Tamaris
[Je te protégerai.]
Sasuke fit encore un pas en avant, pour être bien sûr de ce qu'il avait sous les yeux. Les sourcils froncés, légèrement anxieux, il décida d'agir. C'était lui, son témoin. Il n'avait pas à réfléchir, juste à le sortir de là. Il se poserait les questions plus tard, aussi nombreuses soient-elles.
- Je vois, c'est donc le spécimen que tu voulais me montrer, fit-il d'un ton sérieux.
- Exactement. N'est-ce pas merveilleux ? Tu sais, il n'est qu'un caprice d'Orochimaru-sama. Il veut surpasser tout le monde en tout point. Ce garçon, il était trop beau. C'est tout. D'ailleurs, heureusement qu'Orochimaru ne t'as pas vu. Avec un physique pareil tu pourrais…
Mais l'homme aux cheveux gris s'écrasa au sol avant d'achever sa phrase. Sasuke regarda son corps s'écrouler lourdement sur les poupées autour de lui. C'est clair que ce n'était pas un tordu comme lui qui pouvait être charmant ou séduisant. Il retira l'aiguille enduite de paralysant qu'il venait de lancer du cou de Kabuto et, sans plus attendre, prit sans ménagement le garçon blond sur son épaule.
Personne ne risquait de le trouver ici, mais au cas où, il devait se dépêcher. Il sortit du couloir et se dirigea vers une sortie peu empruntée qu'il avait repéré. Le chemin était plutôt long, mais pas trop pénible. Le garçon qu'il portait était affreusement léger, sûrement involontairement anorexique, songea le brun. De plus, il avait en tête tous les couloirs les moins utilisés. Ce labyrinthe n'en était absolument pas un pour lui.
Il marcha d'un pas soutenu, n'allant pas trop vite non plus pour maintenir le blond sur son épaule. Celui-ci était vraiment inconscient. Il ne s'était même pas réveillé en sentant par exemple la lumière qui le couvrait plus tôt se retirer de derrière ses paupières, ou encore en se sentant soulevé puis trimballé. Son état devait être sérieux.
- Pourvu que ça n'interfère pas avec la mission, lâcha le brun, sans sentiment.
Il avait décidé de ne pas se poser de questions, certes, mais il fallait bien avouer qu'il doutait qu'une épave comme celle qu'il venait de récupérer puisse être d'une quelconque aide. Un cobaye, même si ce n'était pas pour des médicaments, ne pouvait guère servir de témoin. D'autant plus qu'il semblait, aux vues des différentes séries de mannequins à son effigie, qu'il était resté un bon moment dans cette salle étrange aux allures de champs de batailles. Il était plus victime que témoin, aux premiers abords.
- Tu parles d'une valeur sûre, grogna Sasuke.
- Il y a quelqu'un ? appela une voix.
- Mince…
Sasuke se gronda mentalement de penser à voix haute. Quel tic énervant ! Voilà que quelqu'un venait dans sa direction alors qu'il avait été tranquille jusqu'à maintenant. Il approchait du but. Il ne pouvait pas se faire repérer maintenant. Il recula donc, se cachant un peu plus loin, en déposant le corps qu'il tenait pour se plaquer contre le mur. Il fit un peu dépasser sa tête de l'angle pour voir si quelqu'un approchait. Un homme fit son apparition au bout du couloir, l'air méfiant. Il entendit les pas d'une deuxième personne.
- Bah, t'entends des bruits. Vient, on a autre chose à faire que courser des fantômes !
# Ecoute ton camarade, tiens ! C'est une bonne idée ça. # pensa Sasuke.
- Ouais… T'as sûrement raison…
Sasuke attendit que les bruits de pas ne s'estompent suffisamment, signe que les deux hommes avaient repris leur route dans le sens opposé au sien. Il s'autorisa un petit soupir. Il arrivait à mettre une mission en péril et à s'embrouiller l'esprit. C'était désespérant. Pensant que la voie était maintenant bien libre, il se retourna vers le corps qu'il avait laissé. Le garçon avait glissé contre le sol, et des sons, ou plutôt des murmures, sortaient de ses lèvres.
# Il est conscient ? #
- …approcher…la raison…
- Hey, tu m'entends ?
- Est autorisée…ne pas exister…
- Hn.
