalie et Emmett, mon amie est splendide malgré sa robe sobre.
Les jeunes gens murmurent tandis que les jeunes filles rosissent et rigolent. À la troisième danse, les célibataires pourront inviter à danser les filles en âge de se marier. J'en informe Edward après qu'il ait voulu nous guider sur la piste de danse. Nous sommes très vite encombrés de questions gênantes sur notre présence ensemble, les gens aussi croient que c'est le bon moment pour nous faire part de leurs doléances. Nous les renvoyons vers mon père et je démens difficilement la rumeur qu'Edward me courtise.
Une heure plus tard, j'accepte de danser simplement pour éviter les citoyens mécontents et aussi pour contenter mon père. J'ai au moins attendu les rythmes longs d'une sérénade pour m'engager sur la piste. Le silence entre mon cavalier et moi
« Isabella, j'ai le sentiment de tout faire de travers avec toi. » me dit Edward d'une voix si basse que je pense un instant avoir rêvé.
« Que veux-tu dire ? »
« Je n'aurais pas du attendre aussi longtemps pour… enfin… Je voulais déjà t'inviter au bal du printemps. »
« J'étais en mission. »
Je te fuyais, ai-je failli lui dire. Après le fiasco de notre nuit en pleine nature, je n'ai pas eu le cœur à le voir danser avec toutes les filles à marier de la ville deux semaines après.
Sous son regard, je me sens étrange, différente. Je blâme l'euphorie collective parce qu'à cet instant, tout ce à quoi j'aspire c'est, comme d'autres, à une belle histoire d'amour.
« Pourquoi m'as-tu m'invitée ? »
« J'aurais du m'excuser de t'avoir embrassée. » susurre-t-il, éludant ma question.
Brutalement, il a étouffé mes ridicules espoirs. Il n'a voulu qu'une occasion de me parler, de se faire pardonner. Qu'attend-t-il réellement de moi, son absolution pour m'avoir fait croire qu'un homme tel que lui pouvait s'intéresser à une fille comme moi ? Non, je ne lui ferai pas ce plaisir, je suis fière de pouvoir me défendre seule, même face à lui je ne baisserais pas mes poings.
« Tu aurais du t'excuser de m'avoir blessée. » je lui reproche, la voix dure et froide.
Je ressens un réel soulagement, j'aurais du le confondre bien plus tôt, j'aurais du lui crier dessus et même exiger qu'il répare mon honneur. Parfois je regrette d'avoir élu domicile du bon côté de la barrière, comme dit souvent Charlie.
« Pardonne-moi, Bella. Je n'ai jamais voulu te faire du mal. »
Il nous a guidés à l'écart des autres danseurs, nous sommes devant l'entrée et soudain, il me prend la main et m'entraîne à l'extérieur. J'envisage de me débattre, de crier, personne ne nous prête la moindre attention. Si je regarde autour de nous, malgré tout, c'est pour m'assurer que mon père ne nous verra pas partir, que sa famille ne remarquera pas aussitôt notre absence. Vu les rumeurs, ils penseraient à leur tour qu'Edward me courtise.
À l'air libre, il laisse ma main retomber le long de mon corps, il se décoiffe d'un geste nerveux et évite mon regard. Je déteste les hommes lâches, Edward n'est pas à la hauteur de sa tâche ici si il ne trouve même pas les mots pour sincèrement s'excuser.
« À quel jeu joues-tu, Edward ? » je gronde.
« Je ne- »
« Parce que je ne suis pas comme les dindes de Chicago ou celles d'ici. Je n'attends pas le prince charmant et je ne suis pas naïve. Si tu veux juste coucher avec moi, tu aurais du le faire cette nuit-là quand nous campions, je ne t'aurais pas résisté. »
« Que dis-tu ? »
Mes yeux s'ouvrent en grand, je porte ma main à ma bouche, pourquoi ai-je dit cela ? Pour qui va-t-il me prendre ? Pour une femme facile, une putain ?
« Oublie. » je lui ordonne.
« Bella… tu te caches en permanence. Tu es insaisissable, sauvage, magnifique. J'ai du mal à te suivre, au sens littéral comme au figuré. Mais j'en ai envie. »
Il pose ses mains sur mes hanches et s'approche tellement de moi que je crois percevoir les pulsations de son cœur.
« Et quand tu m'auras eue, que se passera-t-il ? » je lance, dédaigneuse.
Oui, il me prend pour une femme à la jambe légère. Combien d'autres jeunes femmes a-t-il déjà usées ainsi à Chicago ?
« Je ne sais pas, admet-il dépité. Je ne sais pas quoi faire… Si seulement je ne- »
« Épargne-moi ta crise de conscience ! »
Je me libère de ses mains et cherche du regard mon cheval. Il me faut une seconde pour me souvenir que je suis venue en charrette avec les Cullen. Ça n'a pas d'importance, et au diable les convenances, je ne suis qu'à deux rues de chez moi. Je remonte ma robe et mes jupons en jurant et m'élance à toute vitesse. Derrière moi, Edward m'appelle, me demande de rester, de l'écouter mais il ne bouge pas et bientôt sa voix meurt dans la nuit noire.
