Datura Orange
[La peur de te perdre]
Le mois de décembre qui venait de débuter n'avait pas rebuté Sasuke pour autant. Il continuait à aller voir Naruto à l'hôpital. Cela le rassurait de s'y rende aussi souvent. Les autres jours, tout comme la veille, il continuait de voir ses amis pour que ceux-ci ne se doutent de rien. Après tout, mis à part ceux qui travaillaient à Hamidori et les membres de leur famille, ils ne pouvaient décemment pas se faire découvrir par les autres, tout amis qu'ils soient. La veille, il avait pour une fois eut l'occasion de se retrouver avec Sai, d'ordinaire toujours pris par sa copine, Ino, ainsi que Tenten qu'il devinait proche de Neji. D'ailleurs, il était pratiquement certain que cet attachement était réciproque.
# Décidemment, on va peut-être avoir un nouveau couple ! #
Mais pour le brun, comme le prouvait le bus qu'il l'amènerait dans quelques minutes devant l'hôpital, l'opportunité d'être en couple ne l'intéressait pas vraiment. Il avait autre chose à faire avant cela, et ne pourrait jamais être tranquille, ou du moins assez pour commencer une relation, tant qu'il ne saurait pas la vérité sur le meurtre de ses parents. De plus, après plusieurs expériences qui n'avaient duré qu'une nuit lors de ses voyages ou de ses vacances, Sasuke ne s'était même pas décidé entre filles et garçons. Il avait eu des relations avec les deux, pour tester, mais ce n'était pas comparable, et il n'arrivait pas vraiment à les départager par ordre de préférence. Jusqu'à ce qu'il trouve la bonne personne du moins.
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Du côté de Tsunade et Jiraiya que le brun venait de quitter pour se rendre encore une fois à l'hôpital, ce n'était pas ses histoires amoureuses qui importaient, mais sa relation avec Naruto. Ils avaient reçu le brun chez eux aussi souvent que d'habitude, à la différence que maintenant, et de façon systématique, il allait voir Naruto en partant de chez eux. Pourtant, il ne savait rien de l'adolescent blond. Tsunade non plus d'ailleurs.
- Jiraiya, appela-t-elle d'une voix légèrement empreinte d'alcool.
- Humm ? fit son mari dans un état similaire.
- Sasuke a profité du sake pour partir plus tôt, bouda-t-elle.
- Non, chérie, c'est juste que tu devais hurler tellement fort que ça aurait fait fuir n'importe quelle personne normalement constituée.
- T'es pas normalement constitué, blagua-t-elle en le pointant du doigt.
- J'ai juste trop bu, se défendit-il.
- Mais Jiraiya… Il va le voir pour quoi Naruto ?
- Je ne sais pas. Peut-être qu'il l'apprécie, supposa l'homme aux cheveux blancs.
Sceptique, la grande blonde se redressa légèrement sur son pouf, et croisa les jambes en tailleur. Puis, fixant son mari, elle croisa les bras contre son imposante poitrine avant d'expirer bruyamment. Jiraiya la regarda avec un regard interrogatif, l'encourageant à exprimer sa pensée.
- Je ne veux pas qu'il y aille dans le simple but de constater le temps restant avant de trouver Orochimaru.
- Je comprends…
- Non, tu ne comprends pas ! Je n'ai pas envie qu'il se serve de Naruto comme d'un outil. Ce gamin, il a tellement souffert. Imagine qu'il finisse par se dire que Sasuke l'apprécie alors que celui-ci l'oubliera dès qu'il aura ce qu'il voulait ?
- Fait un peu confiance au gosse, va. C'est un gentil gamin, il ne ferait pas ça. Parfois, il perd un peu les esprits à cause de son frère mais…ça peut se comprendre. Je ne pense pas que ça le pousse non plus à se servir des gens.
- J'espère… Ce Naruto, je le trouve…
- Faible, parfait à secourir et à materner, je m'en doute. Mais Tsunade, toi, ne t'attaches pas trop à lui. Il a sûrement une famille, quelque part.
- Je sais, mais c'est trop tard. Je m'y suis attaché.
- Irrécupérable… souffla l'homme en reprenant une gorgée d'alcool.
- Hey ! Vilain ! Pourquoi suis-je mariée à toi ? s'écria la blonde, vexée.
