(Disclaimer : Les personnages de Final Fantasy 7 appartiennent à Square Enix, mais Telian, Gillian, Yakino, Frongeon, Senki, Amine, Morah et les professeurs et élèves de l'école sont mes créations)
Chapitre 5 :
De nouveaux départs
Elena était seule. Toute seule.
Cette impression de solitude glacée, elle ne l'avait encore jamais ressentie. Elle devait se ressaisir. Elle était une Turk, que diable ! Mais c'était si intense… Quand cela s'arrêterait-il ? Elle avait peur.
Elle se sentait vulnérable face aux ténèbres. Elena courut, courut jusqu'à en perdre la tête.
« Tseng… »
La terreur et les larmes remontèrent dans sa gorge. Elle secoua la tête et ravala son chagrin. Elle était enfermée dans ce cauchemar. Elena sentit soudain ses propres larmes réchauffer ses joues. Elle ferma les yeux et fonça désespérément. Tseng n'était plus qu'un cadavre gisant dans une mare de sang près de la rivière, au bord de la Maison Coquillage.
Elena savait que si elle restait là à supporter passivement la sourde menace qui planait sur elle, elle deviendrait folle.
Au bout d'un long moment, elle l'aperçut. Kadaj. Il marchait au loin. Elena avait cru qu'il la poursuivait par-derrière avec ses frères. Cette rencontre la pétrifia. Elle resta un instant sans bouger. Mais elle se reprit rapidement. Elle avait perdu de vue ses collègues Rude et Reno dans le Cratère Nord, elle avait fui blessée, traînée par Tseng jusqu'à la Cité Perdue. Là, le trio les avait rattrapés puis ces trois argentés avaient réussi à vaincre Tseng. Jusqu'au bout, le Turk s'était battu pour la protéger.
Elena en avait profité pour s'enfuir, mais elle l'avait surtout fait parce que Tseng le lui ordonnait. Puis elle était revenue après une longue heure d'attente toute seule dans un coin de la forêt. Elle avait trouvé son supérieur à moitié mort, Yazoo et Loz le regardant avec un sourire cruel et triomphant. Puis ils avaient aperçu la jeune femme.
À présent, la fuite reprenait. Elena avait mal, elle perdait du sang à sa jambe à cause d'une balle tirée par Yazoo. Mais elle courrait. Mais là, elle le savait, c'était la fin. Kadaj l'avait rattrapée.
« Où est Mère ? » demanda-t-il.
Elle n'eut pas le temps de parler. Le mouvement et la douleur furent immédiats. Elena sentit la lame froide de Souba s'enfoncer dans son ventre avec une rapidité et une violence inouïes. Elle sentit son sang jaillir de la plaie ouverte, et elle cracha un flot de sang noir.
Elena se réveilla et se surprit à porter la main à son ventre pour vérifier qu'il n'était pas blessé. Des mèches blondes collaient à son front ruisselant de sueur.
Ce cauchemar… Elle l'avait déjà fait plusieurs nuits de suite. Pourquoi le refaisait-elle une fois encore ? Cela n'aurait donc jamais de fin ? Kadaj et ses frères étaient morts, après tout !
Mais elle avait des doutes, et Tseng les partageait. Lui aussi avait souffert. Quand ils étaient allés au Cratère Nord récupérer la tête de Jenova, ils n'avaient pas pu s'échapper. Ils avaient vite donné la boîte à Reno dans l'hélicoptère, puis ils étaient restés pour retarder l'ennemi. Mais c'était surtout parce qu'Elena avait été blessée à la jambe, Tseng n'avait pas pu l'abandonner.
Ils avaient été capturés puis torturés par les trois esprits de Sephiroth. Heureusement, lorsque les deux Turks avaient été laissés pour morts près d'Ajit, Vincent les avait trouvés puis soignés. Ils avaient pu rejoindre Edge à temps pour sauver le président d'une chute mortelle.
Depuis que toute cette histoire était finie, Elena et Tseng s'efforçaient de reprendre la vie là où elle s'était arrêtée, mais… ils n'y arrivaient pas. Pourquoi ?
Elena n'y comprenait rien. Elle était une Turk, ce n'était pas la première fois qu'elle se faisait capturer puis torturer par un ennemi ! Les Turks étaient formés pour résister à ce genre de choses.
Mais Elena était aussi une femme, un être humain. Elle pouvait masquer sa douleur, mais pas l'effacer seule.
La jeune femme partit à la salle de bain pour s'asperger le visage d'eau fraîche, puis retourna dans son lit. Elle finit par se rendormir.
