II.

En arrivant à La Push, il y eut une éclaircie. Peut-être aurions-nous la chance d'avoir à la fois le soleil et la chaleur aujourd'hui, chose exceptionnelle dans cette contrée. Je souris. La journée ne serait peut-être pas si horrible que ça après tout.

Je me garai devant le garage de Jacob et me dirigeai vers la porte de la petite maison lorsque j'entendis plusieurs personnes parler. L'un d'entre eux s'esclaffa. C'était Jacob qui riait, je l'aurais reconnu entre mille ! Cela venait de l'orée de la forêt derrière la maison.

Lorsque je m'approchais, je découvris Quil et Embry. Jacob avait le dos tourné et était appuyé contre la moto que je lui avais offerte. Il tenait une fille par la taille. A priori je ne la connaissais pas, ce n'était ni Emily, ni Leah ; bien que ce soient pourtant les deux seules filles qui trainaient habituellement avec la bande. C'était sans doute une des sœurs de Jake qui était venue voir comment les deux hommes de la famille s'en sortaient.

« Oh Bella ! Comment ça va ? s'écria Embry. »

Jake se retourna vivement et je pus remarquer une trace d'embarras dans ses traits. La fille aussi se retourna. Ce n'était pas une des sœurs de Jacob. Bien que cela fasse des années que je ne les avais pas vues, je les aurais reconnues. L'inconnue me toisa, elle avait un air assez hautain qui n'était pas sans me rappeler Lauren, elle me dévisagea d'un air mauvais. Elle était assez jolie, plus grande que moi mais visiblement plus jeune, des grands yeux noirs dans un visage assez fin, et des longs cheveux noirs. Malgré cela, il y avait quelque chose de vulgaire dans ses traits. Peut-être cela venait-il de ses lèvres fines qui devaient lui donner en permanence cet air pincé.

Elle serra Jacob d'encore plus près sans me quitter des yeux. Tout en elle me criait : « ne t'approches pas, il est à moi ! ». Une bouffée de rage me surprit. Pour qui se prenait-elle ? J'étais la seule à pouvoir avoir cette proximité amicale avec Jacob, mon Jacob. Soudain, je compris. Leur proximité n'avait rien d'amicale.

« Ca va Bella ? Qu'est-ce que tu fais là ? » me demanda Jacob, l'air toujours aussi embarrassé.

« J'étais juste venue voir comment Billy se portait et s'il allait toujours pêcher avec Charlie demain, » répondis-je mécaniquement.

Il était hors de question que je me rabaisse à lui dire que j'étais venue pour lui, ça lui ferait trop plaisir.

« Il est chez Sue en ce moment mais je crois que leur partie de pêche est maintenue, il n'arrête pas d'en parler… Euh… je te présente Lucy, elle va au lycée à la réserve. »

« Enchanté, » me forçais-je à lui dire.

L'atmosphère était tendue, personne n'osait parler. Visiblement la fille avait dû entendre parler de moi. Quil et Embry se regardèrent, gênés. Le silence devenait vraiment pesant.

« Passe-le bonjour à Billy, il faut que je me sauve, Alice m'attend pour aller faire du shopping », finis-je par dire d'une voix rauque.

Je me sauvai sans me retourner. J'allais éclater en sanglots d'un instant à l'autre et il était hors de question que Jacob me voie pleurer.

Je roulai quelques kilomètres à peine sans vraiment prendre garde à ma destination puis me garai sur le côté, incapable de voir quoi que ce soit à travers l'écran de mes larmes. Bizarrement, mon errance m'avait conduite sur la route qui longeait la plage de La Push. C'était un lieu spécial pour Jake comme pour moi, notre refuge en quelque sorte. Nous avions passé des journées entières dans cet endroit lorsqu'Edward m'avait quittée, nous baladant main dans la main et admirant l'océan sans penser à rien d'autre.

Un nouveau hoquet me prit et je m'appuyai contre le volant. Quelle idiote ! Jacob avait le droit d'avoir une copine, moi j'avais Edward. Je n'avais absolument pas le droit d'être jalouse de cette fille ! Mais elle était tellement mal assortie à mon Jake ! Stop Bella ! Une fois pour toutes ce n'est pas TON Jake ! Mes pleurs repartirent de plus belle à cette pensée. J'essayai néanmoins de me calmer et inspirai profondément. Je regardai autour de moi et me rendis compte qu'il pleuvait. La journée s'annonçait si belle pourtant. L'océan était agité, je pouvais distinguer au loin les vagues qui s'écrasaient violemment contre les falaises. De l'autre côté de la route s'étendait l'immense forêt de la réserve, terrain de jeux préféré de mes amis loup-garou. A cette pensée, mon esprit revint irrésistiblement vers Jacob.

