XVII.

« Ca va aller Bella.» La voix apaisante de Carlisle me rassura.

Je me tournai vers lui et lui adressai un sourire reconnaissant. Nous étions en route vers Prague, et chaque minute qui passait me rapprochait de l'être que j'aimais le plus au monde. Mais plus le temps avançait, et plus mon angoisse grandissait. Heureusement, la présence paternelle de Carlisle atténuait quelque peu ma nervosité. Il me dévisagea.

« Tu devrais dormir un peu, » me conseilla-t-il avec gentillesse.

Je secouai énergiquement la tête. Je savais que j'avais une mine affreuse. J'étais presque aussi pâle que lui et des cernes violacés soulignaient mes yeux. Mais dormir en cet instant m'était impossible, j'étais bien trop nerveuse. Et puis chaque fois que je fermais les yeux, je faisais des affreux cauchemars qui me terrifiaient depuis plusieurs jours et lorsque je m'éveillais je me sentais encore plus épuisée.

« Monsieur désirez-vous autre chose ? » chuchota une voix mielleuse.

Je levai les yeux vers l'hôtesse qui dévorait littéralement Carlisle du regard et m'ignorait totalement. Ainsi le père était aussi irrésistible que son fils.

« Non merci ça ira, » répondit-il d'une voix douce, un grand sourire sur le visage.

Il ne devrait pas l'éblouir ainsi, ça l'encourage.

L'hôtesse rougit jusqu'à la racine des cheveux et balbutia quelque chose d'inintelligible avant de continuer son service, vacillante. Je souris. Edward faisait le même effet aux femmes.

Cette petite scène me rappela celle dans le restaurant italien à Port Angeles. Une éternité semblait s'être écoulée depuis ce fameux soir où j'avais découvert le terrible secret de la famille Cullen.

Lorsque l'avion entama sa descente, mes doutes m'assaillirent de nouveau et je me tournai vers Carlisle en quête de réconfort. Il parut lire dans mes pensées car il me tapota affectueusement la main en un geste rassurant.

A l'aéroport de Prague, Carlisle loua une BMW noire à l'intérieur d'un luxe ostentatoire : des sièges en cuir, un autoradio dernier cri, sans compter le minibar. Lui aussi avait le goût pour les belles voitures puissantes.

Le trajet se déroula en silence. Carlisle n'était pas quelqu'un de particulièrement loquace, et cela m'arrangeait bien car je n'avais aucune envie de discuter. Je calai ma tête contre l'appuie-tête et regardai par la vitre teintée le paysage qui défilait sous mes yeux. Autour de la zone aéroportuaire, tout était gris. Il y avait du béton à perte de vue, les gens étaient vêtus de vêtements sombres, même le ciel affichait une grisaille déprimante. Il se mit à pleuvoir. Carlisle mit en route les essuie-glaces et je me concentrai sur leur ballet.

Lorsque nous pénétrâmes dans Prague, ma curiosité prit le dessus sur mon accablement. Les immeubles bétonnés avaient cédé la place à de jolies maisons colorées. Un fleuve majestueux serpentait dans la ville, conférant à la cité un charme romantique. Des centaines de clochers pointus dominaient la ville, et en haut d'une colline se dressait un splendide château. Le romantisme que dégageait cette ville me transperça le cœur. Comme j'aurais aimé la visiter avec Edward. Mais il en avait choisi une autre, et c'était désormais avec elle qu'il arpentait les rues pittoresques.

« Bella ? » Carlisle me regardait, inquiet. Je forçais un sourire.

« Ca va, je suis juste un peu fatiguée, » mentis-je.

Il n'insista pas et se concentra à nouveau sur la route, visiblement peu satisfait de ma réponse évasive.

Carlisle avait réservé deux suites communicantes dans un confortable hôtel international en plein cœur de la ville. De ma fenêtre, j'avais une vue imprenable sur la place principale. J'écartai les rideaux et regardai la foule grouillante qui se pressait. Soudain, mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Un homme aux cheveux blonds vénitiens traversait la place à vive allure. Lorsqu'il se retourna, je ne pus retenir un grognement déçu. Ce n'était pas LUI. Ce n'était jamais LUI.

Quelqu'un frappa à ma porte.

