V.
Il était là, debout, le coude appuyé contre le toit de sa voiture, et m'observait. Il fallait absolument que je me donne une contenance, je pris donc tout mon temps pour sortir de ma Chevrolet. Je le vis dans le rétroviseur qui commençait à s'impatienter, mais qu'importe. Lorsque j'ouvris enfin la portière, il vint à ma rencontre d'une démarche hésitante. Je ne pus m'empêcher de m'extasier devant sa stature de géant, j'avais presque l'air d'une gamine à côté de lui.
« Bella, je venais juste pour te dire que quel que soit celui que tu choisiras, je ne te laisserai jamais tomber. Je te l'ai promis tu te souviens ? Je serai toujours là pour toi, moi »
Il avait bien insisté sur le « moi », sans doute une allusion à la fois où Edward m'avait quittée. Visiblement il ne lui pardonnerait jamais ce faux pas.
« Jake, je… »
Je ne pus terminer ma phrase. Soudain, mes nerfs me lâchèrent sournoisement. C'en était plus que je ne pouvais supporter, cette journée avait été vraiment trop riche en émotions.
Je me mis à sangloter, doucement d'abord, puis de plus en plus fort. Mon corps fut pris de soubresauts et je sentis le sol trembler sous mes pieds, les jambes flageolantes. Tous mes repères, tout ce en quoi je croyais jusqu'ici avait été sérieusement ébranlé. Puis mes genoux m'abandonnèrent lâchement, cédant sous mon propre poids.
Je m'apprêtais à ressentir la douleur qu'occasionnerait ma chute, et fus surprise lorsque deux mains puissantes m'emprisonnèrent la taille.
Je me blottis alors dans les bras protecteurs de Jacob et me laissai aller à mon chagrin. Des larmes amères coulèrent abondamment sur mes joues glacées. Cette journée n'avait été qu'une suite de désillusions, je sentais que je venais de perdre le peu d'innocence qu'il me restait de mon enfance.
Nous restâmes longtemps ainsi, devant la maison du chef Swan, la petite lampe au dessus de la porte d'entrée nous éclairant faiblement de sa lumière blafarde, le silence de la nuit entrecoupé par mes sanglots. Nous entendîmes la porte de derrière claquer puis quelqu'un cria :
« Bella, tu es rentrée ? »
C'était Charlie. Il avait dû voir ma camionnette et s'inquiétait sûrement. A contrecœur je rompis notre étreinte.
« Je te retrouve dans ta chambre » me chuchota Jacob, doucement. Il disparut avant que j'aie le temps de répondre.
Le dîner fut morose. Ni Charlie ni moi n'étions d'un naturel très loquace, et la profonde souffrance que je ressentais ne m'encourageait pas à entretenir une conversation qui de toute manière n'aurait intéressé personne.
Lorsque le repas fut terminé, Charlie alla s'asseoir sur son cher canapé, tandis que je me hâtai de laver et ranger la vaisselle, puis je prétextai la révision d'un examen et montai précipitamment dans ma chambre. Bien entendu, avec la maladresse qui me caractérisait, je trébuchai dans les escaliers et tombai en avant.
« Bella, ça va ? »me cria Charlie depuis le salon.
« Oui oui ne t'inquiètes pas. Bonne nuit »
« Bonne nuit »
Je frottai ma cuisse douloureuse, un bleu commençait déjà à apparaître.
Jacob était dans ma chambre, assis dans le même fauteuil qu'occupait habituellement Edward. Il feuilletait un livre. En m'approchant je reconnus l'anthologie de Jane Austen.
« Tu sais je ne comprends vraiment pas cette Marianne Dashwood. Si elle aime tant que ça son Willoughby, comment peut-elle se marier avec Brandon ? Il est bien trop vieux pour elle, trop sage. Willoughby, lui, est jeune, vivant, passionné. Il ressemble à Marianne. Elle aurait dû se battre becs et ongles pour le récupérer »
Mon cerveau fonctionnait au ralenti. Je mis quelques secondes avant de comprendre que Jacob parlait des personnages de Raisons et Sentiments.
Il jeta négligemment le livre sur la commode et m'observa d'un air inquisiteur.
« Bella, qu'est-ce qui te tracasse ? Si c'est parce que tu as peur que je raconte ce qui s'est passé entre nous à la sangsue, rassures-toi, je resterai muet comme une tombe et l'éviterai pour qu'il ne puisse pas lire dans mes pensées. Je ne veux pas te mettre la pression » Il m'observa avant d'ajouter :
« J'ai l'impression qu'il y a autre chose. Que s'est-il passé chez les Cullen ? »
« Pas maintenant Jacob » lui répondis-je, lasse.
Sans réfléchir, je m'assis sur ses genoux et me blottis de nouveau contre son torse. J'avais désespérément besoin de réconfort, et les bras de Jacob étaient un refuge, mon havre de plénitude où je me sentais en sécurité, presque en paix. Il se mit à se balancer d'avant en arrière en fredonnant une berceuse, comme on le fait pour apaiser les enfants.
