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Suite à un crash de pc, j'ai perdu le fichier d'origine, mais par la gloire de mon Zapbook crado que je me trimballe partout, heureusement, le texte n'était pas perdu. Normalement si j'avais continué sur mon plan de chapite d'origine on serait arrivé à un nombrede page infamant et pénible à la lecture... donc je préfère mettre directement en ligne ce que j'ai déjà plutôt que de perdre encore quelques semaines à m'acharner.
Merci encore pour toute les reviews ! ;0;
Une petite rep pour Tsukiyo : je prend comme base la date de mise en ligne de ma première fic sur , soit il y a à peu près six ans... c'est à se rouler par terre de désespoir mais ça a le bon sens de me remettre les idées en place en voyant les débilités/monstruosités que j'écrivais à l'époque de mes frais et innocent 12 ans. (Putain on est con à 12 ans.) Donc on va dire en gros six ans, voir cinq, n'ayant pas encore sonné mes 18 ans. Voualààà.
Bonne lecture gens !
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Si Acre était une ville impeccablement fortifiée, dotée d'une épaisse muraille flanquée de tours imposantes, surmontées le plus souvent de barbacanes, et qui surplombaient sur des lieux les terres aux alentours, c'était essentiellement par la présence ostentatoires des Templiers entre ses murs qu'elle suscitait de la défiance et de la crainte parmi les sujets de Saladdins. Et de façon plus générale, parmi les assassins.
Ses bras refermés autour de la taille épaissie de cuir d'Arkania, Altaïr se sentait aussi hérissé que les poils du pelage du matou pelé qui crachait non loin d'eux sur l'un des gardes disposé le long des murs de l'arche. Irrité, le templier finit par flanquer sa botte dans le flanc du chat, qui l'esquiva au dernier moment avant de filer ventre à terre, boule de poils noirâtre feulante. Arkania n'avait pas bronchée quand l'animal s'était engouffré entre les jambes de son cheval - qui par ailleurs n'avait pas plus réagit -, mais il sentait, contre son torse, les muscles tendus et raidis du dos de la jeune femme. Il sentait presque la haine qui faisait frémir sa peau, et pulsait dans son coeur en de longs battements d'un dégoût jamais assouvis, qu'il partageait également depuis déjà quasiment vingt ans. C'était au moins rassurant de voir que la haine qu'avait affiché Azrayen et Arkania envers les Templiers n'était pas feinte.
Il n'avait pas fallu longtemps à ses geôlliers pour organiser leur voyage. Le lendemain même, plongé dans un sommeil trop profond pour être un signe de bonne santé, Azrayen l'avait réveillé d'une rude bourrade dans le flanc, bien indifférent au rugissement de douleur et de colère mêlé de sa victime. Il acheva par ailleurs de réveiller Altaïr en lui vidant méthodiquement le contenu de son outre sur la figure, peu concerné à priori par la puérilité de son geste, et lorsque Altaïr avait bondit du lit furieusement pour le mettre en pièce, le blond lui annonça tranquillement, avec cet insupportable sourire en coin, qu'il semblait avoir merveilleusement récupéré de ses blessures vu sa réactivité. Il était donc de toute évidence prêt à partir. L'intervention seule d'Arkania empêcha qu'ils ne se fracassent la mâchoire l'un l'autre, prêts à se voler dans les plumes comme deux coqs de combats, sobriquet qu'elle leur affubla froidement en louant leur cervelle d'oiseau. Il fallut cependant qu'elle leur jette à la tête un poulet bien vivant et braillard pour qu'ils cessent définitivement toute tentative de pugilat. Quand toutefois Altaïr vit Azrayen attraper le poulet au vol et lui tordre le cou dans un craquement sinistre, une voix dans le fond de sa conscience lui souffla qu'au vu de l'enthousiasme exacerbé du blond à massacrer la vollaile, il avait reporté le sort qu'il lui réservait sur le poulet. Un grondement d'impuissance lui avait échappé quand il avait prit conscience une nouvelle fois de sa vulnérabilité, tant qu'il ne serait pas remis de l'hideuse blessure de son flanc, qui ne cicatrisait pas pour le moment et demeurait à vif. Arkania l'avait soigné avec ce qu'elle avait sous la main, et elle n'avait qu'une formation rudimentaire dans le domaine de la médecine : on le soignerait mieux à la forteresse. S'il survivait d'ici là. Elle lui avait également donné de quoi s'habiller, mais pas son armure ni ses armes, qui avaient disparus de la vieille table. Cette nouvelle preuve de sa vulnérabilité le vexa profondément. Mais il ne pouvait que prendre son mal en patience.
