XXIII.
Avant toute chose je tenais à m'excuser pour ces mois de silence. Je sais à quel point c'est désagréable de ne pas connaitre la fin d'une histoire, mais quand la motivation est aux abonnés absents, je dois avouer que c'est vraiment pas facile de s'y mettre. Enfin, j'ai tout de même l'intention de finir cette fic (ma première !) D'ailleurs, nous approchons du dénouement…
Un grand merci à toutes les reviews que j'ai reçues, ce sont elles qui m'ont motivée à me remettre à cette fic. (Bizcuiter, Karine, Lilou, Twilightstory, Marloux…)
Je me tournai vers Carlisle, terrorisée. Ce dernier semblait s'être statufié, et seule la ride qui lui barrait le front marquait son effroi. Au loin, les deux silhouettes noires avançaient avec une grâce irréelle sans se soucier des passants qui les observaient à la dérobée, interpellés par la singularité de leur démarche. Ils n'étaient plus qu'à quelques mètres de Jasper qui, ayant sans doute perçu quelque chose d'anormal, avait relevé la tête, aux aguets. Je tentai d'apercevoir le visage de la personne qui accompagnait Flavius, sans succès. Il avait rabattu sa capuche de telle manière que je ne parvenais pas à distinguer ses traits. Je posai ma main sur l'épaule de Carlisle. Nous ne pouvions rester là sans rien faire, il nous fallait agir avant qu'il ne soit trop tard.
« Carlisle… » implorai-je.
Le son de ma voix parut le faire sortir de sa torpeur. Il tourna lentement le visage vers moi et fronça les sourcils. Avant que j'aie le temps de dire quoi que ce soit, il m'attrapa le poignet avec force, et je laissai échapper un petit cri de douleur.
« Viens, » déclara-t-il. Et il m'entraina à sa suite vers la terrasse du café où se trouvait toujours Jasper. Je trébuchai à plusieurs reprises sur les pavés inégaux qui composaient la chaussée, mais me redressai rapidement tout en me maudissant intérieurement pour mon incorrigible maladresse. Nous atteignîmes néanmoins le café peu de temps avant les deux Volturis. Lorsque Jasper nous aperçut, celui-ci se releva précipitamment, ébranlant la table en fer forgé au passage. La tasse de café qu'il avait commandée s'agita dangereusement, mais il eut le réflexe de la rattraper avant qu'elle ne tombe sur le sol et se brise. Même en cet instant, je ne pus m'empêcher d'admirer la dextérité peu commune des vampires.
« Il n'est pas seul, c'est ça ? » demanda-t-il d'une voix tendue, son regard allant de Carlisle à l'angle de la bâtisse qui dissimulait la rue en contrebas.
Carlisle secoua la tête sans quitter son fils du regard.
« Je ne comprends pas, il n'est pas seul mais… »
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Sous la tonnelle fleurie qui préfigurait l'entrée de la terrasse se tenaient deux silhouettes sombres, aussi terrifiantes l'une que l'autre. Mon regard se posa immédiatement sur les deux paires d'yeux rouges vifs qui nous scrutaient, et une sensation de froid me traversa le corps. Dans la rue, la vie continuait. Un homme en costume passa à grandes enjambées, le téléphone portable collé dans une main et l'attaché-case dans l'autre, inconscient du danger qui l'entourait. Une femme traversa la route avec une poussette, et ses yeux se posèrent sur l'étrange scène que nous formions. Elle détourna rapidement le regard, sans doute guidée par son instinct, et s'éloigna rapidement. L'espace d'un instant, je me dis que j'aurais pu être cette femme, simple figurante ignorant tout de ce monde surnaturel. Mais en choisissant Edward, j'avais choisi cette vie, et mêmes si les pires tortures m'attendaient, je ne parvenais pas à regretter mon choix. Je me refocalisai sur les deux hommes qui nous faisaient face. Ils n'allaient certainement pas attaquer en plein jour, pas avec autant d'humains autour de nous… si ?
