Un grand merci à tous ceux qui lisent mon histoire. J'espère que vous prenez autant de plaisir à la lire que moi à l'écrire. J'ai vraiment hésité à écrire ce chapitre, mais je me suis lancée et j'espère que vous l'aimerez. En tout cas n'hésitez pas à me laisser des commentaires. Je serai absente quelques jours mais quand je rentrerai je mettrai la suite. Le prochain chapitre sera un peu plus lemon, les intéressées se reconnaitront ;)

IV.

« Edward était le fils unique d'un couple d'irlandais qui avait émigré vers les Etats-Unis peu avant sa naissance. Les Masen, comme bien d'autres, entendirent parler du rêve américain, ils décidèrent donc de fuir la misère de leur pays pour tenter leur chance dans ce nouvel eldorado. Je t'épargne les détails des conditions de transport déplorables qui les amenèrent jusqu'ici.

Elizabeth Masen avait des cousins qui s'étaient installés à Chicago quelques années plus tôt ; cette ville s'imposa à eux comme une évidence. Cependant, lorsqu'ils arrivèrent, ils déchantèrent bien vite. L'Eden promis n'était pas au rendez-vous. Les cousins en question vivaient dans un minuscule appartement au premier étage de la boutique d'un barbier, se partageant deux pièces pour huit.

Ils décidèrent néanmoins de rester, las des violences qu'ils avaient connues en Irlande. Seamus, le cousin d'Elizabeth, travaillait sur les docks. Il aidait à décharger les nombreux cargos qui accostaient quotidiennement sur le port. Il parla d'Edward senior à son contremaître qui se plaignait sans cesse du manque de main d'œuvre. Le père d'Edward était de solide constitution, et les Irlandais étaient réputés pour leur ardeur au travail, il n'eut donc aucun mal à être embauché. La plupart des métiers de l'époque étaient très physiques, et le sien était particulièrement difficile. Il faut que tu comprennes, Bella, qu'à cette époque les employés n'avaient aucun droit, d'autant plus si c'étaient des immigrés qui étaient considérés comme de la main d'œuvre bon marché et non comme des personnes en tant que telles.

Avec son modeste salaire, Edward put néanmoins offrir un toit à sa femme. Certes ce n'était pas le palais qu'il lui avait promis mais c'était un bon début. Il avait trouvé un petit appartement dans l'immeuble jouxtant celui de leurs cousins. A Chicago, chaque ethnie avait son quartier, les Irlandais au Nord, les Italiens au Sud… De nombreux afro-américains s'étaient installés à Chicago, fuyant la discrimination des Etats du vieux sud, mais ils étaient relégués dans des ghettos à la périphérie de la ville.

C'est dans cette atmosphère que naquit Edward.

Les Masen s'en sortaient tant bien que mal, leur nature optimiste les aidait beaucoup. Elizabeth passait le plus clair de son temps chez la femme de son cousin, laissant Edward jouer avec leurs six enfants. Elle faisait parfois quelques travaux d'aiguille pour compléter le maigre pécule qu'ils économisaient.

Edward grandit ainsi, une enfance que l'on pourrait qualifier d'insouciante si l'on prend en compte le contexte de l'époque. Sa mère, qui l'aimait d'autant plus qu'elle ne pouvait avoir d'autres enfants, le surprotégeait. Il allait à l'école, jouait avec ses cousines, mangeait à sa faim et dormait au chaud.

Puis la guerre éclata. D'abord limitée à l'Europe, elle s'étendit rapidement au monde. Lorsque les Etats-Unis entrèrent dans le conflit, Edward avait seize ans. La propagande importante que le pays mit en place lui tourna la tête, et il décida d'aller se battre à son tour pour protéger sa patrie. Il voulait jouer au héros et n'avait évidemment aucune conscience de ce qui se passait réellement sur le front. Heureusement Elizabeth l'en empêcha. Edward l'aimait tant qu'il renonça à ses rêves de gloire.

