Un grand merci à ma coupine Sophie alias Dansmabulle qui a eu la patience de m'aider malgré mon mauvais caractère !! Elle est en train d'écrire une fic très sympa que vous pouvez trouver dans mes favoris. Allez la lire vous ne serez pas déçus !! Je lui dédie ce chapitre et plus précisément mon petit clin d'œil à Jules César et sa fameuse phrase qui l'a bien faite rire (t'as vu j'ai quand même réussi à la placer ma phrase !)
Bonne lecture !!
XX.
Je lançai un regard interrogateur en direction de Carlisle. Qu'est-ce que Jasper venait faire dans cette histoire ?
« Apparemment Alice a eu une vision. Elle m'écrit que Jasper nous expliquera tout lorsqu'il sera arrivé. »
« Alors tout n'est pas perdu ? » demandai-je d'une petite voix.
Carlisle plongea ses magnifiques yeux ambre dans les miens et me regarda avec solennité.
« Edward ne s'est pas rallié aux Volturis de son plein gré, et ce n'est certainement pas pour cette fille qu'il les a rejoint. Cependant quelque chose l'a empêché de nous parler, tout cet entretien n'était qu'une mascarade habilement orchestrée par Aro, le maitre incontesté de la dissimulation, » déclara-t-il avec gravité.
A mesure que j'assimilais les paroles de Carlisle, mon cœur bondit dans ma poitrine et je sentis un vague espoir naitre en moi, une lumière au bout de ce tunnel obscur. Ce n'était pour l'instant qu'une faible étincelle, mais elle était là, éclairant le chemin rocailleux qui s'étirait devant moi. Pourtant…La vision d'Edward embrassant goulument cette fille ne cessait de me hanter. Non, je ne pouvais pas me permettre d'espérer sans preuve irrévocable de son amour pour moi. Après tout, ce n'était que des présomptions qui pouvaient s'avérer erronées. Mais ma volonté s'effritait malgré moi face aux paroles de Carlisle, et mon esprit s'était déjà mis à divaguer, fantasmant sur toutes sortes d'issues heureuses où Edward et moi rentrerions main dans la main à Forks. D'autant plus que le regard de Carlisle exprimait une assurance et une confiance surprenantes qui m'incitaient à le croire.
« Bella ? Ca va ? »
Je secouai la tête afin de reprendre mes esprits.
« Oui…Comment pouvez-vous savoir que… »
« …Qu'Edward est prisonnier des Volturis ? Parce qu'il m'a parlé. Pas avec des mots bien sûr, mais les regards qu'il me lançaient étaient tout aussi éloquents. Je connais bien mon fils, nous avons appris à communiquer sans dialoguer, par la télépathie de son côté et par ses regards du mien. »
Je réfléchis à toute vitesse à la révélation que venait de me faire Carlisle et en ressentis de l'amertume teintée d'une pointe de désillusion.
« Alors pourquoi… » Je m'éclaircis la voix, « Pourquoi ne m'a-t-il fait aucun signe à moi ? »
« Je suppose qu'il avait peur de se trahir si il tentait le moindre petit mouvement vers toi. Aro était aux aguets pendant tout l'entretien, il guettait le moindre faux pas d'Edward.» La voix chaude et paternelle de Carlisle eut raison de mes dernières inquiétudes. Je sentis mon cœur opprimé depuis des jours s'alléger considérablement. Rien n'était encore joué, bien sûr, et Carlisle pouvait se tromper sur les sentiments de son fils, néanmoins je lui faisais confiance et la quasi-certitude de ne pas avoir perdu mon Edward soulagea mon âme tourmentée. Cependant, une dernière question me taraudait l'esprit.
« Carlisle ? »
« Mmmhh... »
« Aro n'avait pas l'intention de nous laisser partir, mais il a suffi d'un regard de Flavius pour qu'il accepte que l'on s'en aille… » Je laissai ma phrase en suspens.
Carlisle baissa les yeux et son regard se perdit dans le vague. Un trait soucieux barra son front. Il resta ainsi plusieurs minutes, figé telle une statue de cire. Il me rappelait étonnamment le visage d'Alice lorsqu'elle était en proie à l'une de ses visions. Je l'observais, à la fois effrayée et hésitante. Après plusieurs minutes qui me parurent une éternité, il reprit finalement ses esprits. Il ignora complètement mon air expectatif et tourna la clé dans le démarreur comme si rien ne s'était passé. J'ouvris la bouche afin de réitérer ma question mais me ravisai face à son visage fermé et son silence obstiné. Après tout, Carlisle avait une ouïe ultradéveloppée et il avait entendu ma question sans doute possible. S'il l'ignorait, c'est qu'il n'avait pas l'intention d'y répondre. Mais pourquoi ?