Un grognement menaçant s'éleva de la poitrine de Jasper qui se tenait à côté de moi, prêt à bondir. Il retroussa les lèvres, laissant entrevoir ses canines d'un blanc éclatant. Jamais encore il ne m'avait paru aussi animal qu'en cet instant. Le récit de sa vie avant sa rencontre avec Alice me revint en mémoire, et je n'eus soudain aucun mal à l'imaginer en guerrier impitoyable. A ma gauche, Carlisle paraissait plus tranquille, mais ce n'était qu'un calme de surface, je le connaissais suffisamment pour savoir que lui aussi était sur ses gardes. Il les observait sans ciller, guettant le moindre de leurs gestes. Au milieu de ces redoutables prédateurs, je me sentais si faible, si… vulnérable. Je comprenais mieux maintenant cet entêtement qu'avait Edward à vouloir sans arrêt me protéger. J'avais beau prétendre le contraire, parmi les siens je n'étais rien d'autre qu'une pauvre petite chose fragile dont la vie ne tenait qu'à un fil.
La tension était presque tangible, personne n'osait bouger. Flavius s'avança finalement vers nous avec précaution, tandis que son compagnon restait en retrait, ses deux yeux écarlates nous observant avec intensité.
« Carlisle ! Je ne m'attendais pas à te revoir de sitôt ! » déclara-t-il d'un ton badin plutôt surprenant étant donné la situation. Le timbre grave de sa voix se voulait rassurant et affable, mais je restai néanmoins sur mes gardes. Après tout, c'était le fils d'Aro... A mes côtés, mes deux gardes du corps ne relâchaient pas non plus leur garde.
« Pourquoi l'as-tu amené ? » murmura Carlisle en faisant un imperceptible signe de tête en direction de la silhouette qui attendait patiemment à l'entrée de la terrasse. J'osai un rapide regard vers lui. Son visage était toujours dissimulé sous sa capuche, et je ne voyais que ses yeux rouges qui nous scrutaient à tour de rôle. Ses mains blanches étaient cachées dans les larges manches de son manteau, lui donnant un faux air de religieux. C'est d'ailleurs ce pour quoi il devait passer aux yeux des humains.
Flavius baissa la tête, l'air soudain profondément las.
« Parce que… le moment est venu d'en finir… » prononça-t-il lentement, avec une langueur qui me fit frissonner. Ses mots me firent l'effet d'une sentence qui signait mon arrêt de mort.
Jasper fit un pas en avant, les poings serrés, son corps tremblant de rage.
« Finissons-en alors ! » gronda-t-il d'une voix féroce.
En une fraction de seconde, Carlisle s'interposa entre Flavius et son fils et l'arrêta en posant sa main sur sa poitrine. Il plongea son regard dans le sien, et à ma grande surprise, je vis Jasper se détendre quelque peu.
« Attends… Je crois qu'il y a méprise, » lui dit-il doucement. Puis il se tourna vers l'inconnu : « Marcus, pourquoi ne te joins-tu pas à nous ? »
L'homme, qui était resté jusque là immobile, s'avança lentement. Lorsqu'il fut assez près pour que je puisse distinguer son visage, j'eus un geste de recul. C'était bien le même Marcus que j'avais rencontré à Volterra, mais cependant étonnamment différent. L'apathie qui le caractérisait si bien s'en était allée, remplacée par de la colère qui avait transfiguré ses traits. Les coins de sa bouche formaient un pli amer, tandis que ses yeux brillaient d'un éclat mauvais.
« Carlisle… » salua-t-il en hochant légèrement la tête.
« Asseyons-nous, voulez-vous ? Nous sommes en train d'attirer l'attention sur nous, » déclara Flavius en jetant un rapide coup d'œil vers le tenancier du café qui se tenait derrière son comptoir et nous observait d'un air suspicieux à travers la porte-fenêtre ouverte.
Les deux Volturis contournèrent la table afin d'aller s'asseoir face à la rue, et Jasper les suivit du regard sans bouger. Carlisle posa sa main sur l'épaule de son fils en un geste qui se voulait rassurant puis alla prendre place près de Marcus. Il me fit discrètement signe de m'assoir à ses côtés. Jasper hésita un instant, puis nous rejoignit à la table, toujours à l'affût.
Je dévisageai mes compagnons un à un, prenant toute la mesure de la singularité de la situation.
« Aro sait que tu es ici ? » demanda Carlisle à Marcus.
Ce dernier secoua la tête.
