Chapitre 6 : Vivre ou mourir ensemble ?
Quand Dean et Sam arrivèrent au dit immeuble, ils s'étaient préparés au pire et avaient sur eux pas mal d'armes en tout genre, ne sachant pas s'ils devaient affronter le démon aux yeux jaunes ou une autre créature. Sam, prenant leur sac remplit d'armes, rejoignit Dean qui avait fait le tour de l'immeuble.
« Alors ?
-Rien de suspect, pour l'instant. Aucune trace démoniaque ou de souffre. Il va falloir qu'on y aille un peu à l'aveuglette, répondit Dean.
-Tu crois qu'il lui a fait du mal ?
-Aucune idée et j'espère que non pour lui, sinon ça va me mettre très en colère. Mais je me demande où est notre informateur. Il a du partir avant que ça ne se gâte davantage.
-Ou alors c'est lui qui détient Mélinda, dit Sam.
-Possible. De toute façon, on n'a pas le choix : allons-y. »
Quand ils arrivèrent devant la porte de l'appartement 42, ils s'empressèrent de verser du sel devant la porte d'entrée et sur le rebord de la fenêtre à droite de la porte. Mais ils n'eurent pas le temps de frapper. Alors que Dean s'apprêtait à le faire, la porte s'ouvrit toute seule, très lentement. La poussant brusquement, ils ne virent d'abord personne. Entrant en silence dans cet appartement bien tenu, ils découvrirent dans la chambre d'à côté leur sœur endormie sur le lit. Dean voulut la réveiller mais Sam, d'un signe de la main, lui montra son flacon. Dean, levant les yeux au ciel, approuva quand même quelques instants après en silence et Sam aspergea un peu Mélinda d'eau bénite mais aussi de sel : rien ne se passa à leur soulagement.
« Allez, dit Dean, réveille-toi, Mélinda. Il faut partir d'ici, allez, fais un effort.
-Elle ne peut pas vous entendre, dit une voix derrière eux. »
Les deux frères se retournèrent brusquement, armes aux poings et virent devant eux un homme d'une trentaine d'années, souriant.
« Et j'ajouterai, continua-t-il, que vos armes sont inutiles contre moi. »
Et d'un geste, il fit disparaître leurs armes ainsi que leur sac.
« Comment avez-vous fait ça ?s'étonna Sam.
-J'ai le pouvoir de faire disparaître ou apparaître n'importe quoi.
-Et pourquoi notre sœur ne peut-elle se réveiller ?demanda Dean, énervé et inquiet.
-Tout simplement parce que c'est moi qui l'ait endormie et il n'y a donc que moi qui puisse la réveiller. J'attendais que vous arriviez pour le faire. »
Et s'avançant vers le lit, il leva la main au-dessus de Mélinda qui se réveilla brusquement la seconde d'après.
« Sam, Dean ! Même si je suis ravie de vous revoir, vous ne devriez pas être là !s'exclama-t-elle.
-Pourquoi ?demandèrent Dean et Sam ensemble.
-Parce que, répondit cette fois le démon, c'est moi qui vous ai attiré ici. »
Et ce faisant, les deux frères virent ses yeux argentés.
« C'est donc toi qui poursuit notre sœur depuis toujours, non ?demanda Sam.
-En effet. Mais je vous ai fait venir pour qu'on discute tous les quatre de l'avenir.
-De l'avenir ? demanda Dean. Qu'est-ce que vous nous chantez là ? On s'en va, plutôt. Allez, viens, Mélinda… »
Mais alors que Dean commençait à aider sa sœur à se lever, le démon fit apparaître deux chaises et obligea de force Dean et Sam à s'asseoir.
« Je ne voulais pas être violent mais tant pis. On va discuter, que vous le vouliez ou non. Bon…il y a quelques heures, j'ai raconté à Mélinda ce pour quoi elle était ici et quel était le but de son pouvoir. Voici ce même récit. »
Et il raconta donc aux deux frères le même récit qu'à Mélinda pendant que celle-ci essayait de ne pas écouter, pour ne pas encore plus se dégoûter d'elle-même. Finalement, Sam et Dean ne purent s'empêcher de regarder, interloqués et effrayés, leur sœur à côté d'eux.
« Mais attendez, messieurs, ne regardez pas votre sœur ainsi car vous aussi allez jouer un rôle dans tout ça.
-Quoi, on va peut-être distribuer de la publicité aux gens dans la rue pour qu'ils fassent des voyages inter-dimensions ?ironisa Dean.
-Non, pas du tout mais c'est vrai que ce ne serait pas une mauvaise idée, répondit le démon, souriant à cette ironie. Je viens de vous parler de votre sœur mais maintenant j'en viens à vous deux. Sans vous, Mélinda ne pourra pas accomplir sa tâche.
