Chapitre 5 : Tentative avortée
Hermione lisait les dossiers en attente. Elle avait besoin de faire une mise à jour de chacun au moins une fois par mois. C'était un travail difficile mais très utile, qui avait permis l'arrestation de quelques Mangemorts déjà. Mais elle posa brutalement sa plume et se prit la tête entre les mains, les coudes posés sur son bureau. Elle se sentait faible, maladive sans pouvoir en définir la raison. Pleurer, elle avait envie de pleurer… Mais la jeune ex-Gryffondor se leva, refusant de se laisse abattre. Elle allait prendre l'air, cela lui ferait du bien. On pouvait dire que ce procès l'avait éprouvée ! A peine cinq minutes qu'elle en revenait, elle était déjà lasse. Elle passa devant sa secrétaire qui la dévisagea l'air inquiet, mais ne dit rien, puis ouvrit la porte qui menait au couloir. Personne… Hermione la referma et respira profondément. Elle se sentait déjà mieux, mais, sans préavis, elle éclata en sanglots. Ron… Pourquoi tu m'as abandonnée ? Elle s'en voulut aussitôt de cette pensée car il s'était sacrifié pour la sauver. La lionne inspira une nouvelle fois, les yeux fermés, mais les sanglots, incontrôlables, s'emparèrent d'elle. Elle allait remonter dans l'atrium, vers l'air libre, mais sa vision, considérablement réduite, la trahit et elle se cogna violemment contre un jeune homme. Se retrouvant à terre, elle s'appuya le dos contre le mur, incapable de se relever, et pleura comme elle n'avait jamais pleuré, discrètement, silencieusement, mais abondement.
Drago était sorti de l'ascenseur, plongé dans ses pensées, et ne vit pas la jeune sorcière qui lui fonçait dessus, jusqu'au moment où il ressentit une vive douleur sur son torse. Eh bien ! Décidemment, c'était le jour ! D'abord Potter, puis…
- Granger ?
Il vit tout de suite que quelque chose n'allait pas. Elle l'inquiétait. Sérieusement. Il ne l'avait jamais vu dans cet état, et elle lui faisait presque pitié. Son regard oscilla entre la porte du bureau du Département de Recherche des Anciens Mangemorts, en face de celle du bureau de Granger, et Granger elle-même acculée contre le mur, versant toutes les larmes de son corps. Il soupira. Tout Serpentard qu'il était, il aurait tout de même été inhumain de la laisser ainsi. Drago s'agenouilla à côté d'elle et lui posa une main sur son épaule droite. Elle frémit doucement mais ne réagit pas autrement. Il la secoua légèrement.
- Hé… Hé… Granger…
Elle ne semblait pas l'entendre. Il continua :
- Hermione ?
Là, elle sursauta violemment et murmura « Harry ? » avant de lever les yeux vers lui. En le reconnaissant, elle en resta pétrifiée, ce qui l'agaça :
- Non, je suis désolé, ce n'est pas Saint-Potter, mais je peux tout de même savoir ce qui t'arrive ? Je t'ai donc fait si mal ?
- Plus que tu ne le penses.
Abasourdi, il lui demanda des explications.
- Non, ce n'est rien Malefoy, simplement tu me rappelles Ron…
- Ah non, tu ne vas pas recommencer à pleurer ? D'ailleurs, je lui ressemble tant que ça ? demanda-t-il en inspectant, avec une moue dégoûtée, la couleur de ses cheveux.
Granger fut parcourue d'un rire nerveux avant de se ressaisir.
- Bon je vais retourner travailler.
- Quoi ? Mais tu m'as l'air complètement épuisée ! Ils pourront se passer de toi pour aujourd'hui !
Voyant que cela ne convainquait pas son interlocutrice, il lui lança :
- Tu ne peux pas t'arrêter de penser travail pour une fois dans ta vie ? Tu es une femme, pas une machine !
