Disclaimer : Les personnages des quatre Fondateurs et les lieux que vous reconnaîtrez appartiennent à J.K Rowling et à la Warner Bros, tout le reste, c'est-à-dire pas grand-chose, est à moi.
Note : Je sais que bien des auteurs ont écrit sur les Fondateurs, toutefois, j'avais envie de mettre ma graine là-dedans. Voici donc ma version de la vie de Salazar Slytherin, Godric Gryffindor, Helga Hufflepuff et Rowena Ravenclaw. L'histoire sera principalement centrée sur la vie de Salazar, à mon avis le plus mystérieux des quatre célèbres fondateurs de Poudlard. Je garderai les noms anglais des Fondateurs, pour le reste, il s'agit des noms français.
Note 2 : Les chiffres entre parenthèse ramènent à des notes en bas de page.
And now, enjoy and review…
Le Temps des Fondateurs :
1ère Partie : Avant Poudlard :
Aldebaric Gryffindor partit de White Manor dès la première heure, afin de se rendre au château de son ami. Ayant baissé le pont-levis d'un sortilège, il pénétra à l'intérieur du château. A peine était-il entré qu'une odeur effroyable le saisit au corps. Surmontant son dégoût, il se dirigea vers la salle de réception, trébuchant tous les deux pas, butant sur les corps morts des domestiques ou des elfes de maison. Enfin, il parvint dans la grande salle de réception du château.
Voyant que personne ne s'y trouvait, il se dirigea vers le bureau de son ami, et l'y découvrit, baignant dans son sang, un air déterminé et haineux flottant encore sur le visage. Mais pas de trace de sa femme Gilraen (1). Fouillant le château, il finit par la trouver, dans ce jardin où elle se promenait si souvent. Vent de Parque n'avait fort heureusement pas voulu la torturer : il s'était contenté de la tuer d'un simple sort, souhaitant sans doute en finir au plus vite avec le seigneur des lieux.
D'un mouvement de baguette, il fit flotter le corps de Gilraen jusqu'à celui de l'homme qu'elle avait épousé, afin que tous deux reposent côte à côte. Puis il jeta un sortilège de conservation sur les deux corps afin de que Salazar puisse venir rendre un ultime hommage à ses parents. Enfin, il referma les blessures d'Emrys à l'aide d'une potion de coagulation qu'il avait trouvé à côté de son corps, et qui avait sans doute du rouler lorsque celui-ci était tombé.
Lorsque ce fut enfin fait, et que les corps eurent été apprêtés, Aldebaric sortit de la pièce et s'en retourna chez lui. Là l'attendaient son fils Godric et Salazar, le visage fermé.
"Ils sont morts, n'est-ce pas? Il n'y a plus personne en vie au château ?"
"Effectivement."
"Bien. Que vais-je faire ? Je n'ai pas encore l'âge de gouverner la contrée, et de plus, père ne m'avait pas encore initié à cet art."
"Lorsque nous avons entendu parler de Vent de Parque, ton père et moi-même nous sommes mis d'accord, si l'un de nous deux venait à tomber, pour que l'autre accueille son fils jusqu'à ce que celui-ci ait atteint l'âge de se marier. De plus, nous avons décidé que les terres de celui qui tomberait seraient dans le même temps gouvernées par celui de nous deux qui resterait encore en vie. Tu recevras donc la même éducation qu'à Garden's Manor, mais elle te sera délivrée ici, à White Manor. Lorsque tu te marieras, enfin, tu pourras vivre où tu le souhaiteras, en gouvernant sur les terres de ton père, ou bien en t'installant ailleurs."
Salazar hocha la tête en guise de réponse. Soudain, Aldebaric Gryffindor cria d'une voix forte :
"Thorongil (1) !»
Un héraut s'approcha et s'inclina, attendant visiblement les ordres de son maître.
"Va annoncer la mort de mes amis Emrys et Gilraen Slytherin. Je décrète trois jours de deuil sur mes terres et sur celles d'Emrys. Va avec les autres hérauts faire sonner les trompettes et proclamer ces nouvelles."
"Bien monsieur."
Le héraut sortit en saluant et partit servir son maître, et Aldebaric partit, laissant les deux amis seuls. Godric, ne sachant comment agir avec son ami, finit par le serrer dans ses bras, avant de le laisser seul. Salazar ne pleura pas. Il n'avait plus de larmes.