Dans la chambre à côté, Tseng l'avait entendue crier, puis se lever pour finalement retourner au lit. Sans bruit, le jeune homme entra dans l'autre chambre.
Elena était allongée sur le lit, vêtue d'une simple chemise de nuit noire. En la voyant, Tseng eut un pincement au cœur. Même dans son sommeil, la jeune femme avait l'air triste et tourmentée. Il se dit que c'était de sa faute. Il avait voulu la sauver au Cratère Nord, mais il n'avait rien pu faire, il avait échoué !
Dépité, il retourna dans sa propre chambre. Caché dans l'ombre du couloir, Reno le regarda rentrer. En d'autres temps, il serait sorti de sa cachette pour taquiner Tseng et crier qu'il avait voulu passer la nuit avec Elena. Mais Reno était quelqu'un qui tenait à son boulot et ses collègues, malgré tout. Et le comportement froid, distant et tourmenté d'Elena et Tseng l'affectait. D'habitude, quand Reno faisait le pitre, Elena lui tapait dessus avec l'air énervé.
Mais depuis qu'elle était revenue, elle se montrait apathique face à ses pitreries. Elle affichait sans cesse un regard froid et ne disait rien, sauf au président, puisque qu'il était son patron. Déjà que Rude n'était pas très bavard ! Tseng, lui, était toujours sérieux, mais là… c'était pire, il avait l'air mort. Ces deux-là semblaient avoir perdu le goût de vivre, ils se forçaient à rester en vie juste parce qu'ils étaient encore en vie.
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Lorsque vint le lundi de la nouvelle semaine, le professeur Sato afficha la liste d'élèves qui monteraient sur le navire et accosteraient sur le continent de Midgar pour tenter de vivre une journée normale parmi les humains.
Toute excitée, Telian courut au port. Elle faisait partie des élèves sélectionnés. Kadaj, Yazoo et Loz étaient du voyage. Depuis qu'ils avaient vu leurs sœurs une ultime fois, il y a six jours, ils faisaient bien moins de cauchemars, il leur arrivait de dormir paisiblement certaines nuits !
Pleine d'entrain, Telian monta sur le pont. Quelques élèves étaient déjà là, occupés à discuter. Comme elle, ils étaient nerveux.
Yazoo et Kadaj firent signe à la jeune fille. Elle les rejoignit. Ils avaient l'air soucieux, bizarrement. Ils lui montrèrent du doigt ce qui les gênait.
Un des élèves, un gros type très grand, se tenait debout à quelques mètres d'eux, et il avait l'air fort gêné. Quelque chose s'accrochait à lui, une chose vêtue de noir, avec une touffe de cheveux roux : Senki. Il se tenait fermement au grand homme et tremblait.
Telian émit un profond soupir. Avoir peur de l'eau comme ça, c'était vraiment pas croyable !
« Dire qu'il vient à peine d'embarquer, on a même pas levé l'ancre ! » dit la jeune fille.
« Oui ! » dirent Kadaj et Yazoo, aussi perplexes qu'elle.
« FERMEZ-LA ! beugla le rouquin. Je suis né dans les montagnes et j'y ai vécu toutes ma vie, je suis un montagnard, pas un marin ! Qu'est-ce que vous espériez ? »
Puis il ajouta, avec un sourire cruel : « Moi, au moins, ma famille n'a pas fini en enfer sous forme d'esprits mauvais ! »
Kadaj parut furieux.
« Sache que nos sœurs n'ont pas fini en enfer, au bout du compte ! »
Senki lui tira la langue.
« Et moi, je dis que si ! Elles y sont allées, si, si ! »
Kadaj retrouva son sourire diabolique. Il fonça sur Senki, réussit à le détacher du gros élève, le souleva à bout de bras et courut vers le bord du bateau.
« CHAUD DEVANT ! » cria-t-il avec un grand sourire farceur.
« AAAAAAAAH ! NOOOOOOOOOOON ! NE FAIS PAS L'IDIOOOOOOOOOOOT ! » hurla Senki.
La voix de Loz retentit, les rappelant à l'ordre.
« Vous feriez mieux de nous aider un peu ! »
Kadaj et Senki parurent gênés. Aider qui ? Parce que Loz portait pratiquement tous les bagages de tous les élèves en pile dans ses bras. Les valises montaient jusqu'au sommet du plus grand mât du bateau !
Loz poussa un soupir : « Je me sens un peu faible, ces temps-ci. »
Kadaj posa Senki au sol et le prit par le col de sa veste.
