XVIII.

« Bella, je veux que tu fasses exactement ce que je te dirai, et ce quoi qu'il arrive, » me dit Carlisle fermement.

Je réfléchis un instant.

« Bella ? »

« Oui d'accord, » maugréai-je.

J'appuyai mon front contre la vitre froide de la voiture et regardai le paysage qui défilait à toute vitesse. Nous venions de quitter les faubourgs de Prague. L'arrière-pays était tout aussi pittoresque que sa capitale, avec ses collines boisées et ses petits villages colorés. Mais je ne regardais pas.

L'angoisse indicible que je ressentais en moi me tourmentait. J'avais peur. Non, je n'avais pas peur, j'étais terrifiée. Jamais je n'aurais cru me retrouver confrontée aux Volturis une seconde fois. La simple évocation de leur nom faisait remonter du tréfonds de ma mémoire les cris affolés des humains que j'avais croisés à Volterra. Cependant, ma terreur ne venait pas de là. Que pouvaient-ils me faire à part me tuer ? J'avais été confrontée tant de fois à la mort ces dernières années qu'elle ne m'effrayait plus. J'avais appris à vivre avec sa présence, je la côtoyais quotidiennement et nous étions devenues intimes. Non, je n'avais pas peur d'elle. La chose qui me terrifiait était ailleurs. Et les Volturis n'étaient pas en mesure de me l'infliger. Une seule personne au monde en était capable. Le seul qui pouvait me faire souffrir. Le seul que j'aimais de cet amour dévastateur. Edward... J'étais résignée. J'avais passé une bonne partie de la nuit à réfléchir. Et ce n'était qu'une fois résignée que j'avais enfin réussi à trouver le sommeil. Je repartirai avec lui ou je ne repartirai pas du tout. J'avais déjà tenté de vivre sans lui, et j'en avais tiré une leçon toute simple : maintenant qu'il était entré dans ma vie, il m'était devenu aussi essentiel que mon cœur ou mes poumons. Il était ma nourriture, mon air, mon sang.

« Bella ? »

La voix tendue de Carlisle me tira de mes pensées et je m'aperçus avec étonnement qu'il s'était garé sur le bord de la route. Il me dévisageait. Je baissai la tête, incapable d'affronter ce regard qui ressemblait douloureusement à mon aimé. Mais il m'attrapa le menton et me força à le regarder dans les yeux. Je flanchai lorsqu'il planta ses prunelles chatoyantes dans les miennes.

« J'ai promis à ton père de prendre soin de toi, et quoiqu'il arrive, je te ramènerai à Forks. Alors ne tentes rien de stupide. »

Comment avait-il deviné ? J'osai néanmoins un pathétique mensonge.

« Bien sûr que n… »

« Ca ne sert à rien de nier, » me coupa-t-il.

Je le regardai, interloquée.

« Tu parles pendant ton sommeil, et j'ai entendu tes élucubrations toute la nuit.»

Je sentis mes joues me brûler. Il s'adoucit et ajouta :

« Promets-moi que tu ne feras rien. Si ce n'est pas pour toi ou ton père, fais-le au moins pour ma famille. »

Il avait touché le point sensible. Une vague de culpabilité s'empara de moi tandis que je songeais aux conséquences que cela entrainerait si je ne rentrais pas à Forks. Charlie serait effondré, quant à Carlisle et sa famille, je n'osais même pas penser aux représailles qu'ils subiraient.

« Promis, » murmurai-je d'une voix de petite fille qui vient de se faire gronder.

Il me relâcha et reprit le volant.

« Bella, les Volturis ne sont pas des enfants de chœur, et ils détestent qu'on joue avec eux. Si tu avais fait ce que tu avais prévu, ils ne se seraient pas contentés de te tuer. Ils auraient fait bien pire. A l'époque, les Volturis étaient des fervents partisans de l'Inquisition, et ils n'ont pas oublié les vieux moyens de torture de l'époque. »

Je déglutis péniblement. Carlisle essayait simplement de me dissuader, tentai-je de me rassurer. Néanmoins, l'image d'Edward recroquevillé sur le sol et se tordant de douleur me revint en mémoire. Je fermai les yeux, chassant cet intolérable souvenir de mon esprit. Oui, les Volturis étaient capables de tout, ils ne connaissaient pas le remords.

