La porte du cabinet s'ouvre, laissant entrer le psychologue, surchargé de paquets.
Café, beignets, et petits pains beurrés!
Il se fige en croisant le regard noir du diagnosticien. Assis à son bureau, coudes plantés dans le meuble, le front plissé par la colère, l'homme lui communique toute sa haine à travers un seul regard... Pétrifiant.
Wouw. Ça c'est ce que Freud appellerait...
_ C'est de votre faute.
Elle vous a violé?!
Prenant un air faussement choqué, le psychologue avance vers lui et pose les paquets sur son bureau.
Une nouvelle nuit de chasteté s'impose...
Il sort deux gobelets d'un sachet.
Vous êtes plutôt noir ou malté?
House le fusille du regard.
Noir.
Il lui tend le gobelet avec un large sourire. Le diagnosticien croise les bras.
Au même moment, une porte s'ouvre sur leur gauche.
Docteur Cuddy! Bien dormi?
Nouvelle fusillade.
Vous aussi vous buvez le café noir?
Elle lui passe devant, n'accorde aucun regard à son compagnon, prend un des sachets et retourne d'où elle vient.
Quand la porte claque, House arrache le gobelet des mains du psychologue en prenant bien soin de lui tordre le petit doigt.
Je vois... Vous avez parlé...
Le diagnosticien ne relève pas et boit une gorgée de son café.
Hum. Si vous aviez parlé des sujets d'hier, vous seriez légèrement désappointés. En tout cas, vous ne
vous gêneriez pas pour lui lancer des pics. Je dois en conclure qu'il s'agit d'un sujet beaucoup plus délicat. Comme elle a évité votre regard et n'arrive pas à rester dans la même pièce que vous... Cela signifie que c'est elle qui a introduit le sujet. Vu votre état... Je pencherais vers une femme.

House se crispe.
Et comme, mis à part les infirmières, les autres médecins, la femme de ménage de Wilson, une call girl qui aurait perdu son chemin, vous n'en côtoyez aucune... Je pointerais mon doigt vers une ex!
Le diagnosticien serre la mâchoire.
Et comme vos histoires sont aussi inexistantes que le nez de Michael Jackson... Je ne vois qu'une personne pouvant provoquer interrogations chez le docteur Cuddy et meurtrissures chez vous : Stacy.
House vide son gobelet et le froisse avec colère.
J'ai visé juste apparemment.
_ Tout ça...
C'est de ma faute! Réaction classique. Vous patauger dans votre bêtise alors instinctivement, vous rejetez la faute sur moi.
House se passe la langue sur les lèvres puis se penche vers le psy.
_ C'est vous et vos analyses complètement irrationnelles...
Parce que je vise juste à chaque fois ou parce qu'il s'agit de vous?
_ Qu'est-ce que vous attendez de nous exactement? Qu'on se sépare?! Un peu de bonheur dans ce monde vous indispose!
Là, c'est vous qui devenez irrationnel.
_ Je suis coincé à cause de vous! Et votre connerie de COMMUNICATION! Tout allait très
bien avant que...
Il se tait en entendant la porte s'ouvrir à nouveau.
Docteur Cuddy! Quelle joie de vous revoir!
_ Finissons en. crache-t-elle en s'asseyant à sa place habituelle.
Le psychologue se tourne vers le diagnosticien qui fixe le plafond.
Bien. Docteur House.
L'intéressé se lève et se dirige vers la salle d'entretien.
Une chouette journée commence! s'exclame le psychologue avant de le suivre.
_ Allez au diable. lui glisse Cuddy entre les dents.

Le psychologue s'installe derrière la caméra avec un grand sourire. House l'observe d'un œil noir.
Nous allons aborder votre plus gros problème aujourd'hui devenu un complexe.
_ Génial...
Vous venez de boire un café, un peu plus d'entrain!
En guise d'entrain, House se passe la langue sur les dents.
C'est un bon début.
_ Je n'ai aucun problème.
Non! Bien sûr que non! C'est d'ailleurs la raison pour laquelle vous ne vous adressez plus du tout la parole. Au début, j'avais prévu que vous vous sautiez dessus. C'est moi qui aurait dû introduire l'affaire Stacy. Vous venez de réduire à néant l'un de mes fantasmes.
_ Et vous m'en voyez ravi. réplique House.
Bien! Hier soir. Je suis allé faire un petit tour et...
Le psychologue retire de la poche de sa veste une petite plaquette de pilules.
Vous savez ce que c'est?
_ Des pilules contraceptives. répond House d'un voix neutre.
Mais encore?
_ Des pilules contraceptives.
MAIS ENCORE? insiste le psy.
Le diagnosticien fait mine de réfléchir.
_ Des... Pilules contraceptives.
Attendez! Je m'exprime mal.
Il retire un canif d'une autre poche et fait glisser la lame entre les deux bandes de plaquette.
Et là?
House vrille son regard dans le sien.
_ Vous êtes allés chez elle?!
Je n'avais rien trouvé d'intéressant dans son sac... Ne me regardez pas comme ça. Vous en connaissez un rayon sur les entrés par infraction chez vos patients. Nous avons les même méthodes.
House se mord la lèvre inférieure avec force.
Je vous laisse mijoter ou on aborde directement le sujet?
_ Je ne veux pas d'enfants.
Si, vous en voulez.
_ Non, je ne veux pas d'enfants.
Si. Vous en voulez.
House serre la mâchoire.
_ Je ne veux pas d'enfants.
Ce n'est pas ce que la plaquette de fausses pilules dit.
_ Je ne veux pas d'enfants! articule House avec force.
Chut! Pas si fort ou elle risque de vous entendre et là, vous allez nuire toute chance de vous réconcilier et d'arriver à votre fin.
Le psychologue secoue la plaquette.
_ Je! Moi personnellement, à cet instant précis selon ma personne, ma pensée, mon opinion, mon bon
vouloir... Je ne veux pas... d'enfants!
Dites le encore une fois. Je suis sûr et certain que vous finirez par vous en convaincre.
Le diagnosticien ouvre la bouche, marque un temps d'arrêt puis la referme.
Vous ne voulez pas d'enfants.
House arque les sourcils.
Vous voulez Lisa.
_ Cuddy.
Lisa.
_ Cuddy!
Thérésa!