Sasuke en conclut que le garçon blond parlait plus ou moins dans son sommeil. Il se baissa jusqu'à arriver à son niveau, prêt à le hisser une nouvelle fois sur son épaule. Après tout, pourquoi s'en priver avec un garçon aussi facile à transporter qu'un sac à dos. Mais lorsqu'il plaça sa main dans le dos du blond pour le décoller du mur, celui-ci grogna. Puis, d'un geste lent, le blond leva sa tête qui reposait initialement sur son torse avant d'ouvrir les yeux. De grands yeux bleus, tout comme ceux des poupées de la salle. Mais ses yeux avaient beau être ceux d'un vivant cette fois-ci, ils étaient similaires à ceux de ses copies. Grands, profonds et… vide. Sasuke avait l'impression d'être face à un mort, face à cette impression qu'un voile recouvrait les deux iris. Rien ne se dégageait de son regard. Pas une expression, pas une étincelle. Et pourtant, ce n'était pas lui qui pouvait prétendre avoir un regard des plus expressifs. Son regard avait toujours été assez neutre. Mais dans le cas du blond, il n'était pas neutre, il était vraiment mort.
# Et bien, il respire la joie de vivre. #
Mais Sasuke avait beau être cynique, il n'en était pas moins que ce regard le dérangeait. Comment se pouvait-il qu'un adolescent, sûrement dans la même tranche d'âge que lui, puisse arborer un tel regard ? Pour couronner le tout, le blond semblait le fixer sans même le voir, confrontant tout de même son regard vide à celui du brun. Dans un autre soupir, Sasuke décida de faire abstraction de cela et reprit sur son épaule l'autre garçon qui se laissa faire, ne bronchant pas. Il se releva ensuite, et continua sa route.
Il commençait tout de même à être particulièrement gêné. Il portait un être conscient qui se laissait faire comme si sa situation lui importait peu. Avait-il seulement conscience de sa situation ? Sasuke n'en était pas certain. Le blond n'avait pas bougé la tête lorsqu'il avait passé son bras maigre et pâle au-dessus de sa tête pour le glisser sur son épaule droite. Il ne regardait même plus en direction de Sasuke, fixant sans le faire vraiment ce qui se trouvait directement en face de lui. Et Sasuke était prêt à parier qu'il avait toujours les yeux ouverts, n'étant nullement gêné de se retrouver la tête à l'envers en face d'un pull inconnu.
Quand il fut enfin sortit, Sasuke inspira une grande bouffée d'air. Vivre la majeure partie du temps sous terre devait être particulièrement pénible, et il se demandait comment faisait Kabuto qui semblait ne jamais quitter les lieux. D'ailleurs, l'homme aux lunettes devait encore dormir profondément sans que personne ne le remarque. Le brun, quant à lui, s'était retrouvé dans une ruelle particulièrement étroite, et encombrée par des sacs poubelles et autres ordures. Il parcourut la dites ruelle avant de tourner à gauche à l'angle, puis une fois encore à gauche. C'est la qu'il vit la voiture noire qui l'attendait. Il ouvrir la portière arrière à droite et y déposa le blond. Comme il l'avait supposé, celui-ci avait toujours les yeux ouverts. Mais pas non plus grands ouverts. Il avait plus des yeux qui criaient de fatigue, ne cherchant qu'à se fermer. Et pourtant, le garçon les gardait ouvert, découvrant le plafond de la voiture.
- Dépêche-toi, gamin, lança l'homme à l'avant.
Sasuke s'arracha à son observation et ferma la portière avant d'ouvrir celle côté passager à l'avant. Il s'installa, et n'eut pas le temps d'attacher sa ceinture que Kakashi avait démarré. L'homme avait également des cheveux gris, mais pas attachés. Ils semblaient exploser tant ils étaient décoiffés. De plus, sa peau pâle et son visage blasé lui donnaient un peu l'air d'un zombie, las de son état. Il ne semblait s'éveiller que lorsqu'il se plongeait dans des livres pas très catholiques qu'il affichait sans pudeur. La voiture aurait eu un système de navigation automatique que Sasuke l'aurait déjà vu avec le livre sorti. Après avoir été sidéré de comprendre que ces livres étaient la seule chose qui semblait allumer une petite lumière au fond de ses yeux, le brun avait fini par s'y habituer, se contentant de soupirer par moment.
- C'est la bonne personne ? demanda l'homme comme si cela lui était égal.
- Hn.
- Bien. Tu ne t'es pas fait remarquer ?