« Mes sœurs n'ont pas fini en enfer ! »
« Moi je dis que si, cause toujours ! »
Ils se mirent à se bagarrer, ignorant les regards critiques des professeurs et ceux amusés des élèves. Telian haussa des épaules. Au fond, quand ces deux-là se bagarraient, c'était le signe que tout allait bien. Yazoo regardait la scène aussi en souriant, il pensait à peu près le même genre de choses.
Bientôt, on largua les amarres, le navire prit la mer. Les professeurs et les élèves de l'école restés sur la berge de l'île leur firent de grands signes, jusqu'à ce que le bateau soit bien loin.
XxXxXxXxX
« Voilà, vous savez tout », dit Vincent.
Suite à tous ses coups de fil, les membres d'Avalanche s'étaient réunis au 7th Heaven. Chacun avait réagi à sa façon, en entendant la nouvelle comme quoi Telian et le gang de Kadaj étaient toujours en vie : Cloud avait l'air mécontent, Tifa paraissait inquiète, Barret grommelait, Cid tirait beaucoup de bouffées de sa cigarette pour essayer de se calmer, Youfie tournait en rond avec l'air irrité, Cait Sith la regardait avec l'air de quelqu'un qui a le tournis et Nanaki demeurait impassible.
« Mais comment ont-ils pu survivre à la pluie, bon sang ? » dit Barret.
« Telian, sans doute. Elle est liée au pouvoir d'Aéris, ne l'oubliez pas », dit Nanaki.
« Mais pourquoi aurait-elle fait ça ? Je croyais qu'elle était notre amie ! » dit Tifa.
« Mais sa copine Gillian a fini Turk, ne l'oublie pas », dit Cloud.
« Vincent, tu disais que Telian avait l'air de regarder dans le vide à un moment, dit Nanaki. Pourquoi était-elle entrée dans les ruines de ce labo, d'ailleurs ? »
« Je ne sais pas, je n'ai pas pu la suivre. Une espèce de champ de force m'a repoussé. »
Le félin secoua la tête.
« C'est étrange… Je me demande si cela a un lien avec sa nature de Tabhaisaver… »
« Tabhai… quoi ? C'est quoi, ce truc, c'est contagieux ? » dit Cid.
« Tabhaisaver ! C'est le nom que l'on donne aux êtres que la planète invoque pour protéger les Cetras. »
« C'est vrai, je me souviens, Aéris et elle semblaient très liées ! » ajouta Tifa.
« Mais ça n'a pas de sens ! dit Barret. Pourquoi une personne chargée de protéger les Cetras aiderait-elle des esprits de Sephiroth ! »
Personne ne put répondre à cette question.
« Bon ! Si Kadaj et ses frères sont en vie, ils doivent manigancer quelque chose ! Alors on va s'occuper d'eux », dit Cloud.
« Génial ! Où on va ? » dit Youfie.
« On va déjà chercher quelques indices dans les ruines de ce labo », dit Cloud.
« Compris ! Tous à bord et cap sur Wutaï ! » dit Cid, sortant le premier du bar.
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Finalement, le voyage en bateau se passa sans problèmes. Senki se plaignit d'avoir le mal de mer, mais à part ça, tout se passa bien.
Le bateau accosta bientôt sur la berge des grandes plaines herbeuses. Le petit groupe d'élèves mené par Yakino prit le chemin de Kalm. Ils arrivèrent en vue de la ferme de Chocobos.
Telian courut à la barrière de l'enclos regarder les volatiles, suivie bientôt par les autres élèves. La jeune fille avait oublié combien les Chocobos étaient mignons ! Senki préféra rester en retrait. Il gardait un mauvais souvenir de ces bestioles. Après tout, il y avait deux ans de cela, il s'était bagarré avec un Chocobo pour une histoire de légumes.
Soudain, des cris retentirent. Un Chocobo jaune fonçait vers le groupe, l'air affolé. Un enfant était agrippé à son dos et pleurait.
« Ce gamin va se faire renverser ! » cria un élève.
Kadaj bondit sans hésiter, il attrapa l'enfant au vol et atterrit souplement au sol avec lui dans ses bras.
« Tout va bien, tu es sauvé ! » dit-il.
Tout le monde hurla : « KADAJ ! »
Curieux, le jeune homme se tourna vers eux. Qu'avaient-ils à crier son nom ? Quand il comprit : le Chocobo se tenait devant lui, il dressait ses pattes… et il lui donna de méchants coups de patte, tant il avait peur.
Kadaj se plaqua au sol, avec l'enfant sous lui. Un éleveur accourut et attrapa le Chocobo par sa laisse, pour le faire reculer.
