Je relevais la tête, devant mes yeux se battaient entre eux des minuscules points noirs et des milliers d'étincelles. Elles tournoyaient et s'entrechoquaient. Mes oreilles sifflaient, et dans ma tête retentissait cinq notes. Les cinq plus belles notes qui m'eus été donné d'entendre. Elles tournaient en boucle cherchant désespérément leur continuité. Je connaissait la suite je le savais, et pourtant au fil des secondes cette suite disparaissait de plus ne plus. Je devait m'en souvenir je le savais, mais c'était impossible. Cinq notes c'est tout ce que j'avais en ma possession, rien d'autre, le néant.
Mes yeux s'emburent de larmes, j'aurais voulu replonger dans un profond sommeil, ne mettre jamais réveillée. Qu'est ce que ça aurait changé après tout.
- Excuse moi.
C'est trois mots retentirent à mes oreilles comme un appel vers la sortie. Elle était là mon issue de secours, ma seule issue pour fuir mes pensées chaotiques. Mais mon souffle court et ma vue obscurcie m'empêcha de répondre à cet appel. En guise de réponse je laissais tomber ma tête sur une épaule mystérieusement dure et froide. Des larmes me montèrent aux yeux, mais je les refoulaient, ne pas pleurer, les pleurs étaient inutiles. Toutes les supplications du monde ne me rendraient pas ce que je désire, ma mémoire.
Deux bras m'entourèrent, comme si une muraille s'était crée autour de moi. Je me laissais sombrer, apaisée.
Quand je m'éveillais à nouveau deux yeux dorés me fixaient, accablés d'une expression sans pareille. Pourquoi me regardait on avec cette expression là? Pourquoi me regarder lui faisait-il si mal? Je forçais mes lèvres à faire un sourire timide. Les points sombres et lumineux avaient disparus, ainsi que les sifflements dans mes oreilles. Il ne restait plus que le vide en moi et cette frustrante impression que mes souvenirs étaient à portés de main sans que je puisse les atteindre.
Edward se redressa, ses traits s'apaisèrent, il serra sa main et me souris.
- Tu vas bien?
J'acquiesçai, et lui rendit son sourire plus sûre de moi en sa présence.
Il releva soudainement la tête, comme s'il avait entendu quelque chose que je n'aurais pas pu entendre. Je regardais son visage à contre jour, entouré d'un halo de lumière. Il soupira, inclina la tête quelques instant puis la releva l'air résigné.
- Quelqu'un désire te voir.
- Qui? Les questionnais-je étonnée.
- Jacob.
J'analysais ce prénom essayant de me souvenir à qui il pouvait correspondre. Jacob... J'écarquillais les yeux, ce souvenir me revint soudainement, Jacob, mon soit disant petit ami qui avais été expulsé de ma chambre d'hôpital par Edward. Je l'avais complétement oublié, à croire que même les connaissances que j'amassais maintenant n'était pas acquises pour de bon. Que pouvais t-il me vouloir? Je cherchais le regard d'Edward et lui demanda une fois mes yeux dans les siens.
- Pourquoi?
Soudain une question bien plus importante me vint à l'esprit.
- Comment le sais tu?
Le regard d'Edward montra un certain désarroi.
- Je l'ai entendu parler à Carlisle.
Même si je n'avais personnellement rien entendu cette réponse me satisfaisait. Je m'extirpais des draps et reprenais possession de mes jambes. Je me dirigeais vers la porte tirant sur la main d'Edward pour l'entrainer à me suivre. Je le sentais hésitant mais il ne m'opposa aucune résistance. Nous descendîmes au rez-de-chaussée.
Effectivement Jacob était sur le seuil de la porte, je ne me souvenais pas qu'il était aussi grand et imposant. Je lâchais la main d'Edward, m'avançant jusqu'au grand brun nonchalamment appuyé sur l'encadrement de la porte. Il me lança un sourire qui avait une saveur familière. Je n'aurais pas su dire pour quelles raisons mais ce sourire imposa en moi une confiance sans limite.
- Tu viens te promener avec moi? Demanda t-il d'une voix assurée.
