Chapitre 4 : Vieux ennemis, vraiment ?
Il avait réussi. Il avait réussi ! Drago regarda le Magenmagot sortir de la pièce. Certains lui adressaient un sourire indulgent, d'autres étaient venus lui tapoter l'épaule en signe de réconfort. Il réprima un sourire narquois. Il avait bien fait de jouer la carte de la sensibilité. Potter le dépassa sans un regard et rejoignit Granger. C'était un peu grâce à elle qu'il s'en était sorti. Cela lui faisait mal de l'avouer mais c'était la vérité. D'ailleurs, il la vit congédier Harry qui sortit en lui décochant un coup d'œil étonné. Il ne restait plus que lui et Granger dans la salle. Il s'apprêtait à rentrer chez lui quand elle l'interpella.
- Hum… Drago ? Tu peux venir une seconde, s'il te plaît ?
Elle avait perdu sa gêne de tout à l'heure. Mauvais signe, ça. Elle allait certainement lui reprocher son hypocrisie du procès.
- Regarde ça.
Elle lui tendait un dossier. Le sien. Drago se pencha pour mieux voir mais il ne voyait rien d'anormal.
- Et alors ? C'est mon dossier.
- Je sais bien, soupira-t-elle, mais lis ça !
Elle savait. Il était en effet indiqué que ce procès avait lieu car Drago revendiquait un poste au ministère mais pas lequel.
- C'est vrai ? demanda Hermione à voix basse.
- Oui, répondit-il après une seconde de réflexion.
- Où voudrais-tu travailler ? Tu as déjà envoyé ta candidature ?
Et ça y est ! Comme s'il allait lui raconter sa vie !
- Je n'ai encore rien envoyé…
Eh mais… Elle pouvait lui être utile ! A nouveau… Elle connaissait bien Potter et s'il parvenait à la convaincre qu'il avait changé et qu'il pouvait être nommé Auror, le boulot était dans la poche !
- Mais j'aimerais beaucoup travailler comme Auror.
- Auror ? Ce serait Harry ton directeur. Tu pourrais l'accepter ? lui fit-elle remarquer avec un sourire narquois.
- Qui te dit qu'il le restera ? rétorqua Drago sur le même ton. Laisse tomber, je blague.
Elle parut attendre une réponse, non sans avoir souri à sa réplique. On dirait vraiment deux vieux amis et non des ennemis, pensa-t-il.
- Ben, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? C'est comme ça, c'est tout.
- Désolée tu as raison, j'ai simplement du mal à y croire. Hum… Je peux te poser une question ?
Il haussa un sourcil.
- Essaie toujours.
- Qu'a dit Bellatrix Black, ce soir-là ?
Hermione sentit sa vision se troubler, embuée par les larmes qui lui montaient aux yeux. Ce n'était pas Drago Malefoy qu'elle avait en face d'elle, mais un témoin. Le seul. Elle avait vu la tante de Malefoy le narguer parce qu'il avait tué Travers. Mais qu'est-ce qu'elle lui avait dit exactement ? Elle avait besoin de savoir. Elle avait le droit de savoir.
- Oh… Je ne me souviens plus tellement… C'était il y a si longtemps…
Hermione avait l'impression qu'il était mal à l'aise.
- Je… Je suis désolée si c'est personnel, ou quoi que ce soit. Simplement… Est-ce qu'elle a parlé de Ron… ?
Là, elle éclata en sanglots. Elle n'était qu'une idiote. Il devait la prendre pour telle et il aurait tout à fait raison, pour une fois. Mais au lieu de cela, il eut l'air affolé. Il tapota maladroitement son épaule et murmura :
- Non… Non… Elle n'en a pas parlé. Je te le promets.
- M…Merci… Je ne suis qu'une imbécile, une vieille folle sentimentale !
- Eh ne t'insulte pas ! Si toi t'es vieille, comme j'ai le même âge que toi, j'avoue que ce n'est pas très flatteur !
Hermione ne put s'empêcher de rire. C'était un compliment, surtout de la part d'un Malefoy. Elle regarda sa montre.
- Bon, je te remercie, mais je vais y aller, j'ai encore du travail pour aujourd'hui.
- Euh… d'accord, mais avant j'aurais une faveur à te demander.
Une faveur ? Un Malefoy lui demandait une faveur ? Il avait bel et bien changé, même si ce n'est que dans sa façon de manipuler.
- Essaie toujours.
- Eh bien… Je suppose que Potter ne serait pas très heureux de me voir entrer au Bureau des Aurors… Tu n'aurais pas un moyen de passer, sans aucune… disons… discrimination ?
Hermione réfléchit un instant. L'idée lui vint, tellement simple.
