Merci à greynono ; Merikhemet et Nass pour leurs reviews.

Merci aussi à Myrylaa pour sa relecture du chapitre !


Chapitre 9

Appartement de Gareth Bloom (New York, Etats-Unis)

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Les jeunes gens étaient sur place depuis quelques heures maintenant, mais ils n'avaient pas encore quitté le salon. L'endroit était inhabité depuis de nombreuses années, il paraissait cependant comme neuf.

Le ménage avait été fait depuis peu, pas un seul grain de poussière aux environs.

Pourtant, l'unique propriétaire des lieux était mort dans un accident de voiture, et ce, depuis un bon moment.

Les fantômes passaient rarement le balai.

Le salon était chaleureux. Il donnait envie d'y rester le plus longtemps possible. Les meubles semblaient presque neuf, comme s'ils étaient arrivés depuis la veille. Pourtant, ils devaient être là depuis que leur propriétaire s'était installé ici.

La bibliothèque était bien fournie. Des romans, des livres de médecine, de philosophie, de psychologie…

Gareth s'intéressait à de nombreux sujets.

Des photos aussi. Et Heero n'avait pas mis longtemps à repérer qui était Gareth.

Duo non plus d'ailleurs.

C'était le grand brun aux yeux noisette qui se tenait toujours un peu en retrait, souriant rarement sur les clichés…

C'était Trowa.

Et en même temps, ce n'était pas lui.

La ressemblance était plus que frappante.

Et puis, il y avait des photos avec Quatre.

Ces deux là avaient été ensemble, c'était maintenant une certitude. Et d'après le sourire de Quatre et l'éclat dans les yeux de ce Gareth, ils s'étaient aimés.

C'est Peter qui trouva le journal.

Enfin, plutôt l'unique page que Quatre leur avait laissé, en tout cas, c'est ce qu'il disait dans sa lettre.

Mes très chers amis,

Comme vous le voyez, votre voyage vous mène maintenant dans mes souvenirs. Bien sûr, je ne vous conterai sans doute pas tout.

Cet endroit représente beaucoup pour moi, c'est ici que j'ai vécu les plus beaux jours de ma vie, je vous prierais de ne pas tout détruire.

Ce n'était pas chez moi, vous avez dû le comprendre, mais peu m'importe. C'était le seul endroit où je me sentais chez moi.

Mais, la seule personne avec qui j'étais bien est morte.

Tu dois être parfaitement au courant, pas vrai, Roye?

Peu importe…

Le passé semble n'être que le passé.

Mais je désirais tout de même le partager avec vous par cette modeste lettre que je m'étais écrite.

Oh, Duo, je me dois de vous dire: Trowa est plus important pour moi que ce que vous devez certainement imaginer. Mais nous en parlerons de vive voix, ce sera plus évident.

Toutes mes amitiés à cinq personnes de cette pièce.

Toute mon animosité pour la dernière.

Q. D.

Cette lettre n'était pas beaucoup plus étrange que les autres qu'ils avaient reçues avant. Mais la page que Peter tenait en main semblait bien plus ancienne.

Elle était tâchée, de sang séché, peut-être aussi de larmes.

Peter se mit doucement à lire.


Je ne sais même pas par où commencer.

On m'a dit qu'écrire pouvait soulager, je ne vois pas en quoi.

Ça ne soulage rien.

Ni la peine dans mon cœur…

Ni le vide dans mon âme.

Tu n'es plus là.

Je tourne en rond dans ce qui a été notre appartement, je ne sais plus où donner de la tête.

Tes vêtements sont encore là, je dors et vis dedans.

Tes photos sont encore là et je ne quitte pas ton regard des yeux.

Tout ce qui a été à toi est encore là, même moi.

Je ne sais même pas ce qui nous a séparé Gareth.

Je me souviens encore, notre première rencontre, nous ne savions rien l'un de l'autre.

J'étais le fils d'un homme que tu détestais, qui réalisais des actes en totale contradiction avec tes idéaux, mais tu t'en fichais.

Tu étais la sale vermine qui empêchait l'entreprise familiale de tourner rond. Celui qui pouvait parfaitement nous condamner. Mais je m'en fichais…

Tu sais, je n'ai jamais vraiment fait attention à tout ce que les médias disaient sans cesse sur ma famille, sur les fraudes, les tromperies et j'en passe. C'est toi qui m'as mis face à la vérité.

Je me souviens encore avec quelle douceur tu m'as tout raconté, tout prouvé. Ton regard était si calme alors que je ne voulais même pas faire l'effort d'entendre ce que tu avais à me dire.

Penses-tu qu'il y ait sur cette terre quelqu'un d'aussi aimant et patient que toi?

Personnellement, je n'en suis pas sûr.

Wufei m'a raconté une histoire. Une histoire que j'ai du mal à croire.

Dans cette histoire, mon père te menaçait depuis déjà un moment, et il a menacé Wufei le jour de ta mort.

