Bonjour à toutes. Avant toute chose, je tiens sincèrement à m'excuser pour ne plus avoir donné de nouvelles sans explications. Je n'ai pas arrêté mes fics, mais je commençais à me lasser et j'avais vraiment besoin de faire une pause, ces fics devenaient vraiment contraignantes. J'espère que vous me comprendrez.

XXII.

« Moi je sais, » murmura une voix derrière nous.

Je me retournai brusquement vers le propriétaire de cette voix grave aux intonations veloutées et légèrement moqueuses. Jasper était nonchalamment appuyé au chambranle de la porte, immobile, les bras croisés sur sa poitrine et un sourire amusé flottant sur ses lèvres pâles. Ses yeux aux prunelles iridescentes brillaient dans la semi-pénombre de la pièce, ajoutant encore à l'irréalité de son apparition. Depuis combien de temps nous écoutait-t-il ?

Il se redressa sans empressement et s'avança vers nous avec la grâce qui caractérisait si bien son espèce. Sa désinvolture affichée tranchait étrangement avec l'atmosphère lourde et sinistre qui régnait dans la chambre. Il s'arrêta devant Carlisle qui le fixait avec une stupeur non dissimulée.

Jasper nous examina tour à tour puis se pinça les lèvres afin de réprimer un sourire. Visiblement, il s'amusait de nos mines ahuries à nos dépends.

« Carlisle… » salua Jasper en hochant la tête.

Puis il se tourna vers moi et me gratifia d'un sourire chaleureux.

« Ca va Bella ? Tu tiens le coup ? » me demanda-t-il d'une voix sincèrement inquiète.

« Ca…Je vais bien, merci, » balbutiai-je, tandis que des tas de questions fusaient dans mon esprit. Je sentis une vague d'apaisement et de bien-être m'envahir et je me relaxai quelque peu.

Je me tournai vers Carlisle qui fixait son fils sans ciller.

« Jasper, qu'est-ce que… » commença-t-il.

« Je sais comment convaincre Flavius de nous aider, » le coupa Jasper, retrouvant soudain sa gravité habituelle.

Je fronçai les sourcils afin de marquer mon ignorance, tandis que Carlisle regardait son fils avec un mélange d'étonnement et de curiosité. Visiblement, lui non plus ne savait pas ce que Jasper avait en tête. Et ce dernier ne paraissait pas pressé de lever le voile sur ce mystère.

« Alice a eu une vision ? » finit par demander Carlisle, l'impatience commençant à se faire entendre dans sa voix.

Jasper secoua la tête.

« Non, cela n'a rien à voir avec elle… ni avec aucun d'entre vous d'ailleurs. »

Il poussa un profond soupir et alla s'asseoir dans un large fauteuil qui jouxtait le lit. Il croisa ses mains devant lui et ses yeux se perdirent dans le vague, à la recherche de souvenirs lointains et oubliés.

« Disons que...j'ai connu Flavius dans une autre vie… »

Il se tût, perdu dans les méandres de son passé. Je ne pus m'empêcher de repenser à son histoire et à toutes les épreuves qu'il avait subies avant de finalement connaître le bonheur auprès d'Alice.

« Comment l'as-tu rencontré ? » demanda Carlisle gravement, un pli soucieux lui barrant le front.

Jasper baissa la tête, le visage à demi dissimulé sous ses boucles blondes. Il se passa une main dans les cheveux et prit son temps avant de répondre :

« Cela remonte à cent vingt ans. A cette époque, j'étais encore avec Maria. Nous étions à l'apogée de nos conquêtes territoriales, nous venions de remporter Monterrey qui était désormais notre chasse gardée, et nous possédions une véritable armée d'une trentaine de nouveau-nés tous rompus à nos ordres. Tout allait pour le mieux.