Lorsque nous arrivâmes à destination et que Carlisle coupa le moteur de la voiture, mon cœur se mit à battre à tout rompre. Devant nous se dressait une monumentale grille en fer forgé qui était surmontée de piques menaçants. Derrière la grille l'on pouvait apercevoir un parc boisé et une longue allée de chênes qui menait probablement au château. Mais la bâtisse était dissimulée par le feuillage épais des arbres. Après Volterra, ses égouts et ses pierres moyenâgeuses, ce parc si bucolique me fit un choc. J'avais bien du mal à imaginer des êtres aussi vils que les Volturis dans un tel endroit. Du moins jusqu'à ce que je voie deux silhouettes grises encapuchonnées venir à notre rencontre de leur démarche flottante.

Lorsqu'ils furent assez près pour me permettre de voir leurs visages, j'eus un mouvement de recul. Ces traits à la fois si harmonieux et pourtant si diaboliques, je les avais gravés dans mon esprit. Jane et Alec. Les lèvres de Jane se tordirent en un rictus cruel lorsqu'elle vit mon effroi.

Carlisle s'apprêta à parler, mais elle lui intima l'ordre de se taire d'un geste de la main.

« Carlisle ! Quelle bonne surprise. » Le ton haineux de sa voix me fit froid dans le dos.

Avant que Carlisle ait le temps de répondre, Alec appuya sur un boitier et les lourdes grilles s'ouvrirent automatiquement. J'ouvris des yeux éberlués face à cette technologie qui paraissait si irréelle en un tel lieu et avec de tels personnages.

« Venez, » dit Alec d'un ton monocorde. Sur ce, il pivota sur lui-même et s'engouffra dans l'allée. Carlisle avança paisiblement et je le suivis, me collant le plus possible à lui. Derrière nous, Jane referma la marche.

Remonter l'interminable allée s'avéra un supplice. Je pouvais sentir le regard appuyé de Jane sur ma nuque, mais n'osais me retourner. Des frissons ma parcouraient l'échine. Remarquant mon trouble, Carlisle me prit la taille en un geste rassurant. Et moi qui m'étais crue assez forte pour ne pas craindre les Volturis ! Quelle idiote ! J'avais oublié à quel point leur simple présence était cauchemardesque.

L'allée débouchait sur une cour. La vue depuis cet endroit était époustouflante. L'imposant château nous dominait, perché sur un rocher abrupt et dont les flancs plongeaient dans une large rivière d'apparence calme. Alec traversa la cour à grandes enjambées, puis s'engouffra dans un étroit sentier abrupt. Nous le suivîmes. Lorsque j'arrivai en haut du chemin, je posai mes mains sur mes genoux, pantelante. Jane me lança un regard dédaigneux et Carlisle me gratifia d'un sourire encourageant. Je pris une profonde inspiration et levai les yeux. Nous étions dans une seconde cour boisée encerclée par de hauts murs qui étaient à moitié dissimulés par de magnifiques rosiers en fleurs. Sur les côtés, des bancs en pierre attendaient d'éventuels amoureux. Je songeais avec amertume qu'Edward l'avait peut-être embrassée ici-même. Quant au château qui se dressait devant moi, il était tout simplement à couper le souffle. Un vrai décor de contes de fées.

Carlisle me donna une légère pression dans le dos afin de me faire avancer. Nous nous engouffrâmes par une petite porte dissimulée sous du lierre. Elle menait dans un long couloir faiblement éclairé. Je tentai de maitriser ma respiration qui devenait de plus en plus saccadée au fur et à mesure que mon angoisse grandissait. Au bout du couloir, il y avait une seconde porte qui donnait sur une petite salle toute simple. Le plafond bas et l'absence de fenêtre me donna immédiatement un sentiment de claustrophobie. Je me sentais prise au piège. Mes nerfs étaient sur le point de lâcher. Mais je devais être forte. Je devais me battre. Pour lui. Je me concentrai sur la main glacée de Carlisle qui me caressait le dos en un geste rassurant et cela m'apaisa. Je n'étais pas seule. J'avais ma famille à mes côtés.

Jane et Alec ressortirent en claquant la lourde porte de bois avec un fracas qui me fit tressaillir. Je me retrouvais seule avec Carlisle. Je levai des yeux craintifs vers lui. Son visage restait d'un calme souverain. La seule émotion qu'il laissait transparaitre était sa légendaire compassion. En cet instant, je compris pourquoi Edward l'admirait tant.

