XXIV.

Me revoilà ! Comme promis, j'ai mis (beaucoup) moins de temps à écrire ce chapitre. J'étais en réserve toute l'après-midi et je n'ai pas été déclenchée, résultat, j'ai eu tout mon temps pour vous écrire ce chapitre (un grand merci à ma boite !!)

Place aux réponses aux reviews (non seulement je poste vite mais je réponds à toutes les reviews, y'a de l'amélioration là !) :

Letmesign23 : Merci à toi pour tes compliments, j'espère que tu trouveras la fin tout aussi « époustouflante » que le reste de l'histoire.

25lilou27 : oui c'est vrai que ça faisait un sacré bout de temps que je n'avais pas posté sur cette fic. Je te remercie d'être restée fidèle au poste malgré tout.

Gudulette : non mais en plus d'être perverse t'es sadique ? Du sang non mais quelle idée ! Au fait on la commence quand notre fic trash ? Et merci pour la réplique extrêmement originale de la mort qui tue !

Mixetremix : Waouh ! toujours là ? Tu me suis depuis quasiment le début non ? En tout cas, un grand merci à toi car tu ne manques jamais de me laisser un commentaire gentil et ça m'encourage vraiment à continuer.

Booksy : Oui, le dénouement est tout proche maintenant… Délivrance ? A voir… Et toi, tu te remets quand à tes fics ? J'veux du lemon booksylien moi !!

Marloux : Merci à toi pour ton commentaire. Pour ce qui est du don de Flavius, j'avais pas vraiment d'idée, et c'est venu tout seul au fur et à mesure que j'écrivais. Ravie que tu le trouve original. Concernant de la bagarre… bien sûr il y en aura… mais pas dans ce chapitre (héhé je fais durer le plaisir)

Louloute0310 : Après tant de mois, je comprends aisément que tu aies dû survoler les chapitres pour te remémorer l'histoire (à dire vrai… j'ai dû faire pareil !)

Bizcuiter : mignon ton pseudo ! Je suis contente que mon idée d'alliance te plaise, surtout que c'est pas ce qu'on a l'habitude de lire dans les fics Twilight…

Yaya : Ou frangine au choix. Merci pour tous tes encouragements, je sais pas si j'aurais continué cette fic si tu avais pas été là pour me booster et me demander sans arrêt la suite.

Juliet1802 : Tu ne t'attendais pas à avoir un chapitre si tôt n'est-ce pas ? Moi non plus pour tout te dire ! Certes, il y a plus d'actions dans ce chapitre, mais il y en aura encore davantage dans le prochain (une lectrice que je ne nommerai pas du nom de Gudulette m'a demandé du sang, mais bon ma fic c'est pas massacre à la tronçonneuse non plus !)

Tatadomi : je te remercie pour tous tes compliments, je suis contente que ma fic te plaise tant. Je reconnais volontiers qu'elle est tirée par les cheveux à certains moments, je t'avoue que je l'ai écrite au fur et à mesure sans penser à la suite ni au dénouement. A la base ça devait être un simple OS Bella/Jacob…

Juliette89 : waouh, t'as repris le nom de mon personnage comme pseudo !! ok ok j'arrête de dire des conneries. Bon arrêtes de pleurer, ce chapitre n'est pas l'avant-dernier finalement. Pour le happy end… est-ce que la mort de Bella et Edward qui vire gay avec Flavius est considéré comme tel ? (bon je connais déjà ta réponse : oui s'il y a du SM ! Sacré Juju va !) En tout cas je te fais un énorme bisou tout poisseux, car tu es l'une de mes plus ferventes supportrices et je t'en suis vraiment reconnaissante.

Missmoss : toi aussi tu es toujours fidèle au poste. Ahlala ça commence à dater nos délires sur Allociné (petite larmichette à l'œil) En tout cas, ta review m'a fait extrêmement plaisir, c'est un super compliment que tu me fais là ! Merci !