- Et toi ?
- Non, monsieur le bavard. J'ai un rapport sur lui.
Il désigna d'un coup de tête par-dessus son épaule le corps maigre qui n'avait pas bougé d'un millimètre ne serait-ce que pour améliorer sa position. Sasuke regarda le blond dans le rétroviseur. Il fronça alors les sourcils. Ceci n'échappa pas à Kakashi, qui glissa un coup d'œil dans sa direction.
- Surpris ?
- Mécontent… lâcha le brun avant de tourner la tête vers la droite, les yeux rivés sur la route dans un regard indéchiffrable.
- Oh ? Peur qu'il ne puisse t'aider ?
- On verra bien.
Kakashi laissa couler et laissa le brun s'enfermer dans son mutisme. Il n'avait pas lu le rapport, mais il pouvait le dire juste en regardant le corps derrière lui. Cela ne serait certainement pas aussi facile que se l'était imaginé l'adolescent. L'homme aux cheveux gris s'était lui-même attendu à une personne, homme ou femme… peut-être plus femme – instinct de pervers oblige – traumatisé, gémissant à tout bout de champs. Ils étaient finalement tombés sur pire. Une loque. Il tentait de comprendre la frustration du brun. Mais comment s'imaginer tout ce qui devait traverser l'esprit d'un adolescent dans une situation pareille.
- On passe au magasin avant. Je dois acheter quelques trucs, fit Kakashi.
- Hn… Hein ? Pourquoi ? s'écria Sasuke, sortant de sa torpeur.
- Haha, tu m'écoutes à peine ! Parce que, lança l'homme blasé d'un air amusé.
- Pfff…
Kakashi tourna alors à un carrefour et se dirigea vers le centre-ville. Il était inutile et surtout dangereux de se diriger à la périphérie afin d'atteindre le grand supermarché. L'une des petites épiceries suffirait. Et puis… il avait des contacts là-bas, alors autant en profiter. Le reste du trajet se passa en silence, et lorsque l'homme aux cheveux gris se gara et sortit, il ne souffla pas mot à Sasuke qui semblait être partie loin, très loin dans ses pensées.
Le brun se rendit compte qu'il était à l'arrêt quand il vit Kakashi entrer juste devant lui dans une épicerie.
# Pourvu qu'il ne soit pas long ! #
Depuis un moment déjà, il avait laissé son esprit vagabonder. Et chez lui, cela signifiait qu'il entrait en phase de déprime. Mais qu'y pouvait-il ? Il avait été trop optimiste. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui. Il avait pensé que le prisonnier que lui montrerai Kabuto serait une personne comme Gaara. Pas très réactive, apeurée peut-être, mais pas comme le blond. Il n'était même pas sûr que celui-ci puisse avoir un comportement normal. Il avait hâte de savoir ce que le rapport dirait. Mais au fond de lui, la peur le taraudait. Et si le blond avait des sortes de séquelles ? S'il était devenu aliéné et ne savait même plus comment s'exprimer ? Comment pourrait-il ne serait-ce que parler ? Et avait-il toujours des informations en mémoire ?
- Tsss…
Tsunade s'était bien fichu de lui. Ah ! Elles étaient fiables ses informations, tiens !
# Non, je suis injuste. #
La blonde avait fait de son mieux pour l'aider. Et sa société sous couverture marchait très bien, il en était témoin. Si elle lui avait fait récupérer le blond, c'est que celui-ci était capable de leur apporter quelque chose.
# Une puce électronique greffée dans le ventre ? #
Sasuke esquissa un rapide sourire avant de reprendre son expression habituelle. Il avait confiance en sa marraine. Elle savait à quel point c'était important pour lui, à quel point ne pas connaître son passé le rongeait à petit feu. Jamais elle n'aurait envisagé faire quelque chose d'inutile. Après tout, il n'aurait encore une fois qu'à être patient. Il était devenu mettre dans l'art d'attendre sagement avant d'agir de façon adéquate. Son regard glissa une dernière fois vers le rétroviseur qui dévoilait le corps famélique du garçon à l'arrière.
- Je ne sais pas qui tu es. Je ne sais même pas si tu m'entends. Mais je te fais confiance… C'est pas comme si j'avais le choix non plus… lâcha-t-il plus pour lui-même que pour l'autre garçon.