Il sortit de ses pensées quand l'étalon d'Arkania passa soudainement au trot, avant de repasser au pas quelques instants plus tard. La jeune femme se méfiait de la foule et craignait d'alerter les gardes si elle renversait par mégarde un passant. Ils n'avaient pas besoin d'une course poursuite. Elle serait en sus handicapé par le poids supplémentaire de... Malik. Elle avait du mal pour le moment à se décider à porter un jugement sur lui. Par nature elle respectait tout assassin qu'elle croisait, mais elle n'avait encore jamais été confronté à l'un des hommes d'Al Mualim. Envoyée quasiment systématiquement avec Azrayen pour les missions délicates, elle ne braconnait pas sur les terres de ses voisins de Masyaf, et protégeait autant qu'elle le pouvait l'anonymat de sa fraternité, tant aux yeux des Templiers que d'Al Mualim. Elle savait bien que les assassins de Masyaf ignoraient le véritable but que poursuivait leur chef, mais elle se méfiait de Malik et des éventuels problèmes qu'ils risquaient de leur apporter. Et, au fondement même de ses méfiances, il y avait un état de fait bien simple : Malik était un homme. Elle était une femme. Elle était censée être inférieure à lui. Elle n'avait pas croisée beaucoup d'homme qui remettait en cause cet adage de leur culture, et même à la forteresse, Al Ahtan avait esquivé la question : elle était considérée et traitée comme un homme. On fermait les yeux sur son sexe. En un sens, cela la déprimait d'être contrainte de renier ce qu'elle était, mais elle avait conscience que c'était le mieux qu'elle pouvait obtenir. Elle s'accomodait bien de sa vie. Et à défaut d'en tirer du bonheur ou de la fierté, elle se sentait armée contre le monde, et au moins en accord avec quelque chose. C'était agréable et rassurant. Ce qui suivit le fut moins.
Occupée à ne pas perdre de vue Azrayen qui guidait plus habilement qu'elle son cheval dans la foule, elle ne sentit pas les mains d'Altaïr qui glissaient le long de sa taille, et venaient se poser sur ses hanches, à la jointure de ses cuisses et de ses flancs. Ce n'est que lorsqu'il se pencha vers elle et qu'elle sentit son souffle dans son oreille qu'elle eut un brusque sursaut, manquant de mettre un coup de tête à Altaïr. Ce dernier l'esquiva sans mal et étendit encore ses bras pour aller poser ses mains sur l'intérieur de ses cuisses écartées par la selle.
- Vous vous troublez facilement...
- A ce genre de jeu, vous n'aurez pas gain de cause, le coupa-t-elle, irritée et guère perturbée pour le moment. Dans ce type de fraternité, il n'y a pas de femmes. Le harcèlement de ce genre, on s'est déjà amusé maintes fois à m'en faire. Je ne serai pas capable d'être assassin si je ne savais pas l'esquiver ou l'apprivoiser.
- Vraiment ? Pourtant, si je fais ce genre de geste...
Avant qu'elle ait put se reculer, il plaqua sa joue contre la sienne, remontant dans le même mouvement ses mains sur sa taille, avant de la plaquer contre lui et de l'enlacer de ses deux bras. Il n'utilisait guère la séduction pour parvenir à ses fins - d'une part parce qu'il n'en voyait pas l'intérêt, qu'il trouvait ridicule et avilisant, d'autre part parce que ce n'était pas dans son tempérament -, mais quitte à se retrouver pris au piège par un assassin qui s'avérait être une femme, il considérait que tout les moyens étaient bons pour user ses nerfs et la pousser à commettre une erreur. Il naviguait à vue. Mais être particulièrement sûr de soit en toute circonstance lui permettait de rebondir assez facilement au final.