Je n'ai jamais très bien su ce qu'il lui avait dit, et Wufei ne me l'a jamais avoué.

Ton cher chauffeur était à l'hôpital, sa femme accouchait le jour même.

Mon père lui a dit de t'appeler et de te demander de venir à l'hôpital.

Il a certainement dû te dire qu'il y avait des complications avec la venue au monde de son enfant.

Qu'il avait besoin de soutien ?

Et toi, avec ton grand cœur, tu as fait le plus vite possible.

Même si c'est un employé, c'est aussi un ami pas vrai?

Sauf que tu n'es pas arrivé à l'hôpital, tu n'es arrivé nulle part.

Ni Wufei, ni moi, ne savons qui était dans la voiture qui t'a percutée. Ce que je sais, c'est que connaissant ma famille c'était un employé. Quelqu'un chargé de se débarrasser de toi.

Je sens encore tes bras autour de moi…

Comment quelque chose d'aussi simple a-t-il pu venir à bout de toi?

Qu'est-ce que tu as pensé lorsque tu as vu cette voiture foncer sur toi sans s'arrêter?

Est-ce que tu as eu peur?

Est-ce que tu as pensé à moi?

En tout cas, ce que je sais, c'est que tu as menti.

Tu m'as abandonné Gareth, et c'est tellement dur d'être séparé de toi que j'ai presque envie de me jeter par la fenêtre…

Mais avant, j'aurais une dernière chose à faire pas vrai?

Gareth, je te le jure, je vais trouver ce que la famille Denzel a de plus précieux au monde, et je vais la lui retirer à jamais.

Parce qu'ils ne savaient pas, que tu étais ce que j'avais de plus précieux au monde.

Et ils t'ont pris à moi, à jamais.

Je t'aimerai toujours Gareth, et les autres qui passeront dans ma vie ne seront que toi dans mon cœur.

Eternellement tien, Quatre.

Et tu sais quoi?

Je le savais bien, ça ne soulage absolument pas, j'ai même encore plus mal…


La lettre s'arrêtait là. Pourtant, on voyait clairement que le bas de la feuille était déchiré. Il restait encore quelque chose. Quelque chose que Quatre n'avait pas voulu leur montrer.

Sans doute, quelque chose qui le rendrait trop vulnérable, déjà qu'avec cette lettre on ne pouvait absolument plus le voir comme un être sans cœur…

Il était amoureux. Et on lui avait prit sa raison de vivre.

Bien sûr, dans l'esprit de Duo, ça n'excusait en rien son comportement de la suite, les meurtres qu'il avait commis.

Pour Heero, si ça n'excusait pas, en revanche, ça expliquait parfaitement.

Peter ne perdit pas de temps à vouloir se mettre dans la tête de Quatre. A la place, il se tourna vers Roye.

-Alors, ta famille a assassiné ce type ?

Roye ne se laissa pas démonter par cette question. Il répondit froidement et calmement :

-Je n'étais pas au courant. C'était il y a quoi déjà… 4 ou 5 ans ? C'était mon père qui était à la tête du groupe.

Peter sembla satisfait de la réponse. Il reporta son attention sur la lettre qu'il n'avait pas lâché.

-Nul doute qu'il va utiliser notre voyage pour se venger de votre famille…

-Alors, quel est notre rôle là dedans au juste ?

Heero avait parlé calmement, mais il était plus que retourné. Est-ce que Trowa, Duo et lui ne servaient qu'à accompagner le véritable acteur de ce voyage ? Il y avait quelque chose de vexant dans cette version de l'histoire.

Quatre n'avait pas le droit de se moquer autant d'eux.

-Je ne sais pas encore, mais nous en avons un. Je ne connais pas ce Quatre, mais de ce que Duo m'a dit, il n'est pas du genre à s'embarrasser avec des choses inutiles. Nous représenterons obligatoirement quelque chose, sauf qu'on ne sait pas encore quoi.

-De toute façon on s'en fiche !

Duo avait légèrement élevé la voix par rapport aux autres. Il continua sur sa lancée :

-Pour qui il se prend au juste ? Il fait tout un tas de saloperies et après il nous montre que c'est parce qu'il est malheureux ? Vraiment, ce type ne manque pas de culot ! On va retrouver Trowa et c'est tout ! Je n'irais certainement pas plaindre ce blond pourri gâté !

La lettre de Quatre n'avait pas vraiment eu le même effet sur tous. Roye n'y prêtait déjà plus aucune attention, cherchant dans les recoins de l'appartement de nouveaux indices avec ses amants.

Peter reposa la lettre sur la table avant de partir les aider à chercher. Duo remarqua qu'Heero avait récupéré le bout de papier.

-Tu fais quoi 'Ro ?

-Je la prends.

-Je vois bien ça, mais pourquoi ?

-Parce que je la trouve jolie.

En fait, il n'avait pas vraiment de raisons de conserver cette lettre, mais il en avait envie. Et puis, elle serait peut-être utile par la suite, on ne savait jamais.