L'enterrement se déroula deux jours plus tard. Sans que personne ne sache pourquoi, Salazar avait insisté pour prendre son épée. Godric doutait que ce fût pour s'entraîner par la suite, bien que son ami eût passé les deux jours qui précédaient dans la bibliothèque. Il mangeait peu, et dormait encore moins. En revanche, il était sans cesse plongé dans les livres. Ayant essayé de voir de quoi traitaient les ouvrages, Godric n'avait trouvé que les contes de la mythologie nordique et avait soupçonné son ami d'avoir soumis les grimoires à un sortilège d'illusion. Et il craignait que Salazar ne tente quelque chose de terrible en ce jour si triste. Le ciel semblait lui-même pleurer les Slytherins, car une pluie fine tombait sur le cimetière familial.
Godric se mit alors à observer son ami, tentant de percer à jour quelque indice qui lui permît de comprendre ce que Salazar avait en tête. Celui-ci était aussi immobile qu'une statue, et rien sur son visage ne laissait paraître qu'il était un tant soit peu attristé. Seul Godric, qui avait au fil du temps appris à comprendre les attitudes de son ami, pouvait voir à quel point il était peiné. Mais il lut autre chose dans les yeux de son ami. La haine. Et la détermination. Une détermination qu'il n'avait encore jamais montré, même lorsqu'il se battait comme un enragé face à Godric. Et le mélange de ces deux émotions était tel que Godric, pourtant plus courageux que quiconque dans l'assemblée, à part peut-être son père, Godric Gryffindor en frissonna de peur.
Il ne savait pas, ou plutôt n'osait pas imaginer vers qui était dirigé cette haine. Et pourtant, toutes les réflexions de Godric le menaient vers un seul nom : celui de Vent de Parque. Godric frissonna de nouveau intérieurement, et il aurait presque plaint le mage noir. Car son ami, il le savait, était capable d'une force prodigieuse lorsqu'il était en colère, et la haine froide qui le rongeait en cet instant n'avait d'autre but que de faire éclater sa colère plus violemment encore lorsque viendrait le temps d'une rencontre avec le mage noir. Et plus cette dernière tarderait à venir, plus l'explosion qui s'ensuivrait serait terrible. Toutefois, seul Godric semblait se rendre de compte des sentiments qui animaient son ami, et celui-ci ne dévoila pas une seconde ce qu'il avait l'intention de faire.
Lorsque Emrys et Gilraen eurent été inhumés, les personnes présentes s'éloignèrent progressivement, et il ne resta bientôt plus que Salazar, Godric et Aldebaric. Sans se retourner, Salazar s'adressa à son ami et au père de celui-ci d'une voix posée, qu'il s'efforçait de contrôler :
"Partez. Toi aussi Godric.", ajouta-t-il, sentant que son ami s'apprêtait à protester.
Si Godric avait été tenté de découvrir ce qui avait occupé Salazar ces deux derniers jours, il fut encore plus intrigué dès cet instant et prit la décision d'espionner son ami. Ainsi, alors qu'ils venaient de sortir du château, Godric se retourna et fit mine de retourner vers le cimetière. Son père le héla :
"Que fais-tu, Godric ?"
"J'ai oublié ma cape là-haut."
"Salazar te la rapportera."
"Je ne sais pas : il est tellement bouleversé par tout ce qui s'est passé, il ne la remarquera certainement même pas."
Son père réfléchit, puis finit par acquiescer à contrecœur :
"Bien, mais alors n'importune pas Salazar. Il a besoin d'être seul."
Godric hocha la tête en signe d'assentiment, puis son père se détourna et repartit vers le château. Tout se passait comme Godric l'avait espéré.
Si Salazar était le plus agile et le plus silencieux des deux, Godric n'était pas non plus en reste, et il se glissa rapidement et sans bruit de manière à pouvoir voir et écouter son ami sans être lui-même entendu. A peine était-il arrivé qu'il vit Salazar se relever du tombeau de ses parents. Et ce qu'il observa par la suite lui glaça le sang.