- ... Je sens bien que votre peau est brûlante.
Elle n'allait pas le nier, ce genre de contact ne pouvait physiquement pas ne provoquer aucune réaction chez elle. Sentir le début de barbe de la joue d'Altaïr contre la sienne, son torse contre son dos, ses mains sur ses jambes et sa taille, ne la perturbait cependant pas vraiment. Elle était proche d'Azrayen sous tout angle et sentir un corps d'homme contre le sien ne l'interpellait pas. La différence ici était cependant que ses contacts avec Azrayen n'incluait aucune tension et se limitait à de l'amitié et de l'affection. Alors qu'elle sentait bien que Malik cherchait sciemment à la destabiliser. Elle n'avait pas l'intention de lui en laisser le plaisir.
Imperturbable, elle bascula ses rênes dans sa main gauche, gardant un oeil sur la route, avant de plonger sa main droite dans les replis de sa cape, sur sa hanche. Un faible chuintement métallique s'éleva. Et Altaïr tressaillit soudain, brusquement prit de nausées, lorsque le métal de la lame courte de la jeune femme perça sa tunique et se planta sur les lèvres rougeâtres et bombées de sa plaie. Un petit filet de sang commença à couler alors que sa respiration s'accélérait sensiblement. Le balancement du pas du cheval empirait encore le fragile équilibre de la pointe sur sa plaie, qu'il sentait osciller avec le roulement des muscles de l'équidé.
- Si vous pensez que je ne peux pas vous planter comme un papillon sur un bouchon pour vous faire tenir tranquille, vous vous trompez lourdement, croyez moi. Je vous ais soigné, je sais où frapper pour vous provoquer une douleur suffisante pour que vous vous effondriez dans mon dos dans les vingts secondes, malgré toute votre résistance à la douleur. Et encore, je suis nettement plus patiente et compatissante que Azrayen, il vous aurait déjà cassé un bras pour que vous la fermiez. Bougez de là. Avant que je n'ai un geste malheureux.
Il resta ainsi encore quelques instant, par pure provocation, avant de finalement relâcher son étreinte de mauvaise grâce et reposer ses mains sur la ceinture ventrale d'Arkania, par ailleurs pour le moment dépourvu de couteaux. Elle attendit encore un peu, puis après une dernière pression qui le fit haleter, elle retira la lame et l'essuya sommairement avant de la rengainer habilement, sous son regard mauvais. Le temps qu'Azrayen se retourne pour s'assurer qu'ils suivaient, ils avaient tout deux retrouvés leur attitude de composition. Cependant aucun des deux ne se leurrait : les hostilités étaient à présent ouvertes pour eux...
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Le temps paraissait bien plus long quand on était aveugle, il le savait à présent. Arkania lui avait bandés les yeux une fois loin des grands axes et avant de poursuivre leur route à plus vive allure, afin qu'il ignore l'emplacement de la forteresse. Guère rassuré, il s'était cependant contenté de raffermir sa prise et d'encaisser stoïquement les amples mouvements de galops du cheval qui mettaient à mal sa plaie, se concentrant sur le roulement des muscles pour conserver son assiette. Un bonheur qu'il fut parmis les cavaliers d'Al Mualim. Il doutait qu'Arkania ou Azrayen auraient été indulgents s'il avait été proprement démonté et envoyé au sol.