Bien évidement, aucune réponse de sortit de la bouche du blond. C'est alors que Sasuke se rendit compte que ses paupières avaient finies par se fermer. Il dormait. Mais il n'avait pas l'air en paix pour autant. Ses sourcils étaient tantôts froncés, tantôts abattus, comme s'il se passait quelque chose. Peut-être un rêve troublant.
Kakashi revint quelques minutes plus tard, un paquet en papier kraft dans les bras. Il entra dans la voiture et posa le paquet dans l'espace entre lui et Sasuke avant de redémarrer. Maintenant, ils pouvaient rejoindre l'Hamidori. Ils verraient bien à ce moment là ce que déciderait Tsunade à propos du garçon. Le bâtiment se fit bientôt voir, mais Kakashi le contourna. C'était logique. Ils n'allaient pas trimballer un corps aux yeux de tous dans une soi-disant entreprise de pharmaceutique et cosmétique. Et pour ne rien arranger, le blond était tout de même vêtu d'une combinaison orange. Disons qu'il y avait moins voyant comme couleur.
Ce fut alors Kakashi qui prit le blond dans ses bras, son paquet dans une main. Sasuke, lui, récupéra le rapport. Les deux se dirigèrent ensuite vers l'intérieur, accédant par une petite cours cachée et connue uniquement des membres de l'Hamidori. Un ascenseur gris les attendait, et ils y entrèrent avant de sélectionner leur étage. Le chemin se fit comme d'habitude, sous le son d'une petite musique sensée relaxer.
Ils arrivèrent alors dans la pièce menant au bureau de la grande blonde. Kakashi déposa le blond sur un canapé, de façon à ce que ce dernier soit en position assise. Il se positionna alors dos au mur à côté de la porte et hocha la tête. Sasuke compris qu'il allait rester ici pour surveiller l'adolescent, mais qu'il écouterait par l'entrebâillement de la porte. Le brun toqua alors et entra sous l'ordre de Tsunade. Il laissa la porte légèrement entrouverte à l'intention de Kakashi. Puis il marcha d'un pas assez traînant avant de s'asseoir face à sa marraine. Il déposa le rapport devant elle, et se contenta de la fixer.
- Vous l'avez ? demanda la femme à forte poitrine, exaspérée de devoir arracher des paroles au brun.
- Hn.
- Tsss, je vois. Bien, je vais lire le rapport que m'a amené Kakashi. Etat ?
- Déplorable, lâcha le brun.
- Non, je voulais dire de ta mission, pas de ce que tu as trouvé.
- Ah… Pas de soucis.
Je vois. Je suis fière de toi. Et ne sois pas aussi découragé. On parle d'Orochimaru. Cet homme est dérangé. Pas étonnant que les gens ne soient généralement pas plein de vie s'ils ont été prisonniers ! remarqua-t-elle d'un ton sévère.
- Gaara n'était pas devenu à moitié mort…
- Ne compare pas, Sasuke. Où est-il ?
- Sur le canapé.
La blonde se dirigea alors vers la sortie de son bureau. Sasuke se sentit obligé de la suivre, même s'il ne souhaitait pas tellement revoir une personne qui le mettait autant mal à l'aise. Elle ouvrit la porte, salua brièvement Kakashi, et posa son regard sur le blond.
- Oh, un enfant. J'en étais pratiquement sûre. Ce fou se fait un plaisir de s'attacher vicieusement aux jeunes. De la nostalgie, sûrement.
- Un adolescent, corrigea Kakashi. Dites-moi Tsunade, vous aviez quand même idée de son état et de qui il était, non ?
- Absolument pas. Mais je suis certaine qu'il pourra nous aider.
- Source ?
- Oui, je le tiens d'une source. Particulièrement fiable, articula-t-elle à l'intention de Sasuke qui venait de se poster à côté d'elle, dévisageant le blond endormi.
- Bien, je suppose que je peux rentrer chez moi. J'ai des copies à corriger. La joie d'être professeur.
- Oui, bien sûr. Vous pouvez y aller Kakashi. Merci pour votre travail.
- Mais de rien, fit celui-ci d'une voix faussement charmeuse qui arracha un sourire à la blonde avant d'entrer dans l'ascenseur.