« Kadaj… tu es toujours vivant ? » dit Telian.
L'enfant se dégagea de l'étreinte du jeune homme et le regarda.
« Monsieur… est-ce que ça va ? » dit-il d'une toute petite voix.
Kadaj sourit, mais ça ressemblait plutôt à une grimace de douleur.
« Ça va, ça va », dit-il d'une voix étouffée.
L'éleveur l'aida à se redresser.
« Merci d'avoir sauvé mon petit Billy ! Comment puis-je vous remercier ? »
« 200 gils ! » cria Senki.
Telian lui donna un coup sur la tête.
« Eh bien, ça nous aiderait si vous pouviez nous héberger pour la nuit », dit Yakino.
« Ah ! Je vois, vous êtes des voyageurs ! Eh bien, pas de problème ! Enchanté, je m'appelle Erwan. Mais je regrette, je n'ai pas beaucoup de place chez moi, vous devrez dormir dans la grange. »
« Pas de problème, merci beaucoup ! » dit Telian.
Le fermier considéra le groupe. Ils avaient l'air bizarre, tout de même. Une jeune femme wutaïenne très belle, une jeune fille brune, trois hommes assez jeunes aux cheveux argentés, un rouquin, quelques autres adolescents… Il y avait même un gobelin !
Mais tous affichaient un air sympathique, ils ne dégageaient rien de bien menaçant… Et l'un d'eux avait sauvé son fils, il n'allait pas se montrer ingrat, tout de même !
Tous reçurent un repas dans la maison du fermier, puis lorsque vint le soir, ils allèrent s'installer dans la grange. Quelques-uns s'amusaient à fourrager dans le foin et faire des roulades, tandis que les Chocobos chantaient dans leurs étables respectives. Telian sortit prendre l'air.
Elle vit Senki et Frongeon assis près de l'enclos.
« Où est Kadaj ? » dit la jeune fille.
« Il doit être parti jouer avec ce sale morveux ! » dit Senki, l'air boudeur.
Telian s'approcha du gobelin.
« Qu'est-ce qui arrive à Senki ? » demanda-t-elle dans un murmure.
« Quand Senki a voulu jouer avec le petit garçon, celui-ci s'est mis à pleurer en disant qu'il avait une tête affreuse », dit Frongeon.
« Oh ! Oh ! » comprit Telian.
« QU'EST-CE QU'ELLE A D'HORRIBLE, MA TÊTE ! » explosa Senki, en faisant une grimace de fureur.
« Du calme, du calme ! » dit Frongeon en faisant un geste apaisant de la main.
Telian pouffa de rire. Puis elle prit la direction du petit bois près de la ferme. Elle aperçut bientôt Kadaj. Il se tenait face à un Chocobo sur lequel le petit garçon était monté. Le jeune homme tenait la laisse.
« Allons, du calme ! Si tu as peur, ta monture le sentira et tu seras renversé », dit Kadaj.
« Mais… »
« Un peu de cran, voyons ! Ou tu veux que tout le monde se moque de toi, quand on saura que tu ne sais pas monter ? »
« Non, pas question ! J'y arriverai ! » dit l'enfant avec l'air déterminé.
« C'est bien, continue comme ça ! »
Devant cette scène, Telian ne put s'empêcher de sourire. Elle n'avait jamais vu ce visage au jeune homme. Kadaj faisait avancer le Chocobo au pas, sans lâcher la longe, pour que l'enfant commence par trouver un équilibre constant sur sa monture.
Après un moment, la jeune fille s'éloigna en silence et pénétra dans le petit bois, attirée par la mélodie d'un ruisseau. Elle entendait la chanson du vent dans les arbres. La nuit était fraîche, mais pas froide. Il ne lui arriverait rien, elle connaissait la solitude et avait appris à l'apprécier. Pour la première fois depuis bien des jours, elle ne pensa à rien. Elle laissa son esprit se mêler au calme de la nature. Elle ferma les yeux, savourant cette délicieuse sensation de bien-être. Le silence de la nuit l'emportait loin de tous ses problèmes, elle n'avait même plus la notion du temps.
Elle arriva bientôt en vue des marais. La jeune fille eut un frisson en voyant cet endroit. Il était réputé pour les serpents géants qui le hantaient. Telian rebroussa chemin. Elle ignorait que dans l'ombre des roseaux, une créature l'avait aperçue. Une fois de retour, la jeune fille entra dans la grange. Les élèves étaient déjà tous allongés dans la paille. La jeune fille les rejoignit et se trouva une petite place au chaud pour s'endormir.