Salazar tira son épée du fourreau, et il la leva au-dessus de sa tête. Puis il allongea le bras et y appliqua le fil de la lame. Enfin, il prononça ces paroles qui allaient à jamais rester gravées dans la mémoire de Godric :
"Moi, Salazar Slytherin, j'en appelle aux Esprits de la Nature. Toute ma vie, je le jure, je combattrai la magie noire et ses représentants. Je jure aussi de ne jamais user de magie noire sous quelque forme que ce soit. Enfin, je jure que ma vie durant s'il le faut, je combattrai Vent de Parque, jusqu'à sa mort ou jusqu'à ce que je meure moi-même, afin que le sang de mes parents, versé pour la liberté et l'amour, soit vengé de celui qui l'a fait couler. De ce serment, je ne me déferai jamais, et personne ne saurait m'en détourner à moins d'avoir pour cela une volonté inverse supérieure à la mienne. Que le sang de mes parents, Emrys et Gilraen Slytherin, qui coule dans mes veines et qui est désormais versé sur leur tombe, scelle à jamais ce serment. Esprits de la Nature, entendez ce serment que je vous fais, et que je meure si jamais je m'en dédis."
Alors, d'un coup sec, il trancha la peau, le sang jaillit de ses veines pour couler sur le tombeau de ses parents, et la terre fraîchement retournée se colora progressivement de rouge. Alors que Godric allait se précipiter pour refermer la blessure, Salazar parla de nouveau :
"Non Godric. Je sais ce que je fais. Ne tente rien. Je savais que ta curiosité ne supporterait pas que tu sois comme cela écarté, et que tu allais revenir. Je savais que tu voudrais voir."
Godric s'arrêta alors, comprenant que son ami avait tout prévu, avant de s'approcher de son ami et, sans un mot, de lui prendre l'épée des mains. Il la leva alors au-dessus de sa tête en murmurant une incantation, et finit par appliquer le fil de la lame sur son avant-bras. Puis à son tour, il prononça les paroles qui allaient à tout jamais sceller son destin à celui de son ami :
"Moi, Godric Gryffindor, j'en appelle à mon tour aux Esprits de la Nature. Toute ma vie, je le jure, je viendrai en aide à Salazar Slytherin, mon ami, qui vient de prêter serment devant vous. Je jure aussi de ne jamais user de magie noire et de combattre Vent de Parque tant que l'un de nous deux vivra encore. Que le sang d'Aldebaric et Elanor (1) Gryffindor, mes parents, qui coule dans mes veines, et qui est désormais versé au côté de celui de Salazar, scelle à jamais ce serment. Esprits de la Nature, entendez ce serment que je vous fais, et que je meure si jamais je m'en dédis."
Ayant ainsi parlé, il trancha les veines et laissa couler son sang sur la tombe des Slytherin. Puis il se retourna vers son ami, dont le visage était plus pâle que jamais. Celui-ci demanda d'une voix blanche :
"Godric, sais-tu bien ce que tu viens de faire ?"
Godric hocha gravement la tête, puis il saisit le bras de son ami, apposa le sien dessus, faisant ainsi se mélanger leur sang avec celui de l'autre, et il dit alors ces mots qui se graveraient pour longtemps dans le cœur de Salazar :
"Les sorciers avaient auparavant coutume de mélanger leur sang pour sceller une amitié ou une promesse. Que ton sang qui se mêle au mien soit à jamais preuve de notre amitié inextinguible et scelle ce serment que je viens de faire de t'aider et de te soutenir tant que dureront nos jours."
Salazar sortit alors de sa poche une fiole de potion coagulante et en versa la moitié sur le bras de Godric. Ce dernier saisit alors la fiole et la vida sur le bras de son ami. Et pour la première fois depuis la mort de ses parents, celui-ci sourit d'un sourire de pur bonheur. Leurs vies étaient désormais scellées par un serment tacite d'entraide et d'amitié mutuelles. Et il n'était désormais plus seul. Il avait son frère de sang à ses côtés.
Et c'était bien plus qu'il n'aurait jamais espéré. Bien des gens l'auraient laissé faire, mais Godric avait refusé que Salazar soit seul dans sa lutte contre le mage noir, et il l'avait accompagné en scellant sa vie à une promesse venant des temps ancestraux : cela faisait en effet des siècles que plus personne n'en avait ainsi appelé aux Esprits de la Nature, et tous avaient oublié cette coutume.
