Dernière partie

« Tu croyais, gamine, que ton père allait arriver pour te sauver ? Il va vouloir aller rejoindre sa petite-amie indienne pour la nuit, comme chaque soir depuis un mois. Le savais-tu seulement ? »

Je ne réponds pas, j'ignorais que mon père passait ses nuits ailleurs. Je me suis barricadée dans ma chambre pour échapper à Edward ces derniers temps, je n'ai plus fait attention à mon père.

« Jasper, ça va faire deux semaines que j'essaie de te contacter. On doit discuter. » le presse Edward.

« Pourquoi ? Tu te défiles ? ricane son complice. Tu aurais dû m'écouter et te tenir loin de cette fille. »

Jasper me toise, Edward me regarde enfin, nerveux et inquiet.

« Laisse-la partir, Jasper. »

« Pour qu'elle me dénonce ? Tu sais qu'elle est plutôt efficace en chasseuse de primes ? » se moque le criminel.

« Si elle te promet de ne pas faire ça ? »

« Elle est aussi coupable que son père, si tu veux mon avis. »

Mes larmes se tarissent quand j'entends ces mots, il n'a pas tort. Je n'ai jamais eu l'occasion de douter les actions de mon père, j'ai suivi ses enseignements à la lettre.

« J'ai retrouvé le procès-verbal. » révèle Edward.

L'autre me met en joue encore une fois, son regard bleu perçant doit être impressionnant, je ne baisse pas les yeux. Au contraire, je me redresse, je le toise tout aussi durement, il me tuera peut-être mais je garderais mon honneur intact.

« Va-t'en, Edward. » lui ordonne Jasper lentement.

« Tu te trompes sur lui, il était différent, il a réellement commis- »

« Je t'interdis de parler de mon frère ainsi ! » s'emporte Jasper, cette fois-ci il détourne son regard du mien.

Je tourne mes poignets encore jusqu'à me faire mal mais mes efforts finiront par payer. J'ai appris très jeune à me défaire de liens. J'analyse ce que je viens d'apprendre tout en tentant de me libérer.

J.W, les initiales de l'étranger qui séjournait au saloon lors de la tentative d'assassinat sur mon père, celui que je soupçonne depuis des mois. Jasper Whitlock n'est pas à Port Angeles par hasard, il est revenu terminer sa mission et venger son frère. Je me souviens d'un autre homme blond aux yeux bleus, Georges Withlock, la ressemblance est frappante entre les deux frères à cet instant.

« Charlie a agi selon la loi. » continue Edward.

« Georges Whitlock était une raclure. » j'interviens, un sourire narquois sur les lèvres,

Jasper me vise de nouveau, son doigt tâte la gâchette.

« Ton frère adoré était un tricheur, un ivrogne et un pervers, je continue sans peur. Il a frappé Rosalie tellement fort, son visage en porte encore une marque, et son corps plusieurs autres. »

« Tu mens. » articule Jasper.

Edward s'est éloigné lentement, je me fiche bien qu'il s'en aille.

« Tu as tiré sur mon père pour ton frère, ça n'est pas la justice, je poursuis à l'attention de Jasper. Ta vengeance n'a aucune légitimité, ton frère était une ordure et j'espère qu'il brûle en enfer. »

Le criminel lève sa main sur moi, j'attends le coup sans broncher, la corde qui m'entravait vient de tomber à terre, je suis libre. Edward s'interpose alors, il retient son complice. Il reçoit un violent coup de coude dans le ventre et titube. J'envoie mon poing brutalement sur Jasper qui tombe sous le coup. J'enchaîne, je sens bien qu'il hésite à me frapper, je suis une fille, il n'a donc pas les habitudes de son frère adoré. Je lui donne un coup de pied dans une cuisse. Jasper crie, il sautille jusqu'à une chaise et s'assoit lourdement. Son regard est plus fou, il porte sa main à sa ceinture pour récupérer son arme, il n'a même pas remarqué que je l'avais prise.

« Edward ! » aboie-t-il.

« Non, Jasper, elle a raison, Georges a fait des choses terribles. »

« Elle l'a pendu, elle et son père ! Ils doivent payer pour ça ! »

« Tu as déjà tiré sur mon père ! Il a failli mourir ! » je m'écrie.

« Il ne l'a pas fait. » conteste Edward.