« Entrez, » criai-je.

« Je venais voir si tu étais bien installée, » me dit Carlisle.

J'acquiesçai. Il reprit :

« Je peux te laisser seule ? Je dois aller voir Peter et Charlotte. Ils m'attendent. »

« Je viens avec vous, » décrétai-je d'une voix ferme.

« Non Bella tu sais bien que ce n'est pas possible. Ce sont des vampires, et ils n'ont pas notre résistance à ton odeur. Je ne veux courir aucun risque. »

Sa voix était douce mais ferme. Cela ne servait à rien de discuter. Je fis une moue déçue.

« Rassures-toi, je te raconterai tout dès mon retour. »

Je ne pus m'empêcher de rétorquer :

« J'ai fait autant de kilomètres uniquement pour rester dans une chambre d'hôtel alors ? »

Carlisle me prit par les épaules et planta son regard dans le mien.

« Tu es ici pour ramener Edward à la raison. » me dit-il d'une voix grave.

Edward…Rentrerait-il avec nous ?

Je passai l'après-midi à contempler la ville par la fenêtre, attendant avec impatience le retour de Carlisle. Lorsque la nuit tomba, une fatigue extrême s'abattit sur moi. Je décidai d'aller m'allonger et de fermer les yeux un instant. Mais je m'écroulai sur le lit et m'endormis aussitôt.

« Bella ? » me chuchota une voix douce. Une main glacée me caressa la joue. L'espace d'un instant je crus que c'était Edward. Mais lorsque j'ouvris les paupières, ce n'était pas LUI. C'était Carlisle.

La chambre était plongée dans l'obscurité. Je jetai un coup d'œil à ma montre, il était un peu plus de minuit. Je me frottai les yeux tandis que Carlisle s'asseyait au bord du lit.

« Alors ? » lui demandai-je, la voix rauque.

« Peter et Charlotte n'en savent pas beaucoup plus que nous. Ils ont accompagné Edward à la fête donnée par les Volturis samedi dernier. D'après eux, il se sentait extrêmement coupable d'avoir tué cet homme et était tendu. Flavius est allé saluer Edward, suivi de près par Aro. Puis Aro lui a présenté une certaine Atia. Ils ont dansé ensemble, mais elle est sortie précipitamment, suivie de près par Edward. »

Je regardai Carlisle d'un air expectatif. Il prit une grande inspiration et continua :

« Lorsque Peter et Charlotte ont voulu prendre congé, ils ont cherché Edward partout, sans succès. Puis Aro est allé les voir en leur disant qu'Edward avait décidé de séjourner avec eux. »

Carlisle se tut et baissa la tête, affligé.

« C'est tout ce qu'ils savent ? » demandai-je.

Il opina lentement. Nous restâmes un moment silencieux.

« Quelle est la prochaine étape ? »

Il réfléchit un instant.

« Je vais aller rendre visite à Flavius. Aro n'est pas encore rentré en Italie, je suppose qu'Edward doit être là-bas également.»

« Cette fois je viens. » affirmai-je avec conviction.

« Bella c'est hors de… »

Sa phrase resta en suspens lorsque mon téléphone vibra. Je pris l'appareil sur la table de chevet et ouvris le message. C'était Alice. Je lus le texto et un sourire triomphant éclaira mon visage.

« Ce n'est pas la peine de discuter, Alice m'écrit pour me dire qu'elle vient de nous voir tous les deux aller là-bas. Et que je ne courais aucun danger. »

Je tentai de déchiffrer l'expression sur le visage de Carlisle, mais ce dernier restait impassible.

« Elle n'a rien dit d'autre ? » demanda-t-il.

Je secouai la tête.

« C'est d'accord tu viendras avec moi. Mais à une condition, je veux que tu dormes. » Son ton s'était fait impérieux.

« Je suis juste à côté si tu as besoin de moi, » ajouta-t-il.

Je lui souris. Je me sentais tellement redevable envers lui.

Cependant, dès qu'il me laissa seule, une angoisse indicible s'empara de moi. Je ne me rendormis pas immédiatement. Je restais allongé dans l'immense lit, les yeux grands ouverts fixant le plafond. Demain je verrai Edward. Demain, je saurai. Demain, ma vie changerait pour toujours.