Comment pouvais-je exiger quoique ce soit de sa part quand moi-même je ne pouvais rien lui promettre ? Il était libre, et moi j'étais liée à Edward, l'homme que j'aimais et que j'aimerais toute mon existence. Une seule conclusion s'imposa alors à mon esprit : j'étais égoïste, égoïste avec Edward car je lui demandais des choses qu'il ne pouvait pas m'apporter et le rendais malheureux, égoïste avec Alice car je lui avais menti délibérément alors que ça lui aurait fait tant plaisir de passer une journée avec moi, égoïste enfin avec Jake car je le voulais pour moi seule sans rien lui donner en retour. J'étais une personne horrible ! Une nouvelle vague de pleurs m'envahit et je m'affalai sur la banquette.

J'ignore combien de temps je restais ainsi prostrée, je continuais à me lamenter lorsque l'on frappa à la vitre. Je tentai d'essuyer mes larmes bien que ce fut inutile, mes yeux devant être rougis ; et me relevai en me recomposant un visage. Quelle poisse, c'était justement lui, la cause de mes pleurs, qui se tenait dehors, sous la pluie.

Et là je le vis pour la première fois. Je ne pus m'empêcher de l'admirer. Il me fixait d'un regard profondément triste, ses longs cheveux ruisselant de fines gouttelettes de pluie, son visage suppliant. Comme il avait changé depuis notre première rencontre sur la plage de la réserve. J'avais flirté avec un enfant alors, et c'était un homme maintenant. Il était torse nu comme à son habitude, un torse à la musculature à en faire pâlir d'envie n'importe quel mannequin de magazine ; et il portait une paire de vieux jeans usés déchirés au genou. Son visage avait des traits fins tout en étant masculin, ses longs cils accentuaient la profondeur de son regard d'ébène. Ses lèvres pleines étaient une tentation à elles seules. Il sourit, ses dents d'un blanc éclatant ressortant sur sa peau cuivrée.

« Bella ouvre-moi ! »

Je sursautai. Depuis combien de temps le contemplais-je ainsi ? C'était assez embarrassant. Il avait une voix envoûtante, elle n'était certes pas mélodieuse comme celle d'Edward, elle avait des intonations plus masculines mais était tout aussi agréable à l'oreille.

Je débloquai la portière passager et il s'installa sur la banquette à mes côtés. Une fraîcheur envahit l'habitacle, apportant diverses odeurs boisées. J'aimais ce parfum, il était à la fois doux et apaisant. Ce parfum, c'était Jacob. Il referma la portière et s'appuya nonchalamment contre la vitre, un regard de triomphe dans ses yeux. J'évitai de le regarder, l'air embarrassé.

« Pourquoi tu es parti si vite ? me demanda-t-il, narquois. Tu as les yeux rouges, une allergie ? »

Un sourire cruel se dessina sur son visage. Le Jacob que je détestais refaisait surface. C'était un Jacob hautain, superficiel et orgueilleux. Je sentis la colère refluer.

« Jacob Black arrête ce petit jeu ridicule tout de suite !! Je… je me suis disputée avec Edward et… et voilà. Qu'est-ce que tu croyais ? Que j'étais jalouse ? Mais tu sors avec qui tu veux, même une pimbêche comme ta…ta…ta Pocahontas ! »

« Ton buveur de sang a raison tu ne sais vraiment pas mentir, » s'esclaffa-t-il.

Je me retournai vers lui pour lui mettre une claque mais il arrêta mon geste en m'attrapant le poignet et me colla à lui. Une douce chaleur émanait de son corps, son odeur était si enivrante. Je levai les yeux vers lui, toute trace de moquerie avait quitté ses traits. Il était penché vers moi, ses cheveux humides collant à son visage, ajoutant à son aspect rebelle mais terriblement sexy. Ses yeux noirs étaient pleins d'une passion intense, d'un désir qui ne laissait aucune équivoque. Il avait les lèvres entrouvertes et je sentis la chaleur de son souffle contre mon visage.

J'étais paralysée, nos bouches à quelques centimètres à peine l'une de l'autre sans qu'aucun n'ose franchir le pas. Puis Jacob se rapprocha doucement, d'une tendresse qui me surprit de sa part, lui que j'avais plutôt tendance à voir comme quelqu'un de rustre. Nos lèvres s'effleurèrent. Les siennes étaient chaudes, leur texture comparable à du velours. Quelle agréable sensation cela me procurait.