Un jour qu'il rentrait d'une promenade avec sa cousine, il croisa la fille d'une des clientes de sa mère. Il tomba immédiatement sous son charme. Ce béguin était réciproque. Malheureusement, elle était la fille d'un des bras droits de Big Jim Colosimo, le chef mafieux qui régnait alors sur Chicago. Tu connais Edward et son romantisme exacerbé. Il n'avait cure du danger qu'il courait à fréquenter cette fille et se plaisait à comparer leur couple à Roméo et Juliette. Ils décidèrent de se voir en cachette. Leur manège dura ainsi plusieurs mois.

Edward avait confié cet amour à sa mère. Elizabeth essaya tant bien que mal de le dissuader de la revoir. Elle savait que son fils risquait de se faire tuer si jamais la bande de Big Jim découvrait le pot-aux-roses. Mais Edward sait être têtu lorsqu'il le veut et il n'en démordit pas.

Quelque temps après leur rencontre, elle lui annonça que son père l'avait promise à un autre, un mariage de convenance afin de réconcilier deux bandes rivales. Edward devint fou, il voulut s'enfuir, mais elle refusa. La stricte éducation sicilienne qu'elle avait reçue lui avait appris qu'elle devait se sacrifier face aux désirs de ses parents. Elle se devait d'obéir à sa famille, quel qu'en soit le prix. Même si ça devait lui coûter son bonheur. Et puis où iraient-ils ?

Edward ne s'avoua pas vaincu pour autant. Le mariage n'était pas prévu avant l'été suivant, il aurait tout le temps de trouver une échappatoire.

Survint l'épidémie de grippe espagnole. Cette maladie fit des ravages plus importants encore que la guerre. On considère aujourd'hui que la moitié de la population mondiale fut touchée.

Chicago fut une des villes à avoir le plus souffert de l'épidémie. Un véritable climat de terreur s'empara des habitants, les autorités avaient même fourni des masques aux policiers pour se protéger du virus. Le père d'Edward succomba parmi les premiers malades, laissant une veuve et un fils sans ressources derrière lui. Edward devait trouver du travail s'il voulait survivre. Son physique avantageux lui ouvrit certaines portes, et il fut engagé comme serveur dans un grand restaurant. Ni la maladie ni la guerre n'avaient jamais empêché les grands de ce monde de se divertir, et malgré l'épidémie, le restaurant ne désemplissait pas.

Un soir qu'il eut fini son service, Edward partit la retrouver. Ils s'étaient donné rendez-vous dans une vieille maison de pêcheur face au lac Michigan. Le climat de peur qui les entourait quotidiennement les amena à vivre au jour le jour et profiter au maximum de la présence de l'autre. Ils se donnèrent l'un à l'autre. Ce fut la première fois d'Edward. Je ne m'attarde pas sur ce moment, c'est à lui de t'en parler.

Le gros problème c'est que ce soir-là elle avait été suivie. Le père avait trouvé une lettre enflammée anonyme adressée à sa fille, et il avait demandé à l'un de ses acolytes de la suivre. Pour la petite anecdote, l'homme en question était un obscur fils d'immigrés italiens qui avait réussi à se faire une place dans la pègre grâce au soutien de Johnny Torrio, le propre neveu de Big Jim. Malgré son jeune âge, il se faisait respecter dans le milieu. Il avait une profonde balafre dans la joue gauche, souvenir d'une violente bagarre. C'est à cela qu'il devait son surnom de Scarface.

Lorsque la fille rentra chez elle ce soir-là, son père la frappa violemment avant de l'enfermer dans sa chambre. Il fit poster deux hommes à l'entrée et un troisième sous sa fenêtre. Elle ne devait plus sortir de là que le jour du mariage.

Edward aussi eut une mauvaise surprise lorsqu'il rentra chez lui. Sa mère était étendue sur le sol, inconsciente. Il l'emmena à l'hôpital, la portant dans ses bras tout le trajet, et s'effondra à son tour, juste devant les marches de la clinique où Carlisle était de garde, brûlant de fièvre.