Il s'approche de moi et me demande de lui donner l'arme. Quel idiot. Je dois partir et vite, ils sont à deux contre moi, même si pour l'instant Edward n'a rien tenté, il reste complice d'un meurtrier.

« Il n'a pas tiré sur ton père. » répète l'adjoint.

« J'ai vu mon père dans une mare de sang ! »

« Ça n'était pas Jasper. »

Ce dernier a retrouvé son souffle et un peu de force, il écarte soudain brutalement Edward pour m'atteindre. Je recule encore pour leur échapper. Edward se tient devant les escaliers, je n'ai plus qu'une issue, la fenêtre. Je jette d'abord l'arme de Jasper dehors, j'ignore toujours où se trouve la mienne. Je saute, atterris sans ambages et ramasse le pistolet.

Je me relève quand un sifflement dérange le silence ambiant, je sens une balle me traverser la jambe. Je me retourne et vise la fenêtre où Jasper se tient. Mon tir fait mouche, il crie à peine mais je vois le sang assombrir sa chemise au niveau de l'épaule.

Je cours ensuite et ne m'arrête qu'une fois chez le barbier. J'aurais préféré être soignée par un vrai docteur mais je ne sais pas si je peux encore faire confiance aux Cullen. De toute façon, la balle est ressortie, je dois désinfecter ma plaie et appliquer un bandage. À peine j'entre par effraction que des voix d'hommes envahissent la rue, l'échange de tirs a attiré l'attention. J'imagine déjà la tête de mon père en découvrant son adjoint et ce criminel chez nous.

« Par ici ! » je crie depuis la porte.

Charlie apparaît, le visage livide, il reprend son souffle en voyant ma jambe ensanglantée.

« Bells ! Qu'est-ce qu'il s'est passé ?! »

« Va chez nous, vite ! Edward nous a menti ! »

« C'est lui qui t'a fait ça ? »

« Non, il a un complice, va les arrêter ! »

Il a bien compris que je ne suis pas en danger de mort, il m'écoute et disparaît. M. Stanley entre alors, mécontent de l'état de sa porte.

« Vous me soignez oui ou non ?! » je m'emporte.

_oOo_

« La balle est sortie mais vous devez rester couchée. » me rappelle Carlisle Cullen quand je veux me lever.

Le docteur bande ma jambe avec précaution puis me demande pour la troisième fois si je veux de la morphine pour la douleur. J'agite encore ma flasque de whisky, il soupire et remballe son matériel.

« Edward est ici, il- »

« Il devrait être en prison ! »

« Il veut juste vous parler, Miss Swan. »

« Je n'ai pas envie de l'écouter. » je décide fermement.

Une fois seule, je me permets de grimacer à cause de la douleur dans ma jambe. Je préfère me concentrer sur ma jambe qui me lance pour oublier que mon cœur aussi est blessé.

Rien ne s'est passé comme il aurait fallu, ni Jasper ni Edward ne se trouvent en prison, je suis coincée chez moi avec interdiction de poser le pied par terre. Alice a été désignée comme mon garde-malade, elle se serait portée volontaire mais je n'y crois pas et je ne lui fais pas confiance. Elle savait forcément pourquoi son fiancé se trouvait à Port Angeles il y a quelques semaines.

Trois jours sont passés depuis ma confrontation avec le duo de criminels, Jasper a passé une nuit en cellule puis mon père l'a libéré. Charlie est trop clément, il a écouté leur histoire, il a compris les raisons de Jasper et ne l'a pas arrêté. La vengeance personnelle est dangereuse, voilà ce que mon père a répété toute sa vie à des familles éplorées.

Charlie a remis à Jasper les preuves qu'il avait contre son frère, Georges. J'ai eu beau lui dire qu'il m'avait tiré dessus et devait être condamné, mon père ne m'a pas écoutée. Jasper est un héros de guerre, même s'il a combattu pour les États du Sud, il est respecté. Mais ça n'est pas pour ça que mon père l'a épargné, Jasper sait qui a tiré sur mon père. Je m'en veux de ne pas avoir accordé du crédit à cette hypothèse. James Hunter l'a fait, il a profité de la cohue générale pour tirer sur mon père ce soir-là, espérant ainsi se débarrasser du shérif trop fouineur à son goût.