Je me retournais vers Edward hésitante. Mais ses traits étaient inexpressifs et ne m'offraient aucune réponse. Je le fixais un instant espérant qu'il puisse comprendre mon hésitation et m'aider à prendre un décision. Pour toute réponse il tourna la tête sur la droite et l'inclina légèrement. Devant ce manque d'intérêt soudain j'attrapais ma veste suspendue au porte-manteau, enfilais mes chaussure et sortis à la suite de Jacob. Le soleil était à son zénith et m'éblouissait. Il n'y avait pas un seul nuage et j'eus besoin de quelques secondes pour m'habituer à cette soudaine luminosité. Une fois ma vision retrouvée je jetais un dernier regard à Edward toujours immobile dans l'escalier. Quelque part se manque d'intérêt me blessait, je n'en ai toujours pas trouver la cause mais son approbation comptait plus que tout pour moi. J'hésitais encore entre faire demi tour et suivre Jacob. Faire demi-tour et me réfugier auprès d'Edward ou suivre Jacob, m'exposer au monde extérieur et avoir une chance supplémentaire de reconquérir ma mémoire perdue.
Je le suivais et le vis s'avancer vers sa voiture. Je le regardais, incrédule, j'avais quelques difficultés à monter à l'avant d'une voiture depuis mon réveil. Voir la route défiler à toute vitesse devant moi m'effrayait. Lorsque j'étais revenue de l'hôpital avec les Cullen je n'avais pas ressentis cette peur, d'une part parce que j'étais à l'arrière et que la conduite d'Emmet etait douce, mais aussi parce qu'Edward avait fermement tenu ma main durant tout le trajet.
Luttant contre mon appréhension je montais quand même dans le véhicule. J'ajustai ma ceinture avec application, persuadée que je devais ma vie à cette ridicule sangle. Jacob s'installa derrière le volant et me dévisagea un instant, amusé. Je jetais un dernier coup d'œil vers la villa Cullen,espérant voir une dernière fois le visage d'Edward derrière une fenêtre ou dans l'encadrement d'une porte, mais Edward avait disparut, peut être que finalement il était indifférent à mon sort.
La voiture démarra et Jacob s'élança sur la route, lorsqu'il m'avait parlé de promenade je pensais plutôt à une promenade du genre à pied.
- Où vas t'ont? Demandais-je tendue.
- Dans la forêt.
- Mais... Il y en a partout de la forêt. Pourquoi prendre la voiture.
Je serrais ma main de plus en plus fort sur la ceinture de sécurité, comme s'il s'agissait de ma seule chance de survie possible lorsque nous serons éjectés de la route au prochain virage. Je remarquais que lui n'étais même pas attaché, je voulais lui faire la remarque mais il parla avant que je puisse ouvrir la bouche.
- Tu n'es toujours pas à l'aise en voiture hein? T'inquiète pas, on va pas très loin. Je vais rouler moins vite.
En effet le véhicule ralentis, me rassurant un peu. A présent j'avais le temps de regarder plus précisément le paysage, fixer mon regard d'arbre en arbre m'aidait à trouver mes repaires.
- En fait, je t'emmène à la réserve, on va aller voir des endroits que tu connais. Peut être ça t'aidera.
Jacob était concentré sur la route, une moue triste se forma sur son visage, il semblait perdu dans la contemplation d'anciens souvenirs. Peut être des souvenirs d'on j'aurais fais parti.
- J'ai vraiment envie que tu te souvienne Bella, de moi, de nous.
C'est vrai, il y avait un nous. Pour l'instant cette idée me semblait impossible, mais son visage marqué par la tristesse tendait à me prouver le contraire. J'effleurais son bras du bout des doigts, voulant le réconforter sans pour autant oser. Il tourna légèrement la tête et m'adressa un sourire réconfortant que je lui rendis.
La forêt était de plus en plus épaisse, et la route devint chemin, Jacob roula encore plus lentement, mais tout ces arbres... C'était oppressant, angoissant, j'avais envie de hurler, je me sentais comme prisonnière d'un de ces horribles cauchemars qu'il m'arrivait de faire. Je ne voulais plus de ces arbres, je ne supportais pas l'ombre qu'ils nous apportaient, je voulais le soleil, la lumière me semblait être la seule puissance salvatrice que je connaissais. J'étais persuadée qu'au soleil rien ne peux se cacher, j'avais besoin de ce soleil. Je ne pouvais pas rester la enfermée dans une boite de conserve menaçant de me tuer à chaque seconde. Je plaçais la tête entre mes main comme pour la protéger, et hurla précipitamment.
- Arrête toi!
Jacob freina automatiquement et la voiture s'immobilisa en quelques secondes, non sans déraper sur la terre sèche et les gravillons, accentuant ma peur l'espace d'une seconde. Je me détachais violemment et m'extirpais du véhicule en proie à une angoisse terrible. Le chauffeur sortit lui aussi, e regardant d'un air coupable et inquiet. J'appuyais ma main sur le capot brulant, laissant tomber ma tête en avant pour contrôler mon angoisse et mes tremblements. Jacob s'approcha doucement de moi et passa sa main dans mon coup pour me rassurer. Je sentais mon cœur battre la chamade. Je restais quelques instants ainsi, incertaine que mon état s'arrange. Mais mon rythme cardiaque revint à la normale je relevais la tête.