Twilightstory01 : Je t'avoue que ce n'est pas tant ma vie quotidienne qui m'a fait lâcher cette fic, c'est surtout ma flemmingite aigue et mon manque de motivation (et aussi parce que j'ai une autre histoire en parallèle qui me trotte dans la tête depuis des mois et que j'ai décidé d'écrire). Mais j'aime finir ce que je commence donc me revoilà malgré tout ! En tout cas, merci pour ton support, je suis contente que tu aies décidé de rester jusqu'au bout, en espérant que tu ne changes pas d'avis après avoir lu ce chapitre !!

Bon trêve de papotage, voilà la suite !!

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En voyant la silhouette anguleuse du château qui se prédécoupait dans le ciel nuageux, une sensation de froid me parcourut l'échine et je sentis les battements de mon cœur s'accélérer. C'était ici que mon destin se scellerait. Ici que je retrouverais un sens à ma vie… ou bien que je mourrais. Mais plus que tout, c'était ici que je reverrai Edward. Et cela seul comptait.

Une brise légère se leva. Au dessus de ma tête, les feuilles des arbres se mirent à onduler doucement à mesure que le vent s'infiltrait dans les branches. Je fermai les yeux un instant et tentai de faire le vide dans mon esprit. J'avais toujours aimé écouter le sifflement du vent dans les arbres, et c'était peut-être la dernière fois que je l'entendais. Je pris une profonde inspiration et disséquai les différents parfums qui emplissaient l'air : herbe fraichement coupée, terre détrempée, sève de sapin… toutes les effluves de la nature semblaient s'être réunies pour me faire un ultime adieu. A cette pensée, mon cœur se serra. Peut-être vivais-je là mes derniers instants. Une mélancolie amère me gagna et une boule me monta à la gorge. Mes épaules me parurent bien frêles soudain, en comparaison du fardeau que j'avais choisi de porter. Si j'étais restée avec Jacob, je serais probablement en sécurité à la Push à cette heure-ci, sans doute en train de rire avec mes amis loups dans la maison d'Emily. Mais j'avais choisi un tout autre chemin, un chemin dangereux qui débouchait sur un avenir incertain. Malgré tout, je ne parvenais pas à regretter ma décision. L'amour que je portais à Edward était ma raison d'être, et sans lui la vie ne valait tout simplement pas la peine d'être vécue. Une main se posa précautionneusement sur mon épaule, me ramenant à la réalité, et j'ouvris les yeux.

« Bella ? Ca va ? » me demanda Flavius d'une voix compassée.

J'opinai faiblement, déterminée à ne pas laisser la peur me gagner et émousser ma détermination.

Flavius posa sa main dans le creux de mon dos et me guida vers les hautes grilles d'entrée du château. Mes jambes me portèrent difficilement jusque là, et si Flavius ne s'était pas trouvé à mes côtés, j'aurais sans aucun doute fait demi-tour tellement j'avais la frousse. Tandis que mon compagnon activait l'ouverture automatique des grilles, je jetai un furtif coup d'œil par-dessus mon épaule en pensant à Carlisle, Jasper et Marcus. Ces derniers se cachaient quelque part dans la vaste forêt qui entourait le château, prêts à frapper. Flavius et moi n'étions rien d'autre que des instruments destinées à détourner l'attention d'Aro et de ses acolytes.

Nous marchâmes côte à côte en silence jusqu'à la petite cour intérieure du château. Il me semblait que des siècles s'étaient écoulés depuis la dernière fois que j'étais venue avec Carlisle. Jamais je ne me serais doutée alors que je reviendrai si vite… et accompagnée de Flavius. Je jetai un coup d'œil vers mon compagnon. Le visage de ce dernier n'exprimait rien d'autre que de la sérénité, et je ne pus m'empêcher de me demander combien de siècles il lui avait fallu pour parvenir à un tel niveau de maitrise de soi. Car le calme qu'il affichait n'était qu'un calme d'apparence, seul un sot ou un inconscient serait resté tranquille dans de telles circonstances. Et Flavius n'était ni l'un ni l'autre. La décision qu'il avait prise de nous aider lui coûtait beaucoup, c'était certain. Je devais bien avouer que je l'admirais pour son altruisme, et je comprenais sans mal pourquoi Carlisle s'était lié d'amitié avec lui. Surpris par l'insistance de mon regard, il se tourna vers moi. J'ébauchai un sourire gêné et baissai les yeux, à la fois impressionnée et embarrassée.