« Un jour, tandis que je chassais en ville, j'ai entendu des cris étouffés et des bruits de lutte. Etant devenu en quelque sorte le garant de la paix à Monterrey, je me suis précipité vers l'origine de ce vacarme. Arrivé sur le lieux, j'ai immédiatement reconnu Jorge, l'une de nos dernières recrues, un vampire d'une force exceptionnelle qui faisait la fierté de Maria. Il était en prise avec un autre vampire que je ne parvenais pas à identifier. Son odeur, comme son visage, m'étaient totalement inconnus. A en juger par sa taille fluette et sa manière dérisoire de se défendre, il n'était pas un guerrier mais plutôt un penseur. Intrigué, je le regardai de plus près. Sa peau translucide et ses yeux voilés m'ont immédiatement mis la puce à l'oreille. Il ne pouvait s'agir que d'un Volturi… Un Volturi en très mauvaise posture… Jorge était sur le point de lui assener le coup de grâce lorsque, sans réfléchir, je me suis jeté sur lui et l'ai tué…

« Le Volturi, vous aurez deviné qu'il s'agissait de Flavius, m'a remercié chaudement, précisant qu'à présent il ferait n'importe quoi pour me rendre la pareille et que sa vie m'appartenait. Certaines personnes ont une conception de l'honneur qui frise parfois le ridicule. »

Jasper leva les yeux au ciel.

« Ne sachant quoi faire de lui, je l'ai ramené à Maria. En apprenant que j'avais tué son protégé dans le seul but de sauver un Volturi, elle est rentrée dans une colère noire. Et on ne peut pas l'en blâmer, après tout, ils étaient nos ennemis naturels. J'ai donc tenté de lui faire entendre raison. Avoir un Volturi à nos côtés pouvait présenter bien des avantages, dont celui non négligeable de faire croire aux clans ennemis que ces derniers nous soutenaient. Maria a été sensible à cet argument, et nous avons donc décidé de garder Flavius parmi nous. Nous l'avons interrogé, et c'est ainsi que nous avons appris qu'il était un proche d'Aro, sans pour autant connaître les détails de leur relation. J'avoue d'ailleurs que j'ai été assez surpris en entendant ton histoire, Carlisle. Je ne me serais jamais attendu à ça. »

Carlisle, absorbé par le récit de son fils, releva la tête et acquiesça légèrement. Jasper reprit :

« Lorsque nous lui avons demandé ce qui l'amenait à Monterrey, il est resté vague, nous disant qu'il avait quitté les Volturis afin de mener sa vie comme il l'entendait. En voyant nos mines effarées, il s'est empressé d'ajouter que ses compagnons étaient d'accord avec son choix et qu'ils ne chercheraient pas à le retrouver.

« C'est comme ça que Flavius est devenu l'un des nôtres. J'ai vite appris à l'apprécier, et même à l'admirer. Même s'il souffrait de notre mode de vie plutôt rudimentaire, il ne se plaignait jamais et acceptait sans rechigner les tâches qui lui incombaient.

« Cela faisait une année à peine qu'il vivait avec nous lorsque Félix est venu le chercher. Ils sont allés faire un tour et lorsqu'ils sont revenus, Flavius nous a annoncé qu'il nous quittait. Maria et moi l'avons laissé partir sans protester, nous n'avions aucune envie de nous mettre les Volturis à dos.

« Et voilà toute l'histoire. Si je n'en ai jamais parlé, c'est tout simplement que je n'en voyais pas la nécessité, Flavius est resté avec nous pendant si peu de temps que je l'avais presque oublié… jusqu'à ce qu'Alice m'apprenne qu'il était à Prague. »

Je restai silencieuse tandis que Carlisle affichait un air pensif. J'avais toujours cru connaitre les Cullen, mais je me rendais compte à présent que ces derniers avaient eu une vie avant de me rencontrer et que ce qu'ils m'avaient dévoilé de leur passé n'était qu'une infime partie de leur longue existence. Soudain, le fait qu'Edward ait vécu avant de me connaitre, qu'il ait connu quelqu'un avant moi me parut naturel, et même légitime. J'avais réagi d'une manière immature, me laissant envahir par une jalousie infondée pour un amour vieux de presque cent ans.

La voix harmonieuse de Jasper retentit dans la pièce, me tirant de mes réflexions.

« J'ai rendez-vous avec lui dans très exactement », il jeta un coup d'œil rapide à sa montre, « deux heures vingt,» acheva-t-il, triomphal. Un silence s'installa, durant lequel il savoura l'effet que produisait sa déclaration pour le moins inattendue.