Enfin le rythme ralentit et il retrouva les soubressauts du trot, avant le lent coulement plus fluide du pas. Il attentit avec impatience que la jeune femme lui ôte le bandeau, mais elle ne semblait pas décidé à s'y résoudre et il dut attendre encore un bon moment, muselant comme il le pouvait son exaspération avant qu'enfin le cheval ne s'arrête. Il entendait à présent autour de lui une agitation nouvelle, faites de cris, de hurlements et rires d'enfants, d'appels de marchand, de jarre qui s'entrechoquaient, de rires, qui lui rappellait le village de Masyaf. Il nota l'information dans un coin de sa mémoire avant qu'il ne sente qu'Arkania lui dénouait ses mains et mettait bien à terre, le laissant ainsi sans prévenir. Soudain déséquilibré, il se rattrapa de justesse à la selle alors qu'il l'entendait s'éloigner et engager la conversation un peu plus loin. Il tenta de se concentrer pour écouter leurs paroles, mais ignorer où porter son attention l'handicapait et il se retrouva vite noyé dans les sons alentours. Raclement de sabot, exclamations de femmes, beugleries incessantes des marchands, fracas étouffés des armes, quelque part près de lui, le choc d'un seau qu'on remontait, le doux clapotement de l'eau dans un puit... Il était saoulé de sons et de bruits jusqu'à la gueule.
Il y eut brusquement un "wouf" sec, suivit d'un puissant coup sur son flanc qui lui ébranla les os et le démonta proprement, balayé comme un fétu de paille cul par dessus tête. Il s'applatit en plein sur le côté, le nez écrasé dans la poussière et des graviers lui écorchant la peau, dans un gros bruit sourd qui se répercuta dans tout son corps. Sonné, il tâtonna pour retrouver le sol, les sens égaré par sa cécité forcée, tandis qu'une avalanche de rire lui déroulait dessus , rendant l'humiliation plus cuisante encore. Sans plus attendre, il arracha enfin le bandeau de tissus rêche et grossier, juste à temps pour voir une botte filer droit sur son nez. La botte le rata de peu alors qu'il cambrait brusquement l'échine pour se dégager et balançait ses jambes pour faucher celles de son agresseur inconnu. Il le rata à son tour, mais il parvint à se remettre sur pied et dévisager son adversaire... qui se révélait n'être autre qu'Azrayen, qui, appuyé sur un long bâton de bois - celui là même avec lequel il l'avait fait vider les étriers -, lui adressait un sourire goguenard en battant de la semelle la terre sèche et pierreuse. Altaïr crispa les poings, inconscient des arrêtes pointues des pierres qui lui entrait dans la peau malgré ses épais gants de cuirs. Azrayen s'esclaffa avec les autres.
- Un loup affublé de crocs en bois, c'est bien tout ce que tu es, cher rejeton de Masyaf !
- Même du bois peut encore te prendre aux trippes et t'éparpiller les boyaux, bâtard de Templier, cracha en retour Altaïr, occupé à masser son flanc douloureux.
- Tu n'es guère plus qu'un louveteau, si ce n'est un petit couinard de chiot. Tu veux te battre ? Va donc chercher mon bâton, petit chiot !
Et à lui de le lancer de toute ses forces en l'air, sous les hurlements de rires de la foule, certains allant même jusqu'à singer Altaïr en imitant les glapissements et pépiéments aigus des chiots qui leur tournoyait dans les jambes. Altaïr serra encore les dents, le visage barbouillé de poussière, refusant de courir comme l'un des imbéciles de limiers d'Al Mualim derrière le bâton d'Azrayen, dût-il le rosser avec par la suite. Ramasser les quelques miettes de dignité qu'il lui restait était déjà assez malaisé comme ça, il ne comptait pas finir de les dévorer lui-même. Mais il pouvait encore le défendre. A coup de poing si nécessaire. Ou mieux encore...
La pierre frappa de plein fouet le visage d'Azrayen, ses arrêtes tranchant la peau juste sous l'oeil. Aveuglé par le sang, l'assassin poussa un cri de douleur et de surprise, levant précipitament la main pour torcher le sang avec sa manche, empoissant visage et vêtements. Les rires s'étaient tus. Azrayen secouait la tête comme un chien qui s'ébroue, la joue poisseuse et gluante de sang, pendant qu'Altaïr jonglait négligement avec ses pierres, prêt à les décocher au premier geste. Un loup avec des dents en bois n'en demeurait pas moins doté de sang lupin...