Son baiser, d'abord timide, hésitant, devint plus pressant. L'haleine de Jacob était chaude, sa langue avait le goût des sapins, son parfum me bouleversait. Il resserra son étreinte, je sentis son torse nu contre la pointe durcie de mes seins à travers ma chemise, ce qui me fit frissonner malgré la chaleur que dégageait son corps. Il me tenait fermement par la taille d'une main, fit glisser son autre main le long de mon cou et me caressa tendrement la nuque.

J'aurais souhaité que ce baiser dure infiniment, malheureusement je dus penser à respirer. Je détachai mes lèvres des siennes à regret, restant néanmoins collée contre son corps brûlant. Nous nous regardâmes un certain temps, aussi incrédules l'un que l'autre face à ce qui venait de se passer. Le silence durait, aucun de nous ne voulant rompre le charme. Plus rien n'existait que nous deux, nous étions seuls au monde. Les paroles à ce moment-là auraient été inutiles.

Jacob caressa tendrement mes joues en feu, pencha ses lèvres contre mon cou qu'il embrassa, me faisant frémir. Je sentais le désir monter en moi par vagues, mon cœur battait la chamade. Lorsque ses lèvres se posèrent dans le creux à la base de mon cou, je laissais échapper un gémissement de bien-être. S'enhardissant, Jacob passa son bras sous mon tee-shirt, remonta le long de ma colonne vertébrale d'une main tremblante et me caressa le dos, me faisant ronronner de plaisir. Je lui pris le menton entre mes mains et l'embrassai sauvagement, mon désir pour lui ayant pris le pas sur tous mes autres sens. Jacob me rendit mon baiser avec fougue, nos lèvres s'entrechoquaient presque douloureusement, et je sentis un goût de sang dans la bouche. Sa main passa sur mon ventre où elle s'attarda quelque peu, jouant avec mon nombril, puis remonta vers mon sein droit. Un nouveau frisson me traversa. Jacob m'allongea sur la banquette, sans pour autant rompre notre baiser, et me pinça le téton. Je retins un petit cri de surprise.

De sa main libre, il remonta le long de ma cuisse et me caressa l'entrejambe à travers le jeans. Maudit jeans ! Mon corps était en pleine ébullition, je me cambrai de plaisir. Je lui mordis la lèvre et le senti frémir à son tour. Toute tendresse avait disparu, notre étreinte était devenue bestiale, sauvage, presque primaire. C'était tout notre désir refoulé qui s'exprimait à travers nos corps. Nous nous abandonnions comme jamais. Jacob effleura de son index mon bas-ventre au niveau de ma ceinture puis passa violemment sa main dans mon jeans. Je sentis son sexe se durcir contre ma jambe. Avec Jake je pouvais être moi-même, me laisser aller à mes pulsions, je n'avais pas besoin de me contrôler comme je devais le faire chaque fois que j'étais en compagnie d'Edward.

Mon Dieu, Edward ! Une alarme se mit à sonner dans mon cerveau. Edward ! J'étais en train de le trahir ! J'étais en passe de faire l'amour sur la banquette de ma voiture avec un homme qui n'était pas lui ! Il fallait que j'arrête cela tant qu'il me restait un semblant de volonté.

Je posai mes deux mains contre le torse de Jacob et le repoussai violemment. Il se releva, surpris, et haussa un sourcil. Je pris une grande inspiration.

« Je ne peux pas, Jake. Excuse-moi. »

« Mais tu m'aimes ! S'insurgea-t-il. Pourquoi t'es tu laissée faire dans ce cas ? »

Je fermai les yeux et réfléchis. Je songeai à la meilleure façon de lui dire qu'il n'était qu'un ami pour moi sans pour autant le blesser. Car c'était le cas, je l'aimais seulement comme un ami, non ? Un doute affreux m'envahit. Les sentiments que je ressentais pour lui étaient vraiment différents de ce que j'éprouvais envers Edward, j'en étais certaine, mais tout aussi intenses.

Je sentis sa main calleuse caresser ma joue et ouvris les yeux. Il me regardait, l'air dubitatif. Mes yeux se remplirent à nouveau de larmes que je tentais de refouler, en vain.

« J'aime Edward, murmurai-je d'un ton mal assuré. Ce que je ressens envers toi est très fort mais ce n'est que de l'amitié, tu es comme un frère pour moi. »

C'est au moment où ces paroles sortirent de ma bouche que je m'aperçus de l'énormité de ce que je venais de dire. Trop tard. Il éclata d'un rire mauvais.