James et Victoria sont en prison, le saloon est fermé mais sera rouvert dans quelques jours, le temps qu'un nouveau tenancier rachète l'endroit. Charlie est parvenu à inclure l'interdiction de la prostitution dans l'établissement, les putains n'étaient pas toutes ravies, elles sont parties vers d'autres horizons. Aucune n'a voulu se retrouver à la place de Rosalie, libres mais à jamais marquées par le sceau de leur passé sulfureux.

"Tout est bien qui finit bien" a osé me dire Esmé Cullen la veille. Évidemment, son fils est toujours adjoint, leur famille a étouffé le scandale, sa fille est fiancée. Pour elle tout se termine bien, pas pour moi. Je devrais un jour croiser Edward, lui faire face et garder mon sang froid. Je sais qu'il est désolé, qu'il n'a pas voulu me faire du mal et qu'il a tout fait pour éviter ce qu'il s'est passé le soir du bal avec Jasper, je le sais car malgré tout, j'ai lu la lettre qu'il a demandé à sa mère de me donner.

Pourquoi lui pardonnerais-je ? Il s'est associé à Jasper dans une entreprise criminelle, mon père était leur cible. Pourquoi lui pardonnerais-je ? Il a joué avec mes sentiments et avec mon honneur. Pourquoi lui pardonnerais-je ? Il est devenu le seul que j'aurais pu aimer, or il n'est pas celui que je pensais. Pourquoi lui pardonnerais-je ? Il m'a offert des fleurs, des fleurs !

Edward profite de l'absence de mon père la nuit pour débarquer deux jours plus tard. Il frappe à la porte de ma chambre, j'ai reconnu son pas dans les escaliers. Ma première réaction est de le plaindre, il est clairement épuisé et se sent coupable. Je suis stupide de me préoccuper de lui, tous les sentiments que j'ai eus pour lui subsistent malgré mes tentatives de les éradiquer. Il me reste le souvenir de ses baisers, de ses mains sur moi, de son regard tendre, tout cela il l'a simulé pour gagner ma confiance.

Charlie m'a déjà résumé pourquoi Edward nous a menti. Lui et Jasper sont amis, et au nom de cette amitié, Edward a lâché ses études de médecine à Chicago et a supplié ses parents de partir dans l'ouest. Ceux-ci y pensaient déjà ceci dit, et Jasper s'est chargé de convaincre Alice. Edward est devenu shérif dans l'unique objectif de surveiller mon père et de prévenir Jasper quand Charlie reprendrait ses fonctions. Jasper n'a pas voulu se contenter de tuer mon père, il a voulu l'affronter, le confronter quant à son action envers son frère aîné.

« Bonsoir, Bella. » murmure Edward.

« Pars. » je souffle, pas du tout convaincante.

Mon cœur, ce stupide organe, bat plus vite, il se réjouit même, Edward lui a manqué.

« Je voulais tout te dire. » plaide le traitre.

« Ça ne change pas grand chose, tu as comploté pour tuer un homme. Peu importe que tu m'aies dit la vérité au bout d'un jour ou d'un mois. »

Il tangue un peu, mes mots si durs n'étaient apparemment pas escomptés. Je viens de lui mentir, s'il m'avait tout avoué et demandé pardon, je l'aurais fait.

« Je suis vraiment désolé, j'ai cru Jasper, je n'avais pas de raison de douter. »

« Il y avait d'autres options ! »

« Je voulais partir de Chicago, ça tombait à pic, et sache que je n'ai jamais envisagé de tuer ton père ou toi. »

« Vraiment ? Pourtant tu es venu pour ça ! »

« Jasper ne devait pas vous faire de mal, il n'a jamais dit vouloir tuer ton père la première fois. Mais ses parents lui ont fait jurer de venger son frère, il- »

Je le stoppe d'un geste, je m'en fiche bien de Jasper, de son histoire, de ses motivations.

« Tu m'as trahie, dès le début. »

« Et je le regrette, je ne voulais pas t'impliquer. »

« Pourquoi ? »

J'inspire longuement et interdis tout espoir de m'envahir.