Il est pire que ces hommes du saloon qui se saoulent à la première occasion pour oublier leur vie pathétique. Eux ne jouent pas avec les sentiments des putains, ils ne vont pas salir une femme honorable, ils ne détruisent pas un cœur qui n'avait pas encore aimé. Edward a fait toutes ces choses, et il n'a pas eu le courage de s'excuser aussitôt le mal fait.
Si au moins il avait menti, inventé une fiancée à Chicago ou encore prétendu que je n'étais pas assez distinguée pour ses parents. Non, il m'a complimentée, comme cette nuit-là quand l'alcool a délié sa langue. Il me veut, a-t-il dit, il veut être avec moi, me suivre. C'est si abstrait, ça n'a rien de tangible. Si on est amoureux, on parle de sentiments profonds et sincères, de projets pour fonder une famille, on promet une félicité pour la vie entière. Edward n'a rien dit de tel, il ne peut pas être aussi naïf pour penser que les paroles qu'il a eues sont acceptables, compréhensibles ou chérissables !
Chez moi, il me faut plusieurs minutes pour ouvrir ma robe, d'autres plus longues pour enjamber les couches de tissus et ôter le corset. J'hésite à m'habiller normalement et aller galoper loin pour apaiser ma colère. Je songe tout de même que mon père va me chercher, ou pire qu'il va peut-être avoir besoin d'aide, le bal n'est pas encore terminé. J'enfile mon pantalon de cuir et attrape une chemise, je n'arriverais pas dormir de toute façon. Je cherche ma ceinture avec mon arme, elle n'est plus là où je l'ai laissée.
Le bruit de bottes qui raclent le parquet me fait sursauter. Sur le mur face à moi se dessine une ombre d'homme. Est-ce Edward ? Est-ce Jacob ? Et qui a pris mon arme ?
« Pas de geste brusque. » me dit-on, un accent texan reconnaissable même dans si peu de mots.
Le meurtrier revient toujours sur les lieux du crime, dit-on. Le meurtrier qui n'a pas réussi une première fois revient toujours terminer sa macabre mission, je me dis.
« Asseyez vous, miss Swan. Je ne vous attendais pas si tôt, et d'ailleurs j'espérais n'avoir à discuter qu'avec votre père. »
« C'est vous qui lui avez tiré dessus ! »
Je m'assois sur la petite chaise devant mon bureau, je le sens s'approcher de moi et pour me prouver qu'il ne bluffe pas, il appuie le canon de son arme contre mes cheveux encore coiffés.
« Vous. » je souffle en le découvrant.
« Jasper Whitlock, enchanté. »
Les lumières pâles de la ville et de la lune me dévoilent le prétendant d'Alice Cullen. Tout ce temps, le criminel que je cherchais était ici, à Port Angeles. Mais alors, les Cullen ont aussi été trompés par cet individu, Edward et Alice savent-ils qui est réellement leur ami ? Il me revient le prénom de l'homme, je le crache presque.
« Jasper. Mon père ne rentrera pas, et je ne te laisserai pas t'approcher de lui. »
Il ricane et d'un coup sec, tire mes bras en arrière. J'entends le cliquetis de menottes, je me débats et parviens à le déstabiliser. Dégagée de sa poigne, je cours vers l'escalier, malheureusement il est aussi très rapide, il attrape une de mes chevilles, je tombe à terre, il s'assoit sur mon dos. Sans aucune considération, il me force à me relever et me fait asseoir près de la cheminée sur la chaise de mon père.
Edward m'appelle du rez-de-chaussée puis grimpe rapidement les marches tout en continuant de parler.
« Bella ! Il faut qu'on parle ! Je suis désolé, je… Que se passe-t-il ? » demande-t-il tendu mais pas vraiment alarmé en me voyant mise en joue par son ami.
« Edward, il veut tuer mon père ! » je m'exclame.
Pourquoi ne dégaine-t-il pas son arme ? Pourquoi ne me regarde-t-il plus ? Pourquoi ne tente-t-il rien ?
« Jasper, que fais-tu ici ? » lâche-t-il.
« Tu devais la retenir jusqu'à la fin du bal. » l'engueule le criminel.
Mes larmes coulent aussitôt, tout est enfin clair comme de l'eau de roche : Edward est son complice. Depuis le début, il m'a menti, il a joué un jeu en effet, mais pas celui que je croyais.
« Et tu ne devais pas venir ici. » réplique le traitre.
« La route est barrée, le shérif n'aurait pas pu aller jusqu'à la réserve cette nuit. »
Ils continuent à se blâmer sur les détails de leur plan. Voilà qu'au lieu de tuer mon père, ils vont devoir me tuer moi aussi, je me dis. J'essuie tant bien que mal mes larmes, je regarde avec une fascination irrationnelle l'homme que j'ai cru aimer et qui me livre à mon bourreau.