- Parce que tu n'es qu'une gamine capricieuse et étouffante avec les enfants !
Tsunade, choquée, décida de faire payer son mari comme il se devait. Elle commença à pleurer, l'air misérable. Pensant en avoir trop fait, Jiraiya s'attendrit et vint prendre sa femme dans ses bras, avant de commencer à la réconforter avec de doux baisers. Il berçait la blonde comme la grande enfant qu'elle était, profitant de l'avoir si près pour caresser ses longs cheveux blonds. C'est vrai que lui-même avait été touché en voyant le petit blond dormir dans son lit, flottant dans des vêtements trop grands pour son corps meurtrit et se noyant dans des rêves terribles tant ses yeux s'agitaient sous ses paupières. Il était par sa seule apparence un appel au secours, et sa femme avait dû le contaminer de sa bonté, car, à ce moment-là, lui aussi avait pensé à tenter de le sauver tout comme Sasuke des années auparavant.
- Ne t'inquiète pas. Sasuke sait ce que c'est d'avoir un passé douloureux. Il ne fera jamais souffrir Naruto pour cette simple raison, chuchota-t-il à l'oreille de Tsunade avant de l'embrasser tendrement.
- Tu crois ? demanda-t-elle en plongeant ses iris noisette dans ceux de son mari, y cherchant toute sa sincérité.
- Oui, je le crois, lui répondit calmement celui-ci.
- Humm… soupira-t-elle en s'installant plus confortablement dans les bras de son mari. Tu as sans doute raison.
- Bien sûr que j'ai raison, rétorqua-t-il, amusé.
- Alors va me resservir un verre, lança-t-elle en lui tirant la langue.
- Gamine !
Mais il se releva tout de même pour aller servir un énième verre à la femme de sa vie.
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Sasuke était arrivé à la clinique et s'engouffra avec plaisir dans le hall surchauffé, quittant la rue où les températures sans cesse de plus en plus basse avait le don de le congeler sur place. Il finirait par s'enraciner dans la glace que formerait la neige avant la fin de l'hiver.
- Merci aux hôpitaux de ne pas avoir peur pour leur facture de chauffage, pria en murmurant le brun qui se frottait les mains.
Il s'ébouriffa les cheveux également pour en ôter la neige, n'ayant bien évidemment pas de bonnet ou de manteau à capuche. Autant dire qu'il avait fait fort aujourd'hui question vêtements pratiques. Il se jura intérieurement de ne pas refaire la même erreur sous peine de mourir pathétiquement à cause d'un courant d'air un peu trop violent. Puis il monta, ainsi qu'une famille un peu bruyante, dans un ascenseur. Une fois à son étage, il remarqua que beaucoup plus de monde était présent à l'hôpital.
# Les gens se souviennent à l'approche des fêtes qu'ils ont de la famille hospitalisée… Pitoyable… #
En effet, il entendait au fur et à mesure qu'il parcourait le couloir des « ça faisait longtemps ! » déplacés montrant à quel point les gens pouvaient être hypocrites avec leur propre famille. Il essaya de faire abstraction de toute cette activité sonore ennuyante et accéléra le pas jusqu'à ce qu'il n'arrive à la chambre du blond. Celui-ci avait les yeux ouverts. Il ne dormait donc pas, même si cela semblait être tout comme vu son inactivité.
Sasuke, comme à son habitude, vérifia son état sur la plaque au bout de son lit, puis constata une nouvelle fois que le blond avait l'air vraiment moins maigre. Un médecin lui avait annoncé que le moment de prendre des séances avec un kinésithérapeute était imminent. Le problème était que, le blond ne donnant pas vraiment signe de vie, ou plutôt de conscience, ils n'étaient pas certain que celui-ci puisse vraiment se tenir debout. Et de ce que s'en souvenait Sasuke, il était inutile de penser cela, puisqu'il avait dû porter le garçon et non pas le diriger dans les couloirs, échappant à sa prison.
- Pour le faire bouger un minimum, nous commenceront par l'assoir dans un fauteuil, ce sera toujours ça de fait, pour voir s'il peut se tenir dans cette position.
- Hn, avait acquiescé Sasuke, attentif à ce que lui disait le médecin.