Carlisle t'a déjà raconté sa transformation, je ne m'étendrai donc pas là-dessus.

Tout jeune vampire qu'il était, Edward n'avait qu'une chose en tête : la retrouver. Il se rebella contre Carlisle qui l'incitait à la prudence et partit à sa recherche.

Un jour, il tomba sur l'un des malfrats de la bande de Big Jim. Il le suivit, ce qui le mena tout droit vers l'immense demeure où elle était enfermée.

La garde renforcée autour de la maison ne l'effrayait aucunement. Comme la plupart des nouveaux vampires, Edward avait une confiance aveugle en ses pouvoirs surnaturels, il se considérait indestructible. Se débarrasser des quelques employés qui gardaient la demeure fut chose aisée.

Lorsqu'il entra par la fenêtre de la chambre de sa belle, il se mit à trembler de rage. Elle était assise sur son lit, pâle et affamée, son corps entier n'étant plus qu'un hématome géant. Elle tourna lentement son visage triste vers lui.

Les Siciliens sont des gens très croyants et particulièrement superstitieux, ils croient en Dieu mais aussi au diable et à toutes sortes de créatures démoniaques. Tu peux donc facilement imaginer sa réaction lorsqu'elle vit un Edward au teint aussi pâle qu'un mort, des pupilles d'un rouge éclatant qui faisaient d'autant plus ressortir la blancheur de sa peau.

Elle se mit à hurler hystériquement. Il s'approcha d'elle pour la faire taire, traversant la pièce à une vitesse qui laissait peu de doute quant à sa nouvelle nature, et posa une main glacée sur sa bouche.

Puis tout se passa très vite. Edward était un jeune vampire, il ne possédait pas la volonté qu'il a actuellement pour résister à l'appel du sang humain. A son contact, il ne put résister.

Il était en train de s'abreuver à son cou lorsqu'il fut interrompu par la porte qui s'ouvrit avec fracas. Le père était là, brandissant une arme en direction d'Edward, accompagné par une dizaine de mafieux, dont le futur marié lui-même.

En voyant Edward, certains se signèrent, d'autres essayèrent de fuir. Il leva des yeux injectés de sang vers eux. Sa volonté était complètement annihilée par sa soif. Il se mit à grogner tel un animal, et bondit sur la porte, bloquant les occupants à l'intérieur. La scène fut d'une rare violence. Les plus téméraires tirèrent des coups de feu qui, bien entendu, n'eurent aucun effet sur son corps de marbre.

Il massacra ainsi toutes les personnes présentes sans exception.

Soudain quelqu'un frappa doucement à la porte et l'ouvrit. Edward entendit des bruits de verre brisé et se retourna. Une petite fille se tenait là, immobile, la bouche grande ouverte, un plateau renversé et de la porcelaine brisée à ses pieds. Elle avait les yeux rivés sur les cadavres exsangues.

Son odeur arriva jusqu'aux narines d'Edward qui fut à ses côtés sans qu'elle ait le temps de sourciller. Il la vida de son sang sans une onde de remords.

Puis sa conscience reprit le dessus, un peu tard malheureusement. Devant ses yeux incrédules s'étendait la scène de carnage dont il était l'auteur. Sa bien aimée était étendue sur le lit, inerte. Les corps des hommes jonchaient le sol. A ses pieds s'étendait le cadavre de la petite fille, qui avait un visage étrangement paisible dans la mort.

Il s'enfuit par la fenêtre sans un regard derrière lui. Devant la maison l'attendait Carlisle. Ils n'échangèrent pas un mot, un pacte silencieux s'instaura alors entre eux et ils ne parlèrent jamais de cette nuit.

Avec la pagaille qui régnait dans la ville, personne ne s'étonna du massacre. Certains pensèrent à un règlement de comptes entre bandes rivales, d'autres à la grippe espagnole. Seule la mère, unique survivante du massacre, était persuadée qu'un être maléfique était entré dans la maison cette nuit-là.