Nous avions presque atteint la sortie de la foret, devant moi se dressait derrière les arbres l'océan et tout proche une falaise. Sauter de là haut équivaudrait pour toute personne normalement constituée un acte suicidaire. Cependant, je n'étais pas normalement constituée et quelque part au fond de moi j'étais persuadée que sauter de là haut était une excellente idée.
Un plan se créa immédiatement dans ma tête, j'allais demander à Jacob de m'accompagner au sommet de la falaise. Une fois en haut, je plongerais dans l'océan. Aucun risque, puisque mon inconscient criait si fort c'est que j'ai certainement tout intérêt à me jeter à l'eau.
J'attrapais la main que Jacob avait posée dans mon cou.
- Ça va mieux, je suis désolée, je sais pas ce qu'il c'est passé.
Il me serra dans ses bras. Son corps était si chaud, c'était réconfortant, je voulais du soleil, à la place j'avais sa chaleur.
- Jake...
Le visage de Jacob se fendit en un sourire, certainement à cause du « Jake », je ne sais pas pourquoi je l'avais appelé comme ça, ça semblait approprié.
- … Je voudrais... Monter là haut. Murmurais-je en pointant la falaise de mon index gauche.
Jacob acquiesça et m'invita d'un signe de main à reprendre place dans la voiture. J'étais calme mais l'idée de remonter une fois de plus dans ce tas de ferraille à roues me glaçais le sang. Mon but était d'arriver en haut de la falaise, et j'allais y arriver, je me replacer dans la voiture et boucla ma ceinture. Après avoir répondu au regard inquiet de Jacob par un hochement de tête la voiture démarra à nouveau.
Jacob avait mis la radio pour détendre l'atmosphère, un léger sourire se dessina sur son visage, signe que la chansons devait lui plaire. Je ne me souvenais ni du nom de la chanson, ni du groupe qui la chantait, ni du genre auquel elle appartenait. Je me laissais flotter au fil des notes de musiques et de la voix grave du chanteur, chantant sur des sujets qui ne m'étaient plus connus.
Deux chansons plus tard nous étions en haut de la falaise, grâce à la musique le voyage c'était plus présenté comme un moment de détente qu'un moment d'angoisse.
Je sortais de la voiture et m'approchais du bord de la falaise, Jake a une dizaine de centimètre derrière moi. Je regardais tristement les vagues s'écraser sur les rochers. Soudain je doutais sincèrement de mon plan, pourquoi me fierais-je à mon cerveau de toute façon, peut-être que la souffrance mentale qu'il subissait depuis mon accident me donnais des envies suicidaires que je prenais pour un plan génial. J'hésitais.
- Jake, cette falaise, il y a des gens qui saute n'est ce pas?
- Oui.
- Et... moi je l'ai sautée?
Jacob hésita un instant à répondre à ma question, de toute évidence j'avais déjà sauté et j'en étais sortie vivante. Sans lui l'opportunité de répondre, j'enchainais.
- Et... il ne m'est rien arrivée exact?
- Oui mais ça aurait très mal finir.
Je le regardais amusée, je ne doutais pas une seule seconde de son affirmation, en sautant on pouvait se noyer ou s'écraser sur ses rochers effilés le long de la falaise. Le dénivelé était gigantesque, comment avais je pus sauter d'aussi haut. Quelles raisons mon poussée à entreprendre un acte aussi fou. J'étais certainement suicidaire dans une autre vie, je n'avais pas de famille d'après ce que j'avais compris, j'étais certainement rescapée d'un tragique accident qui aurait emporté ma famille sous mes yeux impuissants.
J'abandonnais mes pensées morbides pour me concentrer sur le saut. La dernière fois que j'ai sauter un miracle c'est produit, je suis certaine qu'après avoir plonger j'ai retrouver quelque chose qui m'avait été enlever et que je pensais ne jamais retrouver.
Je reculais, j'allais prendre de l'élan et sauter. Un... Deux... Mon corps s'élança vers le bord de la falaise sous le regard terrifié de Jacob qui n'eut cependant pas le temps de me rattraper. Une fois mes pieds en contact avec la dernière pierre avant le vide je sautais le plus loin possible.
