Jonc
[Soumission]
Les parcs étaient remplis de mères ou de nourrices surveillant les enfants qui jouaient entre eux, insouciants, libres. Non loin de là, dans un petit square privé, jouaient d'autres enfants, encadrés par des adultes aux regards bienveillants. Les enfants profitaient des rayons du soleil revenus depuis peu, s'exposant à l'orbe brillant et chaud, tout en s'amusant. Des fillettes jouaient à la corde à sauter, tentant de montrer toute leur habilité à leurs amis, tandis que les jeunes garçons couraient, jouaient à chat ou investissaient le toboggan. D'autres enfants, plus calmes, gonflaient des ballons de baudruche ou fabriquaient de petits animaux en terre cuite. Le printemps était une période idéale pour relancer tout un tas d'activité qui ravissaient tout le monde. Les enfants étaient soudés par ces activités, naturellement, sans se préoccuper des différences d'âges ni de sexe. Ce devait être là que résidait la principale magie d'être enfant : aucune barrière, aucun obstacle, tous ensemble dans un monde léger et souriant.
L'un des enfants, un petit blond courant comme une fusée, était poursuivi par ses copains du bac à sable, riant tout autant que lui. Il était surement le plus rapide d'entre eux, et filait à toute allure. Il était actuellement le dernier à ne pas avoir été fait chat, ce qui tenait d'une habitude pour les autres. Quand finalement il se rendit et fut attrapé, tous s'assirent au sol, essoufflés et commentant la partie. C'était la troisième depuis le début de la matinée. Si au début l'air avait été frais et la rosée du gazon rafraichissante, le soleil était maintenant à son zénith, et eux comme tous les autres commençaient à avoir bien trop chaud.
Les adultes qui étaient présent s'en rendirent bien vite compte et les appelèrent pour commencer la pause déjeuné. Tout semblait si paradisiaque, loin d'un quelconque conflit. Juste des enfants, tous ensembles, entourés d'adultes toujours attentionnés, et dégustant tous ensemble des plats dans une salle de cantine dirigée vers le nord, restant alors bien au frais. Cela semblait couler de source un quotidien bien rythmé, où personne ne se posait de question.
Les questions arrivèrent bien plus tard. Partant de cette même situation idyllique, parfaite. Le début de l'adolescence marquée par l'entrée au collège signait la fin de l'insouciance parfaite. Le garçonnet blond si apprécié pour ses capacités physiques devenait maintenant un garçon, presque adolescent, adulé par certains, haït par d'autres. Que faire pour lutter contre un garçon dont les cheveux dorés ravissaient les filles qui commençaient leur quête de l'amour idéal, et dont les yeux bleus perçants incitaient les professeurs à le percevoir comme l'élève toujours attentif alors qu'il passait son temps à papoter ? Comment lutter enfin contre un élève aussi intelligent que fort en sport, qui semblait surpasser les autres, les écrasants de ses capacités, les rabaissant alors sans même le vouloir ? Pouvait-il y avoir plus insupportable que quelqu'un qui vous semblait supérieur en tout point et n'en profitait même pas ? Ce garçon blond qui semblait de nature parfaite n'était même pas du genre à se moquer des autres, à prendre pleinement conscience de ses capacités, et souriait gentiment à tout le monde, causant sa popularité comme sa perte.
Alors, quand un jour, après les cours, ce garçon si pur et si aimable avec qui que ce soit fut agressé à la sortie de son collège, devant ses camarades qui rentraient habituellement avec lui, cela fit scandale. Les élèves furent dénoncés, et renvoyés, et beaucoup apportèrent leur soutient à la victime. Mais d'autres, rongés par la jalousie, prirent le parti des élèves renvoyés. Et ce fut au travers des regards menaçant qu'il percevait à son encontre dans les couloirs que cet être si gentil mais au fond si fragile, commença à se poser des questions. Elles déferlèrent comme une pluie glaciale le martelant de part en part. Quel était ce sentiment de jalousie ? Qu'avait-il fait de si terrible pour que les gens lui adressent de tels regards ?