- Peut-être qu'un thérapeute pourrait l'aider à réagir… Nous verrons cela avec votre mère.
- Marraine…
- Oh, excusez-moi.
C'était peine perdue. Sasuke ne voyait pas comment faire réagir Naruto. Il finissait par se demander si, un jour, il avait vraiment eu des réactions normales, ou s'il n'avait pas toujours parlé qu'en chuchotant comme il le faisait parfois. Et, selon Tsunade, son dossier n'apprenait rien de capital. Elle n'avait aucune idée de ce qu'avait vécu le blond pour qu'il finisse ainsi, ni même avant d'être capturé, pour pouvoir comparer les comportements. Rien. Ils n'avaient rien.
Sasuke, d'humeur un peu morose maintenant, s'assit aux côté de Naruto, lui lançant un 'bonjour' comme à son habitude, avant de croiser ses mains sous son menton, coudes sur le lit du patient, et de réfléchir à des solutions. Puis, sans qu'aucune idée ne lui vienne, il décida de lire un peu. Pas vraiment pour le blond cette fois-ci, mais par envie de savoir la fin de son livre. Il les partageait parfois avec le blond mais ne lisait pas qu'en sa présence. Et comme il était du genre à dévorer ses livres, l'hôpital devenait parfois juste l'occasion de lire plus longtemps. Il garda tout de même un œil sur Naruto afin de pouvoir remarquer tout mouvement indiquant que son attention était revenue.
Une heure passa ainsi sans que Sasuke ne se rende vraiment compte qu'il avait bel et bien terminé son livre, et que le ciel était à présent noir sans même qu'il n'ait eu le temps de se rendre compte que le soleil se couchait.
- Mince, je ne me rends vraiment pas compte du temps. T'as aimé ? fit-il a l'adresse de Naruto en refermant le livre.
- …
- Tu n'as pas suivis le début, mais si tu pouvais lire, je pense que tu aimerais.
Sasuke continua son monologue le plus naturellement du monde. Après tout, la dernière fois que le blond l'avait regardé, la seule et unique fois où il l'avait vraiment fait avait été un moment similaire où Sasuke avait déballé une tirade impressionnante à ses propres yeux, lui qui ne parlait pratiquement jamais. Avec le blond, il avait développé sa capacité à parler, la lecture le forçant à aligner des phrases et des phrases sans qu'il ne s'en rende même plus compte. Mais il ne s'était même pas rendu compte de cela, et personne ne pouvait vraiment lui faire remarquer.
Au bout d'un certain moment, pourtant, ce flot de parole inhabituel dans une chambre si calme et dénuée d'une quelconque activité parut faire son effet. Naruto, allongé droit comme un « i » sur son lit fixait le plafond comme la seule chose existante à ses yeux. Mais le bas de son visage, lui, s'exprimait plus librement.
# Il chuchote… encore… # songea le brun en s'approchant.
Malheureusement, les murmures du blond cette fois-ci étaient bien trop faibles et ressemblaient plus à un souffle continu avec quelques irrégularités. Mais, aussi concentré que fut Sasuke, il ne parvint pas à en tirer quoi que ce soit. Il resta un moment tout proche du visage du blond espérant que celui-ci pourrait redire quelques mots comme les fois précédentes, mais abandonna finalement. Le blond, lui aussi, finit par ne plus rien faire, et ses chuchotements se turent, son visage redevenant statique. Il ne semblait même pas battre des paupières ou déglutir tant sa pose semblait figé comme s'il avait été une statue.
# Ou l'une de ces maudites poupées… # se souvint le brun.
Cette pensée fit un déclic dans sa tête, et il se rappela que, dans son sommeil, le blond semblait chanter muettement un air, toujours le même. Un air que Sasuke était persuadé d'avoir entendu, sans savoir où. Il s'accouda sur le bord du lit de Naruto et commença à entamer cette même mélodie, lèvres closes, puisqu'il ne connaissait pas les paroles. Etrangement, l'air vint tout seul, sortant d'une façon naturelle de sa bouche comme s'il le connaissait depuis des années. Les notes mélancoliques et douces à la fois s'imprimaient dans son cerveau comme s'il avait le pouvoir de toutes les réciter alors qu'il ne faisait absolument pas de musique et ne jouait d'aucun instrument. La mélodie était juste là, demandant à sortir, comme elle le faisait dans le sommeil du blond dont les troubles semblaient se stopper lorsqu'il la fredonnait dans son sommeil.