Une fois l'homme parti, elle retourna à son examination. Tsunade avait des qualifications en médecine. Ainsi, elle vérifia le pouls du blond, releva les manches de sa combinaison pour constater son alarmante maigreur puis souleva ses paupières pour inspecter des yeux à l'aide d'une minuscule lampe torche. Elle continua ces gestes durant quelques minutes, sans que cela ne vienne perturber le sommeil de son patient improvisé. Une fois terminée, elle se releva, et se tourna vers Sasuke. Celui-ci ne sut pourquoi, son ventre de noua en attendant le verdict.
- On va l'emmener à notre clinique. L'hôpital fouinerait trop. On va faire ça discrètement. La clinique n'accueille que des militaires ou des agents. Personne ne posera de question.
- Combien de temps ? demanda Sasuke, la voix légèrement hésitante.
Tsunade sourit et posa la main sur la tête du brun.
- Je ne sais pas. Ca dépend de lui. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il faut compter en mois. Cela m'étonnerait qu'il retrouve ses forces et tout le reste avant la fin de l'hiver.
- On est en automne… souffla le brun.
- Oh, tu boudes ?
- N'importe quoi ! Je ne suis plus un gamin ! protesta l'Uchiha.
- Que tu dis, fit la blonde en riant légèrement.
Sasuke tourna la tête sur le côté, empruntant un air faussement colérique. Il ne pouvait s'empêcher de faire confiance à cette femme qui avait essayé de tout lui donner pour son bonheur. Cette mission marcherait. Mais il ne pouvait s'empêcher de voir le regard peiné de sa marraine lorsqu'elle regardait le blond. Il avait peut-être été injuste. Mais ça, c'était défense d'y penser plus d'une nano seconde. Bien sûr qu'il allait falloir attendre et qu'il fallait des soins pour rendre une personne aussi mal traitée à la normale. Et puis, à y bien réfléchir, avec un peu plus de sentiments, il aurait dû ressentir de la pitié. Il ne savait pas combien de temps l'adolescent avait moisi entre ces murs clos, mais cela devait sûrement faire plus du double de ce que Gaara y était resté.
Maintenant qu'il était chez lui, Sasuke se rendit compte qu'il en avait marre. Marre de rester seul à ruminer. Etrange, quand on savait qu'il passait la majeure partie de son temps isolé. Ou alors, dans ses pensées, lorsqu'il était entouré de ses amis au lycée. Mais franchement, trop penser lui donnait mal à la tête – pauvre chou – et il fut presque au bord du cri de joie quand il vit une note sur son bureau indiquant qu'il avait intérêt à se bouger pour trouver quelque chose à faire lors de la fête de bienvenue de Gaara. Une fête. Rien de mieux pour bien occuper son temps avant l'évènement, puis pendant, et sûrement un peu après quand tout le monde en parlerait la semaine suivante.
- Parfait.
Sasuke se remémora l'heure du rendez-vous. Ils allaient se rendre chez Temari tandis que Gaara assisterait à une séance chez son thérapeute. D'ailleurs, puisqu'il avait l'air d'aller un peu mieux, Sasuke avait constaté qu'il n'en était pas plus loquace, et cela le confortait dans l'idée qu'ils pourraient vite devenir de très bons amis adeptes du silence ambiant. Ce qui n'était pas facile à exercer avec une sœur aussi bruyante que la blonde Sabaku.
Le temps tournait, et le brun se décida à préparer quelque chose de rapide avant de s'attaquer à ses devoirs. Demain, après les cours, la perspective de se changer les esprits se fit présente à son esprit. Demain.
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Tsunade était dans son bureau, le menton calé dans la main droite. Un verre de sake trônait dans celle de gauche, et, lentement, elle détaillait le rapport sur le garçon. Le petit dossier ne contenait en fait pas beaucoup de pages, mais après tout, il avait été copié sur les lieux. Et il était certain que les informations sur les différents cobayes des produits de cet Orochimaru n'intéressaient pour ainsi dire personne.
- Uzumaki Naruto… joli nom, fit Tsunade. Et il a dix-sept ans. C'est Sasuke qui va être content, fit-elle amusée.
On n'apprenait pas grand-chose sur lui, à par le fait qu'il ait été enlevé dans la région, et qu'on lui avait administré toutes sortes de poches remplies de vitamines et autres oligo-éléments pour le maintenir en vie. Il avait été nourri à coup de piqûres et de perfusions, tout simplement. Digne des ordures qui se permettaient toutes sortes d'expériences sur des personnes non-consentantes. La blonde se sentit de plus en plus furieuse en voyant le détail des injections, des symptômes de malnutritions à combler et ainsi de suite. Elle n'était pas spécialement maternelle, mais cela la dépassait qu'on puisse ainsi traiter un gamin. Et le plus choquant fut sûrement lorsqu'elle regarda la date du premier rapport.