Quand ces questions demeurant sans réponses furent à leur paroxysme, apparut cet homme étrange. Alors qu'il rentrait avec tous ses amis, il n'aperçut pas le regard posé sur lui durant le trajet. Ni le lendemain, ni même les semaines qui suivirent. Et puis, finalement, un jour où les nuages gris recouvraient tout le ciel, ce garçon blond rencontra l'homme étrange. Il le vit, devant la grille, alors qu'il s'était proposé pour sortir les poubelles. L'homme au visage si fin et aux yeux si profond avait tout d'une beauté envoutante, glaciale et mystérieuse. Quoi de plus naturel que d'être attiré par un physique si particulier ? Le garçon blond déposa les poubelles, ne lâchant pas des yeux cet homme aux longs cheveux noirs qui le fixait lui aussi. Puis, lentement, comme hypnotisé, il s'approcha de la grille. C'est alors qu'un sourire se peignit sur la figure de cet homme si beau et si particulier. La main du blond se saisit de la poignée, et, sans bruit, il sortit, venant à la rencontre de l'adulte.
- Bonjour, dit-il d'une voix polie à l'encontre de l'adulte.
- Bonjour, répondit l'autre, d'une voix lente et suave.
Le blond déglutit. Même sa voix lui faisait un effet étrange. Il semblait si attrayant qu'on aurait presque voulu qu'il nous entoure de ses bras sans jamais nous lâcher. Il ne savait pas pourquoi, mais il se sentait si petit face à un être pareil. L'adulte ne sembla pas s'impatienter face au blond resté immobile, et attendit patiemment, plongeant ses yeux dont la pupille semblait plus longiligne que ronde.
- Vous cherchez quelque chose ? demanda finalement le garçon.
- Peut-être bien… Comment t'appelles-tu ? demanda l'adulte en se rapprochant.
- Naruto. Vous êtes perdu ? fit innocemment le blond.
- Tu es vraiment très beau Naruto. Tu dois attirer toutes les filles, non ?
Le dit Naruto rougit violement à la remarque de l'homme, et lâcha un petit rire nerveux. Puis, ses yeux virèrent vers la gauche, et, de sa main droite, il se gratta l'arrière du crâne.
- Je-Je ne sais pas, répondit-il après un moment.
- Moi je le sais, affirma l'adulte, sans paraître perturbé de causer autant de gêne chez son interlocuteur.
- Euh…D'accord.
L'adulte s'approcha encore un peu, et regarda si fixement le blond que ses yeux plongèrent dans les siens de nouveau. Mais cette fois-ci, il semblait qu'il ne pourrait plus jamais détourner le regard. Dans ces yeux, il semblait y avoir quelque chose à part, quelque chose de fascinant. Le cœur du blond battit légèrement plus rapidement que la normale.
- Je m'appelle Orochimaru, l'informa l'adulte. Et tu veux que je te dise un secret ?
- O-Oui, répondit l'adolescent, complètement hypnotisé.
- Avant ça, dis-moi. Certaines personnes te haïssent, non ?
- Je ne sais pas. Oui… confessa le blond sans lâcher du regard l'autre.
Sans qu'il ne s'explique pourquoi, des larmes commencèrent à se former au coin de ses yeux. Il n'avait jamais vraiment réfléchi à ce fait. Il ne se l'était jamais avoué aussi simplement qu'il venait de le faire, comme pour mettre les choses au clair.
- Tu sais, s'ils te haïssent, c'est parce que tu es beau, expliqua Orochimaru dont le sourire devint sadique.
Mais le blond perdu dans ses yeux ne le remarqua pas. Les larmes coulèrent sur ses joues. Sa bouche était légèrement entrouverte, mais aucun son n'en sortait.
- Le secret, c'est que ta beauté te maudit. Ils te détesteront tous, tu vois, parce ce que tu es différents d'eux. Tu n'es pas juste normal. Mauvais en quelque chose.