Le reste du trajet se déroula en silence, un silence lourd et embarrassant. Je lançai des regards furtifs en direction de mon compagnon, mais celui-ci gardait obstinément les yeux rivés sur la route. Je finis par tourner la tête et appuyai mon front contre la vitre glacée de la voiture, faisant des tas de suppositions, spéculant sur la raison qui avait poussé Carlisle à m'ignorer. Sans compter qu'un autre mystère me tracassait. Je ne comprenais pas pourquoi celui-ci ne rappelait pas immédiatement Alice pour connaitre sa vision. A chaque minute qui s'égrenait, mon impatience grandissait. D'après mes calculs, Jasper ne serait pas à Prague avant plusieurs heures. La patience que montrait Carlisle m'épatait et m'agaçait tout à la fois. Mais bien évidemment la notion de temps pour un vampire de plus de trois-cents ans n'est pas la même que pour une adolescente qui en compte à peine dix-huit. Quoiqu'il en soit, ces deux énigmes occupèrent mon esprit assez longtemps pour que je ne pense pas à mon amour, chose que je voulais éviter à tout prix.
Lorsque nous arrivâmes enfin à l'hôtel, le jour commençait déjà à décliner. A l'extérieur, un froid vif et sec qui me picorait le visage s'était abattu sur la ville. Au moment où je sortis de la voiture, les cloches des centaines d'églises que la capitale Tchèque abritaient se mirent à résonner en symbiose, se faisant écho les unes aux autres. Un présage ? Etait-ce un hymne victorieux ou une marche funèbre ? Je fermai un instant les yeux, tentant de faire le vide dans mon esprit, me concentrant sur cette mélodie assourdissante qui bourdonnait dans mes oreilles et qui pourtant m'apaisait et me rassurait.
Une main se posa sur mon épaule et je sursautai. Je me retournai vivement. Carlisle se tenait devant moi. Le trait qui lui barrait le front ne s'était pas dissipé et il arborait toujours cet air perplexe.
« Bella, j'ai besoin d'aller chasser. Je ne serais pas long. Je peux te laisser seule ? »
« Bien sûr. Carlisle qu'est-ce qui… »
« Pas maintenant, » me coupa-t-il. Face à ma mine déconfite, il s'empressa d'ajouter d'une voix adoucie, « Reposes-toi, tu en as bien besoin. »
Sur ce, il s'engouffra dans sa berline et démarra en trombe, m'abandonnant comme une idiote sur le trottoir devant l'hôtel.
Une fois dans ma chambre, je m'écroulai sur la moelleuse couette posée sur mon lit et enfonçai mon visage dans l'oreiller duveteux. Je ne savais plus que penser. Trop de questions se bousculaient dans ma tête pour que je puisse avoir l'esprit clair. Premièrement, Edward était-il vraiment retenu là-bas contre son gré ? Ensuite, que venait faire Jasper ? Et enfin, que cachait Carlisle ? Son brusque et inhabituel changement d'humeur m'avait déroutée. Je l'avais toujours vu comme quelqu'un de pondéré, et son trouble face à ma question m'avait prise au dépourvu.
Mon téléphone vibra dans la poche de mon jeans et je me forçai à bouger, remuant mes muscles déjà engourdis de manière à l'attraper.
Sur l'écran, une simple phrase. « Vas dans la suite de Carlisle et ouvres le tiroir du bureau. Alice. » Je lus et relus le message à plusieurs reprises en ouvrant de grands yeux incrédules. Elle n'insinuait tout de même pas… ? Même si l'idée venait d'Alice, je ne pouvais me résoudre à fouiller dans les affaires de Carlisle, je le respectais bien trop pour cela. Carlisle c'était le patriarche, toujours écouté, toujours suivi. Je m'étonnais même qu'Alice me suggère une telle chose. Néanmoins, une petite voix dans ma tête m'exhortait à le faire. L'espace d'un instant je fus déchiré entre ma conscience qui me disait de respecter l'intimité de Carlisle et ma curiosité qui me trouvait des tas d'excuses pour aller fouiner dans ses affaires. Mais la lutte s'avéra rapide et inégale, et la curiosité l'emporta haut la main.