Ce n'est que par le plus grand des hasards que Salazar lui-même avait retrouvé le rituel, en cherchant dans la bibliothèque personnelle des Gryffindor un moyen de combattre Vent de Parque et d'accroître sa propre puissance. Derrière un livre creux, il avait en effet trouvé le grimoire, écrit par un auteur inconnu qui avait apparemment côtoyé le Grand Merlin du temps de son apogée, et qui avait par la suite rôdé de par le monde afin de consigner par écrit les us et coutumes de tous les pays alors connus.
Godric sourit en retour à son ami, et tout deux repartirent ensemble vers White Manor. Chacun était plongé dans ses propres pensées, mais le silence était bien moins lourd en cette heure qu'il ne l'avait été deux jours plus tôt, tandis que les deux amis s'interrogeaient sur le sort de la famille de Salazar.
Toutefois, si Salazar chevauchait le cœur léger, Godric était préoccupé. Pas qu'il regrettât ce qu'il venait de faire, bien au contraire. Mais plutôt car il commençait à se demander s'il avait bien fait de laisser faire Salazar. Après tout, il n'avait promis rien de moins que de tuer Vent de Parque ou de mourir en le combattant. Et il n'abandonnerait jamais le combat, pour peu qu'il trouve encore en lui-même un seul souffle de vie. Et cette pensée ne lui plaisait pas du tout, car Vent de Parque était nettement plus puissant que la majorité des sorciers, et il n'était pas certain que Salazar soit capable de lui résister bien longtemps… Après tout, Vent de Parque n'avait-il pas déjà assassiné Emrys Slytherin ? Et Salazar n'était pas aussi puissant que son père…
Salazar sembla remarquer que quelque chose tracassait son frère, car il lui demanda :
"Godric, que se passe-t-il? Quelque chose ne va pas ?»
Son ami le regarda avec gravité, avant de répondre :
"Réponds moi franchement Salazar. Crois-tu vraiment être assez puissant pour penser une seule seconde vaincre Vent de Parque ?"
A sa grande surprise, Salazar éclata d'un rire sans joie.
"Si je crois être assez puissant pour le vaincre? Je n'oublie pas qu'il a tué père. Et je ne pense pas être aussi puissant que lui. Mais il est très simple de développer sa puissance. Il y a bien des moyens, mais il en est un si évident que personne n'y pense !"
"Vraiment ?", répliqua Godric, sceptique. "Et quel est donc ce moyen si extraordinaire ?"
"C'est justement parce qu'il est des plus ordinaires que l'on n'y pense pas."
"Et alors, quel est-il ?", s'impatienta son ami.
"La patience n'est pas ton fort, n'est-ce pas ?"
"Salazar, ne me fais pas languir !"
"Bien.", répliqua ce dernier en souriant. "Il s'agit tout simplement de s'entraîner."
"De s'entraîner ?"
"De s'entraîner. Rien de plus. Rien de moins."
"Et comment un simple entraînement pourrait-il te permettre de développer ta puissance ?"
"C'est pourtant simple. Plus tu écris, plus tu vas vite pour écrire, non ?"
"Si, mais quel rapport avec la puissance ?"
"En écrivant, tu t'entraînes à écrire, et c'est cet entraînement qui te permet d'aller plus vite. Il en est de même pour la magie : plus tu t'entraînes, plus tu t'améliores, et plus tu devient puissant…"
Godric resta figé de stupeur : c'était un raisonnement des plus simple, et pourtant, il n'y avait même pas pensé. Mais il est vrai que, comme venait de le dire Salazar, les choses qui sont évidentes sont paradoxalement les plus difficiles à trouver.
Pour la deuxième fois de la journée, Salazar éclata de rire, mais ce fut cette fois à la vue du visage de son ami, qui ressemblait en cet instant à une salamandre plongée dans l'eau. Mais cet air ahuri fut bien vite remplacé sur son visage par une détermination sans faille, et Godric déclara d'un ton sans réplique :
"Alors je m'entraînerai avec toi."
Salazar resta bouche bée devant le ton utilisé par son ami, puis, les sourcils froncés, demanda :
"Et pourquoi donc ?"