Nous atteignîmes, trop vite à mon goût, la lourde porte du vieux château. Deux Volturis montaient la garde devant, et je me tassai sur moi-même, effrayée, en voyant leurs mines patibulaires. De toute évidence, Aro sélectionnait ses hommes selon leur degré de malveillance. Mais ils ne se soucièrent pas de moi, à vrai dire, ils m'ignorèrent même complètement. En revanche, ils saluèrent Flavius avec déférence et ouvrirent les portes afin de le laisser passer. Je haussai les sourcils, surprise de leur manque de curiosité à mon égard. Tout paraissait trop facile.

Nous nous engouffrâmes dans un large corridor plutôt sobre et débouchâmes dans une vaste pièce joliment aménagée. Lambris ornés de dorures et toiles de maitre tapissaient les murs, et des lustres de cristal colossaux étaient accrochés au plafond. Hormis un large fauteuil en soie bleu roi brodé de fleurs de lys et quelques antiques et imposantes commodes disposées contre les murs, la pièce était complètement vide. C'était sans aucun doute la salle de réception. Je n'eus pas le temps de m'attarder davantage à ma contemplation de la décoration car des bruits de pas résonnèrent dans le couloir. Je sentis le sang battre dans mes tempes et une désagréable sensation de froid envahit mon corps. Je déglutis péniblement, tentant une nouvelle fois d'évacuer la boule qui m'oppressait la gorge, en vain.

« Tout va bien se passer, » me chuchota Flavius d'une voix qui se voulait rassurante. Mais je n'étais pas dupe. A mesure que le temps s'écoulait, je considérais de plus en plus notre mission sauvetage comme une mission suicide.

« Ah Flavius ! » s'écria une voix qui me glaça le sang. « Mais qui m'amènes-tu là ? Ne serait-ce pas cette chère Bella ? »

Je me forçai à affronter Aro du regard et me tournai vers lui. A ses côtés se tenait sa garde personnelle, les terrifiants Felix et Demetri. Ils me dévisageaient tous deux avec animosité. Je réprimai un frisson et relevai le menton, je devais jouer mon rôle, ils ne devaient rien soupçonner.

« Je l'ai croisée alors que j'étais parti chasser en ville. Mais j'aime mieux la laisser te raconter elle-même toute l'histoire. Je pense que ça va te plaire, » répondit Flavius d'un air faussement détaché.

L'impérieux vampire tourna alors son visage blafard vers moi.

« Aro, » saluai-je d'une petite voix. « Je… » j'hésitai un instant sur les mots à employer. Je devais à tout prix paraitre crédible, ce qui n'était pas chose aisée étant donné mes piètres talent d'actrice. « Vous souvenez-vous de la proposition que vous m'aviez faite, à Volterra ? » articulai-je lentement.

Comme nous l'avions espéré lorsque nous avions fomenté notre plan, une lueur d'avidité alluma immédiatement ses yeux voilés. Il s'avança de sa démarche indolente vers le fauteuil de soie, releva les pans de sa cape, détail presque absurde en une pareille situation, et s'assit avec une grâce stupéfiante.

« Je m'en souviens, » déclara-t-il finalement.

« Et… est-elle toujours d'actualité ? » lui demandai-je en tentant de paraitre la plus convaincante possible.

Il haussa les sourcils, et des plissures barrèrent son front. Je me demandai comment sa peau d'apparence si fragile ne se craquait pas sous la pression de ses rides. Ses lèvres pâles se tordirent en un sourire démoniaque. A ses côtés, ses deux compagnons se raidirent, l'air mécontent, mais je tâchai de les ignorer.