Je me levai et me glissai sur la pointe des pieds dans la suite de Carlisle qui communiquait avec la mienne par une porte non verrouillée. Mes yeux se posèrent directement sur le bureau en acajou situé près de l'immense écran plat. Je traversai la pièce telle une voleuse, lançant de rapides regards autour de moi. Lorsque j'arrivai devant le bureau, je m'arrêtai, hésitante. Un dernier soubresaut de culpabilité m'envahit, mais je le chassai bien vite et ouvris le tiroir le cœur battant. A l'intérieur, un simple livre. Je le pris délicatement et l'examinai de plus près. Selon toute vraisemblance, il était ancien mais avait été conservé avec soin. La couverture était en cuir beige, mais il n'y avait aucun titre, rien qui ne puisse me donner une piste sur le genre d'ouvrage que c'était. J'ouvris une page au hasard. La double page était couverte d'une écriture d'une finesse étonnante, elle paraissait surgie d'une autre époque et était composée d'arabesques remarquables sans pour autant être ostentatoires. Ces lignes avaient été calligraphiées à l'aide d'une plume, aucun doute là-dessus.
Je refermai le cahier avec une infinie précaution et retournai m'installer sur mon lit. J'entassai plusieurs oreillers et m'y adossai confortablement, puis je rouvris le livre à la première page. Je m'aperçus rapidement que l'ouvrage que je tenais entre mes mains était en réalité le journal de Carlisle. Je rougis de honte et regardai l'objet qui me posait soudain un grave cas de conscience. Pour avoir tenu moi-même un journal, je savais que ce cahier ne contenait pas seulement des mots, c'était surtout des idées et des pensées qui venaient du plus profond de son âme. Lire le journal de Carlisle était non seulement une violation de son intimité, mais aussi de la confiance qu'il m'avait accordée.
Soudain, mon portable vibra à nouveau, me faisant sursauter. Alice bien évidemment. « Vas directement à la page 247, et ne t'inquiètes pas pour Carlisle, il ne t'en tiendra pas rigueur. » J'hésitai un instant, caressant la couverture beige qui renfermait des souvenirs qui ne m'appartenaient pas. Puis je me décidai. Après tout, si Alice me disait de le lire, c'est qu'il contenait quelque information vitale pour moi. Je rouvris donc le journal et me rendit à la page qu'Alice m'avait conseillée. Je me renfonçai dans mes oreillers et commençai ma lecture.
Volterra, le 17 août 1734,
Cela fait maintenant un mois que je cohabite avec les Volturis, et je ne sais toujours pas que penser d'eux. Ils sont à la fois affables et cruels, accueillants et mystérieux, éduqués et barbares. Leur puissance et leur influence au sein de notre communauté est d'une étendue d'une importance que je n'avais jamais soupçonnée. Cependant, j'ai la sensation qu'ils en réclament encore plus, surtout Aro. Cet homme semble consumé par une soif de pouvoir qui me parait inextinguible. La cour dont il s'entoure me rappelle avec amusement celle du sultan Mustafa II que j'avais rencontré lors de mon dernier voyage à Constantinople. A l'instar de ce dernier, Aro recherche avant tout à être entouré de personnes viables et fortes, mais au caractère souple et facilement malléable. En écrivant cela, je ne peux m'empêcher de penser à ces deux androgynes qui le suivent comme son ombre où qu'il aille. Ces deux enfants sont dotés de pouvoirs remarquables, j'ai eu l'occasion d'assister à une démonstration de leurs talents, et je dois bien avouer que cela fait froid dans le dos. Cependant, leurs esprits sont bien trop faibles pour qu'ils osent quoi que ce soit contre leur seigneur et maitre. Quelques jours à observer Aro m'ont aidé à comprendre que ce qui le terrorise par-dessus-tout c'est un soulèvement contre son règne despotique. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, d'un triumvirat à la tête d'un régime autocrate. Car Aro n'est pas seul à gouverner. Aux côtés de César siègent Marcus/Pompée et Caius/Crassus. Je frissonne en pensant à ce qui pourrait m'arriver si l'un d'entre eux tombait sur ces écrits. Mais peut-être trouveraient-ils la comparaison flatteuse.