-Arrêtez de parler au futur et employez plutôt le conditionnel : là, je ne dirai plus rien, dit Mélinda en ne voulant pas penser à cette idée.
-Très bien, comme tu veux, pour l'instant. Bon, venez-en au fait. Vous deux, étant frère aîné et frère cadet de Mélinda, vous l'encadrez, si je puis dire. C'est grâce à vous qu'elle saurait mesurer les voyages. On peut vous comparer au temps : alors que Mélinda représente le présent, Dean, tu représentes le passé et toi Sam, le futur. L'un ne peut exister sans l'autre car vous êtes complémentaires. Bien sûr, Mélinda reste la plus puissante car c'est elle la base, elle détient le pouvoir mais vous deux, vous lui permettez de le lui faire garder. Donc ce pouvoir peut fonctionner grâce à votre présence car sans, c'est impossible. Ce n'est donc pas un hasard que Mélinda, avec vous deux, avez pu vous échapper face à l'autre démon : parce que le trio était réuni et que même le pouvoir du démon n'a pas suffi pour vous retenir car à vous trois, vous savez faire face à n'importe quoi…
-Attendez, dit soudain Mélinda. Mais si j'ai bien compris, pourquoi nous réunir alors tous les trois si on est plus fort ensemble ? Parce que là, tout de suite, on pourrait partir sans prévenir, non ?
-Oh oui, bien sûr mais tu oublies un point fondamental que tu ignores. Puisque c'est moi qui t'ai donné ce pouvoir, j'en étais le gardien et donc vous ne pouvez pas vous échapper, même si tu savais à quel lieu exact tu te trouvais. J'ai encore une emprise sur ton pouvoir et je peux contrôler tes moindres faits et gestes. »
Mélinda se sentit alors vraiment démunie de tout moyen d'agir et elle regarda impuissante Dean et Sam à tour de rôle. Tous les deux auraient bien voulu trouver un moyen d'agir aussi mais ils avaient beau réfléchir chacun de leur côté, ils ne trouvaient pas.
« Bon, passons aux choses sérieuses, si vous le voulez bien. Ca fait plus de vingt ans que j'attends ce moment. Vous allez unir tous les deux votre sang à celui de Mélinda et ensuite tout pourra commencer…
-Eh !s'exclama Mélinda. Je n'ai jamais dit que j'acceptai tout comme Dean ou Sam. Il nous faut un temps de réflexion. Vous êtes peut-être pressé mais ce n'est pas une heure de plus qui va vous tuer, alors laissez-nous en parler tous les trois.
-Oh…on veut retarder l'échéance, ma jolie…Mais dis-toi qu'au final, tu n'y gagneras rien car soit vous acceptez tous les trois et faites ça ensemble soit vous refusez et mourrez sur le champ. Sache qu'en cas de second choix, je saurai trouver quelqu'un d'autre pour ce job.
-Ok on a compris, je crois, remarqua Dean, toujours collé à sa chaise.
-Bon, je vous laisse alors. Vous êtes libre de vos mouvements dans cette pièce. Je vous donne une heure, pas davantage. »
Et le démon, libérant les deux frères de son emprise, sortit de la chambre en fermant derrière lui. La seconde d'après, Mélinda bondit de son lit et traça un symbole en forme de losange avec une craie puis se tourna vers les garçons :
« Très bien, nous n'avons qu'une heure. On peut parler comme on veut, il ne peut pas nous entendre. »
Les deux frères se levèrent rapidement de leur chaise, heureux de pouvoir enfin bouger et examinèrent tous les recoins de la chambre, sans trouver la moindre faille pour s'échapper.
« Venez-là, tous les deux, leur dit Mélinda. On n'a pas eu encore le temps de se réunir depuis qu'on sait qu'on fait partie de la même famille. Je suis si contente, si vous saviez… »
Et sans prévenir, Mélinda les prit tous les deux dans ses bras en les serrant fort et en pleurant à chaudes larmes : des larmes de joie mais aussi de tristesse. Dean et Sam la serrèrent contre eux à leur tour, réalisant qu'ils n'avaient pas encore eu la joie de se rendre compte qu'elle était leur sœur. Ils étaient heureux eux aussi : leur famille devenait plus dense et plus unie qu'elle ne l'avait pas été depuis des années. Puis desserrant mutuellement leur étreinte, ils séchèrent silencieusement leurs larmes et se regardèrent, le sourire aux lèvres :
« On voulait te le dire avant, mais tu sais, tu as les mêmes yeux que Maman, lui dit Dean, les yeux brillants de larmes et de souvenirs.
