I.

« Rendors-toi mon amour, je serai de retour demain dans la journée, tu vas terriblement me manquer ». Sur ce, il effleura mon front de ses lèvres glacées.

Ce contact me fit sortir de ma torpeur. La lumière pâle de l'aube filtrait à travers les stores de ma chambre, éclairant d'une lumière douce le visage parfait de l'homme que j'aimais. Il était penché sur moi, me regardant amoureusement de ses grands yeux couleur ambre. Ce regard qu'il n'offrait qu'à moi me faisait me sentir incroyablement belle à mon tour. Son visage était tout proche du mien, je sentais son souffle sur ma peau.

Je clignai des yeux face à son incroyable perfection.

« Tu es si adorable ma Bella quand tu te réveilles » me chuchota-t-il à l'oreille. Son souffle me fit frissonner. Je le regardai, il me gratifia de ce sourire en coin auquel je ne pouvais résister. Je mis mes mains autour de son cou et l'embrassai avidement, ses lèvres glacées et son parfum sucré m'attirant irrésistiblement. Je me collai à lui, son corps de marbre épousant parfaitement chaque courbe de mon corps. Edward me prit le cou d'une main pour resserrer notre étreinte tandis que l'autre se posait sur mon genou et remontait doucement le long de ma cuisse. Sans rompre notre baiser, il passa ma jambe par-dessus les siennes et se fit plus pressant, passant sa main glacée sous mon vieux tee-shirt et me caressant le ventre. Mon cœur s'emballa, je sentis une vague de frissons s'emparer de moi. Edward dut le sentir à son tour car il s'écarta précipitamment. Son visage trahissait sa frustration, mais aussi sa douleur de ne pouvoir me satisfaire. Je grognai et fis la moue.

« Sois raisonnable mon amour, me dit-il de sa voix de velours. Emmett est dans la rue, il m'attend et commence à s'impatienter. Il risque de rappliquer d'une minute à l'autre si je ne le rejoins pas. »

L'idée de voir Emmett débarquer par la fenêtre m'encouragea à le laisser partir. Il nous charriait déjà assez sur notre relation plus que platonique, pas besoin de lui tendre une perche.

« Je reviens vite, ajouta Edward. Sur ce, il déposa un baiser prudent sur mes lèvres et sauta par la fenêtre. »

Je tentai de reprendre mes esprits et me rallongeai. Je mordis mes lèvres gonflées et douloureuses, souvenir du baiser passionné que nous venions d'échanger. Jamais encore nous n'avions été si intimes, et c'était pourtant resté si chaste. « Sois raisonnable, sois raisonnable ». Nous l'étions, raisonnables, bien plus que devaient l'être la plupart des personnes de notre âge. Bon, techniquement il n'avait plus tout à fait 17 ans mais moi j'étais toujours une adolescente ! Il pouvait être si agaçant parfois avec cette idée de vouloir me protéger à n'importe quel prix ! Je n'étais pas en sucre pourtant ! Quoique pour lui, si, là était tout le problème.

J'avais désormais les sens trop en éveil pour songer à me rendormir. Je pris donc le parti de me lever malgré la journée qui s'annonçait maussade.

Charlie était parti depuis une bonne heure déjà lorsque je descendis déjeuner. Je pris le paquet de céréales sans grande conviction et versai les flocons dans le bol de lait mécaniquement. La journée promettait d'être longue. Chaque fois qu'Edward s'éloignait de moi, c'était comme si je perdais une partie de moi-même, le monde devenait fade et sans couleur. Je n'avais pour autant pas pu décemment l'empêcher d'aller chasser ce week-end sans paraitre horriblement égoïste. D'une part, c'était sa nourriture et il avait besoin de se nourrir, et d'autre part, il avait promis à Emmett une chasse aux grizzlis depuis des mois déjà. Emmett n'avait pas arrêté de me tanner sur cette sortie. Je lui devais bien ça.

J'en étais là de mes réflexions lorsqu'Alice déboula dans la pièce, me faisant sursauter. Je manquai de renverser mon bol encore intact.