Une voix enjouée s'éleva de derrière une vieille tapisserie aux couleurs fanées.

« Carlisle ! Ca fait longtemps ! »

Aro apparut, aussi élégant et redoutable que dans mes souvenirs. Vêtu de sa longue toge noire, il ressemblait comme jamais à ses anges de la mort des peintures de la Renaissance. Le halo de ses longs cheveux sombres faisait ressortir son visage aux traits émaciés. Son regard d'un noir voilé se posa l'espace d'une seconde sur moi avec voracité avant de considérer Carlisle. Il avança vers nous avec une grâce désarmante. Carlisle ne bougeait pas, se contentant de lui sourire. Puis Aro ouvrit les bras en guise de bienvenue, me faisant penser à une chauve-souris étendant ses ailes. Ils se firent une accolade amicale. On aurait dit deux vieux amis qui venaient de se retrouver. Mais après tout c'est bien ce qu'ils étaient, des amis. Du moins en apparence.

Après les embrassades, Aro se dirigea vers un large siège et s'y assit avec décontraction sans pour autant se départir de sa distinction habituelle.

«Je m'apprêtais à retourner à Volterra. Ca aurait été dommage de nous rater de si peu ! Mais dis-moi, qu'est-ce que tu viens faire ici ? »

Son ton était courtois, mais sous l'apparente amabilité l'on pouvait sentir une menace à peine masquée.

« Je venais juste prendre des nouvelles de mon fils, » déclara Carlisle de but en blanc.

« Ah, ce cher Edward… »

Aro croisa ses mains et posa ses deux index devant sa bouche en un geste de réflexion. Lorsqu'il porta ses yeux d'un noir d'encre sur moi, je frissonnai.

« Ma pauvre enfant, c'est pour voir Edward que tu es venue jusque là…je comprends. »

Il soupira profondément, d'un air faussement compréhensif. Carlisle ouvrit la bouche pour parler mais Aro le coupa.

« J'ai bien peur que tu ne soies terriblement déçue. Le cœur d'un homme est si versatile. Un jour il promet l'amour éternel à l'une et le lendemain il s'en va avec une autre. Je suis vraiment fâché qu'il ne t'aies pas prévenue et que tu aies dû faire tout ce voyage pour rien. »

La peur qui m'avait animée jusque là s'évanouit aussitôt pour laisser la place à un curieux mélange de colère et de frustration. Où diable voulait-il en venir ?

« Où est Edward ? » lançai-je.

Je regrettai aussitôt mes paroles et me mordis les lèvres. Carlisle resserra son bras autour de ma taille en un geste protecteur tandis qu'un éclair de fureur passa dans les yeux noirs d'Aro.

Quelle idiote j'étais. Je n'avais rien trouvé de plus intelligent que d'irriter un vampire assoiffé. Mais Aro avait déjà repris une contenance.

« Il est avec elle » répliqua-t-il, d'un ton de pitié. Mais il ne connaissait pas la pitié. Je n'étais pas dupe de toutes ses supercheries. Il prenait un malin plaisir à broyer mon cœur déjà torturé. Il savait où faire mal et quand frapper. Je serrai les dents, à la fois de rage et de douleur. Carlisle, sentant la tension dans mes muscles, décida d'intervenir.

« Aro, j'aimerais juste parler à Edward. Et ensuite nous partirons. »

Le ton posé de sa voix m'impressionna.

La porte par laquelle nous étions entrés s'ouvrit brusquement. Je me retournai pour voir qui était l'intrus. Une jeune femme d'une beauté à couper le souffle pénétra dans la pièce et se dirigea vers Aro qui lui souriait affectueusement. Je devais admettre que l'inconnue dépassait Rosalie en beauté et en grâce. Elle était svelte et élancée et portait une petite robe blanche qui mettait en valeur la délicatesse de sa taille fine. Elle avait un visage angélique aux traits d'une extrême finesse qui lui donnait une apparente fragilité. Ses longs cheveux noirs retombaient en une cascade de boucles le long de son dos. Lorsque ses grands yeux en amande se posèrent sur moi, je remarquai ses iris rouges vifs. Un sourire sadique se dessina sur ses lèvres parfaites. Elle alla s'asseoir aux pieds D'Aro et leva un visage espiègle vers ce dernier. Le tableau parfait que ces deux-là me renvoyait me fit étrangement penser à César et Cléopâtre.