« Et pourquoi ce soudain revirement ? » me demanda-t-il, suspicieux.

Le moment était venu pour moi d'exhiber mes talents cachés –et bien cachés- de dramaturge.

« La vie sans Edward ne m'intéresse pas. Il en a choisi une autre, et je respecte son choix. Néanmoins, je refuse de continuer à mener une existence insignifiante parmi des mortels que je méprise. J'ai été sotte. Je n'ai pas compris sur le moment le privilège que vous m'offriez en me proposant de me joindre à vous. »

Aro croisa ses coudes devant lui et réfléchit un instant. Il devait sans doute penser que je souhaitais les rejoindre uniquement pour retrouver Edward, mais je savais que le pourquoi lui était égal, et que seule comptait la finalité. Je misais sur son avidité et sa soif de pouvoir pour accepter ma proposition.

« Et le fait qu'Edward nous ait rejoint n'a bien entendu rien à voir avec ce subit changement d'avis ? »

« Quelle importance ? » rétorquai-je d'un ton désabusé.

Aro acquiesça.

« Que pense Carlisle de tout cela ? »

« Il n'est pas d'accord avec moi bien entendu, mais à vrai dire je ne lui ai pas laissé le choix. Il doit être dans l'avion quelque part au-dessus de l'Atlantique à l'heure qu'il est. »

Aro fit signe à Demetri de s'approcher et lui chuchota quelque chose à l'oreille. Ce dernier fit une grimace mais ne répliqua pas et sortit à grandes enjambées. A mes côtés, Flavius se tendit, ce qui eut pour effet d'augmenter encore ma nervosité. J'avais le ventre noué, soudain persuadée que ma petite mise en scène n'avait dupé personne. J'osai un coup d'œil vers Felix. Celui-ci avait les yeux fixés sur moi sans ciller. Je me demandai où se trouvaient Jane et Alec. Ils auraient dû être là…

Quelques secondes à peine s'écoulèrent, et Demetri revint, accompagné de Juliette et … Edward ! En me voyant, ce dernier eut un mouvement de recul. L'effroi anima ses traits tandis que son regard allait d'Aro à moi. Je serrai les poings, enfonçant mes ongles dans les paumes de mes mains pour ne pas courir vers lui et le prendre dans mes bras. Juliette alla s'asseoir au pied du fauteuil, un sourire vicieux sur le visage. Elle était encore plus belle que dans mon souvenir, d'une beauté tellement irréelle que c'en était presque douloureux de la regarder. Aro lui caressa les cheveux comme l'aurait fait un père avec sa fille. Cette vision me donna la nausée. Mais maintenant n'était absolument pas le moment pour tourner de l'œil.

« Il faudrait peut-être demander à Edward ce qu'il pense de tout ça, non ? » demanda Aro avec malignité. Il ne prenait même pas la peine de cacher le plaisir pervers qu'il tirait de cette situation.

Edward, qui venait de lire dans les pensées de Flavius, paraissait dévasté. Je le connaissais assez pour savoir qu'il était torturé de me voir risquer ma vie pour le sauver. J'aurais tant voulu le rassurer, lui dire que tout se passerait bien, mais c'aurait été me trahir, nous trahir.

« Tu sais bien ce que je pense, Aro, » rétorqua Edward d'un ton glacial.

Aro soupira bruyamment, et pianota du bout des doigts sur l'accoudoir de son fauteuil afin de marquer son impatience.

« Mais, » ajouta-t-il, « si c'est ce que Bella souhaite, alors je ne m'interposerai pas. Elle est libre de ses choix. »

Je fermai les yeux, soulagée. Edward acceptait de jouer le jeu. Aro se frotta les mains de satisfaction.

« Très bien. Bella, tu es sûre de toi ? » Question purement rhétorique. Maintenant qu'on lui avait mis un tel cadeau sous le nez, il ne laisserait personne le lui reprendre, pas même le cadeau lui-même.