- Il a été enlevé il y a cinq ans… Mon dieu, comment est-il encore vivant ?
Ce fou machiavélique n'avait pas hésité à kidnapper un garçon de douze ans pour ses expériences, ou plutôt son bon plaisir. Il semblait qu'aucun médicament mal conçu d'un quelconque genre ne lui ait été injecté. Mais elle n'en fit pas un fait exact non plus. Si Orochimaru en personne s'était occupé du garçon, elle ne jurait de rien. Cet homme était fou à lier, et incroyablement dangereux. Si elle l'avait connu pour aider Sasuke, nul doute qu'elle allait bientôt agir pour faire arrêter ce malade.
D'autant plus que maintenant, voyant la fragile santé qu'avait acquise le blond qui semblait toujours avoir des dérèglements, cela prendrait des mois avant de lui rendre son corps en bon état. Mais cela n'était rien comparé au temps qu'il faudrait pour qu'il s'en remettre psychologiquement.
La blonde expira bruyamment avant d'attraper une feuille et un stylo. Elle inscrivit la région dans laquelle avait été trouvé le blond. Il faudrait retrouver sa famille, et peut-être lui annoncer. Mais pas maintenant. Ils avaient trop besoin de lui, et, que ce soit cruel ou pas, il fallait qu'ils le gardent. Elle nota ensuite quelques indications pour les infirmières qui se verraient attitrer la lourde tâche de remettre l'adolescent sur pied. Il faudrait aussi penser à des séances de rééducations pour plus tard, et un soutient psychologique lorsqu'il commencerait à s'exprimer.
- C'est clair, Sasuke va devoir être patient, soupira-t-elle.
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Au lycée, Sasuke rejoignit directement Neji qui était venu avec Hinata. Ces deux-là, en tant que descendants de bonne famille, arrivaient systématiquement en avance. Neji discuta un peu avec Sasuke tandis qu'Hinata semblait attendre quelqu'un avec impatience. La jeune fille avait ce tic de faire tourner ses indexes tandis que ses mains étaient jointes lorsqu'elle paniquait ou qu'elle attendait les résultats d'un examen. Ses yeux étaient baissés, et partaient parfois vers la droite, en direction de l'entrée de l'école. Oui, Hinata, timide et incroyablement réservée, attendait impatiemment quelqu'un. Et ça, ce n'était pas dans ses habitudes.
Mais loin d'être une commère, Sasuke garda ses observations pour lui et continua de discuter comme si de rien n'était. Neji semblait n'avoir rien remarqué. Tous les deux en profitèrent alors pour se glisser quelques informations sur leur occupation extrascolaire commune. Sasuke put l'informer brièvement de ce qu'il s'était passé la veille, et prit des nouvelles du travaille de son camarade. Neji n'avait rien de prévu, mais, selon lui, Tsunade le gardait en réserve.
- Elle a une idée derrière la tête ?
- Je pense, confirma Neji. Et ça ne m'étonnerait pas que ça ait un rapport avec ton affaire. Je pense qu'elle a commencé à sérieusement se renseigner.
- Tant mieux.
- Oui. On devrait être convoqué tous les deux dans pas longtemps. Quoi que, j'ai l'impression que Tenten est dans le même cas que moi.
Ils durent s'arrêter quand Sai et Ino arrivèrent, engageant la discussion avec eux. Puis les deux Sabaku vinrent aussi, et Sasuke glissa son regard vers Hinata qui s'était approché précipitamment. Elle ne semblait plus attendre. Intéressant. Elle parla avec difficulté à Gaara, prenant de ses nouvelles, puis rit aux blagues douteuses de Temari qui faisait déjà le clown de si bon matin. Le reste du groupe arriva peu à peu, et ils se rendirent tous ensemble en cours lorsque la sonnerie stridente retentit.
La journée fut banale, et le seul cours un tant soit peu intéressant de la journée fut celui du professeur Iruka, un homme aux cheveux châtain et l'air assez chétif, mais qui était aussi un vrai passionné. Il enseignait la littérature comme si cela avait été la plus belle chose existante au monde, et ne manquait pas d'entraîner les élèves dans les contrées lointaines des auteurs de tous temps.