- Je suis maudit ? balbutia Naruto. Mais pourquoi moi ?
- Il n'y a pas de raison, siffla Orochimaru. Mais si tu veux, avant qu'ils ne te refassent du mal, tu peux venir avec moi. Je te protègerai de ta malédiction.
- Vr-vraiment ? Ils vont… me faire du mal ?
- Oh, oui, beaucoup. Et ça ne s'arrêtera jamais. Tu n'y peux rien. Sauf si tu viens avec moi.
L'homme au visage si pâle tendit alors sa main en direction du blond, comme pour l'inviter à le suivre. Ses yeux se plissèrent légèrement, et son regard sembla transpercer l'âme du garçon. La main tremblante, le garçon posa sa main dans celle de l'adulte. Celui-ci arbora un sourire victorieux avant de lui dire.
- On y va. Viens.
- Oui, Orochimaru.
Et il l'entraîna dans les rues jusqu'à arriver à une voiture noire dont les vitres étaient teintées. Naruto pensa alors que cet Orochimaru devait être un homme riche, gentil et prêt à aider les gens maudits comme lui. Il entra dans la voiture. Celle-ci démarra en laissant un nuage de fumée, tandis que la pluie commença à tomber.
# La soumission commence comme ça. #
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Des infirmières s'agitaient encore à cette heure aussi tardive. Etre de nuit n'était pas simple, surtout que les patients avaient le malin plaisir de s'improviser insomniaque pendant leurs séjours. Deux femmes, une brune un peu forte, et une autre aux cheveux roux et bouclés lui tombant jusque dans le creux des reins étaient de garde ce soir-là. Leur clinique ne comptait pas beaucoup de patients, car c'était un établissement spécial qui traitait principalement les soldats et les gens de grandes familles voulant s'assurer de ne pas être en première pages des magasines à scandales, le visage livide, dans un lit d'hôpital.
Il était dans les environs de trois heures du matin, quand l'infirmière aux cheveux roux entendit des gémissements provenir de l'une des chambres.
# Tiens, ne serait-ce pas la chambre de ce garçon qui ne parle pas ? # songea-t-elle, perplexe.
Mais bien vite, les gémissements devinrent des cris de douleurs. On entendait des bruits signalant une activité. Le malade s'agitait. Sans plus attendre, elle entra dans la chambre et alluma la lumière. Là, elle assista alors à un spectacle peu banal. Depuis son arrivée, ce garçon, un adolescent blond plutôt maigre, n'avait jamais bougé, parlé, ou posé un quelconque problème. Pourtant, ce soir là, il était agité de spasmes, et ses couvertures s'étalaient un peu partout par terre. Ses yeux clos montraient clairement qu'il dormait encore. Mais tout ça ne ressemblait pas à un banal cauchemar.
Elle s'approcha de lui, et le maintint droit sur son lit, espérant qu'il se calme, tout en le lui chuchotant des mots se voulant rassurants. Mais cela ne fit qu'aggraver les choses, et le blond, conscient qu'on tentait de le brider, poussa des hurlements dans sa chambre. Sa respiration était complètement affolée, et parfois, manquant d'air, il hoquetait. Il semblait aussi vouloir dire quelque chose, mais les mots qu'il devait vouloir prononcer se transformaient en glapissement dès qu'ils sortaient de sa gorge. De la sueur perlait à grosses gouttes sur son front et son corps en plus des spasmes. Il tremblait à présent de fièvre.
- Mince.
L'infirmière appuya sur le bouton à côté de son lit pour prévenir sa collègue. Celle-ci accourut aussitôt, et repartit dès que la rousse lui demanda d'appeler la personne qui avait amené le garçon ici. Elles n'avaient jamais eu à faire à une crise de sa part. Il était arrivé avec pour seuls symptômes son renfermement et sa sous-nutrition.
L'autre infirmière arriva jusqu'à l'accueil de l'étage et tapa à toute vitesse le code du patient avant de rechercher le numéro de téléphone qu'elle cherchait. Autant qu'elle s'en souvienne, c'était une femme également blonde qui avait amené le garçon ici. Elle tapa le numéro sur son téléphone et attendit. Au bout de trois sonneries, une voix ensommeillée lui répondit.