Inutile de te préciser qu'Edward mit des années à s'en remettre. Il ne s'en est d'ailleurs jamais remis complètement. Il m'a avoué un jour que le visage de la petite fille le hantait fréquemment. Il se considère comme un monstre, il n'arrive pas à se pardonner son acte. J'espère que tu comprends mieux maintenant les réticences qu'il peut avoir à être proche de toi et son manque de confiance en lui. »

J'avais écouté son récit dans une sorte de léthargie. Mon esprit revint doucement dans l'immense chambre d'Alice, tentant tant bien que mal d'assimiler ses paroles. Edward avait aimé quelqu'un d'autre, Edward avait couché avec quelqu'un d'autre. Et plus que tout, Edward avait tué des dizaines de personnes de sang-froid, dont une jeune fille et une enfant innocentes. La personne que m'avait décrite Alice ne pouvait pas être mon Edward, l'homme que je connaissais était doux et gentil, il n'avait rien du monstre sans cœur décrit dans le récit.

« Alice ». Ma voix était rauque, à peine audible. Je m'éclaircis la gorge. « Alice, tu ne m'as pas dit son nom »

Elle se tourna lentement vers moi, l'air étonné.

« Quoi ? »

« Tu l'as délibérément appelée « la fille » tout au long du récit. Donne-moi son nom. »

« Ironie du sort, elle s'appelait Juliette »

Alice m'observa un moment avant de reprendre

« Edward se sent vraiment coupable tu sais. Cela fait presque cent ans qu'il tente d'expier pour cette terrible histoire, ne le fais pas culpabiliser encore plus. Il t'aime plus qu'il n'a jamais aimé quiconque, c'est ce qui compte. »

Je fronçai les sourcils.

« Pourquoi me racontes-tu cette histoire maintenant ? Quel rapport avec Jacob ? »

« Je…J'ai eu une vision. Mais j'ai dû me tromper alors peu importe »

« Alice, maintenant que tu as commencé, vas jusqu'au bout »

« Je vous ai vus, Edward et toi. Vous aviez tous deux le cœur brisé. Tu souffrais du rejet d'Edward. » Elle hésita, comme si elle souhaitait ajouter autre chose. Elle ouvrit la bouche avant de se raviser.

« Il y a quelque chose d'autre ? »

« Rien qui puisse te concerner. »

Alice me regarda de ses grands yeux aux reflets couleur de miel, puis ajouta, d'une voix suppliante :

« Excuse-moi de t'avoir raconté cette histoire, je sais que ce n'était pas à moi de le faire. J'espère seulement que ça changera le cours des évènements. Bella, tu resteras toujours mon amie, quoiqu'il arrive ? »

Je hochai la tête mécaniquement et tentai de réfléchir. J'avais idéalisé Edward, je l'avais mis sur un piédestal et il venait tout à coup d'en tomber. J'essayai de me montrer compréhensive. On m'avait assez souvent répété que les vampires nouveau-nés étaient incontrôlables face à leur soif de sang et Edward n'avait pas dérogé à la règle. Néanmoins une vague de frissons s'empara de moi lorsque je repensai à la petite fille. Je jetai un regard vers la fenêtre. La nuit était tombée. Il fallait absolument que je rentre ou Charlie s'inquiéterait.

La route fut un vrai calvaire. Des tas de pensées m'envahissaient l'esprit, aussi contradictoires les unes que les autres. Tant de choses avaient changé depuis mon réveil ce matin dans les bras d'Edward. Devais-je lui dire ce que j'avais appris au risque de le brouiller avec Alice ? Devais-je attendre qu'Alice lui en parle ? Et qu'allais-je faire avec Jacob ? Des tonnes de questions se bousculaient dans ma tête. Il fallait que je réfléchisse à tout cela calmement.

En arrivant dans ma rue, je remarquai une voiture garée devant la maison. Jacob m'attendait.