-Vraiment ?dit Mélinda, avec un sourire ravi.
-Oui, exactement les mêmes. On est très fier de t'avoir comme sœur, dit Sam, le visage ému.
-Merci mais c'est moi qui suis fière de faire partie de votre famille que j'avais tant admirée. »
Et, se passant de mots, ils se contentèrent de se regarder, souriants et émus, pensant à tout ce qu'ils pourraient se dire et à tout ce qu'ils pourraient vivre tous les trois. Mais Mélinda pensait différemment de ses deux frères et reprit, malgré elle, son sérieux :
« Mais on ne peut pas s'émouvoir trop longtemps malheureusement car le temps nous est compté, dit-elle en voyant ensuite Dean et Sam opiner. Nous devons nous sortir de cette situation.
-Oui, mais comment faire ?demanda Sam.
-Je ne vois pas non plus, remarqua Dean à son tour. Le démon nous a piégés quoiqu'on fasse.
-Non, vous vous trompez tous les deux. Il n'a pas prévu un élément pourtant majeur dans cette affaire.
-Lequel ?demanda Sam.
-Le libre-arbitre. J'ai pris conscience lors de mes souvenirs cauchemardesques d'un choix essentiel qui s'offrait à moi quand j'en avais désespérément besoin.
-Qu'est-ce que tu veux dire par là, Mélinda ?demanda Dean, un peu affolé.
-Eh bien, puisque le démon ne nous offre que deux alternatives, la vie ensemble ou la mort ensemble, j'en propose moi-même une troisième : mon suicide.
-Quoi ?s'exclamèrent ensemble les deux garçons. Tu n'es pas sérieuse ?
-Si, très sérieuse, répondit la jeune fille avec calme et détermination. J'ai appris il y a quelques années que seul le suicide était efficace dans certains cas de possession ou d'envoûtement. Mon cas entre tout à fait dans ces règles et en me suicidant, j'empêcherai le démon de prendre mon pouvoir après ma mort car mon don sera attaché pour toujours à mon esprit, il en fera partie intégrante.
-C'est bien joli tout ça, dit soudain Dean, assez surpris et affolé, mais dis-moi, petite maline, comment veux-tu te suicider pour mourir à coup sûr ? Je ne vois aucune arme ni rien dans cette pièce susceptible de te suicider.
-Oh, mais Dean, tu ignores en fait que ta chère petite sœur est parfois pickpocket à ses heures perdues, dit-elle en sortant un long poignard de derrière sa veste. J'ai piqué ça au démon alors qu'il me donnait à manger : il n'y a vu que du feu.
-Comment sais-tu que ce n'est pas une ruse et qu'en fait il sait tout ?demanda Sam, autant surpris que son frère.
-Parce que j'ai réussi dans son dos à augmenter mes pouvoirs alors que je prétendais être endormie et que maintenant je peux m'introduire dans l'esprit de n'importe qui ou n'importe quel démon ou créature : cette porte spirituelle peut être ouverte à mon gré. La sienne a été très difficile à vaincre mais j'ai réussi et il croit seulement que je lui ai pris le poignard pour essayer de l'attaquer, c'est tout. »
Sam et Dean se regardèrent et ne surent pas trouver de réponse à ce qu'elle venait de leur dire. Ils auraient tellement voulu lui dire qu'il y avait une autre solution et qu'ils pourraient vaincre ce démon mais malheureusement rien ne leur semblait réalisable. Tout de même, Dean lui dit :
« Ecoute, Mélinda, tu n'es pas obligée de faire ça. Je peux le faire à ta place. Notre trio serait rompu et il ne pourrait pas nous utiliser pour ouvrir les portes de tous les mondes…
-Je te remercie de tout cœur, Dean, dit Mélinda en lui prenant la main entre les siennes, mais grand frère chéri, tu ne le peux pas, tu n'es pas la base de ce trio, c'est moi. C'est moi qui détient ce pouvoir et seul moi peut mettre fin à ce cauchemar.
-Mais Mélinda, essaya Sam, ce poignard ne va pas te tuer d'un seul coup, tu vas souffrir et le temps que tu meures, le démon va vouloir te sauver…
-Mais ce poignard, cher Sam, répondit-elle en le regardant avec tendresse, va me tuer du premier coup car il est spécial. Regarde sa lame : elle est ciselée et a été forgée pour être employée par des démons souhaitant tuer leurs victimes du premier coup.
-Attends, remarqua Dean. Si elle a été ciselée par des démons et que tu te suicides, tu iras alors…, mais il s'interrompit, ne pouvant finir sa phrase, que Mélinda pourtant finit.