En fait Drago cherchait à l'éloigner de son bureau simplement pour pouvoir prendre ses papiers sans qu'elle ne le voie et ne lui fasse un air hautain du genre « Tu vois, j'avais raison ! ». Elle acquiesça d'un air abattu et rassembla des forces pour transplaner. Soudain, il eut un mauvais pressentiment et attrapa le bras de Granger au moment où elle disparaissait. Il ouvrit les yeux, doucement, pour s'habituer à la clarté crue du soleil. Il se trouvait dans un cimetière. La jeune femme ne remarqua même pas sa présence et se jeta directement sur une tombe. Celle de Weasley. Il se prépara à retourner au Ministère, au moment où il la vit faire apparaitre un poignard qu'elle brandit bien haut avec ses deux mains. Une seule et unique larme coulait sur sa joue mais son regard était déterminé.
Drago, muet d'horreur la regardait faire, impuissant. Non, pas entièrement ! Il lui avait sauvé la vie et subi le courroux de sa tante et ce n'était pas pour que cette ingrate se suicide ! De plus le boulot qu'il espérait tant lui échappait sous le nez et Potter l'accuserait sans aucun doute du meurtre d'Hermione.
- Expelliarmus.
Hermione, les yeux fermés se préparait à se donner le coup fatal qui mettrait fin à sa douleur. Il n'y avait personne ici qui pourrait la retenir. Elle avait été touchée par le geste de réconfort de Malefoy et décida de lui accorder une dernière parole.
- Je te pardonne Drago Malefoy, dit-elle en sentant le couteau lui échapper des mains.
D'abord surprise, puis furieuse, elle se retourna pour retrouver devant elle un Drago Malefoy, visiblement ébranlé, tenant son poignard d'une main et sa baguette de l'autre.
Folle de rage et un peu honteuse, elle hurla :
- Rends-le-moi !
- Il n'en n'est pas question. Où est passée la courageuse Gryffondor qui m'a assommé en troisième année ?
Il semblait avoir retrouvé tout son aplomb et il lui léchait les bottes à présent. Pourtant, elle aussi se demandait où était passé cette Hermione là…
- Réfléchis enfin ! Tu crois qu'il s'est sacrifié pour que tu meures ensuite ? C'est bien mal le remercier !
Hermione s'arrêta stupéfaite, et dut s'avouer qu'il avait raison. Cependant, une idée folle naquit dans son cerveau désespéré.
- Je suis une sorcière, tu n'en doutes pas…
Elle ignora son sourire narquois qui suggérait que si, justement, il en doutait.
- Donc je peux faire apparaître un autre poignard…
Il leva les yeux au ciel.
- On peut dire que tu es butée !
- Attends… Ce qui signifie que je peux me tuer tout de suite, là, maintenant. Mais je ne le ferai pas, à une condition.
Comme il ne répondait pas, elle continua ne sachant pas vraiment si elle préférait que Malefoy exauce son souhait ou non.
- Dis-moi ce qu'a dit Bellatrix Black, mariée Lestrange, quand il est mort ?
Le doigt pointé sur la tombe, elle le fixait durement.
- Non ! Il en est hors de question.
- Très bien.
Elle fit de nouveau apparaître un poignard, plus long, plus tranchant que le précédent.
- Mais quelle tête de mule ! C'est personnel.
- J'ai le droit de savoir.
- Elle n'a pas parlé de Weasley.
Hermione leva son poignard.
- C'est la vérité ! Par contre, elle a parlé de toi.
Stupéfaite, Granger lâcha l'arme. Il avait réfléchi très vite au moyen de s'extirper de cette situation, à ce chantage ignoble. Il suffisait simplement de ne lui dire qu'une partie de la vérité. Après tout, elle n'avait demandé que les paroles de sa tante, pas ses pensées à lui ! Si elle insistait, il lui dirait qu'il avait rempli sa part du contrat, à elle de remplir la sienne. Y a intérêt à ce que le poste soit bon ! Il commençait à regretter de s'être laissé embarquer dans cette affaire. Maintenant, il n'avait plus le choix. La voix de celle qui l'avait innocenté parvint à ses oreilles :
- Quoi ? Moi ? Mais pourquoi ?
A lui de profiter de la situation. Serpentard jusqu'au bout des ongles !
- Bon écoutes, je ne te le dirais qu'à condition que tu trouves un moyen de me faire engager.
- D'accord, acquiesça-t-elle sans la moindre hésitation.
Ne se laissant pas déstabiliser, il la prévint.
- Prête à supporter des années de malheur ?
- Oh toi aussi tu devras me supporter, ne te fais aucune illusion là-dessus !