« C'est Flavius qui m'a demandé de venir. » Il se tourna vers son compagnon et ses traits perdirent immédiatement leur aigreur. Il tenta un sourire qui se transforma en grimace. Puis lorsqu'il revint vers nous, il reprit son masque de dureté. « Il m'a tout raconté, » déclara-t-il d'une voix grave d'où perçaient des accents de rage, en insistant bien sur le « tout ».
Mon esprit mit quelques secondes pour déchiffrer ses paroles lourdes de sens. Ainsi, Marcus savait. Cela voulait dire qu'il connaissait enfin la sordide histoire dont il était l'un des protagonistes involontaires, mais il savait également qu'Aro était l'instigateur de la mort de sa femme…
Une vague de tristesse s'empara de moi à l'idée de la profonde souffrance que cet homme devait ressentir. Surpris, Jasper se tourna vers moi. Je haussai les épaules et esquissai un sourire rassurant.
« Le règne d'Aro a assez duré, il est grand temps de passer à autre chose, » continua Marcus avec froideur.
Flavius prit à son tour la parole.
« Pendant des siècles, j'ai voulu fermer les yeux sur les atrocités qu'il a commises, me rendant indirectement complice de sa barbarie, mais le poids est trop lourd à porter, et ma conscience se refuse à le laisser continuer ainsi en toute impunité, tout père qu'il soit. Il est temps que les choses changent, même si je sais que jamais je ne saurai me pardonner pour n'avoir pas réagi plus tôt… et évité à mes amis une souffrance inutile.»
« Aro tient beaucoup à Edward… ou plus exactement à son don. Il lui a déjà filé entre les doigts, il ne reproduira pas une seconde fois la même erreur. Le seul moyen pour vous de sauver votre ami de ses griffes est de le supprimer… » déclara Marcus.
Un silence oppressant accueillit cette déclaration. Carlisle s'apprêta à répliquer, mais Marcus l'arrêta d'un geste de la main.
« Vous ne pourrez pas sortir Edward de là sans notre aide, quant à nous nous avons besoin de vous pour renverser Aro. »
« Je suis d'accord avec Marcus, seuls nous n'avons aucune chance. Mais si nous nous allions… » Jasper laissa sa phrase en suspens. Une étincelle vindicative brillait dans ses yeux. Le fin stratège qu'il était prenait le dessus sur le vampire discret que je connaissais.
« Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée, » objecta Carlisle. « Nous risquons non seulement nos vies, mais aussi celles d'Edward et Bella si nous échouons. »
Marcus claqua la langue pour marquer son irritation. Flavius, plus patient que son compagnon, prit la parole.
« Carlisle, je comprends ton hésitation. Tu sais à quel point je méprise la violence. Mais malheureusement elle est parfois indispensable pour le bien de tous. Maintenant si tu as une meilleure solution, je suis prêt à t'écouter. »
Carlisle soupira profondément puis opina en silence, vaincu par les arguments du volturi.
« Et Caius ? » demanda-t-il.
Marcus haussa les épaules et porta sa main à ses lèvres, songeur.
« Caius… Il est resté à Volterra. Lorsqu'il apprendra la vérité, Aro ne sera plus de ce monde, et je doute fort qu'il ose entreprendre quoique ce soit contre nous. »
« Tu sembles bien sûr de toi, » constata Carlisle.
« J'ai vécu assez longtemps avec pour comprendre son fonctionnement. Bien sûr qu'il sera en colère, mais il tient trop à sa précieuse carcasse et encore plus à sa position pour oser nous affronter, » objecta Marcus d'un ton glacial qui démontrait le peu d'estime qu'il portait à son aïeul.
« Que désirez-vous boire ? » demanda soudain une voix dans un anglais approximatif d'où perçait un accent slave.
Je sursautai, reprenant pied dans la réalité de l'instant, et levai les yeux vers le serveur qui se tenait juste à côté de ma chaise. J'avais été tellement happée par la discussion que je ne l'avais même pas vu arriver. Mes compagnons, en revanche, ne parurent aucunement surpris et ils commandèrent des boissons qu'il n'avaient bien entendu pas l'intention de consommer.