-Oui, Dean, j'irai en enfer en faisant cela, dit-elle tristement.
-Non !s'exclama Dean, appuyé par Sam. Ce n'est pas possible, tu n'iras pas !
-Oui, on t'en empêchera !dit Sam.
-Ce n'est pas dans vos possibilités de m'en empêcher. Je voulais vous prévenir et vous expliquer avant pour que vous compreniez, dit Mélinda en baissant les yeux de tristesse. Sachez que la famille a toujours été primordiale à mes yeux et j'en ai toujours horriblement souffert d'en être privée mais quand je vous ai connu, ça a été le bonheur. Je ne connaissais pas la vérité mais je sentais qu'on était presque une famille et ça a totalement détruit la froide carapace que je m'étais forgée au fil des années et des souffrances. Moi qui n'avais jamais été émotive, j'ai totalement craqué devant vous deux, sans que je puisse me l'expliquer. Mais j'ai compris, en apprenant qui j'étais et même la vérité de mon abandon obligé de nos parents est devenue claire, quand j'ai réussi à ouvrir les portes spirituelles. C'est votre amour qui me permet d'accepter ce sacrifice : sans vous, je n'y serai jamais parvenue. Je ne pensais pas aimer une famille autant que vous, après toutes les douleurs que j'ai endurées. Mais je suis apaisée, maintenant.
-Et comment comptes-tu nous persuader de te laisser faire ?demanda Sam.
-En fait, durant mon sommeil, j'ai pu contacter, en cas de grave ennui, un démon assez neutre mais qui efface les souvenirs. Un jour, je lui avais rendu un service et il m'avait promis qu'il me revaudrait ça.
-Tu veux qu'il efface ton souvenir de notre mémoire, mais ça va pas la tête ?s'exclama Dean, hors de lui.
-Si, ça va très bien, merci, répondit calmement la jeune fille. S'il n'efface pas les souvenirs de toutes les personnes que j'ai connues ou qui connaissent mon existence, ce démon voudra forcément trouver une solution et jamais je ne l'accepterai. Et malheureusement c'est les souvenirs de tout le monde ou de personne, c'est comme ça, finit-elle tristement.
-Alors ce ne sera de personne, dit Sam catégoriquement. On refuse de t'oublier et encore moins que tu te sacrifies, Mélinda.
-Et pourtant, vous n'avez pas le choix, j'en suis navrée. L'avenir du monde et même au-delà dépend de mon sort et de votre oubli. Et de toute façon, il vaut mieux que vous conserviez entière cette si belle complicité et amitié entre vous plutôt que de partager ça avec une sœur, non ?
-C'est n'importe quoi !objecta Dean. On t'aime énormément, tu le sais et jamais on ne pourra t'oublier…
-Et pourtant, dans quelques minutes, vous vous trouverez ici, ayant totalement oublié qui est la personne qui sera à terre.
-Non, Mélinda, je t'en prie, ne fais pas ça, supplia Dean, sur le même regard que son frère.
-Désolée. Le démon arrive, l'heure est écoulée. Sachez que je vous aime tous les deux plus que tout. Prenez soin de vous. Adieu. »
Et l'instant d'après, Mélinda se planta le poignard dans la poitrine, près du cœur : elle tomba à terre avec un gémissement et mourut aussitôt, alors que le démon, fou de rage, entrait dans la chambre en hurlant. Mais alors les souvenirs s'envolèrent, comme Mélinda l'avait demandé au démon de l'oubli pour qu'il le fasse au moment de sa mort, et les deux frères comme le démon aux yeux argentés, oublièrent totalement ce qu'ils faisaient là. Le démon s'évanouit dans les airs et les deux frères se regardèrent, ne comprenant pas :
« Dean, qu'est-ce qu'on fait là ? Et, qui est cette jeune fille ?demanda Sam en désignant Mélinda immobile sur le sol à côté d'eux.
-Je ne sais pas, Sam, mais j'ai une impression bizarre. Je ne me souviens pas des derniers jours ni où on se trouve.
-Bon…la première chose à faire est de savoir qui est cette fille. »
Ils fouillèrent Mélinda mais ils ne trouvèrent sur elle aucun papier. Appelant la police anonymement pour qu'on recueille son corps, ils partirent de l'immeuble puis de la ville, pensant que cet oubli, même s'il était anormal, ne pouvait avoir été provoqué que par un démon.
Ils enquêtèrent quelques jours mais constatant que rien ne semblait avoir changé dans leurs vies et que rien de mal ne leur était arrivé, ils arrêtèrent de se pencher sur ce problème et revinrent à leurs affaires habituelles.
Aucune trace n'existait plus nulle part de l'existence de la jeune fille.
FIN