Volterra, le 20 août 1734,
Aro m'a montré son extraordinaire bibliothèque. Lorsque j'ai pénétré dans ce sanctuaire de la connaissance du monde, je n'ai pu retenir un cri de surprise. Dans une pièce gigantesque dissimulée sous les arcades de la vieille ville se trouvent des milliers d'ouvrages que le monde humain croit perdu à tout jamais, tels des manuscrits sauvés des flammes lors de l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie. Face à tout ce savoir, je ne peux m'empêcher de penser au but premier de mon séjour ici. But qui est devenu mon obsession. Et si Aro détenait le secret de nos origines ? Accepterait-il seulement de me le livrer ? J'ai bien peur que la réponse ne s'avère négative. Car il se méfie de moi. Il sait qu'avant de rejoindre sa cour j'ai séjourné pendant plusieurs années en France où j'ai passé le plus clair de mon temps dans des salons littéraires à écouter les propos éclairés de philosophes français que j'admirais. Mon indépendance d'esprit et mes idées progressistes inquiètent mon hôte. Bien qu'Aro soit favorable à la connaissance, il n'en reste pas moins méfiant face aux idées nouvelles. Surtout si ces idées menacent le fragile équilibre de son gouvernement totalitaire.
A la bibliothèque, j'ai eu la surprise de rencontrer un Volturi que je n'avais jamais vu jusqu'à présent. Il s'appelle Flavius. Je n'ai pas vraiment eu l'occasion de parler avec, mais il semble être d'une érudition stupéfiante. C'est une personne très intéressante qu'il me tarde de mieux connaitre.
Volterra, le 23 août 1734,
Aujourd'hui, j'ai à nouveau débattu avec Aro et Caius sur les bienfaits que le sang animal procure aussi bien au corps qu'à l'âme. Mais je suis bien obligé d'admettre, et cela me désole, que mes compagnons ne sont pas décidés à tester ma nourriture. Ils restent campés sur leur position, et comment pourrais-je les en blâmer ? Cela fait des siècles qu'ils vivent de cette manière. Ils ne ressentent pas la même aversion que moi à tuer des humains, d'autant qu'ils sont nés à une époque où l'esclavage était chose commune et la vie des autres un bien sans grande importance. Durant notre entretien, j'ai remarqué qu'une fois de plus Marcus se tenait en retrait. Son visage ne trahissait aucune émotion et ses yeux étaient étrangement vides. Je me demande ce qui peut avoir poussé cet homme à devenir apathique à ce point.
Après mon entretien avec le triumvirat, surnom que j'aime à leur donner, je me suis rendu dans la bibliothèque. Flavius se trouvait toujours à la même place que la dernière fois, à croire qu'il n'avait pas bougé. Nous avons discuté pendant des heures et à mon grand plaisir, il m'a semblé particulièrement intéressé par les nouvelles idées qui enflamment la France des philosophes. Pour la première fois depuis que je suis arrivé ici, j'ai enfin trouvé quelqu'un avec qui débattre d'égal à égal. J'ai bien du mal à comprendre ce que cet homme si ouvert d'esprit fait avec les Volturis. J'aurais pu discuter avec lui encore longtemps si nous n'avions pas été interrompus par Aro. Quelque chose de très étrange s'est produit lorsque ce dernier m'a vu en compagnie de Flavius. Il paraissait courroucé, et s'apprêtait à parler, mais un simple regard de mon ami l'en a dissuadé et il s'est ravisé. Je dois confesser que l'attitude d'Aro pour le moins singulière a attisé ma curiosité. J'ai l'intuition qu'il existe un lien entre eux, et que ce lien n'est pas étranger à la présence de Flavius parmi les Volturis.