A mes côtés, je m'aperçus soudain que Carlisle s'était figé. Il dévisageait l'inconnue avec curiosité et méfiance.

« Bella, laisses-moi te présenter Atia »

Je haussai les sourcils. Qu'est-ce qu'elle venait faire ici ?

Aro se tapa le front de sa main fine.

« Suis-je sot, Atia c'est le petit surnom que je me plais à lui donner. Bien sûr, tu avais deviné qu'il s'agissait de Juliette. »

Juliette…Le nom me poignarda en plein cœur. Ainsi c'était elle la fameuse Juliette. C'était cette époustouflante beauté sombre.

Elle me fixait avec malice. Visiblement, elle aussi prenait un malin plaisir à me voir souffrir. Je me tournai vers Carlisle, les yeux suppliants et le souffle court. Il paraissait désarmé face à ma douleur. La pièce se mit à tourner et je vacillai. Carlisle me rattrapa dans ma chute et me releva précautionneusement.

« Ca va Bella ? » me chuchota-t-il.

Je me contentai d'acquiescer, la boule dans ma gorge désormais trop grosse pour laisser passer le moindre son.

« Vous voulez peut-être sortir prendre l'air ? » me demanda Aro de son habituelle voix courtoise.

Je levai les yeux vers lui, évitant soigneusement de croiser le regard de sa compagne. Le sourire faussement compatissant qu'il m'adressa me donna la nausée. Puis il se pencha vers elle et lui chuchota, cependant assez fort pour que je puisse entendre :

« Vas le chercher. »

Elle le regarda avec amusement et se leva d'un bond agile. Lorsqu'elle passa devant moi, je baissai les yeux, lâche.

Ce ne fut qu'une fois qu'elle fut sortie que je pris pleine conscience des dernières paroles d'Aro. Elle allait LE chercher. Bientôt, IL serait là. Mais il serait face à moi, et non pas à mes côtés. Si c'était ce que je devais subir pour pouvoir le voir, alors je le subirai volontiers.

Je n'eus pas le loisir de réfléchir plus avant. La porte s'ouvrit et Juliette entra, suivie de près par Edward. Lorsque je vis son visage, tout autour de moi s'évanouit et mon cœur s'accéléra en un rythme effréné. Le souvenir que j'avais de lui n'était qu'un pâle reflet de la réalité. Sa beauté me coupa le souffle, comme à chaque fois. J'oubliais soudain où j'étais, j'oubliais les regards posés sur moi, je n'avais qu'une envie, courir me réfugier dans ses bras puissants et blottir mon visage dans le creux de son cou jusqu'à ce que tout soit terminé.

Mais lorsque mon regard croisa le sien, l'enchantement s'évapora et je revins à la réalité. Ses yeux habituellement d'une douce couleur ambre étaient injectés de sang. Il détourna immédiatement le regard et alla se placer près d'Aro. C'est alors que je m'aperçus qu'il tenait SA main.

« Edward… » J'aurais voulu crier son nom, mais ma voix se perdit en un murmure

Son visage restait impassible. Il ne daignait même pas me regarder, mais je voyais avec une douleur lancinante que ses yeux lançaient des éclairs mauvais. Il me rappela étonnamment le jour où je l'avais rencontré.

« Tu aimes mon nouveau jouet, Bella ? » me demanda Juliette d'une voix claire et mélodieuse.

Le fait qu'elle connaisse mon nom me surprit. Mais je n'eus pas le temps d'y songer car devant mes yeux horrifiés elle lui prit son visage dans ses mains et l'embrassa avec passion. Je serrai les poings à m'en faire mal. Non ! Elle n'avait pas le droit ! C'était moi qui étais censée l'embrasser, me coller à lui, passer mes mains dans ses magnifiques cheveux ! Moi, pas elle ! Mais ce n'était pas ce qui me faisait le plus mal. Non, ce n'était pas le pire. Le pire c'était qu'il se laisse faire.

Elle le relâcha enfin, un air de triomphe sur le visage. A cet instant, la jalousie qui me rongeait se transforma en une profonde aversion envers elle. Quant à Edward, son visage restait d'une froideur à faire peur, comme si il ne ressentait rien. Seuls ses yeux trahissaient une colère que je ne comprenais pas. Pourquoi ? Nous en voulait-il d'être venus jusqu'ici ?