D'ailleurs, Naruto venait de fermer les yeux. Mais ses sourcils étaient froncés. Il ne voulait pas dormir, mais devait prêter attention à cette chanson qu'il connaissait.
- … Ah…
Sasuke, ne s'arrêtant pas de chanter, observa le blond à côté de lui lâcher des petits cris, des sortes de hoquets mécontents. Ses mains s'étaient refermées sur le drap l'entourant, pliant le tissu. Même ses jambes s'agitaient. Il connaissait la chanson, c'était certain. Mais, si avant elle avait semblé calmer son sommeil, elle semblait maintenant le faire réagir brutalement.
Naruto ouvrit subitement les yeux, des larmes s'accumulant au coin de ceux-ci. Son corps s'arqua tout seul sans qu'il ne semble contrôler ses mouvements, et d'un coup, il se retrouva assit dans son lit, les yeux révulsés et les iris tremblantes.
- Naru…to ?
L'interpelé se jeta sur le brun sans prévenir. Tous deux tombèrent lorsque la chaise où se trouvait auparavant Sasuke s'écrasa au sol sous leur poids et le mouvement de bascule qu'avait généré le blond.
- Qu…-
Sasuke se sentit suffoquer. Il sentit les mains si fines qu'elles lui avaient parut inoffensives de Naruto se resserrer autour de son cou. Le blond tentait de l'étrangler. La tête de Sasuke était renversée vers l'arrière. Aussi planta-t-il son regard dans celui de l'adolescent avant de lui saisir les bras pour se défaire de sa prise. Les yeux de ce dernier semblaient toujours ne rien voir, mais il pleurait. Des larmes s'écrasaient sur ses propres mains qui tentaient d'étouffer le brun sous lui. Il était à quatre pattes au-dessus de Sasuke et tremblait comme une feuille.
- Naruto ! s'écria Sasuke.
Il parvint à se délivrer de l'emprise des mains du blond. Celui-ci tenta une fois encore d'atteindre son cou, tandis que les larmes se faisaient de plus en plus abondantes sur ses joues. Sasuke comprit alors que cela devait être lié à la chanson, et que, loin de l'apaiser, elle le paralysait. Dans son sommeil du moins. Pour l'instant, il était presque incontrôlable, et ce, sans raison apparente. Il décida de prendre le blond dans ses bras pour l'empêcher de bouger. Mais celui-ci ne se laissa pas faire et griffa le torse de Sasuke en tentant de ses maigres forces de sortir de son emprise.
- Je ne sais pas ce qui te fais peur, mais tu es en sécurité ici, chuchota Sasuke.
Il tenait fermement le patient dans ses bras. Tous deux se retrouvèrent assit, et le blond avait sa tête posée sur le torse de Sasuke même s'il continuait à vouloir partir. Seulement, il n'en avait clairement plus la force, et ses tentatives désespérées ressemblaient plus à des spasmes qu'à des refoulements. Il pleurait maintenant comme un enfant, accompagnant ses larmes de gémissements. Ses mains finirent non plus par griffer Sasuke, mais par agripper ses vêtements, cherchant de quoi se rassurer. Sasuke, lui, continuait de parler à Naruto pour le calmer, et le berça un peu comme il l'aurait fait avec un enfant. Et c'est ce que lui inspirait le blond perdu dans ses bras : un enfant isolé et perturbé. Il avait beau avoir le physique d'un adolescent tout comme lui, il agissait comme un garçon bien plus jeune que l'âge qu'il devait avoir. Cela devait avoir un rapport avec sa disparition. Il avait passé cinq ans enfermés. Il était possible que, coupé ainsi du monde, il n'ait pas eu l'occasion de grandir comme une personne normale.
- Hum…Tu dors déjà… remarqua Sasuke.
Il était stupéfait et alarmé de la vitesse à laquelle Naruto dépensait son énergie en tant normal. Mais le fait d'avoir sauter de son lit semblait valoir une après-midi à courir pour lui. Lentement, il porta le blond dans ses bras et le reposa dans son lit. Il passa sa main sur le front pâle qui s'offrait à lui, repoussant quelques mèches blondes, avant de s'en aller, désolé d'avoir fait paniquer un garçon déjà bien trop torturé d'esprit pour son âge.