« Tu es une femme, tu es sans défen… En fait, je ne vois pas comment j'aurais pu te protéger, tu le fais parfaitement. »

« Exactement, je n'ai pas besoin d'un homme pour me sauver. »

« Je sais, je veux juste… Je ne sais plus quoi te dire, Bella. Je ne t'ai pas toujours menti, et je savais que tu m'en voudrais quand tu saurais la vérité. S'il te plait, Bella. Tu sais que je n'ai pas voulu te faire de mal. »

Pas de déclaration d'amour, je ne suis pas déçue, je n'attends rien de lui, je me serine intérieurement. Il me rend les choses si compliquées avec ses yeux de jade, avec sa beauté masculine, avec son odeur entêtante, avec ses manières de gentleman.

« Que veux-tu de moi ?! » je lui réplique, exacerbée par mon traitre de cœur.

« Je pensais ce que je t'ai dit le soir du bal. »

« Tu penses franchement que je vais encore te croire ? »

Un instant après, il est à genou devant mon lit, sa tête se penche vers la mienne. Il veut m'embrasser, je m'alarme et pourtant je ne bouge pas. Je le laisse faire mais je reste de marbre. Il me donne un baiser léger, trop léger.

« Tu ne peux pas t'enfuir encore, Bella. Reste avec moi. »

Je me détourne de son visage, me recule autant que je le peux dans mon lit.

« Je n'ai que trois options, devenir nonne, ou partir loin d'ici et me réinventer un passé comme ma mère, ou bien épouser Mike Newton ou Jacob Black, or ça n'est aucun des deux que j'aime. » je lâche.

« Tu m'aimes. »

« Celui que j'aime n'existe pas. » je rétorque durement.

« Bella, je sais que tu m'en veux et je le comprends, mais je pensais vraiment que ton père avait agi ainsi, que Georges n'était pas… Mais toi, ma douce Bella… »

Tel un serpent sournois qui veut me tenter et me corrompre, il vient à moi, ses mains agrippent ma taille.

« Je ne t'aime pas toi, j'aimais l'autre Edward, je confie des larmes dans les yeux. Mais l'autre me mentait et toi tu as voulu tuer mon père. »

« Laisse-moi une chance. » me supplie-t-il.

« Si tu m'avais dit la vérité, je t'aurais pardonné. Pas tout de suite, bien sûr, tu me connais, j'aurais été en colère, j'aurais crié. Mais le lendemain je t'aurais pardonné. »

« Il n'est pas trop tard, je suis le même. »

Ses yeux aussi s'inondent peu à peu, sa voix est brisée, ses mains me font mal.

« Oui, le même qui m'a trahie. » je balbutie.

Il faut qu'il parte parce qu'à cet instant, tout ce que je veux faire, c'est le consoler, l'embrasser et le serrer contre moi des heures durant.

« S'il te plait, Bella. » murmure-t-il dans mon cou.

« Pars. »

Il est comme brûlé par ce dernier mot, ce dernier rejet. Je m'en veux aussitôt, il s'en va avant que je ne fasse un geste.

_oOo_

Ma convalescence est trop longue à mon goût, j'en ai pour encore deux semaines d'immobilisation. Chaque jour, sous la surveillance d'Alice, Esmé ou Charlie, je suis autorisée à faire quelques pas pour aller manger à table. Les Cullen se sont tous excusés auprès de nous et nous gâtent. Esmé cuisine et fait le ménage pour nous, Alice s'est mise en tête de me constituer une garde robe, ayant accepté avec réticence d'y inclure aussi bien des tenues masculines que féminines.

Elles déposent toujours des fleurs dans ma chambre et la salle à manger. Elles fredonnent des chansons, me parlent de leurs lectures, brodent et cousent. Je me sens au début envahie, oppressée, au fil des jours, leur venue m'est essentielle.

Mike Newton, en apprenant mon « accident » s'est souvenu de moi et vient me rendre visite un après-midi. Il a bien profité ces dernières années pour goûter aux femmes, il est un client assidu du saloon. Il me fait comprendre qu'il veut toujours m'épouser et me promet de revenir rapidement me voir. Le soir même mon père m'annonce qu'il a accepté la demande de Newton.

« Comment as-tu pu me faire ça ?! » je hurle.

« Tu n'es plus une gamine, Bells, tu dois te marier. Je ne serai pas éternel. »

« Je peux me débrouiller seule. » je lui rappelle.

« Si ton but est d'être sauvage, vagabonde, oui tu le peux. Mais tu veux une vie normale, hein ? »

« Pourquoi maintenant ? »

« Tu te mets trop souvent en danger, ma chérie. »

« C'est ma vie ! »

« Et je suis ton père, Mike Newton a l'autorisation de te courtiser. Il envisage des fiançailles de deux mois, au fait ! »

Il se lève de table, tout guilleret.