- Le patient Naruto Uzumaki fait une crise, pouvez-vous venir ? fit-elle sans perdre de temps.
- Je…Oui, j'arrive tout de suite !
La ligne coupa, et l'infirmière brune retourna dans la chambre aider sa collègue qui ne parvenait pas à réveiller le blond. Son corps s'agitait tellement que tous ses muscles avaient fini par se contracter. Il hurlait maintenant tout simplement.
- Il doit s'être fait une crampe, à être aussi crispé, lâcha la brune en tentant de réveiller à coup de petites claques l'adolescent.
- Il nous fait de la fièvre aussi.
Tsunade arriva quelques minutes plus tard, et une bonne demi-douzaine de feu rouges grillés. Elle se précipita dans la chambre de Naruto et ouvrit la porte en grand, la faisant claquer sur le mur. La refermant tout aussi délicatement, elle se précipita sur le garçon.
- Naruto ! Réveille-toi bon sang !
- Il n'arrive plus à respirer, fit remarquer l'infirmière rousse suite à la toux du blond qui crachait de la salive dans une tentative désespérée de reprendre son souffle.
Soudain, lâchant un petit cri strident en harmonie, les deux infirmières se reculèrent d'un coup. La femme blonde, tout aussi paniquée qu'elles deux, venait d'assener une claque monumental à l'adolescent. Ses couettes blondes en avaient volé tant elle y avait mis de force. Leurs mâchoires les démangeait, comme si elles-mêmes avait reçu ce traitement. Le blond se réveilla finalement, son corps se redressant à toute vitesse. Les yeux écarquillés à leur maximum, il inspira un grand coup, engouffrant tout l'air possible dans ses poumons, avant de retomber sur son lit, agité de petits tremblements.
- Les spasmes se sont arrêtés, nota l'infirmière brune.
- Naruto… appela Tsunade en se penchant au-dessus du garçon.
- Huh…huh…
Mais même réveillé, ses iris bleus s'agitaient. Il paniquait pour une raison inconnue. Son souffle retrouvé, on percevait des bribes de mots. Il semblait marmonner tout seul, comme s'il voyait des choses invisibles aux yeux des trois femmes devant lui. Tsuanade s'approcha de lui, pour tenter de comprendre ce qu'il disait, quand il se saisit fermement du bras de la femme, soulevant légèrement son corps. Ses ongles s'enfoncèrent dans le bras de Tsunade qui retint un grognement de douleur.
- Ca va Naruto. Tu n'es pas seul. Tu es en sécurité, tenta-t-elle de le rassurer.
Elle continua à parler au blond qui semblait se calmer peu à peu. Mais il ne cessait pas de vouloir parler. Tsunade ne comprit rien, les mots qu'elles percevaient ne formant pas de phrases cohérentes pouvant l'aider à saisir ce que voulait dire le blond. L'infirmière brune ressortit en s'excusant tandis que la rousse ramenait les draps du blond sur lui afin qu'il ne prenne pas froid. Elle lui administra un médicament pour faire descendre sa fièvre. Elle apporta aussi à Tsunade un linge froid que la blonde posa sur le front de Naruto pour essuyer sa sueur et faire baisser sa température plus rapidement.
Puis, au bout d'un moment, Naruto lâcha la blonde et se rallongea sur son lit sans ménagement. Il tombait de fatigue, mais ne semblait pas vouloir se résigner à se rendormir. Ses yeux à demi ouverts étaient redevenus vides, et ses lèvres bougeaient toujours.
# Il en aura des choses à dire le jour où il pourra se libérer de toutes ses peines. # pensa Tsunade, veillant toujours sur lui.