Je passai mes bras autour de ses larges épaules et enfouis mon visage dans son cou. Je commençai à m'apaiser. Mes muscles, jusque là douloureusement crispés sans que j'en aie conscience, se relâchèrent peu à peu. J'étais reconnaissante envers Jacob de respecter mon mutisme et de me laisser du temps.
Mes sens s'éveillèrent progressivement de leur torpeur ; j'humai avec délice son parfum frais, écoutai sa voix mélodieuse d'une oreille plus attentive. Je ressentais comme une brûlure chaque endroit de mon corps en contact avec sa peau.
Je levai vers lui des yeux rougis mais sereins. Le regard qu'il me porta trahissait tout l'amour et la tendresse qu'il éprouvait envers moi. En cet instant, je compris que j'aimais Jacob d'un amour bien plus profond que je n'aurais jamais pu l'imaginer. Ce qu'il lut à son tour dans mes yeux le fit sourire et l'encouragea à m'embrasser.
Notre baiser était à la fois doux et assuré, reflet de ce que nous ressentions dans nos cœurs.
Nous ne nous séparèrent que lorsque nous entendîmes Charlie qui montait lourdement les escaliers. J'en profitai pour aller prendre une douche rapide.
« Tu veux que je m'en aille ? »me demanda Jacob. Il eut à peine le temps de terminer sa question que je secouai la tête violemment.
Son sourire s'élargit encore, laissant entrevoir ses dents d'une blancheur éclatante. Il me donna un rapide baiser et je sortis.
Les jets de la douche soulagèrent instantanément mon corps endolori et m'éclaircirent les idées. Lorsque je sortis, je m'aperçus que j'avais oublié de prendre mon pyjama qui était resté sous mon oreiller dans ma chambre. Je me regardai dans le miroir légèrement embué. J'avais enfilé mon vieux peignoir bleu nuit acheté des années plus tôt. Bien sûr, j'avais grandi depuis et il était vraiment devenu petit ; il ne cachait que l'essentiel. Un sourire mutin se dessina sur mon visage. Jacob en ferait sûrement une crise cardiaque, mais ce soir j'avais vraiment besoin de me sentir attirante. Je savais pertinemment que je jouai avec le feu et que je risquai de me brûler, mais je cédai à mes impulsions et quittai la salle de bains ainsi vêtue.
La réaction de Jake ne se fit pas attendre. Il me regarda, les yeux ronds et la bouche ouverte, un air vraiment niais sur son visage. Il ne pouvait défaire ses yeux de mon décolleté qui laissait apparaître la naissance de mes seins. Je le vis rougir malgré sa peau mate. Pour une fois que ce n'était pas moi ! Je jubilai face à ma bêtise et m'apprêtai à attraper mon pyjama lorsqu'en deux enjambées il fut à mes côtés.
Je le regardai, paralysée, et me mordis inconsciemment la lèvre inférieure. Il dut prendre ce geste pour une invitation car il attrapa l'extrémité de la ceinture de mon peignoir et la dénoua. Puis il posa ses mains brûlantes sur mes bras et remonta doucement le long de mes épaules. Le peignoir tomba à mes pieds. J'étais entièrement nue, face à lui. Je ne contrôlai plus rien, mon esprit n'arrivait plus à réfléchir de manière sensée. Ses deux mains brunes caressaient mes épaules, faisant ressortir la pâleur de ma propre peau. Je sentis une bouffée de chaleur me traverser.
Il me prit tendrement dans ses bras, me soulevant comme si je n'étais pas plus lourde qu'une plume, et me posa délicatement sur le lit. Il resta un moment debout, près de moi, à m'admirer, un air béat sur son beau visage. Il descendit avec une main le long de mon corps sans me toucher, se contentant d'effleurer ma peau bouillonnante de désir. J'attrapai sa main et nos doigts s'enlacèrent, puis l'attirai à moi.
Il posa un baiser sur mon front, mes paupières, mon nez, ma mâchoire, mon menton, et s'attarda sur les replis de ma bouche. Je ne tenais plus et l'embrassai avec fougue. Il s'allongea complètement sur moi, ses jambes entre les miennes, son torse musclé écrasant mes seins durcis. En cet instant, je voulais me fondre en lui, ne faire qu'un avec son corps. Je fis des petits mouvements de va et vient avec mon bassin et l'entendis étouffer un grognement de plaisir. Ses lèvres descendirent le long de mon cou, et je sentis des frissons me traverser de part en part. Sa bouche continua l'exploration de mon corps jusqu'à ce qu'elle trouve mon sein. Il l'empoigna et le mordilla très doucement, me procurant des frissons de plaisir. Sa main caressa mon autre sein, prenant mon téton entre ses doigts. Je lui griffai gentiment le dos avec mes ongles, lui arrachant un soupir de plaisir.