Azrayen allait s'élancer vers lui quand il reçut brusquement un grand coup de trique par derrière. Il trébucha, sans tomber, mais en fut quitte pour trente-six chandelles. Arkania jeta avec mépris le grand bâton patiné et usé, qui roula dans la poussière pour s'arrêter aux pieds d'Azrayen, qui se frottait la nuque avec une grimace de douleur.
- Et il faut être un charognard ou un mâtin bouché pour attaquer un loup, fut-il doté de dents en bois, imbécile.
- C'est ma cervelle que tu espérais faire gicler, pour frapper aussi fort ?
- Tu en es dépourvu de la moindre once.
- Il me semble pourtant l'entendre hurler sa douleur, grimaça-t-il.
- Elle sert surtout à éviter que ta tête ne sonne creux quand tu fonce tête baissé dans les emmerdements de ce genre.
Un instant, Altaïr crut qu'Azrayen allait la moucher proprement, mais il se contenta d'éponger le sang qui lui barbouillait le visage, grimaçant de nouveau d'un air piteux, et elle se détourna. La coupure était nette et avait cessée de saigner. Il n'en serait peut-être pas quittes pour des points de suture, finalement, songea-t-il presque à regret.
- Venez, ajouta Arkania. Nous devons vous menez devant Al Ahtan, il décidera de votre sort.
Une par une, les pierres retombèrent, inerte, désormais inoffensive. Satisfaite, elle lui fit signe de le suivre, sans l'entraver cette fois. Elle tenait ses capacités en piètre estime visiblement... Sans doute à juste titre, il devait bien l'admettre, au vu de sa faiblesse. Mais c'était bon de retrouver un solide chemin sous ses pieds. Le cheval d'Arkania n'avait cessé de trébucher, le secouant comme un ballot de linge alors qu'il se cramponnait à la taille de sa propriétaire en l'agonisant d'injures rageuses. Il se retenait de courir à présent, quoiqu'il brûlait d'éprouver à nouveau la vigueur de ses jambes. Ces quelques jours d'allitements l'avait certe purgé de la fièvre - quoiqu'il lui arrivait encore d'en souffrir par moment -, mais aussi, à son grand dépit, d'une partie de son habilité. Sans s'entraîner chaque jour comme d'ordinaire, ses gestes s'étaient alourdis, sa vivacité, empâtée. Dire qu'il avait régressé aurait été excessif, mais les rouanges bien ajustés de son corps commençaient à s'encrasser. Et un regard à sa blessure le matin même avait suffit pour terminer d'achever ses espoirs : la plaie s'envenimaient méchamment, et lui interdisait strictement le moindre effort prolongé, sans compter qu'elle le délestait de ses forces.
Une pierre dégringola soudain sous son pied et il manqua de valser de nouveau les quatre fers en l'air, mais il reprit son équilibre à temps. La jeune femme se retourna pour lui tendre la main, mais il l'ignora et la dépassa rapidement pour continuer, la défiant implicitement de tenir son rythme. Il en fut pour ses frais : la garce avait le pied aussi sûr et leste qu'un moufflon. La caillasse, elle en avait l'habitude. Lui qui avait le pied plus adroit suspendu à plusieurs mètres au dessus du sol se retrouvait à mordre la poussière invariablement tout les vingt mètres, tant le chemin était mal entretenu. Si bien qu'arriver au terme de leur ascension, il en avait les chevilles douloureuses et nouées de crampes à force de les tordre.
"Bienvenue à Darshan", lança Arkania d'un ton ironique, englobant d'un ample geste de bras l'énorme masse de la forteresse qui s'élévait dans les airs au dessus d'eux. Il renversa la tête en arrière pour mieux la jauger. A vue de nez, il lui semblait qu'elle était un rien plus fluette que Masyaf, mais son jugement n'avait pas grande valeur dans ce type d'estimation. Elle était perchée sur un piton rocheux semblable à la forteresse d'Al-Mualim, à ceci près qu'une deuxième entrée semblait être percée à l'arrière des murs. La forteresse comportait aussi sur ses murailles des engins de guerre, catapultes, trébuchets et scorpions, pour le moment sagement à l'arrêt. Des drapeaux blancs battaient au vent, s'enroulant et se déroulant avec des claquements secs, et qui l'étonnèrent par leur absence d'armoiries. En bas du chemin caillasseux s'étalait le village de Darshan. Il comprit soudain que la deuxième entrée était en fait l'entrée principale, avec une énorme porte à double battant, qui s'ouvrait sur un passage large et bien entretenus, pavé, et assez large pour des convois entiers. Le vilain sentier serpenteux qu'ils avaient empruntés était à peine assez large pour deux personnes de front et un cheval s'y serrait tordu la jambe en un rien de temps. Irrité, il baissa la tête vers Arkania. "Pourquoi être passé par ici et pas l'entrée ?