"Si tu as fait le serment de combattre Vent de Parque et tous ceux qui usaient de magie noire, j'ai pour ma part juré de t'aider dans ton combat. Comment veux-tu que je puisse t'aider, si tu ne me permets pas de m'entraîner avec toi ? Quoi qu'il en soit", ajouta-t-il, voyant que Salazar s'apprêtait à ouvrir la bouche pour protester, "je m'entraînerai, et si tu ne le veux pas, je le ferai malgré toi. Car j'ai juré de t'aider dans ton combat."
Salazar regarda fixement son ami, et celui-ci soutint son regard. Un combat intense s'engagea alors entre les deux amis, chacun se jaugeant du regard et refusant d'abandonner face à la volonté de l'autre. Si Salazar n'avait pas pensé que son ami allait lui aussi prêter serment devant les Esprits de la Nature, il avait encore moins imaginé qu'il ait aussi l'intention de suivre le même entraînement qu'il avait décidé de s'imposer. Car s'il avait découvert que l'entraînement était le moyen le plus simple et le plus efficace pour augmenter sa puissance, il avait aussi compris que pour acquérir plus rapidement une grande puissance, il s'agissait de s'entraîner dur, et ce, que ce soit dans les duels magiques ou pour ce qui était l'endurance physique. Or, il voulait être au meilleur niveau possible, pour pouvoir vaincre Vent de Parque lorsque celui-ci voudrait finir le travail.
Car s'il s'était renseigné sur les moyens d'augmenter sa puissance, il avait aussi puisé des renseignements sur les méthodes de son ennemi mortel en se renseignant auprès d'Aldebaric. Si ce dernier avait soupçonné quelque chose des intentions de Salazar, il n'en avait rien laissé paraître et l'avait enseigné sans faire de difficultés, lui apprenant entre autres choses que le mage noir avait pour habitude d'exterminer les familles jusqu'à leur dernier membre avant de passer à une autre victime. C'est ainsi qu'Aldebaric avait justifié son accord pour lui expliquer les méthodes de Vent de Parque : il fallait en effet que le garçon soit prévenu du danger, non pas afin qu'il puisse s'en défendre, car Aldebaric ne se l'imaginait même pas, mais plutôt pour qu'il soit prudent et ne reste jamais seul dans un endroit non protégé.
Mais Salazar se moquait bien de ces recommandations, qui lui paraissaient convenir à un enfant, et non à un ancien adolescent qui avait grandi trop tôt et trop vite – et lorsqu'il regardait Godric, il lui semblait qu'il avait lui aussi pris plusieurs années d'un seul coup. S'était-il rendu compte que lui aussi était sur la liste de Vent de Parque des prochaines personnes à abattre ? Ou partageait-il tout simplement l'inquiétude de son ami ? Salazar, pourtant si habile dans l'art de percer les sentiments des autres, ne sut pas lire ce qui habitait le visage de son ami. Tout ce qu'il pouvait lire dans son regard, c'était la détermination, la même détermination qui habitait Salazar depuis déjà deux jours, depuis la confirmation de l'assassinat de ses parents par le mage noir.
Finalement, soupirant, il finit par abandonner le combat. Toutefois, il fixa Godric dans les yeux et lui demanda :
"Es-tu sûr de vraiment vouloir t'entraîner avec moi? Ca sera dur, et il y aura peu de temps pour se reposer. On ne sait pas quand Vent de Parque attaquera, tout ce que je sais, c'est que je veux être prêt pour ce jour là, et je ferai tout ce qu'il faudra pour cela."
"Te souviens-tu du tournoi que nous avons fait l'été dernier? Nous avions décidés de savoir jusqu'où nous pouvions aller, nous voulions aller jusqu'au bout de nos forces. Nos duels ont souvent durés plusieurs heures, et il a fallu bien des fois que ton père ou le mien nous sépare."
"Je m'en souviens parfaitement, et j'ai pu mesurer mes possibilités, ce qui me sera grandement utile pour l'entraînement, mais ce sera bien plus difficile que tous ces duels que nous avons faits."
"Et alors, où est le problème? Nous sommes plus vieux, nous avons plus d'endurance et de force, et si tu es capable de supporter cet entraînement que tu veux faire, je le suis tout autant."