« Alice ! M'écriais-je, essayant de calmer les battements de mon cœur, pourrais-tu s'il te plaît prévenir quand tu arrives dans une pièce ? »

Autant demander à Emmett de dire une chose sérieuse lorsqu'il ouvrait la bouche, mais je n'avais vraiment pas de patience aujourd'hui et calmai mes nerfs sur la première personne venue ; Alice en l'occurrence. Elle ignora ma réflexion qui ne la fit pas se départir de son entrain habituel. Elle affichait le sourire mutin qu'elle réservait d'habitude à Charlie lorsqu'elle souhaitait obtenir quelque chose de lui et s'installa sur la chaise face à moi.

« Alors Bella qu'est-ce qu'on va faire aujourd'hui ? me dit-elle d'un ton enjoué. Pour une fois qu'Edward est absent, il faut qu'on en profite ! Je sais que tu n'es pas très fan de shopping mais j'ai pensé qu'on pourrait aller faire les boutiques toutes les deux puis se faire faire une manucure. Esmé nous rejoindrait, elle est partante. Ce serait sympa d'avoir une vraie journée entre filles pour une fois tu ne crois pas ? Oh s'il te plait s'il te plait dis-moi oui ! »

Je la regardai, interloquée. Elle me connaissait donc si mal pour s'imaginer qu'elle pourrait me trainer toute une journée dans un centre commercial ? Je connaissais assez Alice pour savoir que faire les boutiques avec elle était encore plus fatigant qu'un marathon. Je voulais bien lui céder sur certaines choses mais alors là non ! Comment le lui dire sans la froisser ? Je pensai tout de suite à Jacob, cela faisait un bout de temps que je ne m'étais pas rendue à La Push. L'idée de passer toute la journée avec mon ami loup me remonta le moral soudain. Je levai les yeux vers Alice qui m'observait, songeuse.

« Je suis vraiment désolée Alice, dis-je d'une voix qui se voulait résolument ferme, mais j'ai déjà promis de passer la journée avec Jake à la réserve. Une autre fois. »

Je me demandai si Alice serait dupe de cette excuse. Son visage ne trahissait aucun sentiment. Je m'attendais à la voir insister, trépigner littéralement sur place pour que j'accepte, mais à ma grande surprise elle acquiesça et finit par me dire d'un air résigné :

« Je m'en doutais. Je n'ai pas réussi à te voir dans mes visions, mais je comprends mieux maintenant. N'empêche, il y a quelque chose d'étrange dans tout cela… Enfin, passons. Sois prudente avec le clébard ! »

« Alice ! M'exclamais-je. C'est déjà bien suffisant qu'Edward le surnomme comme ça ! Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ! »

Elle m'observa d'un air étrange, à la fois tendre et interrogateur, puis m'enlaça. Même si elle pouvait parfois se montrer étonnamment agaçante, Alice était une vraie sœur pour moi. Je me sentis soudain terriblement coupable de lui avoir menti si froidement.

« Prends soin de toi, me murmura-t-elle d'une voix sérieuse. Si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle-moi, je garde mon portable sur moi. »

Elle relâcha son étreinte, me lança un dernier regard appuyé qui me mit mal à l'aise, puis sortit.

Je restai là, perplexe. Alice avait vraiment semblé bizarre. Bon, certes, c'était Alice mais quand même. Qu'avait-elle voulu dire par « quelque chose d'étrange » ? Ses dernières paroles ressemblaient fortement à une mise en garde. Que pourrait- il m'arriver à La Push ? Ce devait être l'endroit au monde où j'étais le plus en sécurité, excepté lorsque j'étais avec les Cullen bien sûr. Et elle n'appréciait pas les loups-garous soit, mais elle savait pourtant pertinemment que Jake ne me ferait aucun mal.

Je haussai les épaules et me forçai à avaler mes céréales. Berk, elles étaient toutes molles ! Tant pis, je les jetai et pris un grand verre de jus d'orange, ça ferait l'affaire. Je montai dans la salle de bains et pris une douche rapide puis enfilai un vieux jeans et une chemise ; malgré la grisaille il faisait assez doux. J'attrapai ma veste et les clés de ma vieille mais néanmoins fidèle Chevrolet et sortit.