C'était au moins une preuve de la volonté qu'avait Quatre d'obtenir sa vengeance.

En plus, cette lettre, il aurait très certainement pu écrire la même, sauf que Gareth aurait été remplacé par Duo, bien sûr.

Oh, il était loin de dire que Quatre avait eu raison dans ce qu'il avait fait ! Mais… avait-il eu totalement tord ?

Enfin, oui, bien sûr qu'il avait tord ! On ne tue pas plusieurs personnes parce qu'on a perdu l'amour de sa vie dans ce qui semblait être un accident de voiture !

Mais, s'il revoyait Wufei, Heero n'hésiterait pas à demander quelques explications supplémentaires.

-Et sinon, on a une idée de notre prochaine destination ?

Ilham avait gentiment brisé le silence, histoire de ramener les autres à la réalité. Après tout, ils n'avaient peut-être que peu de temps avant de perdre toute chance de retrouver Trowa et Quatre.

Là encore, Peter amena la réponse.

-Il y avait un jeu de carte et des jetons de poker près de la lettre.

-Et où est-ce qu'on trouve ce genre de jeux ?

Demanda calmement Roye, montrant parfaitement qu'il avait déjà la réponse.

-Las Vegas.

Acheva tout de même Heero.

Tous les jeunes hommes semblaient parfaitement d'accord sur ce point, et ils décidèrent de partir le plus vite possible.

Le temps pressait peut-être.


Lieu inconnu

Heure inconnue

Trowa ne bougeait plus depuis un long moment maintenant. Et il dû faire un effort considérable pour éteindre sa cigarette avant de se brûler les doigts.

Il réfléchissait.

Pas le genre de réflexion concernant sa vie, ce qu'il voudrait faire plus tard…

Non, il pensait au plan de Quatre.

Bien sûr, son jeune amant pensait toujours qu'il ne se souvenait pas de ce qu'il s'était passé lors de leur première rencontre. Trowa avait tout simplement omis de lui dire qu'il se rappelait parfaitement de sa chute.

Et de la main qui l'avait aidé à tomber.

Wufei savait qu'il se souvenait, il lui en avait parlé.

Mais il avait choisit de rester aux côtés de Quatre.

Pourquoi ?

Sans doute parce qu'il l'aimait.

Suffisamment pour rester en tout cas.

Pas assez pour accepter ce petit jeu comme ça.

Bien sûr, Wufei l'avait rassuré, Heero et Duo ne risquaient rien.

Ce n'était pas une raison.

On ne jouait pas comme ça avec les gens.

Le jeune brun sortit de ses pensées en entendant un bruit de pas léger derrière lui.

Il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir de qui il s'agissait.

-Tu vas attraper froid.

Le côté maman poule de Quatre était attendrissant. Un peu effrayant si on mettait en parallèle le même Quatre qui n'avait pas hésité à faire tuer plusieurs personnes qui avaient tenté de le quitter.

Mais Trowa avait eut le temps d'observer Quatre, ses réactions.

Et il avait compris la seule chose que le blond voulait éviter à tout prix.

La responsabilité.

-Tu ne rentres pas ?

-Non.

Il réfléchissait mieux dehors. Il voulait trouver un moyen d'aider les autres et en même temps…

Il voulait tout simplement que Duo et Heero échouent.

Parce que s'ils les retrouvaient, alors Trowa devrait sans doute abandonner Quatre.

Rentrer et reprendre sa vie, pendant que Quatre irait soit en asile, soit en prison.

Il n'avait pas envie de ce genre de fin.

-Alors, à quoi penses-tu ?

Quatre était venu à côté de lui, son sourire toujours présent.

Trowa ne se rappelait pas l'avoir vu sourire ainsi avant la petite chute qu'il avait faite.

Pour éviter de devoir tout expliquer, il sortit ce qu'il disait toujours pour avoir la paix.

-Je tente de me souvenir.

Oui, se souvenir de l'accident qui l'avait tout de même sérieusement handicapé. De comment il avait pu tomber d'aussi haut.

Le visage de Quatre ne se rembrunit même pas, mais Trowa pouvait clairement sentir la peur qui émanait du blond.

Quatre avait peur que Trowa se souvienne.

Quatre avait peur que Trowa ne le quitte.

-Tu te rappelleras sans doute un jour, mais ne force rien !

Le jeune blond appuya un peu sur l'épaule de son amant avant de faire demi-tour.

Trowa lança doucement :

-Je t'aime.

Il sentit sans le voir le blond s'immobiliser. Et il savait que Quatre devait sourire.

Il ajouta tout aussi doucement :

-Et peu importe ce dont je me souviendrai, ça ne changera jamais.

Même si Quatre devait avoir des doutes, il savait que le blond devait se sentir terriblement rassuré.

Trowa ne le quitterait jamais.


A suivre…

Une petite review pour la route ??