Puis ses lèvres continuèrent leur descente le long de mon ventre, son souffle chaud et désordonné me chatouilla la peau. Je ne pus réprimer un sourire. Jacob leva les yeux, ses pupilles noires brûlant d'un désir sauvage pour moi. Il me sourit à son tour, remonta vers mon visage et me susurra à l'oreille :
« Je t'aime comme un fou Isabella Swan ». Le regard qu'il avait envers moi me fit me sentir femme pour la toute première fois. Jamais Edward ne m'avait regardé de cette manière. Dans les bras de Jacob, je me sentis soudain pleinement épanouie.
Je voulais lui donner du plaisir à mon tour, mais j'étais loin d'être une experte en ce domaine. Je l'imitai donc et embrassai tendrement son cou. J'attrapai une parcelle de sa peau entre mes lèvres et aspirai avidement pendant quelques secondes. Lorsque je me retirai, je regardai avec fierté la marque qui venait d'apparaitre ; Jacob était mien désormais.
Il s'assit, voulant se débarrasser de son jeans. J'entrepris de l'aider d'une main, l'autre étant déjà occupée dans ses cheveux. Malheureusement, le bouton ne voulait pas céder. Il pouffa et se chargea de la besogne à ma place.
Il n'avait désormais plus que son boxer, dévoilant des cuisses incroyablement musclées. Ma main se dirigea irrésistiblement vers l'une d'elle, la caressant. Le désir de Jacob s'amplifia et il plaqua ses lèvres contre les miennes, posant à son tour une main sur ma cuisse et remontant doucement. Je l'imitai, reproduisant son geste simultanément.
Lorsque Jake mit un doigt en moi, j'étouffai un gémissement dans l'oreiller. Il ne fallait pas oublier que Charlie dormait dans la pièce à côté et je ne tenais absolument pas à le réveiller. Je passai à mon tour ma main dans son boxer et caressai son sexe timidement. Observant le plaisir que je lui procurais, mon geste se fit plus assuré.
Jacob se leva et finit de se déshabiller. Je ne pus m'empêcher de lui jeter un regard curieux. Il était debout près du lit, entièrement nu. Une fois encore, je fus impressionnée par sa haute stature et son corps musclé. La lumière tamisée de ma chambre donnait à sa peau cuivrée des reflets de bronze. Il s'allongea sur moi en prenant garde de ne pas m'écraser de son poids. Il était hésitant, presque timide. Je me sentais moi-même frêle à l'idée de ce qui allait se passer.
Lorsqu'il me pénétra, toutes les barrières qui avaient pu nous séparer jusqu'alors s'évanouirent devant nous. Je sentis malgré tout une douleur aigue dans le bas-ventre et ne pus réprimer un petit cri. Jacob s'arrêta aussitôt.
« Je te fais mal ? » me demanda-t-il, son visage penché vers le mien.
Je l'embrassai sans répondre.
Ma douleur céda rapidement la place à un plaisir inconnu de moi jusqu'à maintenant. Je fermai les yeux, m'abandonnant comme jamais. Je me cambrai et fis des petits mouvements avec mon bassin qui firent frémir mon compagnon. Sa respiration devenait de plus en plus saccadée, je sentais son souffle chaud caresser ma peau. Je lui striai le dos avec mes ongles, laissant de profondes marques rouges, puis mes mains descendirent le long de sa colonne vertébrale, s'arrêtant sur ses fesses à la fois douces et fermes. Mes mains accompagnèrent leur mouvement.
Je me sentais incroyablement bien, plus rien ne comptait que mon plaisir et celui de mon partenaire. Nos corps s'épanouissaient en parfaite harmonie. Je fermai les yeux, m'abandonnant comme jamais.
« Je t'aime » me murmura Jacob une nouvelle fois.
Ces simples mots suffirent à accroitre mon désir pour lui. J'ouvrai les yeux et le regardai. Ses longs cheveux noirs dissimulaient en partie son visage. Je m'en emparai et les coiffai en arrière, révélant des joues rosies par le plaisir que je lui procurais. De son front perlaient des gouttes de sueur. Avec ma main, je suivais leur tracé le long de sa mâchoire bien dessinée, puis passai un doigt sur ses lèvres. Il ouvrit la bouche et me suça le doigt avec gourmandise. Je sentis ses battements de cœur s'accroitre en concordance avec les miens, nos respirations s'entremêlaient.
Notre désir atteignait son paroxysme, nous faisant gémir au même instant. Soudain, je ressentis un intense bien-être. Puis nos muscles se relâchèrent, nous laissant haletants et endoloris.
Jacob m'embrassa doucement, tandis que je caressai son front trempé. Il posa sa tête contre mon sein et ferma les yeux. Je me sentais calme comme je l'avais rarement été, heureuse tout simplement. Après quelques minutes, ma gorge sèche m'obligea à me lever pour aller chercher de l'eau. Je fis le moins de bruit possible, c'était un miracle que Charlie n'ait rien entendu jusque là.
Lorsque je revins, Jacob était toujours allongé sur le lit, ses pieds dépassant du rebord. Il tourna la tête vers moi et un sourire illumina son visage. Je me rallongeai à ses côtés sans un mot, posant ma tête contre son torse tandis qu'il passait un bras autour de moi. Je m'endormis rapidement.