Je restai immobile, attendant patiemment qu'il s'explique, tandis qu'une foule de questions m'assaillaient. Carlisle, quant à lui, jeta un regard ahuri en direction de son fils. Il ouvrit la bouche à plusieurs reprises, avant de finalement lui demander :

« Tu… Comment as-tu réussi à rentrer en contact avec Flavius ? »

Jasper esquissa un sourire amusé avant de porter la main dans la poche intérieure de sa veste de cuir et d'en sortir un téléphone portable dernier cri qu'il brandit avec fierté. « Tu sais, les Volturis aussi se sont mis aux nouvelles technologies, et Maria avait son numéro de téléphone,» s'exclama Jasper, hilare.

Je me mordis les lèvres afin de ne pas éclater de rire devant l'incongruité de la situation. J'avais beau essayer, je ne parvenais pas à m'imaginer les Volturis avec des téléphones portables !

Carlisle et Jasper passèrent les deux heures qui suivirent à soigneusement préparer l'entretien avec Flavius. Jasper, de son côté, faisait preuve d'une confiance inébranlable. Il savait que Flavius lui rendrait service, et ce quelque soit ce que ça pouvait lui coûter. Carlisle, quant à lui, était plus sceptique.

Je jetai un rapide coup d'œil vers la fenêtre. Au loin, une lueur orangée éclaircissait le ciel obscur, me rappelant que je n'avais pas fermé l'œil de la nuit. Soudain, une fatigue insidieuse s'abattit sur moi. Je tentai tant bien que mal de suivre le fil de leur discussion, mais mes paupières se fermaient peu à peu, je sentais l'appel du sommeil m'envahir et mes muscles s'engourdir progressivement. Bercée par leur voix graves et apaisantes, je finis par céder et m'endormis d'un sommeil sans rêves.

« Bella ? Bella, réveilles-toi. »

Je tentai d'ouvrir les paupières mais une intense lumière blanchâtre inondait la pièce, m'éblouissant et me forçant à cligner des yeux à plusieurs reprises. M'apercevant que cette lumière était celle du jour déjà levé, je me redressai sans ménagement, provoquant par la même occasion un vertige désagréable. Carlisle se tenait au pied du lit et m'observait avec une tendresse toute paternelle.

« Que…Quelle heure est-il ? » m'exclamai-je de cette habituelle voix rauque que j'avais chaque fois que je me réveillais.

Carlisle posa une main rassurante sur mon épaule.

« Calmes-toi, tu n'as dormi que deux petites heures, » me dit-il d'une voix calme et pondérée. « Mais il est temps pour nous de nous mettre en route vers le lieu de rendez-vous qu'a fixé Jasper,» continua-t-il.

Je jetai un coup d'œil par-dessus son épaule. Jasper se tenait debout près de la fenêtre et regardait d'un air absent la foule bigarrée qui se pressait pour aller travailler. Toute cette agitation dans la rue en contrebas me parut soudain complètement irréelle, en inadéquation totale avec l'épreuve que je traversais.

« Mais…nous y allons également ? » demandai-je, ne comprenant strictement plus rien.

« Oui, Jasper et moi en avons longuement discuté et nous avons jugé préférable d'y aller tous. Bien entendu, nous resterons à couvert pour éviter que Flavius n'ait l'impression qu'on ne lui ait tendu une embuscade. Nous interviendrons uniquement s'il montre quelques signes de réticence. A nous trois, nous réussirons bien à le convaincre.»

Remarquant mon scepticisme, Carlisle m'offrit un sourire rassurant. Je me levai et attrapai mon blouson.

Jasper et Flavius avaient rendez-vous à la terrasse d'un café sur les bords de la Vlatva. Lorsque nous arrivâmes sur les lieux, Carlisle et moi allâmes nous dissimuler sous les arcades d'une maison suffisamment éloignée pour qu'il ne puisse sentir notre odeur. Jasper me fit un clin d'œil complice puis s'éloigna d'une démarche assurée.

Quelques minutes à peine après son arrivée dans le café, Flavius fit son apparition. Mais il n'était pas seul. Un frisson d'effroi me parcourut lorsque je remarquai la silhouette sombre et terrifiante qui l'accompagnait.