« Oui, j'en suis certaine, » affirmai-je avec conviction.

J'eus à peine le temps de voir Aro se lever qu'un bras glacé emprisonnait ma taille, me paralysant complètement. Non ! Ca ne devait pas se passer ainsi !

« Aro ! Attends ! » s'exclama Flavius soudain.

Il desserra légèrement sa prise.

« C'est à Bella de décider de qui s'occupera de sa transformation. »

J'entendis Aro grogner, mais il me relâcha presque aussitôt. La manœuvre de Flavius ne servait qu'à nous faire gagner du temps en attendant que les autre n'interviennent.

Aro fit volte-face et je me retrouvai nez-à-nez avec lui, plus près de son visage que je ne l'avais jamais été. Comme lors de notre première rencontre, j'eus une soudaine envie de tendre le bras pour toucher sa peau translucide à l'aspect si singulier.

« Bella ? » me demanda-t-il avec impatience.

Son souffle était parfumé mais contrairement à celui d'Edward, il ne m'attirait pas. Sans un mot, je pivotai vers mon amour qui me dévisageait avec anxiété. Il savait que tout cela n'était qu'une ruse bien entendu, il paraissait néanmoins terrifié.

Un rire cristallin éclata soudain dans la grande salle vide, et se répercuta contre les murs lambrissés, me causant la chair de poule.

« Comme c'est amusant ! » s'écria Juliette en tapant dans ses mains. « Edward chargé de transformer sa tua cantante ! Va-t-il résister à son sang ou va-t-il la tuer ? Les paris sont ouverts ! »

Edward la fusilla du regard mais elle l'ignora complètement. Demetri, qui la tenait dans ses bras, s'esclaffa. Cette fois j'en avais la certitude, cette fille était dingue ! Aro laissa échapper un petit rire sournois avant de la réprimander gentiment sur son manque de tact.

« Edward, tu as tout intérêt à ne pas l'abîmer, » commença-t-il. Il n'eut pas le temps de finir sa phrase.

C'est à cet instant que tout bascula. Jane et Alec ouvrirent les lourdes portes à la volée, comme s'il s'était agi de simples fenêtres de PVC, et entrèrent sans cérémonie. Entre les deux Volturis se tenaient Jasper, Carlisle et Marcus. Lorsqu'il les vit, les yeux d'Aro s'agrandirent sous le choc. Mes jambes soudain flageolantes manquèrent de céder sous mon poids, et Flavius m'attrapa le bras afin de m'empêcher de tomber.

« Qu'est-ce que ça signifie ?» s'écria-t-il. « Marcus, pourquoi n'es-tu pas à Volterra ? Il s'est passé quelque chose ? Et que font-ils ici ? »

Il n'attendit pas d'avoir la réponse à ses questions et s'approcha de Marcus. Celui-ci se rebiffa mais en un éclair, Felix fut à ses côtés et il lui attrapa les poignets. Aro posa sa main sur son épaule et ferma les yeux. Son sourire se fana rapidement pour se transformer en un rictus de rage. Carlisle et Jasper, quant à eux, se tenaient bien droit, dignes. Je serrai la mâchoire, m'attendant à une explosion de colère, mais rien ne vint. Aro rouvrit les yeux et retourna s'asseoir dans son fauteuil avec une lenteur exaspérante.

« Bien, bien, bien, » dit-il. « L'heure est à la trahison, je vois. Carlisle, j'aurais dû te tuer quand j'en avais l'occasion, au lieu de ça, j'ai voulu me montrer magnanime et je t'ai laissé partir. Cruelle erreur.» Il prit une profonde inspiration et lorsqu'il reprit la parole, je décelai de l'amertume dans sa voix. « Quant à vous deux… si vous n'êtes pas des tas de poussières aujourd'hui, c'est grâce à moi. Sans moi vous n'êtes absolument rien. Comment osez-vous me tourner le dos ? » Il n'avait pas haussé le ton, mais son visage trahissait sa fureur.