Sasuke ne perçut qu'une différence ces jours-ci par rapport à tous les autres jours de classe. L'après-midi, toute la classe avait cours avec Kakashi qui tenait les cours d'histoire. Mais lorsqu'il entra dans la classe, le brun sentit clairement le regard de son professeur le fixer dans son dos. Autrement dit, il avait un message à lui faire passer. Attrapant une feuille de son cours, Sasuke prétexta une question pour aller voir Kakashi qui regarda sa feuille avant de faire un bref commentaire. Puis, lorsqu'il lui rendit sa copie, il glissa un morceau de papier en dessous que Sasuke saisit en même temps que son cours. Une fois à sa place, il attendit que le cours commence et que les autres soient à peu près hypnotisés par la voix morne mais néanmoins bourrés de connaissances du professeur pour s'intéresser au papier.
# Kabuto a quitté la ville… Tant mieux, il ne tentera pas de me retrouver. Il a pris peur. #
Ils allaient pouvoir tranquillement s'occuper du garçon pour voir ce qu'ils pourraient en tirer sans craindre les représailles du sbire d'Orochimaru. Un souci en moins était clairement le bienvenu. Cela égaya la journée de Sasuke qui fut nettement plus impliqué dans les conversations menées autour de lui que d'habitude. Du moins, pour une fois, il intervenait.
A la fin de la journée, Gaara dut se rendre assez rapidement chez son thérapeute, ce qui ne fut pas chose facile. En effet, Hinata était toujours prêt de lui, comme si elle avait oublié la fête surprise qu'ils s'étaient tous promis de préparer. Sasuke n'avait pas eu l'occasion de discuter de façon monosyllabique avec Gaara non plus, et il en fut un peu irrité. Ce fut Neji qui pris en main sa cousine tandis qu'Ino et Sakura se chuchotaient des phrases à son propos, avec une mine malicieuse. Finalement, il ne devait pas être le seul à avoir remarqué que la petite brune en pinçait désormais pour le rouquin. Sasuke la plaignait d'avance. Elle avait choisit le garçon qui possédait la sœur la plus fouineuse et surprotectrice qui soit. Enfin, tant que Shikamaru ne se chargeait pas de son cas.
Maintenant qu'ils étaient tous dans la maison de Temari, celle-ci scotchée à son petit-ami, Tenten prit les choses en main et commença à noter sur une feuille le rôle de chacun le jour j. Comme si cela allait de soi, Temari et Shikamaru étaient chargés de diriger l'attention de Gaara autre part. Mais ils furent rejoint dans leur tâche par la brune aux yeux pâles sous le bon conseil d'Ino et de Sakura qui lâchèrent un petit rire qui eu le don d'ouvrir secrètement les yeux de tous les autres.
- Mais…je..euh… balbutia Hinata
- Mais tu t'en chargeras bien ! lança Ino. Et puis si on laisse Tem' et Shika' seuls avec Gaara, le pauvre va se contenter de tenir la chandelle !
- Oh…capitula l'adolescente.
Ino et Sakura en contrepartie furent chargés de la décoration et des accessoires : musiques, assiettes, verres. Kiba, Tenten, Sai et Neji se proposèrent pour se mettre aux fourneaux et se procurer des boissons – alcoolisées. Tenten chargea donc Sasuke et elle-même de rapatrier matelas et sacs de couchages. Ils ne seraient sûrement plus en état de rentrer chez eux aussi tard, et c'était de plus devenu comme une tradition de passer toute la soirée ensemble. Ils s'étaient rencontrés au fur et à mesure et ne se lâchaient plus. Il faut dire qu'au fond, et même Sasuke et Neji qui ne le paraissaient pourtant pas, ils avaient tous une âme de fêtard, et de gens aimant vivre en groupe. Le lycée était sensé représenter leurs plus belles années, pas vrai ?
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Voici le deuxième chapitre d'Odd Doll.
Sasuke est pessimiste, et ça se comprend. Mais il est entouré de gens biens, non ? :) Une soirée se prépare donc, et pour ce qui est de Naruto, et bien... Il se retrouve en hôpital. Mais en quoi peut-il être utile à Sasuke ? Quel lien peut-il bien avoir avec sa famille ou le coupable du meurtre de ses parents ? Hmmmmm...
Merci d'avoir lu ! N'hésitez pas à me laisser un commentaire :)