_ ...

J'avais envie de changer et de vous déstabiliser.
House ouvre la bouche, puis la referme.
Vous voulez un enfant sans en vouloir un. C'est un cas assez classique. Ne sautez pas déjà de joie, vous ne vous démarquez en rien d'autres patients docteur "je suis différent et détaché de tout"
_ Vous m'agacez...
Ça, c'est fait.
Le diagnosticien soupire.
Vous êtes un salaud.
House fronce les sourcils.
Et vous venez de le prouver de façon magistrale en remplaçant les pilules contraceptives de votre compagne par des placebos.
_ Ouais! J'suis un vrai salopard! s'exclame House en ouvrant grand les yeux.
Un salopard fou d'amour pour sa salope.
Le diagnosticien bondit de son siège, saisit sa canne et brise le trépied de la caméra.
Le psychologue la rattrape de justesse et la pose sur ses genoux.
Il va falloir que je pense sérieusement à interdire les cannes dans mon cabinet.
House se laisse tomber sur sa chaise.
J'espère que cet excès de colère est dû à la fatigue et au fait que je vous pousse à bout. Sinon,
j'aurais beaucoup de brochures et de numéros d'urgences à passer à Lisa.

_ Arrêtez de l'appeler comme ça.
C'est son prénom et il va falloir vous habituer à l'entendre et à le prononcer. Répétez après moi : L-I-S-A!
_ L'usage de son prénom ne m'a jamais dérangé...
Oh que si! L'appeler par son prénom impliquerait le fait que vous refermiez totalement la porte derrière vous. Plus d'échappatoire. En l'appelant par son prénom, vous marquez définitivement votre attachement à elle. Vous accentuez et renforcez vos rapports intimes. Et vous refusez de passer ce cap parce que vous avez peur. Peur de trop vous impliquer, de faire le con, de la perdre et de forcer Wilson à vous ramasser à la petite cuillère.

_ ...

Ne soyez pas si défaitiste! Vous vous connaissez depuis vingt ans! Vous vous supportez depuis plus de
dix ans! Ce serait quand même énorme qu'après un an de vie commune et de culbutage permanent, elle décide de vous plaquer! Surtout si elle tombe enceinte!

House ferme les yeux.
Il est temps de passer le cap Grégory. Sinon votre relation va stagner et le sexe ne peut pas tout résoudre... Et je doute que cette femme reste avec vous pour ça. Vous avez une patte folle et elle est privée du bambou.
Le diagnosticien se crispe.
Toute femme privée de la position du bambou ne reste pas avec celui incapable de la faire. Sauf si elle aime vraiment cet homme. A ce moment là, elle est prête à rayer le bambou de sa liste de positions favorites. Tout comme son envie quasi maladive d'avoir un enfant.
_ Et comme tout bon salaud qui se respecte...
Vous la contrez en trafiquant ses pilules et en espérant qu'elle tombera enceinte par "accident".
Quand le facteur chance est pris en compte, la volonté passe en seconde degrés. Oh zut! Plus jamais je n'utiliserais cette marque de pilules! Je vais être papa, j'en avais vraiment pas envie mais bon... C'est la vie et je suis prêt prendre mes responsabilités. Elle est heureuse. Vous l'êtes sans vraiment vous l'avouer. Tout va bien!

House baisse la tête et se met à fixer le sol.
_ Mais?
Mais, il serait plus facile et honnête de marcher vers elle et de lui dire : Lisa, je t'aime et même si je ne me sens pas tout à fait apte à endosser le rôle de père... Mon seul souhait étant de te rendre heureuse, je suis prêt à avoir un enfant avec toi.
Le diagnosticien est secoué d'un rire nerveux. Il relève la tête et sourit.
_ Je commence à savoir ce qu'à ressentit le Christ en portant sa croix.
Lui n'avait pas peur de mourir.
_ Il n'avait pas le choix...
Voilà! C'est exactement ce que je voulais entendre! Vous n'avez pas le choix!
_ Si.
Non.
_ Si!
Oh oui! Effectivement. Vous pourriez tout simplement mettre un terme à votre relation et finir par mourir de chagrin.
House se passe une main lasse sur le visage.
C'est quand même dingue... Maintenant que j'y pense... Vous avez trafiqué ses pilules! Waw! Vous êtes...
_ Répétez le encore une fois et je vous éclate...
FASCINANT!!
House se mord la lèvre inférieure avec hargne et resserre sa prise sur sa canne.
Il va falloir résoudre ce problème de communication. Si vous n'arrivez pas à lui faire part de vos sentiments et de vos attentes... Ça ne marchera jamais.
Le diagnosticien cligne plusieurs fois des yeux.
Pour commencer, on va faire simple.
_ C'est à dire?
Mettant sa bouche en cœur, le psychologue déclare :
Je t'aime.

TBC...