« Edward, mon fils ? » Carlisle avait bien appuyé sur le mot « fils ». Je me retournais avec surprise vers lui. J'en avais presque oublié sa présence.

« Carlisle, je suis désolé. J'aurais dû te prévenir. J'ai décidé de rester avec les Volturis. » Le ton glacial qu'avait employé Edward me choqua. C'était la première fois que je l'entendais parler de cette façon.

Puis, peu à peu, l'horrible réalisation s'imposa à mon esprit. Edward ne repartirait pas avec nous. Edward voulait rester avec elle. Edward ne m'aimait plus. Le monde qui m'entourait n'avait plus de raison d'être. JE n'avais plus de raison d'être.

« Edward… » Pour la deuxième fois, je prononçais son nom. J'en avais besoin. J'avais besoin qu'il me regarde, j'avais besoin qu'il remarque ma présence, j'avais besoin qu'il me parle. Mais il gardait les yeux baissés au sol avec détermination, m'ignorant totalement. Je me sentais, blessée, trahie, abattue. Je commençais à regretter la promesse que j'avais faite à Carlisle quelques heures plus tôt. Ce dernier restait d'un calme olympien.

« Très bien. Edward, tu sais que je t'ai toujours laissé libre de tes actes. Mais saches que je serai toujours là pour toi. »

J'eus un instant l'impression qu'Edward flanchait. Je clignai des yeux, mais il avait déjà repris son expression d'indifférence.

« Nous ferions mieux d'y aller, » dit Carlisle.

« Malheureusement, je ne pense pas que ce sera possible, » articula Aro lentement.

Un sourire cruel étira ses lèvres. Il prenait un malin plaisir à la situation. Mais Carlisle ne se laissait pas déstabiliser.

« Comment ça ? » demanda ce dernier avec patience.

Aro s'apprêtait à répliquer mais la porte s'ouvrit une nouvelle fois. Un homme aux cheveux flamboyants pénétra dans la pièce. Il avait la même peau translucide qu'Aro et ses yeux rouges étaient également voilés. Je ne savais pourquoi, mais tout en lui m'inspirait le respect.

Il donna une franche accolade à Carlisle. Ce dernier lui répondit avec une chaleur non feinte. Puis le nouveau venu se tourna vers Aro et ses yeux prirent un éclat dur qui contrastait avec le ton enjoué de sa voix.

« Désolé d'interrompre votre entrevue, mais lorsque j'ai appris que mon vieil ami était ici, je n'ai pas pu résister à l'idée de venir le saluer. »

Aro et lui se regardèrent sans ciller. J'avais l'impression qu'une étrange bataille se jouait entre eux. Aro ploya le premier sous le regard accusateur que lui lançait l'inconnu.

« J'aurais été heureux de discuter avec toi, Flavius, mais malheureusement, Bella et moi allions nous éclipser, » déclara Carlisle avec hardiesse.

Flavius…Edward m'avait déjà parlé de lui. C'était un grand ami de Carlisle, m'avait-il dit.

« Jane ! Alec ! » s'écria Aro d'une voix forte.

Je sursautai et le dévisageai. La façade de compassion qu'il arborait depuis le début avait laissé place à une exaspération qu'il ne prenait même pas la peine de dissimuler. Il fulminait.

Jane et Alec apparurent immédiatement dans l'embrasure de la porte.

« Ramenez-les à l'entrée du château, » lança Aro en faisant un geste dédaigneux de la main. Ces derniers hochèrent la tête.

Je restais là, clouée sur place. Non ! Je ne voulais pas partir sans Edward. Mais il ne me regardait même pas. Je ne pus m'empêcher de penser à la lâcheté dont il faisait preuve.

« Bella… » Carlisle me tira avec force vers la porte, m'arrachant à ma contemplation.

Ce n'est qu'une fois dans la voiture que je compris que je venais de voir mon aimé pour la toute dernière fois. Je me mis à respirer difficilement et éclatai en sanglots saccadés et bruyants. Carlisle continua de rouler, puis lorsqu'il estima être assez loin, il s'arrêta et me prit dans ses bras. J'appuyai mon front contre son torse, me laissant aller à mon chagrin, évacuant toute la tension que je ressentais.

Nous restâmes ainsi un long moment sans prononcer une seule parole. Puis le téléphone de Carlisle sonna. Il me releva avec douceur et attrapa son portable dans sa poche.

« C'est un message d'Alice. Jasper est dans l'avion, il arrive. »