Volterra, le 5 septembre 1734,
La vie en Toscane est difficile, en particulier pour les gens de notre espèce. Un intense soleil brille depuis plusieurs jours sur la cité, nous confinant tous à l'intérieur et nous limitant à de brèves sorties nocturnes. L'avantage de cet enfermement forcé, c'est que je peux passer du temps avec Flavius qui est devenu mon ami. C'est un homme au caractère singulier que j'ai bien du mal à déchiffrer. J'ai l'impression que derrière ses connaissances extrêmement poussées il cache une blessure profonde. Il n'est pas heureux j'en suis persuadé. Mais quelque chose le retient ici. Quelque chose ou quelqu'un. Je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement entre son marasme et l'attitude continuellement prostrée de Marcus. Je souris en imaginant la réaction qu'aurait eue mon ami Montesquieu face à mon 'pressentiment' sans aucun fondement scientifique. Je l'entends déjà me sermonner de sa voix amusée : « Quoi ? Mais monsieur vous vous prenez pour l'une de ces diseuses de bonne aventure qui pullulent à la foire de Saint-Germain ? Seriez-vous donc l'un de mes détracteurs obscurantistes qui se complaisent dans leur ignorance ? » Je me demande comment il aurait réagi s'il avait su qui je suis réellement. Je suis un véritable paradoxe entre ma nature de 'créature des ténèbres' et ma foi dans le progrès. Mon existence est une aberration que la science ne peut expliquer…pour l'instant. Car je compte bien me pencher sur toutes ces questions qui m'obsèdent. D'où ma présence ici.
Volterra, le 17 septembre 1734,
Je viens de faire une découverte pour le moins fascinante. Aro et Flavius sont liés, j'en ai maintenant l'intime conviction. Tout à l'heure je me suis rendu à la bibliothèque. Je m'apprêtais à descendre les escaliers qui menaient vers l'immense sous-sol lorsque j'ai surpris une conversation en latin entre les deux hommes. Leur débit de paroles était d'une rapidité extraordinaire, même pour des vampires, et le ton qu'ils employaient était froid et hostile. Je tendis l'oreille lorsqu'Aro prononça mon nom. Il parlait par énigmes, et paraissait terrifié à l'idée que je découvre leur secret…Puis Flavius a pris la parole. Sa voix impérieuse m'a étonné, lui qui était d'ordinaire si modéré. Il montrait une confiance en moi qui me flatta sur le moment, mais qui me met mal à l'aise en y repensant. Le plus étrange reste à venir : lorsqu'Aro s'est éclipsé, il a murmuré trois mots, trois mots simples mais dont les multiples sens m'échappent encore : « Tu quoque fili ». Se sent-il trahi par Flavius qui a choisi de m'accorder son amitié et sa confiance ? Je dois avouer que cette phrase a piqué au vif ma curiosité, et je suis bien décidé à connaître le fin mot de toute cette affaire qui promet d'être palpitante.
Volterra, le 20 septembre 1734,
Mon entêtement a enfin payé, je sais tout…hélas. Ma curiosité a été assouvie, mais je me demande si je n'aurais pas préféré rester ignorant de toute cette sordide affaire. Je n'aurais jamais pensé écrire cela un jour, mais je dois dire que dans certains cas, l'ignorance peut être un bienfait. Même si Flavius s'est confié à moi de son plein gré, j'ai honte de dire que je l'y ai bassement encouragé. Et maintenant, j'ai la sensation de l'avoir trahi, lui que je considère comme mon ami. Son histoire, c'est aussi celle de Marcus et d'Aro. Les trois hommes sont bien liés, mes soupçons étaient fondés.
« Bella… »
Je me raidis et déglutis péniblement. Je levai lentement les yeux du journal tout en me mordant les lèvres. Carlisle se tenait devant moi et m'observait avec son habituelle compassion.
« Carlisle c'est…je… » bégayai-je, tandis que je sentais mes joues devenir cramoisies.
Il ignora mon trouble et me prit le cahier des mains avec une douceur qui me surprit.
« J'ai ramené ce vieux journal car j'espérais qu'il nous aiderait, » murmura-t-il songeur. Puis ses yeux tristes se posèrent sur la page que j'étais occupée à lire. « Tu as lu l'histoire de Flavius ? » me demanda-t-il.
« Non, je vous jure, » m'empressai-je de répondre.
Carlisle s'assit lentement sur le bord du lit et referma son journal. Il caressa distraitement la couverture en cuir, visiblement absorbé dans ses souvenirs. La gêne et la culpabilité que j'éprouvais ne firent qu'empirer face à son absence de réaction.
« Carlisle je suis vraiment désolée, » finis-je par chuchoter, incapable de trouver de meilleurs mots.
Il leva des yeux surpris vers moi, se souvenant soudain de ma présence.
« Si tu le veux bien, je vais te raconter l'histoire de Flavius moi-même… »