Elle ne pouvait pas se résoudre à l'abandonner maintenant. Il paraissait tellement perturbé, alors que rien dans son dossier ne pouvait mener à de telles conclusions. Son passé était mystérieux, mais s'en était de même pour les cinq années qu'il avait passé, séquestré par Orochimaru. Mis à part ce que lui avait rapporté Sasuke de la salle où il l'avait trouvé, elle n'avait aucune idée de ce qui avait pu se passer tout ce temps. Mais au fond d'elle, elle mourrait d'envie de savoir, de pouvoir l'aider. Elle n'avait rien dit à Sasuke, mais elle était venue voir à plusieurs reprises cet adolescent si torturé. Jiraiya avait raison. Elle ne pouvait décidément pas ne pas aider ceux qui en avaient besoin. Surtout lorsqu'il s'agissait d'enfants. Elle revoyait encore le visage paniqué et presque fou de Sasuke lorsqu'elle l'avait rejoint après un coup de fil de la police. Il avait pleuré et hurlé pendant des heures après avoir découvert ses parents, assassinés dans leur salon familial.
Voir ainsi Naruto l'avait replongé à l'époque où elle avait dû supporter les crises de Sasuke, avant que celui-ci ne se calme finalement et ne deviennent le garçon qu'il était aujourd'hui : détaché, neutre, même si tout cela n'était qu'une façade pour cacher tous les mauvais souvenirs qui le hantait. Elle s'était donc naturellement attaché à Naruto dont l'enfance avait elle aussi été volée, alors qu'il avait été emmené au loin du jour au lendemain. La différence majeure résidait dans le fait que le cauchemar de Sasuke n'avait duré qu'un jour, tandis que celui de Naruto s'était effilé sur cinq années. L'un n'était pas moins grave que l'autre à ses yeux, mais elle n'était pas aussi confiante dans le rétablissement du garçon inconscient qu'elle l'avait été dans celui de Sasuke. Sasuke l'avait eu elle, et Jiraiya, pour s'en sortir. Naruto, jusqu'à présent, n'avait aucune trace de famille nulle part.
Consciente qu'elle avait quitté sa maison, laissant Jiraiya dans leur lit sans plus d'explication, elle décida néanmoins de laisser le patient seul le temps de l'appeler pour lui dire ce qu'il s'était passé. Elle prit son téléphone portable, soulagée de l'avoir effectivement emporté dans sa précipitation.
- Jiraiya ?
- Chérie, mais où es-tu ? Ca fait plus d'une heure que tu es partie !
- Ah, désolée. C'est Naruto. Il a fait une crise…
- Il va mieux ? demanda l'homme d'une voix soudainement inquiète.
- Je ne sais pas… Je n'en sais rien… Ca c'est calmé, mais tu aurais dû le voir, il était…
- Shhh… Ne t'inquiète pas, tu me raconteras ça plus tard.
- Jiraiya, il faudrait peut-être prévenir Sasuke. C'est lui le premier qui a vu une amélioration.
- Tu penses que sa présence aidera Naruto ?
- Je ne sais pas, je suppose.
- Très bien, je vais l'appeler. Mais dès qu'il arrive, tu reviens à la maison, d'accord ?
- Hummm…
- Tsunade.
- Oui, oui, c'est bon, répondit la blonde en faisant mine de bouder.
Le ton de Jiraiya était infaillible. A chaque fois que Tsunade l'entendait parler comme ça, elle retrouvait de sa bonne humeur presque immédiatement. Ca devait être l'avantage d'avoir un véritable clown pour mari.
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Sasuke raccrocha son téléphone avant de s'habiller précipitamment. Son parrain venait de lui annoncer que Naruto avait eu une crise plutôt sévère pendant la nuit, à l'hôpital, chose qui ne s'était jamais produite. Pourtant, il était là depuis presque deux mois.