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De retour devant l'appartement de Kakashi, Iruka pensa en tout premier lieu qu'il y avait là un sale goût de déjà-vu. De plus, dans ses bras trônaient des papiers adressés aux professeurs. Pour la deuxième fois, il était planté là, devant l'appartement de son collègue et avec des papiers scolaires à lui remettre. Rien de personnel, et pourtant, tout comme la première fois, il était inquiet des disparitions de l'argenté. La main en suspension devant la porte, il hésitait. Là, Kakashi devait être chez lui. Il n'avait demandé que deux jours de libre, et ces jours se trouvaient être la veille et le jour présent. Alors il était forcément là en fin de journée, après les cours.
- Seul, chez lui. Sans personne pour le déranger…
La main d'Iruka retomba pauvrement auprès de son corps. Il expira bruyamment. Se prendre la tête pour son collègue le fatiguait. La seule chose dont il n'avait pas envie, c'était de se retrouver face à lui en train d'être chassé comme un indésirable.
# Je lui donnerai ça demain matin…Mieux, je laisserai ça dans son casier avec un mot…Non, non, non, sans mot, il n'a pas besoin de ça, après tout… Il se débrouille très bien tout seul ! Il n'a besoin de personne ! Pire, je le dérangerai plus qu'autre chose puisqu'il n'a besoin de… #
- Et sinon, tu comptais frapper à ma porte, un jour ? fit une voix blasée.
Iruka releva la tête en un éclair, tombant face à face avec celle de Kakashi dont l'œil était toujours bandé. Se rendant compte de sa proximité avec son collègue, il recula vivement, presque en sursautant, avant de devenir rouge pivoine.
- Euh…je…j'étais…hum…
- Et avec le traducteur, ça donne quoi ? demanda l'argenté, visiblement amusé de la gêne du châtain.
# Ne le laisse pas faire Iruka ! Tu peux y arriver ! Tu vas y arriver ! Tu vas y arriver ? #
A la plus grande surprise de Kakashi, Iruka fronça les sourcils avant de le pousser de sa main libre à l'intérieur de son propre appartement. Il referma la porte derrière lui, et prit la main de l'argenté pour le traîner jusqu'au salon. Kakashi avait les yeux écarquillés, bien qu'on ne puisse en distinguer qu'un seul, et se laissa faire avant de se retrouver face à un Iruka qui semblait passablement énervé. Ce dernier prit le dossier qu'il avait apporté à deux mains, et le balança avec force sur la table basse de Kakashi, avant de le fixer avec une moue mauvaise.
- Je te préviens Kakashi, cette fois-ci, tu ne me chasseras pas ! Ces documents, c'est pour toi, tu les prends. Bref, je ne m'excuserai pas une seconde fois. Dire pardon d'avoir était inquiet, c'est complètement dénué de sens ! Comment peux-tu repousser les gens qui font attention à ce qu'il t'arrive ? Comment peux-tu rester seul après avoir subit un coup dur, hein ? J'avais l'impression de vivre un rêve particulièrement mauvais. Tu vas à l'encontre de ce que tu dis toi-même ! Ah, l'amitié, c'est fait pour se soutenir ! Tu es là pour moi quand j'en ai besoin et en tant qu'ami tu ne me laisseras pas seul. Quelle blague ! Ca marche pour moi, mais pas pour toi ? Elle est bizarre ton amitié à sens unique. Et tu sais quoi, j'en veux pas ! Si tu n'es pas capable de parler d'autre chose que de trucs complètement futiles pour éviter de parler de toi, ne me demande pas de me livrer. Même si c'est déjà fait, parce que oui, je t'ai tout dit de moi, tout !
Il reprit son souffle, mais reprit de plus belle en voyant Kakashi ouvrir la bouche pour parler.