- Pourquoi tu ne serais pas Auror au Département de la Recherche des Anciens Mangemorts ? Tu n'aurais pas besoin de passer par Harry !
- J'y réfléchirais.
- En plus, tu es bien placé pour avoir des renseignements dessus !
- Merci, mais je n'aime pas trop qu'on parle de ça. Je veux me refaire une nouvelle vie.
- Désolée… Bon là, il faut vraiment que j'y aille !
Elle lui adressa un regard désolé et sortit de la salle d'audience. Ah là là ! Qui l'eut cru ? Elle avait discuté avec Malefoy, elle avait même ri avec ! Sans parler qu'elle avait carrément proposé de travailler avec elle ! Non, enfin, pas vraiment, elle avait juste trouvé un poste où Harry ne pourrait pas refuser Malefoy et même s'il influait sur le responsable de ce Département, elle avait autant de poids que lui et rétablirait l'équilibre. Qu'est-ce qui lui avait pris également de parler de Ron, un sujet toujours très sensible ? Elle se souvint de la réponse du blond. On aurait dit qu'il lui cachait quelque chose. Qu'il mentait. Impossible, il avait promis que non. Elle réprima un rire nerveux : depuis quand une promesse de Malefoy avait-elle de la valeur ? Hermione se promis de lui tirer les vers du nez dès qu'elle en aurait l'occasion. La curiosité la tenaillait à présent, mais elle se maîtrisait. Elle avait trop de travail aujourd'hui pour s'occuper de ce genre de fantaisie ! C'est donc avec détermination qu'elle traversa le couloir vide pour prendre l'ascenseur qui menait à son bureau.
Drago regarda Granger partir, songeur. C'était très bizarre, cette gentillesse soudaine… Peut-être qu'elle se servait de lui autant qu'il se servait d'elle ! Mais bon… Après tout, c'était donnant-donnant, non ? Il ne savait pas ce qu'elle avait en tête, mais il se promit de la surveiller de près. Il avait déjà fait trop d'erreurs aujourd'hui… Comme la réconforter tout à l'heure ! Il se trouva tout de même une excuse : c'est parce qu'elle venait de parler de Bellatrix et de ce qu'elle avait dit quand Weasley est mort. Il ne se rappelait réellement plus tellement, mais quand Miss-je-sais-tout avait craqué, il s'en était brutalement souvenu comme dans un flash. Sa tante avait menacé de la tuer juste après lui. Apparemment, elle n'était pas arrivée à ses fins, sans doute stoppée par la folie vengeresse de Mrs Weasley. Et cela, il ne pouvait pas le dire à Granger, elle se serait moquée de lui, car il avait fallu l'intervention de sa mère pour qu'il soit toujours là… Il y avait une autre raison… Il fouilla dans sa mémoire. Soudain, il se retrouva comme transporté cinq ans en arrière pendant la
bataille de Poudlard. Il revit tout. Weasley mort, son hésitation temporaire, le sang de Travers coulant sur la pierre froide, Bellatrix le narguant en pointant sa baguette vers lui et vers Granger… Ça y est ! Voilà pourquoi il avait caché à la jeune brune ce que la fidèle Mangemort avait pour dessein. Il avait honte en y repensant. Un sentiment de colère inexplicable bouillonnait en lui lorsque la scélérate avait annoncé l'assassinat prochain d'Hermione… de Granger, pardon. Il aurait mieux fait de ne pas ressortir ce souvenir… Il n'allait pas pouvoir tenir face à elle la prochaine fois ! Mais quelle honte, quelle honte ! Il n'était pas question que cela se sache ! Plutôt mourir… En attendant, il allait sortir d'ici… Drago quitta la salle d'audience, songeur et ne vit pas Potter qui l'attendait, le heurtant de plein fouet.
- Eh, doucement Potter !
- Si tu touches à un seul cheveu d'Hermione, tu auras affaire à moi, lui dit-il menaçant.
- Du calme ! Tu ne crois pas que si j'avais voulu l'agresser, je l'aurais fait maintenant ?
- Bien sûr dans l'enceinte du ministère… Je te croyais plus malin, Malefoy. Allez, file, que je ne te revoie plus ici !
- A ce que je sache, le ministère est un lieu public. Non ?
Sans laisser le temps à Potter de répliquer, il s'éloigna d'un pas traînant, assez lentement pour ne pas avoir l'air de lui obéir. Granger avait raison. Il ne pourrait pas supporter de devoir se plier aux ordres de Potter. Quel département lui avait-elle proposé ? Ah oui, le DRAM… Intéressant… Il pourrait rapidement monter en grade au vu de ses connaissances sur ses anciens… mentors. Sa haine envers Potter était si flamboyante qu'il décida de monter tout de suite demander les papiers pour sa candidature. A nous deux, Potter !