« Je ne me soumettrai pas ! Pourquoi toi, tu peux être avec celle que tu veux ? Elle ne sera jamais acceptée en ville et tu le sais ! »

« Ne te mêle pas de ça, tu connais ta place. »

Je me renfrogne, clairement il ne va pas changer facilement d'avis.

« Je veux ton bonheur, Bells, et je sais maintenant qu'être amoureux rend heureux. »

« Je ne suis amoureuse de personne. »

« Alors laisse une chance à Mike. »

_oOo_

Jacob prend mal la nouvelle, il reproche à mon père sa décision. Billy a décidé de le fiancer et mon ami se mariera dans une semaine. Il m'écrit une lettre d'excuses, sans doute sous la pression de son père.

Alice m'apprend que Jasper est au Texas et reviendra dans deux semaines. Il a déjà écrit à mon père pour s'excuser encore et confirmer nos dires, il a découvert le vrai visage de son frère, pourtant toujours vénéré chez lui, sauf par sa veuve. Le jeune homme repentant va quitter sa famille et s'installer avec sa fiancée à Port Angeles.

La date de leur mariage est fixée à la fin de l'été. Esmé est aux anges, elle a déjà pardonné à son futur beau-fils. Carlisle est le pire de tous, il ne manque jamais une occasion de prêcher pour sa famille et pour Jasper. Devant mon père et moi, il tente de racheter les actions d'Edward notamment, je pense qu'il connaît les sentiments que son fils prétend avoir pour moi. Un matin que Carlisle m'ausculte, il me dit à quel point il est heureux de vivre à Port Angeles.

« Alors vous allez vraiment tous rester ? »

« Oui, nous tous. »

Il a répondu à ma question et à mon plus grand soulagement, je comprends qu'Edward n'a pas quitté la ville.

« Si ça vous rend heureux. » je conclue.

Mike Newton prend très au sérieux nos fiançailles, il passe tous les deux jours me voir quand mon père est là. Je prétends alors être exténuée et je vais me tapir dans ma chambre.

Les mots et les larmes d'Edward me hantent, ils me font sentir coupable alors que je ne le suis pas du tout. Je ne sais plus si je peux le croire d'ailleurs, il ne m'a jamais dit explicitement qu'il m'aimait. Dois-je prendre pour argent comptant ses baisers et ses suppliques ?

_oOo_

« Elle ne l'aime pas ! »

Je suis réveillée une nuit par la voix d'Edward.

« Je le sais. Et parle moins fort, elle dort. » répond mon père.

J'arrive à me lever et à me traîner jusqu'à l'escalier menant au bureau du shérif.

« Il ne la rendra jamais heureuse, comment pouvez-vous cautionner ce mariage ? »

« En quoi ça te concerne ? » mon père ricane.

Edward se tait, il se passe une longue minute, puis il murmure. Je n'entends pas ce qu'il dit et mon père non plus apparemment car il lui demande de répéter.

« Je l'aime, je l'aurais rendue heureuse. » articule l'adjoint.

« Mais t'aime-t-elle ? »

« Elle m'en veut encore. »

« Et elle a bien raison. Écoute, si ma fille avait des sentiments pour toi, elle m'en aurait parlé. Quand je lui ai annoncé ses fiançailles, elle ne t'a pas du tout mentionné. »

La porte du bureau claque et mon père grogne, comme quand il exagère et qu'il le sait. Je passe la nuit à attendre Edward, j'espère qu'il viendra encore une fois, il sait que mon père continue de déserter notre logis pour passer ses nuits avec Sue à la réserve. Mais Edward ne vient pas, l'aurore ne m'apporte aucun répit, le soleil de la matinée ne m'apporte rien non plus, juste une lumière plus crue sur le gâchis de ma vie.

Je veux pardonner, je vais y arriver si seulement Edward s'excuse encore. J'attends, les jours passent, je peux presque m archer sans grimacer, mais j'ai peur de sortir. J'attends qu'il vienne. Je me promets d'être sincère.

_oOo_

Je crois rêver quand des lèvres tièdes et douces se posent sur mon front. J'entrouvre mes paupières, ma chambre est encore sombre mais l'aube pointe au dehors.