"Comme tu voudras.", dit-il en soupirant de nouveau. "Si tu es certain que c'est ce que tu veux faire, je ne peux pas refuser. Je te connais assez pour savoir que tu n'hésiterais pas à tenir ta promesse de le faire malgré moi, et je ne veux pas que tu prennes le moindre risque. Car si c'est un moyen extrêmement simple de gagner en puissance, ce n'est pas pour autant qu'il n'est pas dangereux."
"Dangereux? Comment s'entraîner pourrait-il être dangereux ? Il ne peut rien y avoir que de bénéfique !»
"C'est ce que tu crois. Mais la magie n'est pas qu'un don. C'est avant tout de l'énergie pure. Et le corps ne peut pas supporter une trop grande charge de magie d'un seul coup. Si l'on ne s'entraîne pas d'abord durement au niveau physique, notre corps pourrait très bien avoir des problèmes, ou pire, s'autodétruire."
"Mais dès l'instant que l'on s'entraîne correctement au niveau physique, il ne peut pas y avoir de problèmes, n'est-ce pas ?"
"A priori, non. Mais on ne peut jurer de rien. Il n'y a que Merlin qui ait eu un niveau de puissance supérieur à celui de Vent de Parque, à l'heure actuelle."
"Et c'est toi qui disait il y a quelques jours que c'était un mage noir de pacotille !", s'exclama Godric.
"Il y a quelques jours, je ne savais pas qui il était !", répliqua froidement Salazar.
Godric pâlit brusquement, conscient de ce qu'il venait de dire, puis baissa honteusement la tête. Son ami lui lança un regard assassin, puis concentra ses pensées sur le plan d'entraînement qu'il comptait suivre. Comment Godric avait-il osé lui rappeler une telle chose ? Etait-il sans cœur, pour en parler juste après l'enterrement de ses parents ?
Le silence pesa soudain plus lourdement sur les deux amis, Godric ruminant ses remords, tandis que Salazar sentait la haine l'envahir à la simple pensée de son ennemi mortel. Ils chevauchèrent ainsi jusqu'aux portes de White Manor, sans s'adresser la parole, sans que Godric osât même jeter un regard sur son ami. Ce ne fut que lorsqu'ils s'apprêtèrent à descendre de leur monture que Godric reprit la parole.
"Hm, Salazar…?"
"Quoi ?", répondit froidement ce dernier.
"Jesuidésoé", bafouilla Godric, quelque peu décontenancé par le ton sec de son ami.
"Cela te gênerait-il d'articuler quand tu parles ?"
"Je… je suis désolé… ce que j'ai dit tout à l'heure… je ne le pensais pas… hm… désolé."
Lorsque Salazar le regarda, il lut dans son regard à quel point Godric était sincère en disant cela, et toute colère s'envola de son cœur en cet instant. Après tout, lorsque son ami parlait sans réfléchir, il lui arrivait parfois de sortir des paroles blessantes sans toutefois le vouloir. Et il s'agissait certainement de cela : Qu'avait-il fait d'autre que souligner les propres paroles de Salazar qu'il avait prononcées quelques jours plus tôt ? Il sourit à Godric.
"Ce n'est rien, c'est déjà oublié. Mais la prochaine fois, essaie de réfléchir, avant de parler."
Godric hocha la tête et sourit timidement, puis plus largement. Il était pardonné.
Les deux amis entrèrent côte à côte dans le château et se dirigèrent d'un même pas vers la salle de réception. Lorsqu' Aldebaric vit Godric arriver avec Salazar, son visage se durcit, il se leva, et prit un fouet se trouvant dans la salle. Mais alors qu'il s'approchait de son fils pour le battre, Salazar s'interposa.
"Non, monsieur. Ne lui faites rien. Au nom de l'amour que vous portez à mon père, ne lui faites rien."
"Je lui avais interdit de te déranger."
"Et il ne m'a pas dérangé. Et de plus, il m'a aidé. Croyez-moi, s'il vous a fait du tort en vous désobéissant, il m'a fait de par ce même acte de désobéissance beaucoup plus de bien qu'il n'aurait pu m'en faire en restant avec vous."
Aldebaric fronça les sourcils en signe d'incompréhension, avant de remarquer la cicatrice sur leurs avant-bras, ainsi qu'une minuscule marque en forme de feuille de chêne juste à droite de leur cicatrice.
"Les Esprits de la Nature…", souffla-t-il.
