Chapitre 2 : Rattrapage
- Quoi ? Il n'y a personne pour m'accueillir ?!
Je ne crois pas qu'Alice ait bien pris le fait, que la maison soit vide à son retour : Papa n'était pas rentré pour midi et elle n'avait reçu aucun message de ses amies. Pour une fois qu'elle n'avait pas deviné … La seule réponse que je pouvais lui donner était qu'ils devaient sûrement être occupés. Elle continua de se plaindre durant une bonne partie de la matinée. Pour ma part, je me plaignis surtout des 6 valises taille XXL qu'elle avait ramené avec elle.
- Mais tu as quoi exactement là dedans ? lui demandai-je au bout de la 3ème valise montée à bout de bras à l'étage.
- Oh ... juste … quelques affaires …, me répondit-elle avec son petit air innocent. Juste de quoi refaire ma garde robe, celle de maman et la tienne aussi !
- Oui, suis-je bête quelle question …
Il est vrai que venant d'Alice cela ne me choque guère. Depuis toute petite, elle a le don de savoir exactement ce qu'elle veut, surtout quand il est question de s'habiller. A partir de 10ans, notre mère a eu l'obligation de l'amener faire du shopping au moins 1 fois toutes les 2 semaines, sinon, c'était la crise assurée. Je me demande si ce n'est pas à cause de ça que Renée a du prendre ce job qui l'obligerait à s'éloigner de ces dépenses folles. Même si je sais très bien qu'officiellement, maman a décroché un poste de journaliste à l'étranger sur une grande chaîne de télé et qu'il était impossible pour elle de refuser. C'est pourquoi elle part souvent pour plusieurs semaines à l'autre bout du monde.
Je n'avais pas eu le temps de descendre 2 marches d'escaliers, qu'Alice poussa un petit cri aigu de sa chambre :
- Oh mon dieu ! … Tout sauf ça ! … Je suis maudite … je suis maudite …
J'arrêtais donc ma descente, curieuse de savoir ce qui pouvait la contrarier à ce point.
- Qu'est ce qu'il se passe ? lui lançais-je depuis les escaliers.
- C'est le dressing ! me répondit-elle d'une voix apeurée.
- Et ben quoi le dressing ?
- Il est MI-NUS-CU-LE !!! Je n'avais pas le souvenir qu'il était si petit ! Où est-ce que je vais mettre tout ça ? Oh la la … je suis maudite … C'est dingue ! Je le croyais 10 fois plus grand ! Comment je vais faire pour tout faire rentrer dedans ? Peut-être que … non … Ou alors suffirait que je pousse ceci ici et …
Préférant la laisser dans ses projets de réaménagement, je descendis à la cuisine afin de nous préparer de quoi manger quand le téléphone se mit à sonner …
- Salut Jacob ! dis-je en reconnaissant le numéro qui venait de s'afficher.
- Ben … comment tu as su que c'était moi ? dit-il tout étonné avant de se répondre à lui-même, ah oui … l'affichage du numéro … c'est vrai ….
- Non non j'avais deviné ! lui répondis-je histoire de faire une petite blague.
- Alice ?
- Mais non c'est moi idiot !
Je l'entendis pouffer à l'autre bout de la ligne.
- Je sais ! Je te charrie voyons ! dit-il entre ses rires. Alors comment va Alice ? Son voyage c'est bien passé ?
- Oui oui très bien ! Dis moi tu pourras jeter un coup d'œil à ma voiture s'il te plaît ? Je crois qu'elle a encore de la peine au démarrage.
- Sans problème. Passe au garage dans la semaine, Marcus ne dira rien si je te fais ça gratos.
- Merci Jake ! De toute façon on en reparle ce soir ? C'est toujours bon ?
- Oui ne t'inquiète pas. Bon je dois te laisser Bella, j'ai des clients qui viennent d'arriver. Bisous.
- Okay ! Bis...
Bip bip bip … Il avait déjà raccroché.
- Qu'est ce qui se passe ce soir ?
Alice venait de se matérialiser devant moi, au moment même où je posais le combiné sur le socle.
- Rien, c'est juste Jacob qui passera ce soir après son travail, lui répondis-je le plus calmement possible. Tu as faim j'espère ? Je nous fais des spaghettis.
Je me mis aux fourneaux pour mettre l'eau à chauffer et faire la sauce tomate maison tandis qu'Alice s'installa sur la petite table.
- Alors ? me questionna-t-elle.
- Alors quoi ? lui rétorquai-je en rigolant, ne comprenant pas le sens de son interrogation.
- Alors dis-moi tout ! Depuis ce matin on ne parle que de moi, mais ce que je veux savoir c'est tout ce que j'ai loupé depuis ma dernière visite ! Allez s'il te plait !!
- Et ben … tu n'as pas loupé grand-chose. Le lycée est le même. Les sportifs et les pom pom-girls sont toujours sur le devant de la scène … nous laissant nous, pauvres petits lycéens sans valeur à exaucer tous leurs désirs … et comme ils ont l'immunité auprès de la direction, ils ne s'en privent pas …
Voyant que j'étais en train de m'acharner sur la petite tomate que j'avais entre les mains pendant que je parlais, elle rigola avant de dire avec un grand sourire:
- Je te rappelle qu'il y a encore 1an j'étais pom-pom et que je sortais avec ce grand dadet de Félix.
- Oui je sais, mais au moins quand tu étais là, les pom-poms avaient un cœur !
- Je te rappelle aussi que mes meilleures amies sont toujours pom-pom !
Je levais les yeux vers elle et lui tira la langue en guise de réponse. D'ailleurs, je crois que ma sœur avait compris que je n'étais pas très fan de ce « sport », où il suffit juste de gesticuler dans tous les sens et crier la devise de l'équipe, car elle changea finalement de sujet.
- Et les amours ? Tu as quelqu'un en vue ?, me dit-elle avec un entrain déconcertant.
Flûte … Il fallait que ça tombe sur le seul sujet que je voulais éviter à tout prix … Moi qui voulais paraître sereine et pas du tout stressée par ce que j'allais devoir répondre, je me mis à bafouiller, les joues sûrement rouges comme la tomate que je tenais toujours dans la main.
- Hum … non. Enfin … c'est compliqué …
- C'est encore Riley ? Ou Mike ? Eric ? Ou Tyler peut-être … ?
- Non ! Bien sûr que non ! Avec Riley, c'est terminé depuis un petit moment, et puis arrête de citer tous ces prénoms … à t'entendre on dirait que je me suis tapée tous les garçons du lycée !
- Tu sais bien que je plaisante petite sœur !, dit-elle entre deux rires. Donc si je comprends bien … tu ne vas pas me dire qui est ce mystérieux garçon qui fait chavirer ton cœur ?
- Et non ! Toi qui sais toujours tout et bien pour une fois, tu seras dans le flou ! Na !
Je ne sais pourquoi je tentais d'éloigner Alice de mes petits secrets, elle finissait toujours par tout savoir. De plus, qu'est ce que j'aurai pu lui dire à ce sujet ? Le garçon en question ne devait même pas savoir que j'existais …
Après un repas bien mérité, Alice, qui ne semblait pas le moins du monde être fatiguée par son voyage, me proposa de sortir à Port Angeles. En temps normal, il lui aurait fallu 2 heures de négociation avant que je n'accepte ; mais aujourd'hui était différent et c'est avec soulagement que je me préparais à sortir, avec quand même une petite condition : celle de ne pas rentrer trop tard …
- Pff ! Tu es vraiment rabat-joie !