# C'est vrai, deux mois. On est déjà en Novembre ! # constata-t-il en regardant la date sur son portable.
Il partit à pied, n'ayant pas la patience d'attendre un bus à cinq heures du matin. Son pas était pressé, et le sang pulsait violement dans ses veines. Il était mort d'inquiétude. Après avoir vu le regard de Naruto, il s'était dit que tout allait s'arranger. Alors ça ne pouvait pas empirer maintenant. Suite à cet épisode particulier, Sasuke était venu à chaque fois un peu plus longtemps. Il s'était inquiété de la santé du blond, et consultait parfois son dossier médical pour voir comment son corps récupérait. Jamais plus il n'avait vu les iris bleus s'agiter comme s'il retrouvait la vue. En revanche, il avait remarqué, de temps en temps, tandis qu'il lisait à voix haute comme à son habitude un de ses romans, de légers tics une main se déplaçant légèrement, la lèvre inférieure tressauter.
L'hôpital se fit enfin voir, et Sasuke s'engouffra à l'intérieur presqu'en courant. Dans l'agitation du moment, il n'avait visiblement pas calculé que le mois de Novembre signifiait qu'il était conseillé de porter un manteau si l'on comptait se rendre à l'extérieur. Or, il n'était vêtu que d'un jean et d'un pull noir. Lorsqu'il entra dans la chambre de Naruto, il vint prendre Tsunade dans ses bras, et celle-ci en profita pour l'écraser contre sa poitrine, comme à son habitude. Seulement, elle semblait s'être vraiment inquiétée. Alors, Sasuke jeta un œil au blond. Il semblait plutôt calme, mais ses yeux rougis et cernés laissaient couler de fines larmes. Il entendait de petits murmures, comme lorsqu'il parlait dans son sommeil lorsqu'il l'avait récupéré.
- Ca ne fait pas longtemps qu'il pleure, prévint Tsunade. Je pense que ses nerfs lâchent. Il ne s'est pas rendormi depuis sa crise qui a dû l'épuiser.
- Hn, fit Sasuke.
- Jiraiya tient à ce que je revienne. Je vais devoir te laisser.
- Je reste avec lui. Aujourd'hui.
- Tu vas sécher les cours pour rester avec lui ? demanda Tsunade, interloquée.
Sasuke planta ses yeux noirs dans ceux, noisette, de sa marraine. Elle n'avait besoin que de ce regard pour savoir que le brun était sérieux. D'un hochement de tête, elle l'autorisa à rester à l'hôpital. Elle ne comprenait pas la raison de Sasuke, mais elle préférait que le blond ne soit pas tout seul.
Après le départ de sa marraine, le brun vint s'assoir sur un tabouret, à côté du lit du blond. Ses yeux étaient presque fermés. Ses paupières insistaient pour que le blond s'accorde un peu de sommeil. Mais Naruto ne l'entendait visiblement pas de cette oreille là. Lui qui avait repris des couleurs depuis quelques temps était à nouveau d'une pâleur cadavérique. Sasuke remarqua alors qu'une bassine était déposée sur une console à côté du lit. Il prit le linge trônant sur le front du blond et le plongea dans la bassine pour le rafraîchir, puis il le reposa à sa place initiale. Alors qu'il était penché sur le blond, celui-ci sembla le remarquer, et tourna sa tête vers lui lorsqu'il se rassit. Sasuke s'attendit alors à voir son regard changer, mais il n'en fit rien.
Pourtant, le blond était tourné dans sa direction. Il s'était arrêté de parlé et resta ainsi un moment. Puis ses lèvres bougèrent à nouveau. Mais cette-fois ci, il semblait qu'il cherchait vraiment à communiquer. Sasuke rapprocha alors sa tête, et plaça son oreille près de la bouche du blond. Il ne comprit rien au murmure quasi silencieux du blond, et reprit sa position assise, perplexe.
- Désolé, je n'entends pas, chuchota-il.
Le blond remonta alors son bras vers Sasuke. Il le remonta jusqu'au niveau de son visage, et le déplia dans la direction du brun. Celui-ci attrapa la main du blond, étonné par la légèreté de son bras alors qu'il avait pourtant pris du poids.
- Tu veux vraiment me parler, hein.