- Tais-toi ! Tu ne peux pas dire le contraire. Je ne sais rien de toi ! Tu me reprochais de me laisser faire par les autres, mais c'est exactement ce que tu as fait avec moi ! Non, tu ne m'auras rien demandé de faire, mais tu auras tout su de ma vie dans les moindres détails, alors que toi tu restes inconnu. Tu ne t'imagines même pas une seule seconde que tes petits secrets peuvent me blesser. Tu fais comme si j'existais, mais en fait, tu es aussi égoïste que les autres ! Tu prends tout et tu ne donne rien. Mais je m'en fiche complètement que tu sois attentionné si je ne peux pas l'être, ou que tu m'écoutes lorsque je vais mal quand toi tu préfère le silence face à tes problèmes. As-tu songé une seule seconde au souci que je me fais à chaque fois que tu pars ? Ou quand tu es revenu avec je ne sais combien de bandages sur toi ? Est-ce-que tu peux t'imaginer ce que moi je m'imagine en te voyant comme ça ? Non bien sûr, tu n'en as tout simplement…rien à faire…de ce que je pense…et…que…je tiens à…
Iruka n'arrivait plus à tenir, et passa son avant bras sur son visage pour cacher les larmes qui commençaient à dévaler toutes seules de ses yeux.
- Toi...aahhhhh….
Il s'écroula à terre avant de pleurer comme jamais il n'avait pleuré. Pas même après s'être rendu compte maintes et maintes fois qu'on se servait de lui. Parce que le seul qui lui avait semblé agir différemment se révélait être pareil, au lieu d'avoir été ce qu'il était depuis le début. Et ça, cela faisait nettement plus souffrir le professeur de lettre, affalé au sol, essuyant tant bien de mal de ses mains toutes les larmes qui refusaient de cesser de couler.
Kakashi, lui, s'était figé. Jamais Iruka n'avait parlé de façon continue. Non, pire que ça, jamais il ne l'avait vu en colère, et certainement pas contre lui. Et là, l'argenté d'habitude si paisible se sentaient mal, vraiment mal. Il se retrouvait avec son collègue au sol presque à ses pieds et partit dans des pleurs incessants. Et s'il pleurait, c'était uniquement sa faute. Bien sûr qu'Iruka n'y était pour rien. Kakashi n'avait juste pas eu envie que quelqu'un sache ce qu'il s'était passé. Il avait une couverture à maintenir, après tout. Mais d'imaginer avoir autant perturbé son collègue lui donnait la nausée. Iruka avait l'air de bien avoir réfléchi et retourné les évènements, et avait pris ça avec un sérieux dramatique.
- Tout ça par ma faute…
- Huuuhhh….
- Iruka… Iruka, je…
- TAIS-TOI !...huhh…Menteur…
Kakashi fit un pas en avant mais Iruka lui hurla dessus. Il était à présent dans une situation délicate. Il n'avait pas vraiment en tête le guide pour régler les problèmes entre collègues et amis. Il se baissa alors pour se retrouver au niveau d'Iruka et le regarda tandis que lui tentait encore de se cacher, comme si Kakashi pouvait ignorer qu'il pleurait. De petits soubresauts agitaient son corps lorsqu'il reprenait son souffle. La vue de son collègue aussi faible attendrissait l'argenté sans qu'il ne puisse trop l'expliquer. Il se sentait à la fois coupable de l'avoir mis dans une telle position, mais se sentait heureux de compter autant pour lui.
Alors, lentement, guettant les réactions d'Iruka qui pouvait très bien choisir de le repousser à tout moment, il le prit dans ses bras. Le châtain se laissa faire et replia sa tête pour toujours la cacher à la vue de Kakashi. Ce dernier resserra sa prise avant de mettre sa bouche au niveau de l'oreille droite de celui qu'il considérait bel et bien comme un ami.
- Merci…de t'être autant inquiété pour moi, chuchota-t-il.
Iruka, stupéfait, se prit à frissonner en sentant le souffle chaud de Kakashi contre son oreille et sa joue. Il ne savait pas pourquoi cela lui avait fait autant d'effet, mais ses pleurs s'arrêtèrent aussitôt, laissant place à de la confusion. Lentement, Kakashi s'écarta de lui, tout en le tenant. Il releva alors la tête d'Iruka pour voir son visage ravagé par les larmes. Il le releva en même tant que lui, et le prit par le poignet avant de l'emmener à sa chambre. Iruka, lui, retenait sa respiration. Par ses paroles, Kakashi s'était comme excusé, mais il y avait plus. Comme si lui aussi tenait vraiment à leur amitié.