« S'il te plait… Bella… »

Il chuchote dans mes cheveux, une main sur ma joue. Edward est là, le regard hagard et désespéré.

« Je deviens fou sans toi, tu ne peux pas épouser cet homme. »

Il est encore plus mal en point que la dernière fois que je l'ai vu. Il ne s'est pas rasé depuis plusieurs jours, ses yeux sont soulignés de larges cernes mauves, je le soupçonne même d'avoir sauté des repas tant ses joues sont creusées. Je me redresse, je le vois qui a peur.

« Je ne veux pas l'épouser. » je lui déclare.

« Tu m'as dit… tu m'as dit que c'était une option. » me rappelle-t-il, sa voix trop rauque comme s'il avait crié des heures durant.

« Je ne l'aime pas. Je ne veux pas me marier avec lui. » je lui déclare en rougissant.

« Ton père… »

« Mon père ne pourra pas me forcer, il le sait. Je… je vous ai entendus l'autre nuit. »

« Tu ne lui as pas dit que tu m'aimais. » se lamente-t-il.

Il cache son visage dans ses mains, mon cœur se brise un peu plus de le voir si malheureux.

« Je vais le lui dire et il changera d'avis. » je promets, sans plus rien regretter.

Son visage libéré, je me noie dans son regard et tue mes doutes en une seconde. Edward colle son front au mien, inspire puis me dévisage.

« Mais tu dois être à moi, Bella, je veux que tu sois ma femme. »

Je caresse son visage et lui souris.

« Ça n'est pas très romantique comme demande en mariage. »

Je rigole tout bas, ça n'a pas d'importance, tout est parfait. Je le veux, je l'aime, malgré ce qu'il s'est passé, je ne peux plus lutter contre mes sentiments.

« Bella, dis-moi que je ne rêve pas. »

Je le repousse légèrement pour m'asseoir complètement, il vient à mes côtés et prend mes mains dans les siennes.

« Jure de ne plus jamais me mentir, de ne plus rien me cacher. » je l'exhorte.

« Juré. »

« Je ne serai pas une épouse modèle, tu sais. »

« Tu continueras à faire ce que tu veux. »

« Je veux te rendre heureux, Edward. »

« Mon amour, ma Bella… Je ferai tout pour toi. »

Il pose ensuite sa bouche sur la mienne, comme pour sceller nos promesses. Un autre baiser plus tendre manque de me faire perdre la tête, un troisième plus passionné me fait m'agripper à lui de toutes mes forces.

Nous n'entendons pas mon père arriver, la porte de ma chambre est grande ouverte, il ne loupe rien de la situation.

« Alors je vais encore devoir annuler tes fiançailles avec le fils Newton ? » m'interpelle Charlie, les bras croisés sur la poitrine, l'air faussement contrarié.

« Je t'ai démasqué, je sais que tu as voulu me faire réagir. » je réplique.

Edward s'est redressé, honteux d'avoir été surpris par mon père. Je lui tends la main pour qu'il m'aide à me relever.

« Ma chérie, je pense vraiment que tu dois te marier et démarrer ta vie. J'ai pardonné à Edward et tu devrais en faire autant. Il t'aime. » me dit mon père.

« Je l'aime aussi. » j'admets enfin.

Le sourire d'Edward guérit comme par magie toutes mes blessures, il dissipe les nuages gris de mes pensées.

« Je t'aime tellement, Bella. » me déclare-t-il, ses yeux dans les miens.

Mon père tousse et nous prévient qu'il descend au bureau. Nous sommes à nouveau seuls, encore émus de nos déclarations et surtout toujours enfiévrés de nos baisers.

« J'aimerais que tu sois déjà ma femme. »

_oOo_

Le révérend a un peu râlé quand nous avons demandé à nous marier le dimanche suivant. Nous avons finalement attendu une semaine de plus également à la demande d'Esmé qui a voulu préparer un minimum pour les festivités. Mon père s'est aussi ligué contre moi et s'est enthousiasmé de chaque folie proposée par ma future belle-mère.

Le jour où je deviens Mme Cullen, le soleil fait une courte apparition. Sous ses rayons faibles, je sors de la petite église au bras de mon mari. Il m'aide à marcher, j'ai toujours du mal à avancer sans appui mais ma blessure est presque guérie et j'ai eu le feu vert de mon médecin et beau-père pour profiter de la vie maritale sans restrictions.