"Nous les avons tous deux invoqués, et nous avons scellé notre promesse en mélangeant notre sang."
"Votre sang !»
"C'est ainsi que faisaient les anciens pour sceller une promesse ou une amitié, père, vous me l'avez vous-même appris."
"Je le sais, mais ce que je ne t'avais pas dit, c'est que la puissance de ces sorciers s'en trouvait considérablement augmentée, et qu'il arrivait que leur corps ne supporte pas cette puissance."
"Pourtant, nous nous portons bien, père."
"C'est ce que je vois. Crois moi, mon garçon, si votre amitié résiste au temps et aux ennemis, alors personne ne pourra jamais vous vaincre. Restez aussi unis que vous l'êtes aujourd'hui, et aucun défi ne pourra vous résister."
"Comment cela, père, y'aurait-il une autre chose que vous ne m'ayez pas dite, qui se passerait lorsque deux sorciers mélangent leur sang ?"
"Effectivement. Il se crée entre ces deux sorciers une symbiose parfaite. Et cette symbiose leur permet de coupler la puissance de leurs sorts."
"Qu'entendez-vous par là, monsieur ?", intervint Salazar.
"A quelle distance peux-tu expulser une cible, en y mettant une puissance moyenne ?"
"Eh bien, à environ une dizaine de mètres.", répondit Salazar, fronçant les sourcils.
"Et toi, Godric ?'
"Environ la même distance, je pense."
"Bien. Alors désormais, si vous lancez le sortilège en même temps, votre cible sera expulsé non à une dizaine de mètres, ou à une vingtaine, car de par le partage des sangs, vous avez augmenté d'office votre puissance, mais à plusieurs centaines de mètres."
Les deux adolescents le regardèrent bouche bée, puis Godric s'exclama joyeusement :
"Mais c'est exceptionnel ! Quand donc pourrons-nous essayer ?"
Son ami et son père le regardèrent étonné, puis éclatèrent de rire en même temps. Godric les fixa un instant, les sourcils froncés, se demandant visiblement s'ils n'étaient pas devenus subitement fous, puis se joignit rapidement à leur hilarité. Finalement, après avoir bien ri, Aldebaric parvint à reprendre son souffle, et leur proposa de les aider à s'entraîner après le dîner.
L'ambiance durant le dîner fut extrêmement détendue, et même joyeuse, bien que par moment, le visage de Salazar se rembrunît quelques instants et que celui-ci se plongeât dans le mutisme, avant qu'une plaisanterie lancée par son hôte ou son frère ne l'en sorte, et qu'il se remît à sourire.
Finalement, lorsque chacun fût repu, Aldebaric emmena les adolescents dans l'aile sud du château, jusqu'à ce qu'ils arrivent sur un mur nu. Les deux adolescents froncèrent les sourcils, avant que le seigneur des lieux n'étendît le bras et ne tapotât du bout de sa baguette une pierre différente des autres, qu'ils n'avaient jusque là pas encore remarquée.
Le mur disparut alors, et ils se retrouvèrent dans une salle que Salazar, pas plus que Godric, d'ailleurs, à en juger par ses yeux écarquillés, n'avait encore jamais vue : c'était un véritable centre d'entraînement, tant physique que magique, avec des dizaines de cibles, une aire de duel au milieu de la salle, des épées d'entraînement. En un mot, un véritable bijou pour les enfants, qui ouvraient des yeux émerveillés. Finalement, coupant court à cet ébahissement constant et croissant, Aldebaric Gryffindor prit la parole :
"Voici la salle d'entraînement que nous avions construite avec Emrys, il y a des années. La copie conforme se trouve dans l'aile nord de Garden's Manor. Seul Emrys et moi connaissions l'endroit exact, et seul un membre de nos deux familles peut y accéder. Car la pierre reconnaît l'aura de celui qui tente d'entrer. Ce qui sécurise cette salle beaucoup mieux qu'un simple tableau, qui peut se laisser abuser par un sortilège ou une potion d'illusion."
"Et cela vaut mieux, car il serait dangereux de laisser cette salle visible par des personnes comme Vent de Parque.", remarqua Salazar.
"C'est justement lorsque nous avons appris son existence que nous avons décidé de sécuriser ainsi la salle d'entraînement. Auparavant, il s'agissait d'un simple gardien, muni d'un mot de passe."