Lorsque le serveur s'éloigna, Jasper entama un monologue sur les subtilités de la stratégie. Je posai mon menton dans mes mains, et me mis à rêvasser, bercée par sa voix mélodieuse. Ca allait se jouer à quitte ou double. Soit je retrouvais mon Edward… soit je me faisais tuer. Perspective qui m'effrayait mais qui était tout de même bien plus séduisante que celle de devoir vivre… survivre sans lui. Je me sentais plus légère que je ne l'avais été depuis des semaines, et le brouillard qui avait jusque là assombri mon esprit s'était enfin dissipé. Je savais notre entreprise périlleuse, mais je voulais rester optimiste et m'imaginai déjà pelotonnée contre le corps glacé mais tellement sécurisant de mon amour dans l'avion qui nous ramènerait aux Etats-Unis. J'avais tant de choses à lui dire… Non, je refusais la possibilité d'un échec, pas avec deux des Volturis les plus puissants à nos côtés.
« Et Bella ? » interrogea Carlisle, inquiet.
La mention de mon nom m'arracha à mes rêveries et je me redressai, soudain alerte.
« Elle vient avec nous bien entendu, » rétorqua Marcus comme si c'eut été la chose la plus naturelle au monde.
J'esquissai un sourire satisfait. Bien entendu que je les accompagnais ! Soudain, Carlisle tapa du poing sur la table avec une violence qui me fit frémir.
« C'est hors de question ! Tu veux qu'elle se fasse tuer Marcus ? » gronda-t-il.
« Calmes-toi voyons. Nous serons là pour la protéger s'il le faut. Mais elle doit venir. Elle est la seule personne qui soit capable de résister au pouvoir d'Aro, de Jane et très probablement de Juliette, et ce don peut s'avérer utile. Et puis que comptes-tu en faire ? La laisser garder la voiture peut-être ? »
« Je refuse de lui faire courir un tel risque, » s'obstina Carlisle en secouant la tête avec ferveur.
C'est à ce moment que je sentis un regard appuyé sur moi. Flavius, qui était resté jusque là silencieux, m'examinait avec une intensité qui me mit mal à l'aise. J'eus la désagréable impression d'être scannée au plus profond de mon être et je sentis mes joues me brûler.
« Bella ? » me demanda-t-il d'une voix pondérée et douce. « Que veux-tu faire ? »
Carlisle et Marcus cessèrent d'arguer et se tournèrent vers moi, expectatifs. Je me tortillai sur ma chaise, de plus en plus gênée et quelque peu intimidée qu'on me demande mon avis.
« Je veux sauver Edward, si je peux vous aider, je veux me joindre à vous, » répondis-je d'une voix étonnamment résolue et ferme.
Flavius hocha la tête avec satisfaction.
« C'est de la folie, » rétorqua Carlisle sèchement. Cependant il ne discuta pas ma décision. Je me pinçai les lèvres, embarrassée à l'idée de lui déplaire. Mais sauver Edward restait ma priorité, j'aurais tout le temps d'être sensée plus tard , lorsqu'il serait de nouveau parmi nous.
« Carlisle, même si tu avais interdit à cette jeune demoiselle de venir, elle aurait trouvé un moyen pour nous rejoindre de toute manière. J'ai rarement ressenti une telle volonté chez un humain, » affirma Flavius.
Puis, voyant mon expression ahurie, il se tourna vers moi.
«Tu vois, si Jasper perçoit les sentiments des personnes, moi je suis capable de cerner leurs traits de caractère.»
J'acquiesçai, bien trop épatée pour parler. Son don était fascinant… et terrifiant ! Ainsi il connaissait chaque aspect de ma personnalité… peut-être mieux que je ne me connaissais moi-même. A cette perspective, je sentis à nouveau le rouge me monter au visage.
Jasper se racla la gorge avec impatience, nous rappelant que le temps nous était conté. Les sbires d'Aro étaient partout, et il ne faudrait pas longtemps avant que celui-ci ne soit au courant de notre petite réunion.
Comme s'il venait de lire dans mes pensées, Flavius se leva et déposa une liasse de billets sur la table.
« Il est temps d'y aller, » déclara-t-il simplement.
Bon chapitre pas particulièrement riche en rebondissements mais nécessaire tout de même à la suite de l'histoire. Promis, cette fois je ne mettrai pas aussi longtemps à publier mon prochain chapitre !!