Une fois dans la chambre de l'argenté, celui-ci prit un mouchoir dans le paquet sur sa table basse et le tendit à Iruka qui entreprit d'essuyer ses larmes. Légèrement honteux, il baissa la tête et la tourna légèrement sur le côté avant de passer le tissu sur son visage pour en enlever toutes traces d'eau.
Kakashi, lui, déglutit. Iruka se montrait si délicat, et au fond si fragile, même après s'être mis violement en colère à son encontre. Oui, il avait acquit du caractère, mais Kakashi le trouvait encore terriblement démuni. Et ce soir-là, il trouvait ça adorable. Alors, quand le châtain eut finit d'essuyer les derniers sillons de larmes sur ses joues, Kakashi s'approcha, et prit d'une main le menton d'Iruka pour le forcer à tourner sa tête vers lui. Se laissant faire, Iruka fixa l'argenté dont les yeux semblaient remplis d'attention et d'amour.
# D'am… #
Mais la pensée d'Iruka s'arrêta là. Kakashi venait de prendre ses lèvres, et l'embrassait à présent d'un baiser remplis de sentiments bien particuliers. Le corps de l'argenté se réchauffa autant que celui de son collègue qui commençait à devenir plus qu'un ami dans son cœur. Kakashi chercha alors l'entrée de la bouche d'Iruka en léchant ses lèvres. Celui-ci, perdu dans le baiser, finit tout de même par comprendre les intentions de Kakashi, et lui accorda ce qu'il souhaitait. Sa bouche s'ouvrit étonnement naturellement, et tout deux commencèrent un baiser beaucoup plus approfondi et sensuel, leurs langues jouant ensembles. Parfois, ils se séparaient pour respirer, avant de recommencer. Et tout en continuant le baiser, Kakashi fit reculer Iruka.
Celui-ci ne tarda pas à sentir derrière ses genoux une résistance, ou plutôt, le lit de l'argenté. Fiévreux comme jamais, il s'allongea, entraînant Kakashi qui lui se plaça au-dessus de son corps sans pourtant rompre leur baiser. Là, Iruka se sentait protégé, et aimé. Il laissa faire Kakashi lorsque celui-ci le débarrassa de sa veste, avant de déboutonner sa chemise. Il l'aida même à enlever son tee-shirt, et les deux hommes partirent dans l'exploration du corps en face d'eux, caressant deux peaux frissonnant de plaisir à l'unisson. L'argenté commença alors à se déhancher lentement sur le corps de son partenaire, faisant se frôler leurs peaux, mais aussi leurs entrejambes qui se gonflaient progressivement de plaisir. Iruka rompit alors le baiser, posant ses mains chaudes et tremblantes sur le torse pâle de l'homme pour qui il était prêt à tout donner.
- Fais-moi l'amour, Kakashi, souffla-t-il.
- Iruka… susurra l'argenté, dans un sourire.
La main droite de Kakashi descendit alors sur le torse sous lui, se glissant ensuite dans le pantalon du châtain. Cette nuit-là, définitivement, Iruka représenta bien plus à ses yeux qu'un collègue sympathique. Et pour Iruka lui-même, son meilleur ami se transforma en l'homme à qui il voulait offrir son corps, son cœur, sa vie.
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Bonjour !
Voici le 6ème chapitre d'Odd Doll. Entre un Naruto fragile et un Iruka sensible, c'était le chapitre des petites âmes émotionnées hihi :) Je me demande si certains d'entre vous ont déjà pensé à la chanson que chantais Naruto dans le premier chapitre. Qu'est-ce-que ça peut bien être ? Pourquoi Sasuke la connait-il ? Honnêtement... j'espère que vous n'en avez aucune idée hahaha, j'aime me dire que j'ai réussi à faire un peu de Sherlock Holmes dans cette histoire et qu'il faudra revenir en arrière re-consulter certains chapitres pour voir d'où venaient les indices.
Etonnamment, personne n'a encore laissé de review ou suivi l'histoire. C'est un peu décevant :( Cela veut-il dire que cette histoire plait moins ? N'hésitez pas à me le dire. Après tout, on ne peut pas toujours plaire. Si c'est aussi parce que certains attendre d'avoir plus de chapitres... ok, je vous comprend xD
A la prochaine ? Si ça vous tente !