Un silence s'installa.
- Je t'écoute, Malefoy.
Avec un soupir, il lui raconta tout, sauf évidemment ses pensées. Pas question de perdre la face ! Quand il eut fini, il contempla la tombe de Weasley. Il se demanda s'il y avait quelqu'un dans la vie de Granger. Sans doute pas à en juger ses larmes et sa tentative de suicide. Il détourna son regard sur elle et l'observa attentivement. Il devait tout de même reconnaître qu'elle avait du charme… Drago, horrifié par ses propres pensées, secoua la tête comme pour les chasser. Granger réfléchissait à ce qu'il venait de lui raconter et n'avait pas la moindre idée du désordre qu'elle venait de provoquer chez le jeune homme.
- Eh bien, je suppose que je devrais te remercier, toi… et ta mère.
Il crut d'abord qu'elle se moquait de lui, mais ne décela aucune trace d'ironie. De même, les pleurs et la fatigue s'étaient envolés.
- Il faut que je m'occupe à présent de tes papiers. Tu viens ?
- Attends Hermione, dit-il en appuyant bien sur son prénom, est-ce que tu me pardonnes réellement ?
Il devait la mettre en confiance pour gagner du respect et que le nom Malefoy redevienne le plus craint d'Angleterre. Mais il y avait autre chose et il ne sut dire quoi. Bah… Aucune importance ! En attendant, elle le jaugeait du regard.
- Je… Je ne sais pas… Poudlard est désormais du passé pour moi et je dois aller de l'avant. Disons juste que je te laisse une chance de recommencer à zéro. Mais n'en profites pas car j'ai tout de même une bonne mémoire !
Il dut se faire violence pour ne pas sourire. Elle aurait pris cela pour une provocation… Il en avait assez à la fin ! Toujours chercher les bons mots, ceux qui ne blessaient pas… Drago se surprit à plaindre ses ancêtres, ceux qui avaient apporté la renommée au nom de Malefoy. Il vivait actuellement la même chose.
- Merci, murmura-t-il.
- C'est moi qui te remercie. Au fait, un détail. Tu devras attendre devant le bureau du directeur du DRAM, pour que je puisse t'arranger quelque chose.
- Ah, bravo la corruption au Ministère !
Elle rougit mais fit mine de ne pas l'avoir entendu. Drago sentit la jeune femme lui agripper le bras et ils transplanèrent.
Hermione se dégagea rapidement de Malefoy. Elle lui avait pardonné, mais pas au point de faire ami-ami avec ! Il restait Drago Malefoy ! Mais elle avait horreur des préjugés, étant elle-même victime, et c'est pour cela qu'elle allait donner une seconde chance au blond, même s'il était rempli de clichés jusqu'au cou. De plus, il l'avait sauvée. Non pas une, mais deux fois. Elle se rendait compte à présent combien elle avait été idiote de vouloir se donner la mort quand on lui avait offert la vie. Pourtant, quelque chose la tracassait. Pourquoi Bellatrix voulait-elle associer sa mort à celle de Drago ? Simplement comme bouc-émissaire certainement. Elle entra dans le bureau de Mr Laudator, directeur du Département de Recherche des Anciens Mangemorts.
- Attend-moi ici, s'il te plaît, dit-elle à Drago.
Quelques minutes plus tard, elle en ressortit, folle de rage. Hermione claqua la porte avec violence et haleta de fureur devant un Malefoy passablement éberlué.
- Toi, tu viens dans mon bureau !
Il la regarda l'air soucieux mais ne fit aucun commentaire, au grand soulagement de la jeune juge. Sans un mot, ils avancèrent vers le Département de la Justice Magique. Hermione demanda alors à sa secrétaire de ne laisser entrer personne tant qu'ils n'auraient pas fini. Celle-ci haussa les sourcils, les regardant d'un air entendu avec un sourire bienveillant. Mais sa patronne lui lança un regard glacial qui devait signifier « N'y penses même pas ! ». Elle avec Malefoy ? Il ne fallait pas exagérer ! Il y a une limite à tout ! Elle fit asseoir le jeune homme en face d'elle après avoir soigneusement fermé la porte et lancé un sortilège d'insonorisation. La discussion pouvait commencer.