Dans sa rage, il serra l'accoudoir de bois et le brisa. Il le jeta à travers la pièce sans plus de cérémonie.

« Tu as tué ma femme… ta propre sœur ! » s'écria alors Marcus. Flavius, lui, ne bougeait pas.

Aro l'ignora et fit un léger signe de tête vers Jane dont le visage s'illumina instantanément. La seconde d'après, Marcus se tortillait sur le sol en hurlant de douleur. Après tout ce qu'Aro lui avait déjà fait subir, comment pouvait-il encore le torturer ainsi ?

« Non ! » hurlai-je alors.

Les cris cessèrent aussitôt. Jane me dévisagea avec une haine qui me pétrifia d'horreur. Visiblement, elle n'appréciait pas que je l'interrompe dans ses distractions. Elle s'avança vers moi et me décocha une claque magistrale qui me projeta au sol. Je restai un instant groggy, des étoiles blanches me brouillant la vue. Edward se précipita vers moi afin de m'aider à me relever. L'odeur de rouille spécifique au sang vint chatouiller mes narines et je plissai le nez de dégoût. Lorsqu'une goutte tomba sur le plancher de bois, je constatai avec effroi qu'il s'agissait de MON sang. Autour de moi, les yeux des Volturis s'étaient soudainement obscurcis, même Edward semblait lutter contre la soif irrépressible qui lui brûlait la gorge.

Aro se leva et s'approcha de nous. Il nous scruta tour à tour et retroussa ses lèvres fines avec dédain.

« Quel gâchis… Vous auriez été les joyaux de ma cour. Mais je ne peux me permettre de garder deux sujets dissidents avec moi… Juliette ? »

La vampire s'approcha en sautillant et attrapa la main d'Aro.

« Je peux ? » demanda-t-elle avec une joie toute enfantine.

« Amuses-toi, » lui répondit-il sans nous quitter du regard.

Je levai deux yeux inquisiteurs vers Aro. Ainsi mon heure était venue. Mais que voulait-il dire par « amuses-toi » ?

Je n'eus pas besoin d'attendre longtemps pour comprendre le funeste sort qu'elle m'avait réservé. Tandis que Juliette se concentrait sur Edward, les yeux de ce dernier se perdirent soudain dans le vague.

« Non ! » hurla Carlisle avec véhémence. Un coup de poing de Felix le fit taire. Jasper, qui luttait difficilement contre l'odeur de mon sang, tenta de se libérer de l'emprise d'Alec afin d'aller secourir son frère.

Je me tournai vers mes amis et leur adressai un sourire reconnaissant mais résigné. Toute résistance était inutile, et je refusais qu'ils souffrent davantage à cause de moi.

« Ca va aller, » leur affirmai-je d'une voix étonnamment calme et résolue.

Carlisle baissa la tête, anéanti. Lui aussi avait compris que les dés étaient jetés et que nous avions perdu.

Bizarrement, je me sentais profondément détendue, heureuse et détendue comme je ne l'avais pas été depuis longtemps. Toutes ces interrogations qui me torturaient l'esprit n'avaient plus lieu d'être, j'allais mourir, tuée par l'homme que j'aimais. Quelle plus belle mort que de se faire tuer par les propres mains – en l'occurrence dents- de son amour ? Juliette croyait me torturer en choisissant cette mort pour moi, mais elle n'avait rien compris.

Je relevai lentement mes cheveux afin de dégager ma nuque pâle, l'offrant à la merci des dents acérées de mon amour.

« Je t'aime, » lui chuchotai-je à voix basse, tandis qu'une larme s'écoulait le long de ma joue. Je ne m'étais même pas aperçu que je pleurais...

Il s'arrêta un instant. Puis il approcha ses lèvres de mon oreille et me murmura, si bas que j'eus du mal à l'entendre :

« Fais-moi confiance. »

Avant que j'aie le temps de réagir, il plongea ses dents dans la chair moelleuse de mon cou.