- Pour que vous la boucliez et cessiez de provoquer tout ce qui bouge. Mes frères ne sont pas moins ombrageux que vous."
Ca se tenait. Il continua donc à lui coller au train tandis qu'elle ouvrait la poterne, après avoir tripoté un temps la serrure. Azrayen le suivait, s'assurant qu'il ne traînait ni ne la ramenait trop.
Enfin, ils prirent pied dans l'enceinte. Mais à peine Altaïr y avait-il posé le talon qu'Arkania et Azrayen vinrent se coller à ses flancs, le saisissant chacun par un bras pour l'entraîner dans une ouverture le long du mur. Un escalier tortueux se présenta à lui. Il ouvrit la bouche pour lancer un commentaire acerbe, mais Arkania lui présenta de nouveau sa lame sous le nez, d'un air aussi avenant qu'un cobra prêt à mordre.
- Faites donc votre réflexion. Mais attendez vous à voir ce muscle flasque dont vous usez à tort et à travers s'écraser à vos pieds dès l'instant où vous entamerez votre diabitre, le prévint-elle.
Il referma la bouche avec un claquement sec. Froidement, elle rengaina sa lame et se détourna, au même instant que fusait la remarque assassine d'Altaïr :
- Et la prochaine étape, c'est de m'envoyer me fracasser du haut d'une de vos tours, ou aurais-je le privilège d'éprouver chaque chemin impraticable de cet endroit ?
A peine eut-il finit qu'une grimace de douleur tordit brusquement ses traits, accompagné d'une giclée de sang qui éclaboussa la pierre et sa tunique. La claque retentissante de la jeune femme lui avait éclaté la lèvre et tourné la tête sous la violence du choc.
- Votre insolence pourrait vous coûter plus qu'une lèvre en sang, commenta-t-elle avec froideur. Retenez votre langue ou c'est votre tête qui tombera.
- Seul les imbéciles agitent des menaces qu'ils n'appliquent pas.
La deuxième claque l'envoya s'écraser en arrière contre Azrayen, avant même qu'il n'eut le temps d'amorçer une esquive, à son grand dépit. Azrayen en profita pour lui plaquer sa propre lame dans le dos, avant d'entourer le cou de l'assassin de son bras.
- Je n'ai certes pas le pouvoir de décider de votre mort. Mais ne me faites pas regretter de vous avoir sauvé, dit-elle.
Il lui sembla déceler une once de supplique dans sa voix, mais les suppositions hasardeuses étaient un peu trop dangereuses pour qu'il se risque à miser sa peau là dessus. Il inclina cependant la tête en guise d'accord, ravalant pour le moment sa fierté mal placée. Mieux valait un excès de prudence qu'un trop-plein de répliques orgueilleuses. Inerte, il attendit qu'Azrayen le relâche pour continuer l'ascension.
Au lieu de quoi, il poussa un brusque hurlement de douleur, les pupilles dilatées de souffrance et les bras battant soudain l'air pour se soustraire à la lame qui venait de lui lacérer violemment le dos. Une trainée enflammée irradiait dans son dos, de son omoplate droite quasiment jusqu'à sa chute de rein. Il s'écroula à genoux quand Azrayen le lâcha enfin, sa lame dégouttant de sang.
- Que ça te serve de leçon pour cette fois, rétorqua-t-il en rengainant tranquillement la lame secrète.