Sasuke se rapprocha une fois encore du blond, et attendit patiemment. Il entendit le blond déglutir, prêt à parler. Puis il sentit son souffle contre son oreille. Et enfin, il saisit le sens de ses paroles.
- Mal… O-oui, Oro…chimaru
- Orochimaru ?
Sasuke lâcha la main du blond par réflexe, ses yeux s'étant agrandis à l'entente de ce nom. Puis, se rendant compte que le bras du blond pendait alors lamentablement dans le vide, il le reposa sur le lit, et prit la main du blond dans la sienne.
- Tu as bien dit Orochimaru. Ca veut dire que tu le connais, déduisit Sasuke.
Naruto avait vraiment été en contact direct avec cet homme, et pas simplement avec Kabuto ou d'autres médecins tordus et avides d'expériences. Perdu dans ses réflexions, il resta immobile quelques minutes, pensif. Lorsqu'il retourna son attention sur le blond, il remarqua que celui-ci s'était enfin endormi, ses doigts s'étant repliés sur la main qui tenait fermement la sienne. Sasuke resta à son chevet toute la journée, mais le blond ne se réveilla pas une seule fois.
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Le soir tomba, et personne au lycée n'avait vu Sasuke. Pourtant, Neji était à peu près sûr qu'il n'avait pas de mission, puisqu'il se concentrait uniquement sur son frère depuis qu'ils avaient retrouvé la trace d'Orochimaru. C'est quand, en sortant du lycée, il reçut un sms de Tsunade qu'il comprit que quelque chose avait dû se passer. Elle ne les avait pas contactés depuis un moment. Vu la tête de Tenten un peu plus loin, elle était également convoquée. Neji esquissa un sourire. Si s'était pour une mission, il serait ravi de la mener à bien avec la brune. Elle était une coéquipière parfaite, et, même au lycée, il discutait beaucoup avec elle. Ils formaient un bon duo, quelle que soit la situation.
Tous les deux s'éclipsèrent de leur groupe d'amis et rejoignirent l'Hamidori. Tsunade les reçut immédiatement et leur demanda confirmation sur certaines des missions de collectes d'informations qu'elle leur avait donné quelques semaines auparavant. Neji comme Tenten s'étaient renseignés sur plusieurs personnes. Toutes mortes depuis un moment et pour la majeure partie assez récemment.
- Toutes ces personnes sur lesquelles je vous ai demandé d'enquêter… étaient des gens qui connaissaient Itachi. Des amis, comme Deidara. Mais aussi des professeurs, des trafiquants avec qui il a eu quelques contacts.
- Tous tués coûte que coûte et sans preuves valables pour retrouver le coupable, confirma Tenten.
- Il y a vraiment quelqu'un qui cherche à ce qu'Itachi reste là où il est. Quelqu'un a intérêt à ce qu'il soit caché des yeux de tous, ajouta Neji.
- Exactement. Et je vous parie qu'il s'agit d'Orochimaru. Je vais envoyer Kakashi récupérer les archives des morts les plus récents dans une ville de la région. Mais pour l'instant, tous ceux qui ont été assassinés font partis de dossiers classés sans suite.
Neji et Tenten se concertèrent du regard. Vraiment, Sasuke avait un frère bien étrange.
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Yay ! C'est le weekend, alors je peux poster normalement.
Voici pour le chapitre 5 d'Odd Doll. Il faut imaginer que, jusqu'à présent, les seules paroles de Naruto sont des murmures. J'avais initialement réduit la taille de la police, mais comme cela ne se retranscrit pas ici, j'ai utilisé l'italique. Les doubles-sauts de lignes non plus, alors je vais être obligée de séparer toutes les parties qui indiquent un changement de point de vue par des lignes également... * gros soupir *
Enfin ! En espérant que ce soit un peu plus visible ! Passez tous/toutes un bon weekend ! :)
Merci encore une fois d'avoir lu et de suivre l'histoire. Cliquez sur "follow" pour vous tenir au courant, laissez-moi une petite review pour que je puisse déverser toute ma gratitude également :D
A demain pour la suite !