« Donc ce qui vient de se passer entre nous c'était purement « fraternel » ? Dis donc Bella tu as de drôles de fantasmes quand même ! »

Il reprit son sérieux et ajouta

« Tu te mens à toi-même, Bella, chaque parcelle de ton superbe corps me criait ton amour pour moi il y a pas 5 minutes ! Tu m'aimes au moins autant que je t'aime. Je pourrai te rendre tellement heureuse, laisses moi juste l'occasion de te le prouver… Je suis prêt à tout sacrifier pour toi. »

Sa dernière phrase se réduisit à un chuchotement. Son ton était devenu suppliant. Je plongeai mon regard dans ses prunelles sombres, cherchant une réponse à toutes les questions que je me posais.

« Je… J'ai des sentiments pour toi, avouais-je. Mais, Jacob, jamais je ne le quitterais ! Je ne pourrais que te rendre malheureux et je ne veux pas te faire souffrir. »

« Je suis prêt à tenter le coup, le jeu en vaut la chandelle. »

« Tu ne serais pas le seul à souffrir dans cette histoire et je refuse de… »

Vrrrrrrvrrrrrr. Mon portable vibra. Je le sortis de la poche de mon jeans à contrecœur. Le moment était vraiment mal choisi ! C'était un message d'Alice. « Retrouves-moi chez moi dans une heure. Il faut que je te parle c'est important »

Maudite Alice ! Que me voulait-elle encore ? Si c'était juste pour me faire essayer les vêtements qu'elle m'avait acheté au centre commercial, elle me le paierait très cher !

« C'est Alice. Il faut que j'y aille. Elle veut me voir d'urgence et si elle ne me voit pas débarquer, elle serait bien capable de venir me chercher à la réserve. »

Le visage de Jacob s'illumina d'un air mauvais, ses yeux brillèrent sournoisement. Je le fusillai du regard.

« Non Jake, ajoutais-je, n'ayant aucun mal à deviner ses pensées, ce serait une très mauvaise idée. »

« Dommage, ça aurait pu être drôle. Mais tes désirs passent avant les miens, et je sais que ça te rendrait malheureuse si je faisais du mal à la buveuse de sang. Et je veux que tu sois heureuse. J'espère te prouver ainsi à quel point tu comptes pour moi. »

Il me fixa de son regard pénétrant, appuyant ainsi la véracité de ses dernières paroles. Il était maladroit dans sa manière de me dire qu'il m'aimait mais tellement touchant. C'était le Jacob d'autrefois qui refaisait surface, avant qu'il ne se transforme en loup et devienne cette autre personne arrogante que j'abhorrais.

Il y eut un silence qui devint très vite embarrassant. Visiblement Jake attendait, espérait une réponse de ma part quant à la suite de notre relation. Je me sentis coupable, n'étant pas en mesure de lui en donner une dans l'immédiat. Ma raison me poussait à lui expliquer fermement et de manière irrévocable que nous ne serions jamais que des amis. Mais mon cœur, lui, se refusait à vivre sans Jacob. Et je n'avais jamais été raisonnable, d'ailleurs, n'est-ce pas ce que m'avait laissé entendre Edward le matin même ?

« Il faut vraiment que j'y aille. S'il te plait, Jake, laisses moi du temps, j'ai besoin de réfléchir à tout ça. »

Il se contenta d'acquiescer en silence. Il ouvrit la portière et était sur le point de descendre de la voiture lorsqu'il s'arrêta, hésitant, et se tourna vers moi, perplexe. Sans que j'aie le temps de protester, il m'attrapa le menton, m'attira à lui et posa violemment ses lèvres contre les miennes. Son baiser avait un arrière-goût amer, j'eus l'impression désagréable que c'était un adieu. Nous mîmes dans cette étreinte ce que les mots étaient insuffisants à faire ressentir. Tout en l'embrassant, je passai ma main dans ses cheveux toujours humides, libérant un nouvel effluve de son parfum si envoûtant.

Soudain il me relâcha. Le temps que je reprenne mon souffle, il était déjà loin. Je lançai un regard en direction des bois et aperçus l'espace d'un bref instant l'ombre d'un loup immense qui filait vers la pénombre des arbres.

Je restai ainsi un moment, immobile, mon regard rivé dans l'obscurité de la forêt, essayant de discerner un mouvement. Je me mis à grelotter et me rendis compte que la portière était restée ouverte. Comme j'aurais aimé rappeler Jacob et me pelotonner dans ses bras à ce moment là, me collant contre son corps brûlant ! Il fallait que je me ressaisisse, Alice m'attendait. Je fermai la portière, tournai la clé dans le contact, et démarrai. Je mis le chauffage au maximum, moins pour me réchauffer que pour me remémorer la présence de Jacob ; et prit la direction de la demeure des Cullen.