"Mais père, que se passerait-il si un jour, l'un de nos descendants tournait mal? Pourrait-il utiliser lui aussi cette salle ?"
Aldebaric sourit à la remarque de son fils, avant de répondre.
"Malheureusement oui, et c'est là le seul risque, mais non des moindres, présent dans cette salle. Il n'y a qu'à espérer que toute la famille restera dans le droit chemin, ou cela serait des plus dangereux pour les mondes sorciers et moldus.", conclut-il avec un léger sourire.
Les adolescents acquiescèrent sombrement. Puis, après quelques instants de silence, où chacun put méditer sur ce danger potentiel, Aldebaric reprit la parole :
"Au départ, je n'avais pas l'intention de vous montrer cette salle aussi tôt, pas plus qu'Emrys, d'ailleurs. Car nous estimions que vous n'étiez pas assez puissant pour participer à un tel entraînement. Mais le fait que vous ayez réussi à la perfection ce partage des sangs sans en ressentir les problèmes m'a fait changer d'avis, et il est désormais temps que vous en ayez connaissance. Je vous propose de tester vos nouvelles capacités cet après-midi, puis nous instaurerons un programme d'entraînement afin de…"
"Excusez-moi, monsieur, mais j'avais déjà prévu un plan d'entraînement.", coupa Salazar. "Je n'avais pas la salle, mais c'est désormais chose faite, si vous nous autorisez à l'utiliser pour notre entraînement."
"Comme vous voudrez. Mais j'impose deux conditions : j'observerai votre entraînement et donnerai mon avis dessus, et avant toute chose, vous testerez aujourd'hui et peut-être aussi demain, si nous n'avons pas encore terminé ce soir, vos capacités."
Salazar regarda son ami, et celui-ci haussa les épaules en signe d'indifférence. Finalement, Salazar acquiesça.
"Bien monsieur. Par quoi devons nous commencer ?"
"Je pense que nous pourrions débuter avec quelques sortilèges basiques, comme l'Expelliarmus, justement, pour voir jusqu'où vous pouvez expulser des cibles."
Et c'est ainsi que débuta l'entraînement de Godric et Salazar, alternant entraînement magique sur des cibles et entraînement physique, comprenant des courses dans le parc du château ou des entraînements musculaires. Et bien souvent, les enfants se couchaient immédiatement après avoir soupé, tant ils avaient été épuisés par les leçons d'Aldebaric, qui se montrait être un professeur à la hauteur des espérances de Salazar : dur quand il le fallait, intransigeant quant aux fautes récurrentes, de moins en moins nombreuses désormais, les poussant toujours à dépasser leurs limites physiques, mais sachant s'arrêter lorsqu'il voyait que les enfants n'étaient plus à même de suivre ses consignes.
Au bout d'un mois à peine, les adolescents avaient énormément progressés, et ce fut satisfait que Salazar se coucha, la veille d'Halloween, avec aux lèvres un sourire heureux : ils avaient bien plus progressés qu'il ne l'avait espéré lorsqu'il avait imaginé ce plan d'entraînement, plan pour lequel Aldebaric l'avait félicité, tant il était complet et comportant les aspects essentiels de ce qu'il avait lui-même en tête.
Ce que Salazar ne savait pas encore, en revanche, c'est qu'ils avaient dépassés même les espérances du maître des lieux, et que celui-ci avait préparé pour le lendemain un programme bien plus intéressant que ce qu'ils avaient fait jusque là…
Note :
(1) : Après le roi Arthur, Le Seigneur des Anneaux. Gilraen est le nom de la mère d'Aragorn, Thorongil, celui sous lequel Aragorn sert le roi Thengel de Rohan, puis Echtelion II de Gondor (cf. : les annexes du Retour du Roi). Enfin, Elanor est la fille de Samgace et de Rosie.
Merci à Lolie, ma béta-lectrice, et à mes revieweurs. Reviews, SVP. Et maintenant, place aux RAR
Micéliandre: Bah vi, c'est triste… Je suis assez sadique avec les personnages, je dois bien l'avouer. Mais bon, voilà la suite quand même. Elle est pas arrivée très vite, mais bon… J'espère que ce chapitre t'aura plu.