Le repas des noces a lieu dans la grande salle à manger des Cullen, ils ont accepté ma requête de limiter le nombre des invités à nos amis. Ensuite, Edward et moi nous éclipsons et galopons à cheval, moi devant lui, jusqu'à « notre » maison, celle qu'il a faite construire et qui est enfin terminée. Il n'y a jamais dormi encore et je sais les efforts qu'il a déployés pour que tout soit prêt pour notre emménagement ce jour-là.

Bien qu'il soit encore tôt, nous montons dans notre chambre et laissons enfin s'exprimer notre désir. Il n'y a plus de barrières entre nous, plus de retenue ni de pudeur. Je sais à quoi m'attendre quand il me prend ma virginité, lui est parfois dépassé par ses émotions et nos découvertes. Au milieu de la nuit, sa tête sur mon cœur, mon époux s'endort, des mots d'amour sur ses lèvres et sur ma peau.

_oOo_

Après mon mariage, je n'ai pas cessé les chasses à l'homme. Après une dizaine de semaines de pur bonheur, j'ai quitté le domicile conjugal pour une mission d'un mois à l'autre bout du pays. Edward m'a soutenue, il m'a attendue et à mon retour, il ne m'a fait aucun reproche. Sa sœur ne s'est pas tue, elle, elle m'a dit comme mon époux a été inquiet et malheureux sans moi. Edward a mangé chez ses parents pour chaque repas, il a souvent dormi là-bas également.

Quelques mois après, il a démissionné de son poste d'adjoint, Jasper l'a remplacé. Edward a demandé à m'accompagner pour ma mission suivante. C'est lors d'une nuit sous les étoiles que ça a dû arriver.

Je n'ai pas voulu avoir un enfant, j'ai même tout fait pour l'éviter mais il a suffi d'une fois, d'un égarement, pour que je tombe enceinte.

Sept mois plus tard, je suis sur le perron de ma maison, confortablement installée sur une chaise. Une main sur mon ventre rond et l'autre au-dessus de mes yeux, je guette le retour d'Edward.

Il assiste son père chaque jour à la clinique, qui est désormais plébiscitée par toute la ville et chaque jour bondée. Edward a pu compléter ses études par correspondance et avec l'aide de son père, et passe chaque mois plusieurs jours à Seattle pour des examens et des recherches.

Edward apparaît au bout du chemin quand je me relève pour aller surveiller le dîner dans le four. Tant pis si le poulet est trop cuit, je vais rejoindre mon époux.

« Ma Bella, je ne veux pas que tu te fatigues. » soupire-t-il quand nous sommes l'un en face de l'autre.

Il m'embrasse tendrement, m'enlace et finit par me porter.

« Je ne suis pas malade, juste enceinte. » je proteste.

Edward en rit encore quand il nous fait passer le seuil de la maison, nous avons la même dispute chaque jour mais maintenant, c'est plus un jeu entre nous.

Il redoute encore maintenant que je change d'avis. Je n'ai qu'une chose à faire pour l'apaiser et le faire sourire. Je parle à notre bébé et lui dit comme je l'aime déjà. Mon mari a du mal à cacher son émotion quand il me surprend en train de tricoter.

Qui l'aurait cru ? Pas moi. Je ne suis plus la même, je suis pareille qu'Angela, Rosalie, Esmé, Alice, je me dévoue à ma famille. J'ai rangé mon arme, je parque mon cheval derrière la maison, je cuisine et fais la lessive et le ménage. Je ne joue pas à l'épouse parfaite, je ne le serais jamais de toute façon, mais je vis pleinement cette nouvelle existence et je ne dénigre plus mon rôle de femme.

Edward me complimente sur le dîner, ensuite il fait la vaisselle et monte des buches dans la cheminée de notre chambre. Pendant une heure, il termine la peinture dans la chambre du bébé puis passe une couche de vernis sur le berceau qu'il a acheté. Je vais me coucher sans lui et me plonge dans un livre. Il me rejoint épuisé et je m'endors contre lui, parfaitement heureuse.

Dans mes rêves, des enfants aux yeux verts courent devant moi en s'écriant joyeusement. Leur père les pourchasse, un grand sourire aux lèvres. Nous partageons un regard complice tandis que le bébé que je tiens contre moi gazouille.