Altaïr lui décocha un regard meutrier en réponse, les mâchoires crispées de souffrance, une main plaquée dans son dos pour tenter vainement d'arrêter l'écoulement de sang. Il vit alors Arkania fondre sur lui, main de nouveau levée. Il ferma stoïquement les yeux en attendant l'impact. Ce fut le plus violent des trois.
Mais c'est la joue d'Azrayen qui vira brusquement au cramoisie en s'ornant de la marque de main de la jeune femme. Surpris, Altaïr rouvrit les yeux pour voir Arkania aboyer quelque chose dans une autre langue à son comparse, lequel se tenait la joue d'un air penaud. Après avoir encore une fois foudroyé du regard le blond, elle s'agenouilla près de lui, effleurant légèrement la plaie sanguinolante alors qu'il réprimait un tressaillement. Elle soupira.
- Vous êtes infernal, tout les deux... Je ne sais comment vous gérez. Excusez Azrayen, et moi par la même occasion. Je m'occuperai mieux de cette plaie à l'infirmerie, mais je vais déjà arrêter l'hemorragie.
Déboussolé par ce revirement soudain, il préféra néanmoins ne rien dire et la laisser sortir d'une sacoche à sa ceinture son nécessaire de soin, la douleur irradiant toujours chaque parcelle de son dos. Douleur qui étrécit de nouveau ses pupilles quand elle versa un filet d'alcool à désinfecter dans son dos, mais elle se dépêcha ensuite de nettoyer le sang et laisser la plaie propre.
- Ca ira, elle est peu profonde, elle cicatrisera bien, annonça-t-elle en rangeant ses affaires.
- Je m'en vois comblé, que dis-je, ravis.
Il se mordit la lèvre aussitôt, se maudissant de sa langue trop bien pendue, alors qu'une nouvelle douleur fusait dans sa bouche et qu'il retirait ses dents, grimaçant quand du sang coula encore sur son menton. Arkania exhala un soupir, puis leva la main pour essuyer d'un pouce calleux la lèvre meutrie d'Altaïr.
- Faites un peu profil bas, vous garderez votre visage intact plus longtemps.
Elle passa sa main gantée sur une de ses joues meutries, gentiment, puis la retira avant de se relever. Il l'imita prudemment, mais la douleur s'était calmée, se limitant à une longue ligne douloureuse et brûlante. Ils se remirent enfin en marche, escaladant plus qu'autre chose les marches les escaliers cabossés auxquels on l'avait mené. Azrayen ne pipait mot, et l'idée qu'au moins une des joues de l'infernal blond était aussi écarlate que les siennes le remit d'applomb. Altaïr continua de suivre Arkania jusqu'à arriver dans un couloir dont tout un mur était ouvert sur la cour en contrebas. Des assassins se retournait sur leur passage, mais aucun d'eux ne les arrêta, et leur petit groupe traversa ainsi une partie de la forteresse sans que personne ne leur pose de questions. Altaïr s'attachait également à mémoriser soigneusement la topographie des lieux, et compter les gardes. Il fut surpris d'en dénombrer autant, mais garda de nouveau ses réflexions pour lui. La présence d'Azrayen dans son dos le dissuadait de recommencer ses commentaires bravaches.
Au terme d'un nouveau couloir, ils débouchèrent sur un large hall où grimpait un colossal escalier taillé à même la pierre, flanqué sur ses côtés d'assassins en armes. Une énorme porte à double battant s'ouvrait à son sommet sur une nouvelle salle où bruissait la rumeur des conversations. C'est là qui le conduire Azrayen et Arkania.
Les conversations s'arrêtent quand ils entrèrent dans la salle. Altaïr la parcourut d'un bref coup d'oeil en marchant : aussi spacieuse qu'une salle de banquet, des grappes d'assassins conversaient ici et là, installés sur des amoncellements de coussins et de tapis tenant lieu de place de repos. Certains lisaient, mais la plupart conversaient quand ils étaient entrés, et tous désormais les suivait soigneusement du regard, avec une espèce de mélange de défiance et de curiosité.
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To be continued
(Ca va chier sa race pour Altaïr, hinhinhin)
